Adaptation de la série du même nom, Invincible VS nous plonge dans un univers de combat, articulé sous la forme d’un tag fighter, en 3 contre 3, avec les personnages les plus emblématiques de la célèbre série diffusée sur Prime Video. Après une saison 4 particulièrement mémorable, est-ce que le jeu développé par Quarter Up et distribué par Skybound Games est-il à la hauteur du produit source… et suffisamment armé pour exister dans la sphère du versus-fighting ?
La réponse se situe forcément quelque part entre ses lignes. D’autant que ledit préposé au test d’Invincible VS n’est autre qu’un grand aficionado de la série animée. Il était donc évident que ce test lui incombait, avec la garantie de le juger pour un de ses enjeux les plus importants : respecter l'œuvre dirigée par Robert Kirkman, le papa de The Walking Dead. Et les premières minutes passées sur le jeu le confirment : Quarter Up a parfaitement travaillé sa copie. Graphiquement, le jeu est très beau, avec un style assumé proche de la planche de comics, avec du cel-shading pour enrober le tout et rendre les personnages plus vrais que nature. Il y a eu un vrai travail de fait sur les décors, qui sont vivants et directement issus des grands moments de baston de la série, ainsi que pour les cinématiques, très travaillées et fournies.
Il y a du Mortal Kombat là-dedans

Le jeu nous avertit d’entrée sur la violence physique et verbale à venir, un message qui s’adresse finalement plus aux non-initiés de l’univers d’Invincible qu’aux spectateurs assidus du show ou aux lecteurs du comics (ou les deux). D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’adaptation de la série a penché pour un jeu de combat, tant les affrontements épiques et sanglants sont au cœur du propos de l'œuvre. Invincible VS est un jeu de combat très, très violent, disons-le même, gore et il n’est pas sans rappeler Mortal Kombat sur certains points.
Pendant un combat, on peut littéralement décapiter, arracher un membre ou faire exploser son adversaire en mille morceaux, à la seule condition de lui asséner un dernier coup puissant, soit boosté par l’une des barres de charge prévues à cet effet (et pas que), soit par un coup spécial puissant ou une Super avec un haut niveau de charge. Le résultat est bien réussi visuellement et bien jouissif manette en main, surtout lorsque c’est nous qui infligeons ce genre de punition et non l’inverse.
A l’image, le mimétisme avec la série est saisissant. Comme dans Invincible, les personnages morflent, saignent, blessent ou sont blessés. Les costumes se déchirent, les mains deviennent ensanglantées, autant du sang de l’ennemi que par le sien. Le rendu est convaincant et il est clairement impossible de finir un combat sans avoir déclenché ici ou là une mare de sang.

Facile à jouer ? Oui. Enfin non, pas vraiment
En matière de prise en main, Invincible VS respecte les codes et les bases du tag fighter. Trois persos sont jouables, avec chacun une barre de vie qui lui est propre, qui peut remonter en cas de dégâts en cours de combat, mais qui remonte beaucoup plus vite si on passe le perso concerné en réserve. Chaque personnage hors de l’écran devient un élément de soutien pour celui qui se bat, en permettant de servir de launcher pour un combo ou de repousser un adversaire jugé trop agressif. L’idée est donc de bien varier l’utilisation des membres de son équipe, d’autant que le jeu s’avère très délicat une fois en infériorité numérique. La victoire est alors quasi impossible et cela s’explique par l’importance du mix entre les persos en combat.
Si la prise en main est facile, avec l’absence totale de quart de cercle à effectuer pour déclencher une attaque spéciale - ici une direction combinée à un bouton suffit - et une simplification des coups portés (légers, moyens, lourds et spéciaux), ce n’est pas pour autant que la compréhension du jeu l’est tout autant. Easy to play oui en partie, hard to master, oui totalement, c’est clairement le credo du jeu.

