Prévu pour le 12 mai 2026 sur PS5, Xbox Series et PC, Directive 8020 marquera le retour de The Dark Pictures après quatre ans d’absence. On y a joué, voici notre test du jeu.
Fin 2022, Supermassive Games mettait un point final à la première saison de l’anthologie The Dark Pictures avec The Devil in Me, un sympathique quatrième volet se faisant néanmoins le témoin d’une formule arrivant peu à peu à bout de souffle. Pour le studio, cela représentait donc le moment idéal pour marquer une pause dans la franchise, aujourd’hui prête à revenir avec Directive 8020, un nouveau titre pavé de nouvelles ambitions. Désormais affranchie de son système de saison, The Dark Pictures entend en effet continuer à proposer de petites aventures indépendantes, dénuées de la pression qui accompagnait alors son rythme de sortie annualisé. Mais ce hiatus de quatre ans, assurément nécessaire, permet-il pour autant d’offrir à Supermassive le salut dont il avait besoin pour retrouver toute sa superbe ?
Dead Space
Vous connaissez désormais la chanson : qui dit nouvel opus de The Dark Pictures dit également nouveau cadre de jeu, et Directive 8020 ne déroge pas à la règle. Au contraire même, puisque cet épisode nous conduit tout droit dans le futur, en 2065 plus précisément, avec une aventure se déroulant dans les confins de l’univers. Et à l’instar d’Aphelion très récemment, le postulat de départ est alors plutôt simple : la Terre est progressivement en train de dépérir, et l’humanité est désormais à la recherche d’un nouveau foyer où poser ses valises. C’est pourquoi une équipe d’astronautes a été mise en place et envoyée en orbite à bord du Cassiopeia, un vaisseau colonial chargé d’étudier la viabilité d’une planète baptisée Tau Ceti f. Mais ce qui ne devait alors être qu’une mission de repérage va sans surprise tourner au cauchemar pour l’équipage.

Victime d’importants dégâts, le Cassiopeia finit en effet par s'écraser sur la planète en question, qui n’abrite pas que des réponses à leurs questions. Elle est également le foyer d’une étrange forme de vie extraterrestre, qui sème rapidement le trouble dans l’équipe par sa capacité à imiter l’apparence des uns et des autres pour mieux les infiltrer. De quoi marquer le point de départ d’une aventure pleine de dangers à la croisée des chemins entre des œuvres comme The Thing, Alien ou encore plus récemment Sputnik ; et occuper plusieurs de vos soirées huit heures durant. Tout du moins pour ceux qui s’en tiennent à une seule partie puisque, dans la pure tradition des œuvres de Supermassive, Directive 8020 reste évidemment un jeu narratif marqué par ses multiples embranchements lui assurant une bonne rejouabilité.
Certes, pas aussi importante que pour des titres comme Until Dawn ou The Quarry, dont l’ambition est plus élevée que pour les productions The Dark Pictures, mais quand même. Car si l’arborescence se veut ici dans l’ensemble plutôt linéaire, cela n’empêche pas Directive 8020 de proposer son lot de moments-clés pouvant influencer le déroulement de l’histoire, avec notamment une quarantaine d’opportunités différentes pour les protagonistes de mourir. En sachant que si le destin de cinq d’entre eux est réellement entre nos mains, d’autres vies peuvent également dépendre de nos choix. Pour les plus curieux, cela représente donc d’autant plus de possibilités de découvrir tous les tenants et les aboutissants de cette histoire qui, au-delà de son enrobage plutôt téléphoné, a l’art de nous captiver par son sens du mystère.

Soulignons d’ailleurs que, comme le veut la coutume chez Supermassive, Directive 8020 s’accompagne d’un twist inattendu qui vient totalement rebattre les cartes sur le dernier tiers de l’aventure. Ajoutez à cela un jeu intéressant sur la temporalité des événements tout au long de la narration, et un casting dans l’ensemble moins cliché, et l’on ressort alors avec ce qui semble être l’épisode de The Dark Pictures le plus solide sur ce point. Même si, disons-le clairement malgré tout : ce nouvel opus n’échappe pas au côté pop-corn de ses prédécesseurs, échouant quasi-systématiquement à provoquer un quelconque sentiment de peur ou même de tension. Mais sans doute les quelques problèmes de réalisation encore présents ont-ils un rôle à jouer là-dedans, à l’instar des derniers volets.
La patte Supermassive Games
Brusques enchaînements entre les scènes, sound design étrangement discret ou carrément inexistant, musique beaucoup trop en retrait, doublages français inégaux… Malgré plusieurs années de développement entre les pattes, Directive 8020 souffre malheureusement encore des mêmes sempiternels problèmes que l’on retrouve dans beaucoup d’œuvres de Supermassive. Ce qui est d’autant plus dommage que cela ruine complètement la tension supposée accompagner certaines séquences, qui perdent ainsi toute leur crédibilité et leur intensité. Idem pour les animations, qui ont encore parfois tendance à manquer un peu de naturel, même si le passage à l’Unreal Engine 5 réussit plutôt bien au studio. En particulier au niveau des expressions faciales des personnages, dans l’ensemble très convaincantes, et des environnements.

