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Test de Octopath Traveler (Nintendo Switch)

TEST d'Octopath Traveler (Switch) : Huit, ça suffit !

Par Thomas Pillon - publié le

Aperçu pour la toute première fois au beau milieu d'un trailer lors la très officielle présentation de la Switch par Yoshiaki Koizumi en personne, project Octopath Traveler - devenu par la suite Octopath Traveler, s'est enfin laissé dompté, après un an et demi d'une attente que seules les grandes aventures savent générer. 

Auréolé du succès des deux épisodes de Bravely Default, le studio Acquire (responsable entre autres du très addictif et très imprononçable No Heroes Allowed, No Puzzle Either !) est venu prêter main forte au géant du J-RPG dans cette drôle d'aventure entre deux époques. Et s'il est désormais clair qu'Octopath Traveler est un bonbon à l'ancienne destiné aux joueurs dont les tempes devraient gentiment commencer à grisonner (lire notre longue interview), suffit-il pour autant de jouer la carte de la nostalgie pour retrouver les saveurs d'antan ? 

Mieux vaut bien choisir son personnage de départ : il vous suivra jusqu'au bout.

8-Way Run, Forrest

Vous le savez déjà, car la littérature sur le sujet fut assez abondante : Octopath Traveler vous permet d'incarner huit personnages aux histoires et aux passés différents, même si de timides liens se tisseront finalement entre elles (mais gardons la surprise pour plus tard, voulez-vous ?). Peu dirigiste, le jeu vous propose ainsi de choisir n'importe lequel de ces aventuriers en devenir (coucou Seiken Densetsu III) pour démarrer l'aventure : libre à vous de parcourir les biographies de ces petits amas de sprites avant de faire votre choix. Dans les faits, aucun d'entre eux n'est plus idéal qu'un autre pour se lancer à l'assaut de ce vaste monde, même si nous déconseillerons bien volontiers de porter votre dévolu sur la jeune Ophilia, qui concentre dans son histoire les torrents de niaiserie qui nous ont gentiment été épargnés partout ailleurs.

J-RPG oblige, Octopath Traveler ne peut s'empêcher de trébucher sur quelques clichés et poncifs du genre, en ayant par exemple la main lourde sur les orphelins et les revanchards de tous poils. Mais qu'importe, puisqu'avec ce casting aussi paritaire que le gouvernement d'Édouard Philippe, même les rôlistes chipoteurs trouveront là chaussure à leur pied. Entre Primrose, la danseuse qui fuit son mac pour se lancer à la poursuite des assassins de ses parents; Alfyn, l'apothicaire désireux de quitter son bled pour enrichir ses techniques de soin; Olberic, le chevalier trahit par son seigneur qui tente de mener une vie paisible; Tressa, la jeune marchande qui quitte le cocon familial pour explorer le vaste monde qu'elle perçoit à l'horizon; Cyrus, le savant bourreau des coeurs, en congé sabbatique pour chasser un ancien manuscrit; Ophilia, l'orpheline devenue malgré elle usurpatrice d'un étrange rituel initiatique; H'aanit, la chasseuse aux tendances naturalistes qui se lance au secours de son vieux maître disparu; et Therion, le voleur autrefois emprisonné qui partira la fleur aux dents à la recherche de précieux trésors, il y a vraiment de quoi faire.

Les croisements sont timides mais arrivent aux bons moments.

Dans chaque bourg, l'arène

Si les aventures plus ou moins sombres de notre équipe du Tour de France paraissent a priori déconnectées les unes des autres, Octopath Traveler va prendre un malin plaisir à esquisser quelques clins d'oeils qui laissent jusqu'au bout espérer une sorte de dénouement global... en vain, et c'est bien dommage. Mais la narration et la profondeur scénaristique qui vous seront proposées dépendront en grande partie de vos choix : dans la mesure où aucun des huit protagonistes n'incarne à proprement parler le rôle de héros (coucou Final Fantasy VI), il vous incombe de choisir quels compagnons embrigader, sachant que vous pourrez pleinement vous satisfaire d'une troupe de quatre personnages pour voir le bout de l'(eurs) aventure(s). Et peu importe vos goûts : le quatuor en lice dévoilera à l'occasion ses conversations entre membres, comme à peu près n'importe quel épisode de Tales Of.

