Six ans après Haven, The Game Bakers est de retour avec un nouveau titre très audacieux. De quoi faire briller le savoir-faire à la française encore une fois ? Voici notre test.
De Clair Obscur Expedition 33 à Prince of Persia: The Lost Crown, en passant par Stray, on ne compte aujourd’hui plus le nombre de jeux ayant contribué à faire rayonner le savoir-faire français à l’international ces dernières années. Un savoir-faire qui, par le plus drôle des hasards, trouve alors à chaque fois son origine dans la même ville : Montpellier. Oui, celle-là même qui abrite également les équipes de The Game Bakers, à qui l’on doit notamment des œuvres comme Furi et Haven, mais aussi CAIRN, aujourd’hui disponible. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier porte très bien son nom, puisqu’il s’impose assurément comme une belle pierre supplémentaire à l’édifice des productions montpelliéraines qui nous ont charmé.
Ascension personnelle
Dès son annonce en 2024, CAIRN s’est rapidement distingué dans le paysage vidéoludique grâce à sa proposition relativement unique : celle de nous offrir un jeu d’escalade à la Jusant, mais avec une philosophie très différente. Car là où le titre de Don’t Nod, sorti en 2023, se voulait surtout être une expérience narrative dans l’âme, celui de The Game Bakers, lui, se veut bien plus orienté simulation. Cela dit, on vous rassure : cela ne veut pas dire non plus qu’il ne nous raconte rien. Bien au contraire. Car derrière l’apparente simplicité de son récit, qui nous invite à escalader la plus haute et plus mortelle des montagnes du monde dans la peau d’une alpiniste du nom d’Aava, se cache en réalité une histoire bien plus profonde.

En effet, l’objectif de CAIRN n’est pas seulement de nous conter l’histoire d’un record à obtenir en faisant de son héroïne la première personne à atteindre le sommet du Mont Kami. C’est aussi celui de nous conter un récit profondément humain, abordant des thématiques comme le dépassement de soi, la résilience, la détermination et la solitude. Pour ce faire, le studio n’hésite alors pas à nourrir l’expérience à grands renforts de world building, qui donne davantage de corps à cette montagne qu’on ne l’imagine. Car loin du lieu froid et désolé que l’on s’attend à découvrir, le Mont Kami cache en réalité de nombreuses petites histoires, dont il nous appartient de recoller tous les morceaux au fil de notre expédition.
Il en va d’ailleurs de même pour l’histoire d’Aava, qui se raconte, certes, au travers de multiples cinématiques et rencontres aussi fortuites que touchantes au cours du jeu, mais dont les tenants et les aboutissants ne sont pourtant jamais abordés trop frontalement. Et c’est précisément ce qui rend le récit de CAIRN si intéressant. Car dès lors, le défi offert par le jeu revêt une double dimension : celle d’une ascension lente, douloureuse et éprouvante jusqu’au sommet de la montagne ; et celle d’une introspection énigmatique et mystérieuse dans le passé de la montagne comme de l’héroïne. De quoi nous mener ensuite jusqu’à un dénouement tout simplement exceptionnel, source d’émotions que très peu de jeux peuvent se targuer de parvenir à proposer.
Le défi d’une vie
Bien sûr, tout le monde ne sera pas forcément réceptif de la même manière à la plume de The Game Bakers. Et dans le fond, ce n’est pas très grave. Car CAIRN a aussi et surtout pour volonté de proposer une expérience de gameplay très singulière au joueur. Vous le constaterez donc très vite : la notion de défi au cœur de l’histoire prend aussi tout son sens manette en mains. Car pour atteindre le sommet du Mont Kami, il vous faudra non seulement compter sur votre dextérité à déplacer Aava bras après bras, jambe après jambe ; mais aussi sur votre capacité à analyser et à dompter un environnement ouvertement hostile qui ne vous fera aucun cadeau.
Car outre la présence d’un cycle jour/nuit, qui s’accompagne alors d’une jauge de faim, de soif et de froid en fonction de la température, CAIRN comprend également une gestion dynamique du climat, qui peut donc d’une minute à l’autre compliquer votre ascension. Une bourrasque inopinée qui vous fait perdre l’équilibre, une pluie ruisselante qui nuit à votre adhérence, une couche de glace qui vous fait glisser… Oui, les dangers de chute – et de mort ! – sont absolument partout. Sans compter qu’Aava, décidément très inconsciente, n’a pas jugé utile d’enfiler ni gants, ni chaussures pour son expédition. Ajoutez donc à cela la gestion de ses blessures en cas de mauvaises prises, et vous avez une idée plus précise des enjeux qui vous attendent.
Et les choses ne s’arrêtent pas là. À une époque où les fameuses corniches peinturées continuent régulièrement de faire débat auprès des joueurs, CAIRN, lui, a décidé de jouer la carte de la simulation à fond. C’est pourquoi il ne faut pas vous attendre à pouvoir bénéficier de quelconques aides au cours de l’aventure. Ici, c’est à vous et à vous seul qu’il incombe de trouver le chemin le plus adapté pour votre ascension, en sachant qu’à l’instar d’un Zelda Breath of the Wild par exemple, Aava peut grimper absolument partout… mais à ses risques et périls. Autant dire qu’il est réellement indispensable de bien étudier le terrain avant de se lancer, donc, en cherchant notamment toutes les parois offrant le maximum de relief.
CAIRN, un jeu pour tous
Cela dit, rassurez-vous : CAIRN représente peut-être un défi, mais il est loin d’être insurmontable pour autant. Les points de sauvegarde y sont par exemple relativement nombreux, ce qui nous évite une trop grande frustration en cas de mort. Même si, autant vous prévenir tout de suite : de la frustration, il y en aura parfois. De même, entre deux séquences d’escalade plutôt ardues, le titre se laisse régulièrement aller à un chouïa d’exploration, propice à la découverte de quelques secrets et vivres indispensables à sa survie. Cela comprend alors toutes sortes de boissons et de soins, mais aussi de mets à cuisiner dans son bivouac. Car oui, concocter de bons petits plats en associant deux ingrédients vous permettra aussi d’obtenir des buffs temporaires mais très utiles.

