Quand un ancien de Hazelight rejoint des fans d’anime des années 1980, ça donne Orbitals : un jeu de science-fiction full coop avec une esthétique hyper stylisée, qui aurait tout d’une série du Club Dorothée. Sur le papier, cette exclu Nintendo Switch 2 de la rentrée a de quoi nous emballer. Qu’en est-il manette en main ?
Dès son annonce, Orbitals a vraiment retenu notre attention avec son design au croisement de Dragon Ball et Ranma ½. Sans compter qu’il propose un gameplay entièrement coop à deux, en local ou en ligne, dans la lignée des jeux Hazelight (comme It Takes Two, le GOTY 2021, ou encore Split Fiction). Mais justement, cette première production du studio Shapefarm n’a pas encore toutes les armes pour rivaliser avec ses modèles. Pour autant, le jeu est bourré de bonnes idées à découvrir le 3 septembre 2026, en exclusivité sur Nintendo Switch 2. Au terme de cette aventure spatiale, il ne fait aucun doute que le studio a de la suite dans les idées. Mais, pour ce qui est de les mettre en pratique, on a quelques réserves.
Orbitals, une Odyssée à laquelle il manque quelques pages
Tout commence par une catastrophe, une scène de chaos dans un vaisseau spatial. 15 ans plus tard, la vie a repris son cours au sein de l’équipage qui travaille à remettre la base sur pied. Et nous voilà entrant en scène en binôme, dans la peau de Maki et Omura, deux jeunes orphelins considérés comme frère et sœur qui aident à réparer les protections du vaisseau-mère. On s’apprête alors à partir pour une mission qui va tout changer.
C’est ainsi que démarre pour nous une succession de petites quêtes à travers l’espace. On embarque dans notre propre vaisseau pour voyager de planète en planète afin de récupérer du matériel indispensable pour la base. Chaque nouvelle opération est une opportunité pour Maki et Omura de découvrir le monde, de constater les dommages causés aux alentours, mais aussi de s’émerveiller devant le champ des possibles, eux qui ne connaissaient pas l’extérieur. On partage rapidement leur curiosité face à ces décors dépaysants, peuplés d’animaux originaux dans des habitats variés qui plus est. Shapefarm développe un bel univers, généreux, qui donne sincèrement envie d’en voir encore plus.

Mais c’est aussi ce désir d’en voir plus qui nous laisse sur notre faim. Après un total de 4-5 heures de jeu, on ne peut pas nier que Maki et Omura forment un duo attachant et complémentaire. L’une étant enjouée, l’autre taiseux. C'est un peu cliché, mais ça marché bien. Puis, ils ont une belle relation avec les membres de leur équipage. Kinakoko et Togen font un peu figure de grand-mère et grand-frère de substitution pour eux. Sauf que, malheureusement, on n’apprend jamais vraiment à les connaître davantage les uns et les autres, même nos protagonistes. On est parti à l’aventure, on a vécu des choses dans la peau de ces personnages... Pourtant, le constat est là : ils sont encore presque des inconnus à la fin, tant leur histoire personnelle reste évasive.
Ce n’est pas faute d’apporter quelques surprises au cours de l’histoire. Mais le scénario, trop pressé d’aller droit au but, oublie des éléments de contexte nécessaires à l’appréhension de l’univers et des personnages d’Orbitals. On a du mal à se sentir véritablement impliqué, même au moment du twist final. C’est un peu comme si on regardait une série mais qu’il manquait des épisodes cruciaux pour en comprendre les enjeux. Et c’est d’autant plus regrettable que Shapefarm met sur la table ses propres réflexions sur des questions philosophiques déjà vues en science-fiction et dans des mangas hyper populaires. Le studio a clairement des choses à raconter, mais n’a pas encore la plume suffisamment affûtée pour nous toucher comme il le souhaiterait et pour trouver le juste équilibre avec son gameplay.
Une promenade de santé qui se joue à deux
S’il y a une chose qu’on ne peut pas retirer à Orbitals, c’est d’avoir compris ce qui rend si plaisante les expériences coop. En même temps, la patte Hazelight est bien perceptible, apportée par Jakob Lundgren, le game director qui a fait son parcours au sein du studio suédois avant Shapefarm. Avec son équipe, il est parvenu à créer plein d’occasions de créer de la complicité avec l’autre et de nourrir la curiosité des joueurs. Le jeu fourmille de détails et d’interactions environnementales qui rendent l’univers très vivant.
Impossible de résister à l’envie de se balader un peu partout pour voir avec quoi on peut jouer ou sur quoi on peut tester les armes à disposition. Combien de fois suis-je tombée sur un animal ou un objet qui cachait une animation sympa que j’avais envie de faire découvrir à ma partenaire de jeu, et vice versa ? Ça crée du partage et ça nous immerge dans ce petit monde coloré.
Cela se retrouve également dans les phases de gameplay plus dynamiques, où la collaboration est de mise pour progresser. Là où un titre plus cosy comme LEGO Voyagers pouvait presque s’imaginer jouable en solo, Orbitals multiplie les situations où on doit réfléchir à deux pour résoudre une énigme ou se coordonner pour se faire avancer l’un et l’autre dans un environnement hostile. L’entraide est alors indispensable pour activer des plateformes, aligner des symboles ou ouvrir des portes à distances. D’autant que Shapefarm a pensé à nous équiper d’armes avec des effets différents, comme un grappin ou un genre de pistolet à eau. À nous de nous les répartir entre nous et d’affronter ensemble les obstacles sur notre route. C’est assez classique dans l’exécution et un peu lent à gagner en intérêt, mais ça fonctionne bien. On sent vraiment qu’on forme une équipe et que cette aventure se vit à deux.

