En attendant de savoir qui remplacera Daniel Craig dans le costume de James Bond au cinéma après No Time to Die sorti en 2021, et 14 ans après l’assez décevant 007 Legends, édité par Activision, le célèbre espion britannique fait enfin son grand retour dans le monde des jeux vidéo avec 007 First Light ce 27 mai 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series. Pour l’occasion, c’est IO Interactive, studio connu pour son emblématique licence Hitman, qui développe et édite sa propre vision du personnage culte. De l’agent 47 à celui du MI6, a-t-on droit à un cocktail action-infiltration aussi savoureux qu’un vodka martini ? Ce titre moderne a-t-il les épaules pour rivaliser avec le légendaire GoldenEye de Rare sorti il y a déjà plus de 30 ans sur Nintendo 64 ? Réponse dans notre débriefing de sa version PC.
En l’absence de film à adapter, comme l’ont fait la plupart des autres jeux vidéo estampillés James Bond (avec des résultats oscillant entre le très médiocre et, à d’extrêmement rares cas, le révolutionnaire), IO Interactive disposait avec 007 First Light d’une large latitude pour adapter le personnage créé par Ian Fleming. Le studio danois a ainsi pris le pari plutôt ambitieux de nous le présenter alors qu’il fait ses premiers pas dans les services secrets britanniques. C’est donc un jeune agent qui doit faire ses preuves qu’on incarne. Un choix plutôt judicieux pour les créateurs de Hitman, qui doivent également prouver qu’ils sont capables d’offrir une expérience vidéoludique digne du matricule 007. Et force est de constater qu’ils ont visé très juste, avec un titre qui transpire l’amour pour James Bond.
Le monde du cinéma ne suffit pas pour 007 First Light
Contrairement à une grande majorité de ses grands frères, 007 First Light commence donc avec un James Bond qui fait ses premières armes au sein du MI6. IO Interactive nous permet donc d’avoir droit à un prologue plutôt inédit dans l’histoire de la franchise, avec un jeune homme qui n’était alors qu’un militaire au service de l’Angleterre. Dans des circonstances que nous allons garder confidentielles, il va avec panache se faire remarquer par les services secrets britanniques. Plus précisément, il deviendra la septième recrue d’une seconde itération du programme 00, relancée par M, fraîchement nommée au poste de dirigeante de l’agence. Les débuts du célèbre espion ne seront toutefois absolument pas de tout repos, alors qu’il se retrouvera plongé dans une vaste conspiration qui le fera voyager à travers le monde pour le sauver. Ne disposant pas des accréditations nécessaires, on doit s’arrêter là concernant le synopsis du jeu. Vous en conviendrez toutefois, il colle plutôt bien à celui d’une œuvre estampillée James Bond. Il traite par ailleurs de thématiques très brûlantes de l’actualité, comme l’inquiétant essor de l’IA et son impact dans notre quotidien, quoique de manière un brin clichée. Le titre s’offre cela dit une mise en scène qui cadre également tout à fait avec les codes de la licence, pour une expérience narrative qui n’a clairement pas à rougir des meilleurs films dans le domaine.

Par tous ses aspects, 007 First Light exude donc la passion de ses développeurs pour l’univers du célèbre agent secret. Tout d’abord, il est incarné avec classe par Patrick Gibson (qui s’est d’ailleurs déjà illustré dans un rôle similaire en incarnant une version jeune du serial killer Dexter dans la série Original Sin). L’acteur parvient en effet avec justesse à interpréter un James Bond au début de sa carrière : charismatique, flegmatique, héroïque, mais aussi prompt à foncer tête baissée et à faire preuve d’insubordination. L’ambiance propre au MI6 n’est pas en reste, mais toujours avec un flegme tout ce qu’il y a de plus British, qu’il s’agisse du bureau de M, des couloirs de cette institution mythique, ou encore de l’iconique laboratoire de Q, plus extravagant et loufoque que jamais. Enfin, le reste du casting est tout autant de haute volée, avec de jolies têtes d’affiche. On peut notamment citer Lennie James (The Walking Dead) ou encore le chanteur Lenny Kravitz dans la peau d’un antagoniste on ne peut plus James Bondesque. Petit bémol sur ce point pour les anglophobes (en même temps, on est au service de l’Angleterre) : les voix sont uniquement en anglais, avec seulement des sous-titres en français. De même, malgré quelques morceaux qui font agréablement vibrer la corde nostalgique des fans comme votre serviteur, la bande-son du jeu est globalement un peu trop discrète pour son propre bien.

