5 ans après The Artful Escape, Beethoven & Dinosaur ressort les platines pour nous faire vibrer avec une histoire musicale, graphique et, surtout, intemporelle. Bien que solidement ancré dans les années 1990, Mixtape vient retracer ce moment qu’on a toutes et tous connu : la dernière journée d’un groupe d’amis dont les chemins sont sur le point de se séparer après le lycée. Même si la proposition est on ne peut plus classique dans le fond, c’est dans sa forme que ce nouveau titre se démarque et parvient à nous toucher en plein cœur. Si le jeu est disponible sur Nintendo Switch 2, PC et Xbox Series (y compris via le Game Pass), c’est sur PS5 que nous avons plongé à corps perdu dans cette soirée d’adieu. Voici notre verdict.

Mixtape, ou l’art de se dire au revoir

Grand classique de la fiction adolescente, les au revoir de copains d’école à la fin d’un cycle ont été dépeints des milliers de fois, avec plus ou moins de succès. Ce n’est donc pas une mince affaire de se démarquer. Malgré tout, le monde du jeu vidéo reste moins prolifique que ne le sont la littérature, le cinéma ou encore la télévision. Beethoven & Dinosaur s’empare donc du sujet avec Mixtape, en étant sûrement conscient que les comparatifs seront inévitables, surtout en passant après Lost Records de Don’t Nod, qui repose sur les mêmes fondements : dans les années 1990, un groupe d’amis prévoit un road trip pour marquer la fin du lycée, sauf qu’un contretemps contraint l’un d’entre eux à un autre voyage, précipitant des adieux que chacun espère aussi parfaits que possibles, mais qui ne se passeront évidemment pas comme prévu.

Alors, comment rendre une histoire vue et revue aussi mémorable que possible ? La clé est certainement dans la sincérité du récit. En tout cas, c’est la leçon qu’on tire tout de suite de Mixtape. Si Beethoven & Dinosaur ne révolutionne pas le sujet, il l’aborde avec nostalgie et une forme de respect envers cette période complexe où l’on sort de l’adolescence pour se projeter vers l’avenir en devant s’éloigner des personnes qui nous ont accompagné pendant certains des moments-clés de notre vie. On ne peut alors que s’attacher à Stacey, Van et Cassandra, un trio de délinquants en herbe qui se fiche du qu’en-dira-t-on. Plus encore, on retrouve en eux une dynamique si universelle qu’il y a un peu d’eux en chacun de nous ou, du moins, on a tous connu une bande du genre.

Scène du caddie de Mixtape.
© Annapurna Interactive / Beethoven & Dinosaur

En même temps, le studio n’est pas là pour nous dépeindre leur vie par le menu. Au contraire, s’il s’en sort si bien, c’est parce qu’il s’intéresse davantage au moment qu’à la généalogie de ses personnages. Mixtape s’attarde sur la manière dont Stacey et ses amis appréhendent leurs adieux, surtout après que la protagoniste a mis à mal leur projet de road trip initial. On assiste alors aux contradictions des uns et des autres et, par vagues de flashbacks, on apprend à comprendre ce qui relie si fortement ce trio d’ores et déjà iconique. Là encore, on se retrouve tout de suite en eux, avec l’impression de se revoir des années en arrière ou de retrouver de vieilles connaissances. Sur une note de mélancolie douce et amère, Beethoven & Dinosaur nous replonge dans la complexité des sentiments humains face à un impératif de réalité auquel on ne peut échapper au sortir de l’adolescence.

Mais là où le studio joue la carte de l’originalité, c’est dans sa manière de rythmer cette histoire intergénérationnelle. Comme son titre l’indique, Mixtape est un jeu musical par sa narration. Plus encore, il transpose avec finesse cette tendance qui n’a fait que croître depuis l’ère du walkman, à savoir celle de composer la bande-originale de sa vie. Plutôt que de chapitrer de façon traditionnelle son œuvre, Beethoven & Dinosaur nous passe des séquences rattachées à une musique, car c’est ainsi que Stacey vit sa vie.

Le casque vissé sur les oreilles, elle nous offre sa bande-son idéale pour cette ultime journée avec ses amis, et on adore ça. À chaque nouveau morceau, on s’immerge dans une ambiance particulière qui devient même clipesque quand l’image joint la musique. Le studio n’aurait pas pu trouver meilleure manière de traduire l’état de ces personnages qui en sont à un âge où toutes les émotions sont décuplées. C’est aussi pourquoi on peine à reposer Mixtape au terme de ses 4 heures de jeu. Comme pour ces jeunes, l’expérience est passée trop vite et on aimerait la prolonger rien qu’un peu. Seulement, si le gameplay est la cerise sur le gâteau qui complète la proposition, ce ne sera pas lui qui nous rappellera à lui.

