C’était il y a déjà presque six ans. Le 11 juin 2020, alors que Sony levait enfin le voile sur la PS5 au détour d’une grosse conférence, Capcom profitait de l’occasion pour annoncer une nouvelle licence, Pragmata, qui a immédiatement tapé dans l’œil de bien des joueurs. Initialement attendue pour 2022, celle-ci aura néanmoins mis plus de temps que prévu à arriver jusqu’à nous, la faute à un développement visiblement plus compliqué qu’anticipé. Mais nous y sommes enfin. Le 17 avril 2026, le nouveau bébé des créateurs du studio japonais sera enfin disponible sur PS5, Xbox Series, PC et Nintendo Switch 2, et nous avons eu la chance de le découvrir en amont de sa sortie. De quoi confirmer une bonne fois pour toutes les excellentes impressions qu’il nous avait laissées lors de nos différentes previews ? C’est ce que nous allons voir dans ce verdict final.

Pragmata, un jeu qui a du cœur

À l’instar de Kunitsu-Gami: Path of the Goddess en 2024, Capcom mise sur quelque chose d’assez différent avec cette nouvelle licence. En effet, avec Pragmata, nous quittons cette fois-ci la Terre direction la lune pour y découvrir les aventures de Hugh Williams, un astronaute pris au piège au cœur du Berceau, une station spatiale désormais aux mains d’une intelligence artificielle devenue hostile. Pour ce faire, ce dernier n’est toutefois pas totalement seul puisqu’il peut très vite compter sur le soutien de Diana, une androïde à l’apparence de petite fille avec laquelle il noue rapidement un lien. Et c’est d’ailleurs assurément l’une des plus grandes forces de cette nouvelle œuvre : la relation qui se développe entre les deux protagonistes, portée par une écriture aussi touchante qu’émouvante.

Pragmata
© Gameblog

Réussir un tel exploit avec des personnages d’un jeune âge est pourtant loin d’être chose facile, la frontière entre la beauté de l’innocence et l’agacement provoqué par la jeunesse pouvant parfois être assez ténue. Mais Capcom a su relever le défi avec brio. Non seulement Diana s’avère être une jeune fille terriblement attachante, mais en plus sa relation avec Hugh s’impose rapidement comme l’un des moteurs principaux de Pragmata, un peu à la manière de la relation Ellie / Joel dans The Last of Us. Une comparaison qui reste, bien sûr, à prendre avec toute proportion gardée, Capcom n’ayant pas non plus la plume d’un studio comme Naughty Dog. Et cela se ressent notamment dans l’écriture de tout ce qui entoure les événements du jeu, malheureusement un peu plus en retrait par rapport au reste.

Pourtant, on vous rassure tout de suite : Pragmata a bien des choses à nous raconter, et elles sont même très intéressantes. L’univers du jeu, caractérisé par les activités du Berceau, nous est régulièrement conté et dévoilé au fil de notre progression par de nombreux documents, qu’il s’agisse de journaux textuels ou de logs vidéos. C’est d’ailleurs ce qui permet au titre de Capcom d’apporter une vraie réflexion autour de l’IA, à une époque où le sujet n’a jamais été aussi populaire. Car le studio aura peut-être mis beaucoup plus de temps que prévu à accoucher de ce nouveau projet, mais cela semble d’une certaine manière bien lui servir. Ou en tout cas dans une certaine mesure, puisqu’il y avait probablement moyen d’approfondir davantage cet aspect pour faire de Pragmata un jeu à l’impact bien plus important.

Test
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Car c’est peut-être cela, finalement, que l’on pourrait reprocher au titre. Si ce dernier n’a aucun mal à nous transporter du long de la douzaine d’heures que dure son récit, il lui manque tout de même ce je-ne-sais-quoi qui aurait pu le rendre plus mémorable encore dans le paysage vidéoludique. Cela veut-il dire que Capcom nous a livré un jeu oubliable pour autant ? Pas le moins du monde. Rien que pour la caractérisation de ses héros, mais aussi l’écriture de leur relation, Pragmata n’aura aucun mal à marquer quelques esprits. Surtout au vu de la nature de sa conclusion. Mais pour tout ce qui concerne les motivations du scénario, ainsi que celles de l’antagoniste du jeu – sur lequel nous resterons volontairement muets, il y avait assurément moyen d’approfondir un peu les choses.

Hack n’ shoot

L’une des autres forces de Pragmata, au-delà de l’écriture de ses protagonistes, réside également dans la proposition de son gameplay, qui est tout simplement rafraîchissante à souhait. Alors que les créateurs du jeu auraient pu se contenter de nous offrir un TPS tout ce qu’il y a de plus classique, ils ont à la place préféré opter pour un système de jeu original, qui tire pleinement parti du thème de son scénario. Et c’est précisément ce qui rend les combats aussi intéressants. Intimidante au premier abord, l’approche choisie par Capcom, qui mêle à la fois tir et hacking, n’est pas seulement plus intuitive qu’il n’y paraît, elle est aussi très amusante. Concrètement, chaque affrontement nous impose de jongler en temps réel entre les capacités de Diana, capable de pirater les robots pour optimiser les dégâts ; et Hugh, avec lequel on tire, puis esquive.