Outre son scénario, son casting et le profond respect à l’œuvre originale qu’il véhicule, 007 First Light peut compter sur le moteur maison Glacier d’IO Interactive pour afficher tout cela de bien belle manière. Même s’il ne s’agit clairement pas d'un foudre de guerre graphique, le jeu a le mérite de proposer une expérience artistique assez convaincante, avec des décors variés pour véritablement nous faire voyager dans la peau de James Bond. Sur le plan technique, le titre s’en sort également de façon très solide, dépassant largement les 120 FPS avec tous les paramètres à fond sur notre PC de test. On peut toutefois relever quelques petites ombres au tableau, avec notamment de légers glitches visuels et des bugs de collision (cela dit généralement assez drôles) qui cassent un peu l’immersion. Même sur un SSD véloce, on a aussi remarqué quelques temps de chargement un brin longuets. De manière globale, l’enrobage artistique et technique du jeu est toutefois d’une qualité fort appréciable, qui a permis de profiter pleinement d’un gameplay action-infiltration qui nous a profondément séduit du début à la fin.

Permis de s’infiltrer et de tuer, pour l’Angleterre
Jeu vidéo oblige, 007 First Light ne pouvait décemment pas se contenter de nous raconter une histoire convaincante dans la peau d’un jeune James Bond. Il fallait aussi qu’il nous propose une expérience vidéoludique qui colle à ce personnage emblématique. Grâce à son expérience sur les jeux Hitman, IO Interactive semblait être le candidat idéal s’agissant de mettre en scène l’espion dans les situations dites d’« infiltration sociale ». Il devait toutefois aussi montrer qu’il était à la hauteur sur des phases d’action explosives comme l’espion en a le secret. Si on avait encore des réserves à ce propos, l’expérience finale a heureusement balayé tout cela avec panache.
À quelques spectaculaires exceptions près, la progression de l’histoire dans 007 First Light suit un schéma précis, mais très bien rythmé. Entre deux visites au MI6, le parcours initiatique de James Bond en tant qu’agent secret va en effet grossièrement se découper en missions à travers le monde, elles-mêmes segmentées en phases alternant entre infiltration et action. On va d’abord se rendre sur le lieu de notre présent objectif en véhicule, recevoir un briefing via des échanges avec Moneypenny ou d’autres collègues, avant de commencer par une séquence d’infiltration. Celles-ci portent clairement l’héritage de Hitman World of Assassination. On a en effet droit à des zones « bac-à-sable » où il faudra étudier son environnement et ouvrir ses oreilles pour saisir diverses opportunités nous permettant d’avancer. Même si ils ne sont pas aussi riches et complexes que dans la peau de l’agent 47, ces passages témoignent clairement du savoir-faire d’IO Interactive en la matière, avec plusieurs manières de progresser. On peut autant se la jouer Splinter Cell qu’exploiter le bagout de James pour charmer son monde et y aller au bluff, ou encore faire parler les poings.

Même en semant le chaos durant ces passages d’infiltration, 007 First Light a le mérite de ne pas nous punir pour cela. Au contraire, il nous récompense avec des séquences d’action franchement jouissives. En parlant de castagne, les séquences de bagarre sont terriblement prenantes. James dispose en effet d’une large panoplie de coups pour distribuer des salades de phalanges à ses opposants, avec un rendu aussi nerveux que plaisant à jouer et à regarder (mais non létal… en tout cas sur le papier). Quand il le faut, le jeune agent dispose également du célèbre « Permis de tuer », où il est alors possible de dégainer ses armes. À ce moment-là, le parallèle souvent dressé avec Uncharted n’est clairement pas usurpé, avec des gunfights tout aussi trépidants que spectaculaires. Du fait de munitions limitées, le titre nous force à constamment rester en mouvement, à exploiter son environnement (comme des barils explosifs qui ont la fâcheuse tendance à se trouver dans les endroits les plus incongrus). On peut aussi ralentir le temps pour faire tomber une arme des mains de son opposant, lui tirer dans les jambes pour l’étourdir, voire lui balancer notre pétoire vide au visage pour lui coller quelques claques bien senties, et reprendre la fusillade. IO Interactive n’a donc clairement pas démérité non plus s’agissant de phases d’action pêchues et toujours marquantes.
Même avec une structure assez prévisible alternant entre infiltration et action, 007 First Light ne lasse donc jamais et parvient même à offrir un rythme qui nous a tenu en haleine tout du long. Le titre réussit en effet le tour de force de faire durer suffisamment les plaisirs pour qu’on ne s’ennuie jamais. Dans ces deux faces de gameplay, on retrouve en tout cas un point commun qui vient encore cimenter une expérience vidéoludique tout ce qu’il y a de plus James Bondesque : les iconiques gadgets. Outre la montre Q, qui permet de hacker différents objets pour distraire un garde durant l’infiltration ou déclencher un mécanisme pendant une phase d’action, on va débloquer différents appareils assez polyvalents au fil de l’histoire. On a par exemple une fléchette empoisonnée ou encore un laser qui peut autant couper du métal qu’aveugler une cible. En mélangeant les capacités naturelles de Bond et son arsenal, on a donc droit à un savant cocktail offrant aux joueurs un large panel d’options pour aborder chaque instant du jeu avec une liberté bien agréable.