Mixtape propose une scène de pluie en noir et blanc.
© Annapurna Interactive / Beethoven & Dinosaur

Les ados ludifient leur vie dans Mixtape

Entre un Don’t Nod et un Quantic Dream, Mixtape est un jeu absolument narratif et il l’assume pleinement. Beethoven & Dinosaur est là pour nous raconter une histoire où le gameplay, certes en retrait, vient la pimenter et nous permet de nous glisser dans les bottes de Stacey et ses camarades. À grand recours de mini-jeux basiques, on ressent avec eux leurs joies, leur émerveillement, leur malice ou encore leur impression d’être submergés par ce qu’il leur arrive… et c’est exactement là que Mixtape gagne son pari.

Mixtape propose du baseball.
© Annapurna Interactive / Beethoven & Dinosaur

Bien sûr, une telle expérience laissera certains joueurs sur le côté. L’aspect “film interactif” d’un jeu comme Mixtape ne peut pas répondre au besoin d’adrénaline. Pas de scoring, pas de chrono (à moins que vous vouliez décrocher certains trophées/succès). Pas de système de choix non plus. Forcément, cela réduit la rejouabilité à peau de chagrin, à notre grand désespoir.

À la place, Beethoven & Dinosaur propose de vivre l’expérience à notre rythme et, surtout, de se rappeler ce que c’est de faire de son existence une aventure du quotidien. Une descente en skate peut se transformer en champ de mine. Faire des ricochets sur l’eau nous transforme en sniper d’élite, autant qu’on peut devenir un vrai chef d’orchestre devant un feu d’artifice. Même avec un gameplay en retrait, chaque situation de jeu se renouvelle et devient un réel régal tant elle s’intègre parfaitement dans le moment.

Séquence de course aérienne dans Mixtape.
© Annapurna Interactive / Beethoven & Dinosaur

Au fond, même les joueurs aguerris auront du plaisir à parcourir Mixtape. Outre l’histoire, le jeu regorge d’inspirations et pas que sur le plan artistique. Plus sobrement que dans Split Fiction, on revit des séquences qui rappelleront d’autres jeux. Là, on a un peu de The Last of Us Left Behind. Ici, on aurait peut-être bien un clin d’œil à Doom. Là encore, on pense forcément à Lost Records. Bref, Beethoven & Dinosaur rejoue avec amour et générosité un tas de situations qui donnent tout son sel à l’histoire.

Comme Leonardo di Caprio pointant du doigt l’écran, on ressent comme une connivence avec les développeurs chaque fois qu’on repère ce genre de clin d’œil, ce qui rend le plaisir de la découverte encore plus grand. Puis, il prouve qu’il n’y a pas besoin d’avoir un gameplay omniprésent pour être un jeu vidéo car, sans lui, Mixtape ne nous laisserait pas une trace aussi indélébile, aussi bien écrit et réalisé soit-il.

Du son à l’image, une ode aux années 1990

Après The Artful Escape, Beethoven & Dinosaur reste donc sur sa lancée musicale. Le studio réussit à composer une partition parfaite de bout en bout, jonglant entre les références de niche et les groupes incontournables de la fin du siècle dernier. On découvre les arrangements de DEVO, véritable illustration de l’élan de vie chez notre trio adolescent. Puis, on se frotte au son rugueux des Smashing Pumpkins lorsque des dissensions émergent, avant de se laisser emporter avec émotion par les volutes de Portishead. Si Stacey rêve de le devenir, le studio nous fait la démonstration de ce qu’est le métier de superviseur musical. De ce que c’est de choisir le morceau parfait pour s’accorder à l’image.

Et l’image, parlons-en. Encore une fois, la trace de Spider-Man Into the Spider-Verse, qui inspire nombre de films ou même des jeux comme South of Midnight, est indéniable. Tout comme le blockbuster de Sony, Mixtape fait le choix d’animer ses personnages en 15 images par seconde. Cet effet de saccade surprend de moins en moins, mais reste audacieux. Associé à son style graphique cartoon, c'est comme voir une bande-dessinée s’animer devant nous, surtout avec tous les effets qui s’invitent dans le cadre pour souligner nos actions. Grâce à une maîtrise totale de son esthétique, le studio signe ici l’une des plus belles réussites visuelles de l’année.

Grâce à tout cela, Beethoven & Dinosaur réalise une peinture authentique des années 1990, une époque qui a de plus en plus la cote en ce moment quand on voit le récent Inkobini ou, encore avant, Lost Records. Sauf qu’avec ce dernier, Don’t Nod peinait à nous ramener vraiment 30 ans en arrière en raison d’anachronismes et de choix musicaux qui en donnaient une version plus fantasmée. Mixtape, à l’inverse, nous séduit par sa cohérence et sa sincérité. Que ce soit par sa bande-son, son décor californien ou sa capacité à glisser pléthore de références à chaque passage, on a complètement l’impression d’avoir remonté le temps pour participer à cet adieu nostalgique.

Pour couronner le tout, le studio prouve qu’il a bien fait de repousser de quelques mois la sortie de Mixtape. Initialement prévue pour 2025, elle n’aurait peut-être pas eu le même effet à ce moment-là si les équipes avaient encore du pain sur la planche pour soigner le rendu final. Or, en ce printemps 2026, nous n’avons eu à déplorer aucun bug sur PS5. La playlist narrative s’est laissée déroulée d’une traite sans trébucher. Le seul problème maintenant, c’est qu’on en redemande.