Notons par ailleurs que de nombreux outils sont là pour nous aider durant notre ascension. Par exemple, Aava dispose de six pitons qu’il est possible d’insérer à (presque) tout moment dans la roche, de sorte à éviter une chute mortelle. Il faut toutefois bien veiller à les insérer correctement à l’aide d’un QTE, sous peine de les endommager et de ne plus pouvoir les récupérer ensuite. Il est également possible de maximiser son adhérence sur les parois à l’aide d’une poudre, fabricable en recyclant plusieurs déchets. Enfin, notons pour finir la présence de plusieurs modes de difficulté, parmi lesquels un mode « Explorateur » rendant l’expérience plus accessible afin que tout le monde puisse en profiter.
Solide, mais parfois friable
Vous l’aurez compris, CAIRN est peut-être un jeu ardu, mais il n’est pas non plus injuste. Tout a savamment été pensé par The Game Bakers pour nous offrir tous les outils dont nous avons besoin, et cela fonctionne dans l’ensemble plutôt bien. Car on pourra tout de même noter la présence de petits couacs ici et là, à l’instar par exemple d’un système d’endurance parfois capricieux et difficile à jauger, ou encore une maniabilité perfectible. De même, on n’aurait pas craché sur la présence de quelques mécaniques de gameplay supplémentaires, comme le fait de pouvoir courir en rappel sur les murs ou sauter d’une prise à l’autre lorsque les conditions le permettent. Car dans certaines situations, cela n’aurait pas été de trop.

Sur le plan technique, un framerate plutôt instable peut être noté à certains moments, même si cela ne nuit heureusement pas plus que cela à l’expérience. La présence de quelques bugs visuels est aussi à souligner, aux côtés de certaines animations un peu fofolles. Mais ce sont bien les seuls maux dont souffre le jeu de The Game Bakers, qui dispose d’une sympathique patte artistique en cel-shading. Et que dire des choix opérés par le studio pour la bande-son, si ce n’est qu’ils sont tout simplement merveilleux ? Tantôt mélancolique, tantôt poétique, elle accompagne parfaitement notre éprouvante mais exaltante ascension du Mont Kami pendant une douzaine d’heures. Et c’est bien tout cela qui contribue à faire de CAIRN une œuvre si singulière.



