Iridium Studios a fait de la musique son leitmotiv. Après son jeu de rythme Before the Echo, il propose cette fois un RPG musical du nom de People of Note (« Les gens de Note » en français). Un nom plus qu’évocateur puisque l’intrigue de ce nouveau jeu édité par Annapurna nous entraîne à la rencontre de plusieurs peuples sur un continent dont chaque pays a un style musical pour emblème. L’objectif initial d’une jeune chanteuse pop se transforme peu à peu en une quête bien plus ambitieuse et capitale. Avec son système de combat au tour par tour, le titre mélange les genres pour une expérience insolite et colorée. Mais malgré l’enthousiasme des premières minutes, tout ne parvient pas à convaincre. On fait le bilan sur PS5 avec notre test de People of Note.

People of Note, un jeu qui tient la cadence

People of Note démarre alors que Cadence, chanteuse pop qui rêve de gloire, veut absolument tenter sa chance au Notovision (concours de chant façon Eurovision). Elle qui ne vit que pour la scène ne parvient pas à trouver le son pour atteindre son objectif. Elle se met alors en quête d’artistes venus d’autres horizons qui pourraient l’aider à redéfinir sa musique. En route, elle se trouve embarquée dans une affaire bien plus importante. Un complot est en train de menacer la sécurité du continent tout entier. Doit-elle s’engager à corps perdu dans cette bataille impromptue ? Doit-elle reprendre sa route en solo ou faire confiance à ses nouveaux partenaires ? L’aventure voit ses enjeux gonfler crescendo. Voilà notre héroïne poussée de plus en plus dans ses retranchements.

Cinématique de Cadence dans People of Note.
© AUR pour Gameblog.

Malgré ses atours plutôt originaux, la trame de People of Note reste relativement classique : une héroïne qui peine à réaliser ses rêves doit aller à la rencontre d’inconnus aux antipodes de son profil pour accomplir un destin qu’elle ne soupçonnait pas. Iridium Studios ne prend pas de grands risques avec une intrigue assez prévisible. Mais l’équipe de développement ne s’en cache pas, n’hésitant pas à briser le quatrième mur avec le public par des répliques méta qui soulignent explicitement le fait que certains rebondissements ne sont finalement là que pour servir de prétexte à de nouveaux événements et retarder le dénouement. Le procédé fait sourire, mais on aurait tout de même aimé un peu plus de profondeur dans cette histoire.

À défaut, on appréciera bien plus la palette de personnages hauts en couleur de People of Note. Certes, Iridium mise sur des archétypes et peine à apporter un peu d’originalité à certains clichés, entre chanteurs égocentrés, rockeurs anticonformistes ou encore artiste électro introverti·e qui se cache derrière un masque. Pour autant, Cadence et ses compagnons ne manquent pas de charisme, tout comme leurs adversaires. Le studio parvient en plus à donner une personnalité propre à chaque peuple selon son style musical de prédilection. Il s’amuse même à créer des rivalités entre les genres, donnant lieu à des dialogues irrésistibles entre amateurs de grunge et défenseurs du métal par exemple. Sans compter les conflits personnels de chacun qui, tout en puisant dans des thèmes universels comme le devoir envers les siens ou l’addiction, deviennent la véritable force narrative du jeu, en parallèle de ses qualités ludiques.

People of Note réunit Cadence et Fret en forêt, autour d'un feu de camp.
© AUR pour Gameblog.

En avant la musique, un tour après l’autre

Quand on parle de RPG musical, difficile de se rendre compte de ce qui se cache derrière cette étiquette sans tenter l’expérience. Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, People of Note n’est pas un jeu de rythme. C’est bien un RPG avec des combats stratégiques au tour par tour, plus proche d’un Final Fantasy que de Crypt of the Necrodancer en somme. À ce titre, le gameplay fait résonner des mécaniques d’affrontements en équipe avec une personnalisation des compétences pour un résultat prometteur. Dommage qu'il n'aille pas totalement au bout de ses idées.

Un combat dans People of Note.
© AUR pour Gameblog.

À l’heure où on acclame la densité immédiate d’un RPG en monde ouvert comme Crimson Desert, People of Note propose une progression beaucoup plus traditionnelle. On démarre avec un seul personnage et des mécaniques basiques afin de se familiariser étape par étape aux nouveautés qui vont venir complexifier légèrement les combats. Ainsi, tout commence avec Cadence qui ne va pas tarder à s’offrir quelques battles sur sa route vers le Notovision. On découvre alors des combats au tour par tour on ne peut plus classiques où nos interactions dépendent de nos points d’action et de notre stratégie. À nous de choisir entre une attaque directe, une compétence spéciale qui peut être offensive, défensive ou octroyer des bonus et malus, ou le repos pour regagner des points d’action. Du déjà-vu, certes, mais qui fonctionne toujours autant aujourd’hui.

Cela dit, c’est sur la durée que People of Note révèle son plein potentiel. À mesure que Cadence fait du chemin, son équipe gagne des membres. De nouvelles variables sont aussi à prendre en compte. Presque chaque tour est placé sous le signe d’un genre musical spécifique. Ce système octroie un buff momentané au personnage qui y est rattaché. De plus, avec l’arrivée de partenaires dans le groupe, on débloque la possibilité de lancer un mashup, soit une attaque combinée. Seulement, en face, les adversaires font aussi preuve de nouvelles ressources. Ils usent de plus en plus souvent de malus contre nous. Les combats deviennent alors de plus en plus intéressants, en particulier face aux boss face à qui on appliquera une stratégie bien mûrie pour en venir à bout.

