Joueurs et éditeurs : tous responsables.

Les joueurs peuvent et doivent changer les choses.

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Rockolarea12h58 | 14 Février 2011 | 7
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par Rockolarea
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OUTILS
Au moment où Activision-Blizzard, leader mondial de l’édition de jeu vidéo, annonce de nouvelles annulations et de nouvelles fermetures de studios, la grogne des joueurs se fait entendre encore une fois.

Cette grogne récurrente ne semble pas inquiéter pour autant la filiale de Vivendi ni ses dirigeants (Robert Kottick en premier lieu)  qui ne paraissent pas déroger à leur ligne stratégique de recentrage de l’activité sur un nombre limité de licences à haut revenu. Alors forcément, les joueurs se sentent floués, dépossédés de séries mythiques qui leurs sont chères, et surtout pris pour des imbéciles par un géant de l’édition dont le seul but ne semble être que le profit. Activision-Blizzard semble donc complètement déconnecté de ses consommateurs et le fossé s’agrandit de trimestre en trimestre.

L’histoire économique a prouvé depuis les débuts de la révolution industrielle qu’une entreprise qui ne contente plus ses consommateurs est vouée à l’échec par l’assèchement progressif des débouchés pour ses produits. Les exemples en sont nombreux et on pourra notamment citer Kodak, dont les appareils photos argentiques ont vite été évincés par les appareils numériques de la concurrence, provoquant la chute d’une entreprise qui semblait jusque-là intouchable. L’industrie du jeu vidéo connaît également son lot d’exemple malheureux : Sega, Infogrammes et consort ont tous raté une évolution fondamentale du marché provoquant ainsi leur chute.

Pourtant, et malgré l’impression d’une rupture avec son marché, Activision-Blizzard a publié la semaine dernière le meilleur chiffre d’affaire de son histoire avec un exercice 2010 s’élevant à 4,45 milliards de dollars contre 4,28 en 2009 (soit une progression de près de 4%). Les chiffres du résultat net de l’entreprise ne me sont pas disponibles, mais on peut imaginer qu’ils suivent peu ou prou la même tendance. Activision-Blizzard serait-elle donc l’exception à la règle économique de la rencontre de l’offre et de la demande ou la rupture de l’éditeur avec son public n’est-elle qu’une trompeuse illusion ? Il semble bien qu’il nous faille choisir la deuxième réponse à cette question fondamentale.

Les ventes astronomiques d’un Call of Duty: Black Ops, qui tutoient les 20 millions d’unités, prouve qu’il existe bien un marché de joueurs friands d’expériences stéréotypées à grand spectacle, annuelles et mettant l’accent sur l’expérience multi-joueurs. Que chaque nouveau Call of Duty batte des records de ventes est une preuve que les consommateurs de jeu vidéo que nous sommes sont prêt à débourser 70€ tous les ans pour profiter de cette expérience. Il est donc tout à fait normal qu’Activision-Blizzard, qui avant d’être un éditeur de contenu vidéoludique est une entreprise, et donc un acteur économique dont la raison d’être est le profit, choisisse d’axer sa stratégie globale sur un nombre limité d’IP, mais dont le succès économique est assuré. Agir autrement serait une aberration économique qu’aucun dirigeant d’entreprise ne saurait justifier. L’annulation définitive de la série des Guitar Hero et des True Crime n’est donc qu’une conséquence logique de cette stratégie, elle aussi logique.

Alors bien sûr on pourra reprocher au géant de ne pas réinvestir ses profits dans la création de nouvelles licences, de créer de nouveaux studios, d’apporter de nouvelles idées à une industrie qui commencent à épuiser tous ses poncifs.  Il est indéniable que la plus grande partie de l’investissement créatif d’Activision va vers le soutien de licences annuelles productives, dans le soutien de leur développement accéléré et dans des campagnes marketing qui n’ont rien à envier aux plus grands blockbusters hollywoodiens. Mais, pourquoi cette réticence à investir dans la nouveauté. D’où vient cette risquophobie exacerbée qui tue peu à peu la création vidéoludique ?