Concrètement, Octopath Traveler se découpe en plusieurs chapitres inhérents à chaque aventurier : libre à vous de grinder pour directement découvrir la suite d'une intrigue particulière, ou de poursuivre celles de vos co-équipiers, qui peuvent parfois avoir des intérêts au même endroit. Car si la progression reste très libre (moyennant un niveau acceptable qui varie dans chaque contrée), elle pousse assez naturellement le joueur à s'éparpiller un peu plutôt que de se focaliser sur tel ou telle protagoniste, même si rien ne l'empêche concrètement. La world map vous indique ainsi dès la conclusion d'un chapitre dans quelle bourgade se déroulera la suite du feuilleton, sachant qu'il faudra entre temps prendre une bonne dizaine de niveaux pour tenir la distance. On voudrait gentiment vous obliger à ne pas avancer trop vite avec votre équipe de base que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

Il va falloir dépenser des fortunes pour en arriver là...

Octopoussif ? 

Si cette grande liberté laissée au joueur lui permet d'organiser son aventure comme bon lui semble, elle fait aussi complètement disparaître le moindre effet de surprise. N'espérez pas tomber inopinément sur une saynète au détour d'un sentier : les seules (longues) phases de dialogues faisant avancer l'histoire de l'un de vos compagnons ne se déclencheront que lorsque vous déciderez de lancer un nouveau chapitre, en arrivant dans le bon bourg. Adieu, donc, les rencontres surprises typiques du genre, place à une organisation et un cadrage macroniens, qui ne parviennent pourtant pas à faire jouer la carte de l'équilibre. Octopath Traveler a pris soin de creuser un fossé entre ses phases d'exploration et de combats délibérément libres, et sa narration citadine qui semble se moquer des campagnes. 

L'illusion fonctionne durant les premières heures de jeu, mais au fur et à mesure que l'on progresse, les ficelles apparaissent au grand jour, et finissent malheureusement par lasser un peu. Qu'importe : si l'envie vous prend de partir à l'aventure sans chercher à faire progresser l'histoire, votre curiosité sera récompensée. En expérience d'abord, puisque les combats restent évidemment au coeur du gameplay, mais surtout en items : le vaste monde en est rempli, et vous épargnera de coûteux achats en ville, surtout avec une bourse si malmenée. Car si la joie de trimbaler sa petite troupe ne connaît pas d'équivalent, vos finances sont à l'image des familles nombreuses : au bord du gouffre. Huit combattants, ce sont aussi huit bambins à vêtir et à équiper en conséquence, et votre maigre butin ne vous permettra jamais de vous offrir les meilleures armes qui leur font tourner la tête, sauf à jouer l'odieuse carte du favoritisme assumé. 

Chaque affrontement mené de main de maître vous octroie une myriade de bonus.

Expression Number 8

Il va donc falloir faire de véritables choix, dans l'équipement, mais aussi dans le casting de votre quatuor, car votre stratégie et votre efficacité dépendront avant tout des Link Up qui monteront sur scène. À l'instar des plus grands (re-coucou Final Fantasy VI, donc), chacun des héros d'Octopath Traveler possède une magie, une arme ou une capacité propre qu'il faudra intelligemment exploiter en combat. Cela tombe bien : tous vos adversaires sont systématiquement sensibles à ces armes et/ou magies, et il vous faudra d'abord identifier les failles de la défense pour monter en attaque au bon moment. Histoire de faciliter un peu la tâche, les faiblesses déjà mises à jour resteront affichées lors des futurs affrontements (yo, Persona 5), une bonne idée qui renforce le sentiment de maîtriser peu à peu son environnement à force de défoncer tout ce qui bouge. Et au pire, Cyrus pourra toujours vous dévoiler une faiblesse élémentaire grâce à ses talents de mage noir. Je l'aime bien moi, Cyrus.

L'exploitation des fêlures adverses vise avant tout à briser leur garde, une condition sine qua non pour infliger ensuite de véritables dégâts (donc oui, comme dans Final Fantasy XIII, bien vu). Chaque ennemi possède une icône en forme de bouclier qui vous indique combien de coups il faudra porter pour briser leur armure, ce qui vous donne une indication supplémentaire pour construire votre stratégie. Car il faudra profiter du tour et demi de stun pour littéralement massacrer vos adversaires, ce qui nécessite d'avoir au préalable mis de côté vos atouts... Et pour peu que vous pestiez devant le mauvais équilibre de votre troupe, le changement de classe aura vite fait de vous ouvrir bon nombre de portes, à condition d'avoir conservé sous le coude quelques points de compétences bien utiles. Quel dommage, en revanche, que les classes supérieures n'arrivent que si tard dans l'aventure : au vu du niveau requis pour les débloquer, elles n'ont quasiment plus aucun intérêt, sauf à avoir scindé son équipe en deux quatuors distincts.