Attaque mashup de Cadence et Fret dans People of Note.
© AUR pour Gameblog.

En parallèle, People of Note nous invite à explorer chaque pays de Note pour déjouer le complot qui menace la sécurité de tous. Le jeu suit une trame linéaire, nous imposant donc de voyager d’un lieu à l’autre à son rythme. En revanche, on est un peu plus libre lorsqu’il s’agit de naviguer dans les zones de chaque région. Chacune est divisée en quartiers, avec ses boutiques, ses trésors cachés, ses PNJ plus ou moins bavards. On trouve même quelques mini-jeux avec une récompense à la clé. Ça donne envie de s'aventurer partout.

Même si l’exploration reste assez réduite, on a tout à gagner à inspecter les recoins de chaque rue. Qui sait sur quel accessoire on peut tomber pour booster nos statistiques en combat ? De plus, certains lieux sont propices aux combats aléatoires. C'est une idée pratique puisqu'on les lance soi-même pour s’entraîner et faire grimper nos personnages en niveaux. Comme dans bien des RPG, la curiosité est récompensée.

En revanche, progresser dans l’aventure ou dans son exploration facultative demande parfois de résoudre des énigmes environnementales qui ralentissent drastiquement le rythme. On comprend qu’Iridium Studios aurait voulu diversifier un peu l’expérience de jeu. Mais ces passages sont loin d’être captivants et se révèlent même lourds dans leur exécution. En tant que lite-RPG, People of Note pouvait largement se passer de ces mécaniques. Il aurait alors gagné à se concentrer sur les combats et l’aspect stratégique.

People of Note propose des énigmes et des trésors à trouver.
© AUR pour Gameblog.

Qui plus est, même si le jeu propose plusieurs niveaux de difficulté (un standard, un difficile et un plus facile qui résout à notre place les énigmes environnementales), le challenge reste modéré du début à la fin. Les adversaires les plus basiques ne représentent pas d’enjeu particulier et sont vite répétitifs. C’est pourquoi on attend surtout les combats de boss. Mais si ces affrontements sont plus intéressants, demandant d’être plus attentifs à sa stratégie, ils manquent clairement de piment et de complexité.

Iridium Studios prouve ici qu’il fourmille d’idées, sans pour autant aller totalement au bout. Par exemple, les attaques peuvent faire plus ou moins de dégâts grâce à un QTE à réaliser avec le meilleur timing possible. Or, cela aurait pu être déployé sur les capacités passives également. Plus encore, une véritable mécanique de rythme aurait été bien plus appropriée au lieu de cet ersatz. En résulte un gameplay sympa mais pas assez prenant pour nous marquer sur la durée. C'est tout l'inverse pour la réalisation artistique du jeu.

Fret lance une attaque dans People of Note.
© AUR pour Gameblog.

Une esthétique sans fausse note

Là où People of Note tire son épingle du jeu, c’est dans sa réalisation. Annapurna a le flair pour repérer les propositions singulières. Là encore, l’éditeur ne s’est pas loupé avec ce nouveau jeu. Iridium Studios y démontre toute son ingéniosité artistique. Que ce soit dans l’exploration en 2D isométrique, les combats en 3D ou les dialogues façon visual novel, l’équipe multiplie les techniques avec brio. Tout est magnifiquement réalisé, donnant vie à un jeu harmonieux, coloré avec soin, où chaque pays a son identité. Seules les cinématiques qui servent de clips chantés font un peu triste mine. Le design 3D manque vraiment de détails pour le coup. Néanmoins, elles témoignent elles aussi du savoir-faire du studio. En outre, ce dernier propose un jeu sans aucun bug, en tout cas sur PS5.

Premier aperçu de Synthia.
© AUR pour Gameblog.

Il faut aussi souligner le doublage très bien exécuté. Toutes les interactions qui font avancer l’histoire sont doublées en anglais, par un casting qui sert à merveille la galerie de personnages qui s’étend sous nos yeux. On salue évidemment les rôles principaux, dont Heather Gonzalez déjà entendue dans Monster Hunter Rise, ou encore Erika Ishii qui tenait le rôle-titre dans Ghost of Yotei, mais toute la distribution mérite quelques applaudissements. Bien sûr, une version française n’aurait pas été de refus. À défaut, on ne peut pas ne pas mentionner le travail minutieux des équipes de localisation. Elles nous servent là une traduction aux petits oignons. Les textes regorgent de références de toutes sortes à des artistes iconiques de la scène musicale française et internationale. Pourtant, le défi n’a pas dû être des plus simples à relever puisqu’elles interviennent le plus souvent dans un contexte comique. Chapeau bas.

Mais People of Note ne serait pas ce qu’il est sans sa partition musicale. Là aussi, c’est un sans-faute. Iridium Studios excelle dans la composition pour différencier les différentes régions. Il passe avec aisance de la pop au rock à l’électro, au rap, à la musique celtique et même au classique. Ainsi, chaque nouvelle zone traversée se distingue immédiatement de la précédente rien qu’à l’oreille. Cela va encore plus loin en combat, puisque les thèmes se suivent ou se mélangent. Ils rendent ainsi chaque rencontre unique à sa façon. Une prouesse dont peu d’autres studios peuvent se vanter.