Sans compter que le studio crée de temps en temps la surprise avec des variations dans le gameplay. Orbitals délaisse quelquefois son manteau de plateformer 3D à la troisième personne. Il fait alors de petits pas de côté dans d’autres styles de shooter ou vers le jeu de rythme. Dans l’exécution, le passage d’un genre à l’autre n’est pas toujours adroit, mais l’idée est là. En même temps, c’est difficile de passer après un Split Fiction ultra-généreux et ultra-maîtrisé. Mais on sent une envie d’expérimenter de la même manière chez Shapefarm. Même les mini-jeux, qui permettent de se challenger à deux, sont de petites parenthèses chouettes à essayer au moins une fois, même si on n’y reviendra pas forcément après. Il manque encore un peu de peaufinage et de sens du timing. Or, c'est ce qui donnerait de l’ampleur à ces passages pour les rendre aussi mémorables qu’ils le mériteraient.
Mais là où le jeu reste plus anecdotique finalement, c’est dans sa partie navigation en vaisseau. En fait, on se demanderait même si certains passages ne servent pas surtout de temps de chargement déguisé pour le prochain environnement à explorer, car on se contente d’avancer tout droit dans un couloir spatial. Il y a bien de rares séquences plus intenses, notamment les combats de boss, où une vraie synergie se crée. Elles rappellent un peu l’approche multijoueur coop du remake de Star Fox sorti en juin dernier : un joueur pilote et balance des bombes pendant que l’autre mitraille ou repousse la menace. Mais dans l’ensemble, le gameplay en vaisseau manque cruellement de peps. C’est regrettable pour un jeu de science-fiction qui mise en partie là-dessus, d’autant que l’emballage avait tout d’une pépite.

L’anime qu’on aurait tous voulu voir dans les années 1980
Même si Orbitals reste trop timide à bien des égards, sa direction artistique est une merveille. Outre le chara design qui rend un bel hommage aux anime des années 1980 dans son trait et ses choix de couleurs, le passage entre les séquences de gameplay en 3D et les cinématiques en 2D de Massket Studio fonctionne à merveille. C’est comme si on retrouvait ce qui se faisait de mieux il y a 40 ans. Et on aime ça toujours autant aujourd’hui. On a des vaisseaux à la Dragon Ball, des coiffures à la Ranma, l’émerveillement de la découverte comme dans le Château dans le ciel, et même la curiosité des créatures de Valérian et Laureline. Shapefarm détient une vraie mine d’or entre ses mains.
D’autant plus que le studio affirme ici sa personnalité jusque dans la technique. Dans son gameplay, Orbitals a beau tourner à 60 FPS. Mais ses personnages, eux, sont animés en 24 images par seconde, comme les dessins animés. C’est exactement le genre de parti pris qu’on avait déjà aimé dans South of Midnight. Et encore, le décalage était plus marqué chez Compulsion Games et, en cela, peut-être un peu plus difficile à appréhender. Entre cet affichage et la maîtrise du cell-shading, Shapefarm nous fait littéralement jouer à un anime. C’est pourquoi l’expérience est particulièrement savoureuse à appréhender visuellement.

Puis, on ne peut pas parler d’animation sans évoquer le doublage. Orbitals a l’honneur d’être entièrement doublé en français, entre autres langues, et c’est un régal. On comprendra évidemment que certains se tourneront plutôt vers les voix japonaises, mais quoi de mieux pour se replonger dans l’esprit Club Dorothée que d’opter pour la VF ? D’autant plus qu’on a droit à un casting tout droit venu du monde des anime, avec des voix venues de Dragon Ball (Brigitte Lecordier), Sword Art Online (Pascal Gimenez) ou encore My Hero Academia (Victor Niverd). Ça fonctionne à merveille et nous fera même oublier la musique plutôt générique, à l’exception du générique d’ouverture pensé comme un véritable opening.
On doit aussi noter que le jeu tourne globalement très bien sur Nintendo Switch 2. Entre les choix de direction artistique et l’exclusivité à une plateforme, Shapefarm a su en tirer le meilleur parti en termes de performances. L’expérience est fluide et même le fait de se balader en écran scindé dans différentes zones n’augure pas de ralentissement. Aucun bug notable en vue pour une expérience qui glisse toute seule jusqu’au bout. Même le confort de jeu reste globalement le même entre le mode docké et portable.