S’il n’y a rien de révolutionnaire dans la proposition de 007 First Light, on a ceci dit clairement droit à l’un des gameplays les plus généreux et riches de la franchise, pour notre plus grand plaisir. Il ne s’agit toutefois pas d’un sans-faute non plus sur ce point de la part d’IO Interactive. L’IA des adversaires oscille en effet de manière assez dommageable entre l'inaptitude d’un mollusque et une omniscience frustrante. Durant les phases d'infiltration, on peut autant distraire son monde avec une facilité déconcertante que se faire repérer de manière improbable. Cela sera surtout un problème si on compte réussir ces passages sans jamais alerter ni assommer personne. Dans les séquences d’action, l’IA se montre souvent trop passive et ira généralement se frotter à nous un ennemi à la fois, ou bien enverra une grenade pour essayer de nous déloger. Face à un Bond dans la fougue de la jeunesse, le défi ne sera pas souvent au rendez-vous, même en difficulté maximale. On peut toutefois saluer la présence de quelques combats de boss plutôt intelligents dans leur structure et leur mise en scène pour en faire des moments mémorables ponctuant de belle manière les passages charnières de l’histoire.

Jouer un autre jour pour tuer le temps
La campagne principale trépidante de 007 First Light va ainsi nous tenir en haleine pendant entre dix et vingt heures selon le mode de difficulté et si on décide ou non de prendre son temps. Une durée de vie qui vise encore juste et qui permet d’en faire une expérience marquante qui ne tire pas trop en longueur au point de devenir rébarbative. Fort heureusement, terminer cette première mission de James Bond au service de la Couronne n’est en réalité que le début de l’aventure. Après cela, il est en effet possible de relancer une partie et fouiller chaque recoin du jeu au peigne fin pour récupérer différents collectibles.
Ceux-ci permettent à la fois de donner un peu plus de contexte au scénario, mais aussi de faire de très habiles clins d’œil à la licence, aux précédents jeux d’IO Interactive ou à d’autres œuvres culturelles marquantes. Chaque chapitre dispose également de différents défis à réaliser, comme par exemple terminer des séquences d’infiltration sans déclencher d’alerte ni éliminer qui que ce soit. Cela permet de débloquer divers éléments cosmétiques qui serviront pour l’autre pan du « endgame ».

Le plus gros du potentiel plutôt solide de rejouabilité de 007 First Light passe en effet par TacSim. Il s’agit pour la petite histoire d’un dispositif de réalité virtuelle dans le laboratoire de Q. Une manière plutôt « lore-accurate » de justifier l’existence d’escalades et d’opérations, des petits niveaux ou bouts de missions de la campagne qu’on pourra refaire. Voyez-là une version miniature de la formule de Hitman World of Assassination, offrant donc une relecture de certaines séquences de l’aventure principale avec de nouveaux objectifs secondaires. Chaque excursion ou opération s'accompagne par ailleurs de son propre lot de défis à réaliser. Les accomplir nous octroie des « renseignements », une monnaie en jeu permettant d’acheter des costumes pour James, ainsi que des armes, des gadgets, et améliorer tout cela pour être plus efficace et en mesure de terminer certains défis de prime abord trop difficiles.

Pour l’heure, on peut faire assez rapidement le tour du mode TacSim de 007 First Light, avec un nombre assez restreint de missions et éléments à débloquer à son actif. IO Interactive a toutefois assuré qu’il agrémentera la chose de nouveaux contenus au fil du temps, avec notamment prochainement une séquence de course-poursuite. Si vous avez adoré le gameplay au fil de la campagne principale, il s’agit donc d’un bon moyen de faire durer les réjouissances un peu plus longtemps et d’y revenir de façon occasionnelle, juste pour le plaisir d’enfiler un temps le costume d’un jeune James Bond en très grande forme.