J’entends déjà toutes les voix des joueurs passionnés hurler à tous vents que le risque est trop cher et qu’Activision préférera toujours le profit certain à celui hypothétique d’une nouvelle licence. C’est sans aucun doute une des raisons de cette aversion pour le risque d’Activision. Mais cette aversion à une source, une cause profonde et cette cause c’est nous, les joueurs, qui par notre comportement de consommateurs entretenons cette situation.

 Les échecs commerciaux de jeux novateurs comme Mirror’s Edge, MadWorld ou Dead Space premier du nom sont la preuve que l’innovation n’est pas toujours récompensée par le joueurs malgré un soutien de la presse et une volonté véritable de l’éditeur de proposer des expériences nouvelles. L’année 2008 d’Electronic Arts a été littéralement plombée par l’échec de deux jeux dans lesquels l’éditeur avait beaucoup investis mais qui n’ont pas reçu le soutien escompté d’un public qui réclame pourtant à corps et cris de la nouveauté. L’année d’après Call of Duty : Modern Warfare 2, suite réussie mais classique de Call of Duty 4: Modern Warfare, explosait tous les compteurs de l’industrie. Comment voulez-vous que devant cet état de fait un éditeur soucieux de sa survie économique continue à prendre des risques.

Alors, il est temps que les joueurs prennent leurs responsabilités et qu’ils comprennent que l’acte d’achat est un acte militant. Car il est clair que le jour où la série des Call of Duty ne sera plus la vache à lait qu’elle est pour le moment, Activision n’hésitera pas une seule seconde à l’arrêter elle aussi. Il est temps que les joueurs qui conspuent Activision sur les forums la journée pour se retrouver sur les serveurs de Call of Duty : Black Ops le soir même se remettent en cause et choisisse une attitude logique avec leurs revendications. Il est temps que les joueurs sachent également prendre le risque en achetant un jeu innovant plutôt que de tomber dans l’achat rassurant d’une resucée éternelle de la même formule.

Les éditeurs ne sont pas des enfants de cœurs ni des œuvres de charité.

Mais, très chers compagnons joueurs, il est grand temps de prendre nos responsabilités.

Et moi le premier.  

Arthur

 

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COMMENTAIRES
-AtantoinE-
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-AtantoinE-
14/02/2011, 14:07
Complétement d'accord, la plupart des joueurs n'ont malheureusement pas encore cette notion "d'achat militant". En ce qui me concerne, j'aurais bien aimé acheté un Modern Warfare (mais un seul), histoire de voir à quoi ça ressemble ; mais Activision a une image tellement exécrable (merci Bobby) que jamais je n'achèterai un jeu de cette série à un prix aussi élevé (depuis le temps qu'il est sorti, le premier Modern Warfare a à peine baissé de prix !).

Par contre, en ce qui concerne Dead Space et Mirror's Edge, faut pas exagérer, ils sont loin d'avoir fait un bide. Les deux jeux ont quand même dépassé le million, il me semble, et la preuve en est que des suites sont en préparation (même si pour Mirror's Edge 2, c'est un peu plus long à se mettre en route, apparemment...). Quant au demi-échec de Madworld, on peut peut-être l'imputer au fait que ce fut une exclusivité, qui plus est une exclu sortie sur une console qui ne se prête pas trop aux jeux hardcore...

Rockolarea
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Rockolarea
14/02/2011, 14:17
C'est vrai qu'au final les jeux ont été des long-sellers. Mais sur le fiscal 2008 d'EA les revenus ont été bien trop faibles par rapports aux attentes. Enfin le mal est réparé pour Dead Space au moins car le 2 à l'air de se vendre comme des petits pains et c'est bien mérité !

eclypse
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eclypse
14/02/2011, 14:47
Beaucoup de second épisodes se sont vendus beaucoup mieux que le premier, en général le premier c'est pour imposer une licence, le second c'est pour imposer le gameplay.