Pour gagner, il va donc falloir savoir économiser la barre de ses compagnons mais, surtout, maîtriser l’art du combo à plusieurs. Dans Invincible VS, il est possible d’appeler un personnage en renfort pendant un combat, ce dernier switchant avec le partant pour reprendre le flambeau et continuer à tataner la tronche de l’adversaire. Pour éviter tout cheat, la mécanique ne fonctionne pas lors de l’usage d’un coup spécial, bien que l’appelé puisse tout de même arriver après la fin de l’exécution de ce coup.
Un mode Histoire, mais pour les fans d'Invincible plus que pour tout le monde
La conséquence à tout ça ? Si vous ne faites pas gaffe, votre barre de vie peut fondre comme neige au soleil. Fort heureusement, le jeu, bien qu’il privilégie le spectacle et la nervosité dans son gameplay, n’est pas chiche sur le plan défensif. Les combo breakers existent, nous rappelant les grandes heures du jeu Killer Instinct. Et la présence de ces mécaniques n’est pas surprenante, vu qu’une partie des développeurs de Quarter Up avait travaillé sur le jeu de 2013. On peut soit appeler un assist pour briser le combat, soit stopper l’arrivée d’un autre personnage pendant un combo, le tout à condition d’avoir des barres de super, des ressources à disposition et le bon timing, sous peine de se faire violenter quand même. Difficile à maîtriser, on a dit.

Il sera donc préférable de passer un temps conséquent dans le menu entraînement et de poncer le mode Histoire, qui propose suffisamment de combats pour faire office de répétition avant de s’essayer aux duels en ligne. On ne va pas le cacher : notre principale déception vient de ce mode, qui se veut original et fidèle aussi quelque part à la série que l’on connaît. Le choix a été fait de proposer une histoire inédite, dans la timeline des événements de la saison 3 d’Invincible et de respecter la narration de l’intrigue comme un épisode de la série, avec la même accroche pour le titre et un cliffhanger de fin.
L’idée est chouette, mais un mode Histoire d’une heure à peine, même pour un jeu de combat, cela fait très léger tout de même. Sans compter que ce n’est pas avec ça que les non-initiés à l’univers d’Invincible vont pouvoir se lancer à la découverte de cet univers. On comprend l’envie d’éviter les spoils, sachant que certains personnages présents dans la saison 4 manquent à l’appel. Mais le comics de Kirkman est suffisamment populaire et riche pour mériter un vrai mode Histoire. Là, on a surtout droit à une histoire servant avant tout les intérêts du personnage inédit à la série, Ella Mental, et permettant la redite quasi systématique d’affrontements contre les 17 autres membres du roster.
Challenge garanti, à condition que le contenu suive

Vu le choix et l’agencement autour du contenu à venir sur le jeu, on peut surtout supposer qu’on aura un prolongement à cette histoire, une sorte d’arc narratif finalement, développé sur plusieurs épisodes. Si c’est le cas, et mis bout à bout, on devrait trouver notre compte mais là, en l’état, c’est vraiment trop peu. Dommage, car Invincible VS a quelques atouts dans sa manche. On pense aux replays des matchs en ligne, qui vont permettre au joueur d’analyser ses erreurs, mais aussi au mode Arcade, là aussi très chiche en lore - une cinématique de fin pour chaque perso et basta - mais très intéressant en termes de challenge. Réparti sur quatre niveaux de difficulté (Normal, Normal, Gardien du Globe, donc difficile et Viltrumite, donc extrêmement difficile), il nous impose un nombre de combats à gagner pour le compléter, allant de cinq à douze parties, avec un niveau diaboliquement élevé pour les deux derniers challenges. C’est bien simple, on a échoué pour aller au bout, tant il faut jouer parfaitement les coups et les (rares) ouvertures laissées pour s’en sortir.
De toute façon, avec 18 persos jouables au lancement, sans compter les quatre nouveaux venus pour le lancement de la saison 1, il y aura de quoi faire. Chaque personnage a un style à lui (zoner, brute, complet, contre-attaquant) et contrairement à la série, tout le monde peut battre tout le monde, viltrumite ou pas. Dans les faits, Invincible VS est une bonne surprise et une proposition agréable dans le catalogue étoffé des jeux de combat. Il va s’en dire que son entretien et son contenu à venir seront déterminants pour sa longévité.