Voilà un des nombreux sacs à PV qu'il va falloir affronter. Courage.

Le cumul des mandales

Directement hérité de Bravely Default, le système de combat permet en effet de cumuler les tours : il suffit pour cela d'asséner un coup "classique" pour qu'un voyant d'Exaltation s'allume au tour suivant. Cumulables jusqu'à cinq, ces coups supplémentaires permettront alors de frapper jusqu'à quatre fois avec la même arme, ou de démultiplier les dégâts de chaque type de magie, offensive ou défensive. Cela n'a peut-être l'air de rien, mais cette subtilité structure chaque affrontement, et peut faire basculer la situation à votre avantage pour peu que vous jouiez avec quelques coups d'avance. Une fois maîtrisé, ce système devient véritablement jouissif, et prend encore un peu de hauteur contre les dantesques (et fichtrement corsés) boss du jeu : souvent accompagnés, les ennemis les plus coriaces nécessitent un plan de bataille au poil, sans quoi vous vous ferez purement et simplement massacrer. Le petit sort de rien du tout multiplié par quatre devient redoutable et économise quelques points de magie, un avantage certain lors des affrontements marathons.

Et à l'inverse de ces bons vieux Dragon Quest, il ne faudra pas compter sur un levelling intensif pour vous en sortir d'une pirouette : équilibré comme rarement (au moins dans sa première moitié), Octopath Traveler adapte souvent le niveau de vos adversaires à celui de votre groupe. Dès le début de l'aventure, la progression se veut fluide, cohérente, et se module ensuite au fur et à mesure que se construit votre petit groupe. Un nouveau héros se joint à votre petite sauterie ? Aucun problème : quelques affrontements lui permettront très rapidement de rejoindre le niveau médian, pour ensuite progresser au même rythme que tout le monde. Une mécanique de précision digne d'un horloger suisse qu'il convient de saluer à sa juste valeur, tant l'aventure réussit à ne jamais craquer trop fort son slip, pour peu que l'on s'occupe équitablement de toute la marmaille. Chapeau bas, m'sieurs dames. Le constat ne s'applique cependant pas aux boss, qui font quasiment tous preuve d'une résistance qui en enverra plus d'un à l'asile de fous. Même avec le niveau recommandé, la plupart d'entre eux s'avèrent être de vrais sac à PV doublés de machine à DPS. La victoire sur le fil n'en est évidemment que plus belle, mais attendez-vous à quelques défaites salées après un quart d'heure d'affrontement d'une intensité rare... 

L'effet de flou n'est pas toujours des plus heureux...

Flou pixelartistique

Mais au-delà de son game system, Octopath Traveler s'était avant tout fait remarquer dès les premières images par ses graphismes ô combien particuliers. Fruit de la cohabitation du pixel art et de la profondeur de l'Unreal Engine 4, l'aspect visuel fonctionne relativement bien, et dégage malgré ses polygones un brin grossier un charme rétro satisfaisant. Si l'effet de flou qui entoure l'action n'est pas toujours des plus agréables, l'immense variété des contrées traversées renouvelle constamment l'effet de surprise, et ce malgré des villes qui finissent malheureusement par toutes se ressembler passée la vingtaine d'heures de jeu. L'impression de duplication des bâtiments et des ruelles finit par pointer, et ce n'est pas l'expansion des plus grosses bourgades en plusieurs zones qui inversera cette impression. Et histoire de rester polis, nous ne nous attarderons guère sur les mini-travellings mécaniques qui amorcent et clôturent chaque scène de dialogue, tant ils perdent de leur intérêt à chacune de leurs (trop) nombreuses utilisations.

Les environnements extérieurs profitent quant à eux d'une bien plus grande variété, et confèrent une véritable dimension de voyage à l'aventure : avant de pouvoir se téléporter d'une ville à l'autre, il faudra arpenter d'innombrables paysages qui n'échappent pas aux canons du genre, mais brillent par leur variété et leur souci du détail. La bande-son qui habille cette brochette de côtes, forêts, déserts et autres cimes est d'ailleurs au diapason de ce large panorama, et déroule une multitude d'instruments qui empruntent à de nombreuses traditions musicales européennes. En revanche, Octopath Traveler manque peut-être d'un thème véritablement mémorable pour hisser ses compostions au niveau des plus grands J-RPG, bien que l'effort eût été assurément immense pour Yasunori Nishiki, pour la première fois seul aux manettes. L'évolution et la variété des thèmes de combat témoignent en tous cas d'une véritable volonté de ne jamais lasser les joueurs durant les 50 à 60 heures qu'il faudra pour faire le tour des scénarii principaux (tablez sur une grosse trentaine si vous préférez rusher votre main). Les mélomanes apprécieront les nombreuses variations d'un même thème toujours fort à propos, mais l'OST risque de ne plus tourner dans votre playlist d'ici quelques mois.