Pragmata
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Les subtilités du système de combat de Pragmata ne s’arrêtent toutefois pas là. Le jeu s’accompagne également d’une série d’armes et de modules différents, qui permettent à tout un chacun de personnaliser comme il le souhaite son approche. Attaque, hacking, défense, soutien, c’est à vous qu’il incombe de choisir les buffs qui vous correspondent le mieux, mais aussi les armes avec lesquelles vous êtes le plus à l’aise. En sachant que ces dernières sont présentes en grand nombre, et que le jeu invite généralement à en changer régulièrement grâce à un système de munitions très limitées. Idem pour les nœuds de hacking, d’ailleurs, qui offrent l’opportunité à Diana d’effectuer des attaques bien précises durant le piratage des ennemis, tout en nous permettant d’établir diverses stratégies au cœur de l’action.

Car évidemment, le nouveau titre de Capcom peut compter sur la présence d’un bestiaire relativement fourni, qui nécessite constamment d’adapter son approche en conséquence. Degré de difficulté du piratage, rapidité des mouvements et des attaques, quantité de vie, cela peut changer du tout au tout d’un ennemi à l’autre. Et quand le jeu nous confronte à plusieurs types de robots en même temps, cela augmente alors irrémédiablement le défi comme l’intensité des combats. Ce qui représente incontestablement le meilleur moyen de profiter pleinement des mécaniques de Pragmata. À ce titre, impossible d’ailleurs de ne pas adresser une mention spéciale aux combats de boss qui, en plus d’être uniques dans leur approche, s’avèrent être aussi jouissifs à jouer que spectaculaires à vivre. Une vraie réussite.

Test
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Capcom sur des rails

Bien sûr, Pragmata n’échappe pas non plus à la désormais traditionnelle composante light-RPG, qui permet à la fois d’améliorer l’ensemble de ses équipements et de ses capacités, mais aussi d’en débloquer davantage. Pour cela, tout se passe alors au Refuge, qui fait office de hub central au sein du Berceau. Accessible à tout moment via des points d’accès présents un peu partout, il représente ainsi le lieu privilégié pour dépenser toutes les ressources acquises au cours de l’exploration ; mais aussi pour recharger ses cartouches de réparation, qui sont le seul moyen de se soigner pour éviter la mort en plein combat et qui sont disponibles en quantité relativement limitée. Car à l’instar des metroidvania par exemple, Pragmata n’est pas un jeu au sein duquel des points de passage sont disponibles au cours de l’aventure.

En cas d’échec, ce sera donc retour à la case départ, c’est-à-dire le Refuge, avec l’obligation de retraverser la dernière zone en cours dans son intégralité à partir du dernier point d’accès débloqué. En sachant que chaque retour au hub central, qu’il soit délibéré ou non, entraîne la réapparition de tous les ennemis déjà vaincus. Cela dit, pas d’inquiétude à ce sujet : Pragmata n’est pas non plus un jeu axé sur la difficulté. Par conséquent, il reste tout à fait possible de progresser dans sa partie sans jamais avoir à revenir sur ses pas, à moins de le vouloir. Pour explorer une zone à 100%, par exemple. Car oui, avec ce nouveau titre, Capcom nous invite à farfouiller les lieux à la recherche de nombreux bonus cachés, justement pensés pour nous permettre d’améliorer l’ensemble de nos capacités.

Pragmata
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Cela peut prendre la forme de coffres, de pièces cachées à débusquer, ou même de zones spéciales axées sur le combat. Cela étant, on ne va pas se mentir, ce n’est pas l’aspect que l’on retiendra le plus de Pragmata. Très linéaire dans son level design, le jeu nous enferme constamment sur une route toute tracée manquant cruellement de naturel, et rendant finalement l’exploration assez factice. D’autant plus que celle-ci ne nous oppose aucune résistance, tant par ses mini-jeux de piratage, d’une simplicité enfantine, que par ses trop rares phases de plateforme à base de pièges. Heureusement, pour les amateurs de challenges, le Refuge s’accompagne tout de même d’un grand nombre de défis facultatifs, qui mettront à l’épreuve vos compétences au combat, votre agilité et votre rapidité en échange de précieuses récompenses.

Des étoiles plein les yeux

À défaut d’être intéressante sur le plan ludique, l’exploration du monde de Pragmata l’est néanmoins sur le plan artistique, grâce à une touche de science-fiction sensationnelle et inédite dans le catalogue de Capcom. Lumineuse à souhait, la direction artistique du jeu nous montre en effet une nouvelle facette du RE Engine qui, après Resident Evil Requiem et Monster Hunter Stories 3, nous transporte cette fois-ci au cœur d’une station spatiale nacrée d’un blanc éclatant. Ce qui ne l’empêche pas, pourtant, de nous réserver son lot de belles surprises. De la reconstitution du cœur de New York à la surface même de la lune, en passant par un biome aux allures presque tropicales, le Berceau regorge de lieux inattendus conférant au jeu une réelle identité.

Pragmata
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Alors oui, Pragmata souffre parfois des mêmes petits défauts que les autres titres de Capcom, avec la présence notamment d’étranges artefacts par moments, ou même d’un peu de clipping. Mais cela n’enlève rien à la beauté du jeu, qui peut également compter sur une belle bande-son pour accompagner le déroulé des événements. Tantôt synthétiques, tantôt naturelles, les compositions signées Yasumasa Kitagawa viennent joliment agrémenter l’intensité de l’action quand il le faut, tout en soulignant comme il se doit les nombreux moments d’émotion que nous réserve le récit. Un récit qui, d’ailleurs, peut également compter sur une excellente performance de la part des doubleurs français, même si notre cœur balance tout de même cette fois-ci en faveur des doubleurs originaux choisis par Capcom.