Sinon tout a fait d'accord avec l'article. militons!! arretons d'engraisser Bobby

Bigquick
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Bigquick
14/02/2011, 15:13
ça fait des années que j'ai pas acheté un jeu Acti. Je crois que le dernier c'était Guitar Hero 3 sur PC, depuis plus rien. Bon évidemment, je me suis rué sur Starcraft II, mais je le considère pas comme un jeu Acti, contrairement à COD. Mais j'aime pas les COD. Pour moi, cette série est responsable d'un appauvrissement de gameplay pour les FPS, que ce soit en matière de solo comme de multi joueur. Il est loin le temps des FPS intelligent, qui n'abusaient pas de scipts, le tout dans des couloirs. Et il est loin le temps des FPS multi équilibrés, qui se basé avant tout sur le skill plutôt que sur des armes et habilités à débloquer. Et quand je vois que même Crysis 2 se met à cette mode, que même Battlefied s'y est mis (via les Bad Company) ça me fait mal.

Heureusement, Valve est toujours là, heureusement Battlefield 3 a l'air d'être une digne suite du 2.

Rockolarea
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Rockolarea
14/02/2011, 15:22
@ Bigquick : Amen.

-AtantoinE-
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-AtantoinE-
14/02/2011, 19:02
Et puis aussi, maintenant qu'ils font des chiffres de vente extraordinaires, on a tendance à oublier les innovations qui ont vraiment fonctionné : il y a qu'à voir Assassin's Creed qui, au départ, n'enthousiasmait pas forcément Ubisoft, et quoi qu'on pense de son gameplay ou de son histoire, ça reste une prise de risque. Idem pour d'autres jeux comme LittleBigPlanet, où le risque est peut-être plus grand encore. On pourra aussi citer la série des Final Fantasy qui ne cesse de se renouveler et qui remet à plat systématiquement tous ses acquis à chaque nouvel épisode, que ce soit le gameplay, l'univers ou les personnages (avec ça, on peut leur pardonner de vouloir tirer un peu sur la corde avec des titres comme FF X-2 ou FF XIII-2... :o) ).

Jaydi
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Jaydi
15/02/2011, 08:15
Je viens apposer ma petite critique à ce que tu énonces dans ton article. Il est toujours plus facile de réagir sur le travail de quelqu'un que de produire un article soi-même, mais il y a tout de même deux failles (à mon sens) qui me chiffonnent dans ton raisonnement.

Premièrement, tu utilises le mot "public" avec un peu trop de légèreté à mon goût. Le public, c'est la population, l'ensemble des personnes qui s'intéressent à une oeuvre.
Il y a donc le public de Call of Duty et le public de Dead Space. Les deux n'ont pas forcément grand chose en commun. En corollaire, on en déduit que finalement, le public ne peut pas se séparer d'une oeuvre, puisqu'il est composé uniquement des gens qui l'achètent.
Il faudrait je pense, dans le cadre de ton argumentation, utiliser le terme "marché". Et la encore, je ne saurais être d'accord avec toi: Black Ops se vendant mieux que Modern Warfare 2, on ne peut pas parler de désaffection ou de rupture avec le marché.

Et c'est là mon deuxième point: tu dis dans le texte, à la manière d'un homme politique bien connu, que "nous joueurs que nous sommes" étions prêts à débourser 70¤ pour un Call of Duty tous les ans. Argument très fallacieux puisque non, JE ne suis pas prêt à faire cela, tout comme la majorité des joueurs. Il ne faudrait pas oublier que tous supports confondus, on a des centaines de millions de joueurs et que les ventes de Call of Duty ne représentent qu'une infime partie de la population des joueurs.

Et directement de ce deuxième point je peux te rassurer: on n'aura jamais que des suites de suites de mêmes séries, pour la simple et bonne raison qu'avec uniquement des Call of Duty, on aurait 20 millions d'acheteurs satisfaits et d'autres centaines de millions qui n'achèteraient plus. Là on pourrait parler de désaffection (ou d'effondrement) du marché, ce qui inquiète beaucoup plus les éditeurs que toi, je pense.

Pour finir, concernant "l'achat militant", je suis plutôt hermétique à ce concept, puisque pour moi, un jeu vidéo c'est avant tout un plaisir (qui rapporte des milliards à une industrie, soit), donc on achète un jeu s'il est bien fait, beau, amusant ou innovant, mais certainement pas pour faire chier Robert Kotick.

VOIR AUSSI
Jeux : 
Call of Duty 4 : Modern Warfare
Mirror's Edge
Dead Space
Call of Duty : Modern Warfare 2
MadWorld
Call of Duty : Black Ops
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