Vous avez dit Dragon Quest VIII ?

Qui sème le vent récolte le tempo

Il ne manque pour ainsi dire pas grand chose à Octopath Traveler pour venir s'installer sans rougir dans le club très fermés des mastodontes auxquels il emprunte presque tout. La synthèse qui s'opère tout au long de l'aventure témoigne d'une véritable compréhension des limites du genre, ainsi que d'une volonté de dépasser les clichés dont nous avons tous depuis trop longtemps soupé. Pour autant, malgré ses très nombreuses qualités, la nouvelle licence de Square Enix et Acquire manque d'un véritable effet de  surprise, un je-ne-sais-quoi que vous n'aviez pas vu venir, et qui marquera comme tant d'autres une étape dans votre parcours de J-rôliste. 

Que l'on se restreigne volontairement avec une équipe de départ où que l'on explore toutes les possibilités et les contrées qu'offrent l'aventure, l'impression d'avoir affaire à un périple trop bien encadré demeure jusqu'au(x) dénouement(s), puisque l'on comprend bien vite que le joueur reste le seul maître du tempo scénaristique. Ce ne sera jamais une raison suffisante pour passer à côté d'une aventure qui réussit avec brio un exercice d'équilibriste particulièrement casse-gueule. Mais comme en cuisine, il est rare, même pour les grands, d'assaisonner à la perfection un met parfaitement maîtrisé... Pensé pour ne frustrer personne, Octopath Traveler se veut avant tout pratique, une erreur de jeunesse qu'on lui pardonnera sans mal, en espérant sincèrement que la formule nous reviendra vite bonifiée comme il se doit.

Très bon
8
Aussi millimétré que prévisible, Octopath Traveler réussit d'entrée de jeu à s'imposer comme une nouvelle franchise qui offre une véritable madeleine de pixels aux vieux briscards du J-RPG, fatigués des dérives du genre. Simple et solide sur ses appuis, il ne manque que peu d'éléments au fruit du partenariat entre Square Enix et Acquire pour s'imposer comme un must-have incontestable. Délicieusement rétro, doté d'un système de combat profond et modulable à souhait, et proposant un vrai challenge qui évite le grinding inutile, Octopath Traveler loupe malheureusement le coche en ce qui concerne la narration et le renouveau sur la durée. A l'émerveillement continu des premières heures succède finalement une certaine routine qui ne lasse pas pour autant, mais dévoile les ficelles d'une aventure efficace et variée, qui ne surprend jamais vraiment. Il ne faudra pas bouder son plaisir pour si peu, puisque le titre débarque à point nommé pour se laisser tranquillement siroter tout l'été, à son rythme, et n'en garder que les bons souvenirs. Mais comme un amour de vacances, il faudra tôt ou tard se quitter, en espérant se retrouver bonifiés dès l'été prochain...
par
+ On aime
  • Huit personnages aux histoires très différentes.
  • Un univers riche et varié qui donne vraiment la sensation de voyager.
  • Des classes interchangeables qui offrent beaucoup de liberté.
  • Un système de combat tactique et profond.
  • Un challenge certain.
  • Les différents scénarii qui permettent d'éviter le grinding à outrance.
  • Une bande-son variée toujours raccord avec l'ambiance des lieux.
- On n'aime pas
  • Une aventure qui manque de folie.
  • L'équilibrage entre exploration et narration pas franchement réussi.
  • Des boss carrément interminables qui vont en rendre certains hystériques.
  • Levelling obligatoire pour ceux qui ne jouent pas le jeu de la complétion.
  • Les villes qui finissent par toutes se ressembler.
  • Les classes supérieures qui arrivent bien trop tard pour en profiter.
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Mieux vaut bien choisir son personnage de départ : il vous suivra jusqu'au bout. Les croisements sont timides mais arrivent aux bons moments. Il va falloir dépenser des fortunes pour en arriver là... Chaque affrontement mené de main de maître vous octroie une myriade de bonus. Voilà un des nombreux sacs à PV qu'il va falloir affronter. Courage. L'effet de flou n'est pas toujours des plus heureux... Vous avez dit Dragon Quest VIII ?

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