À la conquête d’un nouvel espace
Pour autant, rendons tout de même à César ce qui lui appartient : Directive 8020 n’arrive pas non plus totalement les mains vides après toutes ces années d’absence. Depuis House of Ashes, Supermassive met doucement mais sûrement un point d’honneur à accentuer le gameplay de ses titres, qui tendent de plus en plus à passer du film interactif assumé à des jeux d’aventure cinématographiques. Et ce nouvel opus de The Dark Pictures s’en veut plus que jamais l’illustration avec les phases de gameplay les plus poussées jamais proposées par le studio jusqu’à présent. Doté d’une caméra à l’épaule entièrement contrôlable, Directive 8020 étend les phases d’exploration introduites dans son prédécesseur grâce à un gameplay plus fluide qui multiplie les objectifs pour pouvoir progresser dans l’aventure.
Cela dit, on préfère vous prévenir tout de suite : ne vous attendez pas non plus à quelque chose de révolutionnaire en la matière. Globalement, cela se résumera essentiellement à remettre du courant dans certaines zones pour pouvoir y accéder, ou à mettre la main sur des batteries en vue d’alimenter des portes en électricité. Et même si cela reste déjà une petite évolution en soi, il faut avouer que l’on aurait quand même aimé voir Supermassive aller un peu plus loin dans ses idées, ou au moins éviter de répéter ad vitam æternam les mêmes objectifs. Surtout que pour ce faire, le studio tend à surexploiter le bracelet de nos personnages, qui permet d’interagir à distance avec l’environnement. Un environnement qui, comme le veut la coutume, comprend également son lot de collectibles à ramasser.

À la différence des précédents The Dark Pictures, cependant, Supermassive tire ici définitivement un trait sur les fameux objets prémonitoires, dont la pertinence avait chuté en flèche après Until Dawn, au profit d’éléments enrichissant profondément la narration. Discussions privées, logs vidéo, documents audio, tout cela apporte un côté enquête fort bienvenue à l’intrigue, dont on essaye ainsi de recoller nous-mêmes tous les morceaux au fil de nos découvertes. De la même manière, les héros de Directive 8020 disposent désormais de la possibilité d’échanger par messages interposés à l’aide d’une messagerie, qui apporte parfois un regard intéressant sur leur personnalité. Une personnalité que l’on façonne encore et toujours à l’aide de chacun de nos choix, et qui influence d’ailleurs le destin des personnages à l’arrivée.
Directive 8020, un terrain d’exploration
La plus grosse nouveauté du jeu, toutefois, reste incontestablement l’introduction de véritables phases d’infiltration jouées, entremêlées d’une petite dose d’action. En effet, n’espérez plus rester constamment passif à fixer votre écran en attendant l’apparition d’un QTE pour pouvoir esquiver le danger. Bien sûr, cela existe toujours, mais c’est infiniment plus rare. À la place, Supermassive vous invite désormais à prendre vous-mêmes les commandes de la situation, que ce soit en prenant la fuite dans des phases de courses-poursuites, ou en jouant au jeu du chat et de la souris avec vos adversaires. Une idée qui, encore une fois, est très intéressante sur le papier, mais dont l’exécution laisse quelque peu à désirer. En particulier dans le second cas, qui repose sur une application bien trop scolaire pour susciter la moindre tension.

Car vous le constaterez très vite : ces phases de cache-cache, assez nombreuses et répétitives tout au long de Directive 8020, reposent en réalité toujours sur le même schéma. Un ennemi apparaît, effectue une routine prédéterminée en répétant les mêmes phrases en boucle, et l’on se contente de l’esquiver en se faufilant d’abri en abri jusqu’à notre objectif ou notre point de sortie. En sachant que quelques mécaniques supplémentaires viennent parfois enrichir ces moments, tels que la présence de morceaux de verre susceptibles de faire du bruit au sol, ou de moyens de distraction à activer à l’aide de son bracelet pour détourner temporairement son attention. Un bracelet qui, d’ailleurs, est également équipé d’un scanner permettant de détecter la position de l’ennemi à tout moment d’une simple pression de touche.
Bref, rien de très percutant donc, même si l’on apprécie tout de même les efforts de Supermassive pour bousculer un peu la formule The Dark Pictures. Car c’est peut-être là, finalement, où le bât blesse un petit peu : si Directive 8020 introduit pas mal de bonnes idées pour dynamiser son gameplay, beaucoup restent encore à creuser et peaufiner. Profitons-en toutefois pour souligner tous les efforts du studio en termes d’accessibilité, le titre s’accompagnant de nombreuses options pour se concevoir une expérience de jeu à la carte. Modes de difficulté, degré de punition du gameplay, tout est fait pour s’adapter aux envies de chacun. Jusqu’à l’apparition d’un mode Exploration, qui permet désormais à ceux qui le souhaitent de revenir en arrière après chaque choix important si les conséquences qui en découlent leur déplaisent.

Bien sûr, pour les autres, il reste en revanche tout à fait possible de s’en tenir à l’expérience The Dark Pictures originale avec le mode Survie, qui vous impose quant à lui de composer avec le destin de vos personnages, aussi funeste soit-il. Cela étant, les plus curieux pourront tout de même jeter un œil à l’arborescence des différents chapitres de Directive 8020 qui, à l’instar de la salle de montage de The Casting of Frank Stone, permet d’accéder à tout moment à tous les embranchements offerts par l’histoire du jeu. De quoi identifier rapidement les moments-clés, donc, mais aussi faciliter la chasse aux trophées/succès pour ceux que cela intéresse. Enfin, notons pour finir le retour des modes canapé et coop, même si Supermassive annonce l’arrivée de ce dernier via une future mise à jour post-lancement.