Dès aujourd’hui, Don’t Nod fait son grand retour avec Aphelion, une nouvelle licence d’action-aventure disponible sur PS5, Xbox Series et PC. Voici notre test du jeu.
Depuis quelques années, la diversité semble plus que jamais être à l’honneur chez Don’t Nod. En effet, après avoir longtemps fait des œuvres narratives à la Life is Strange son principal fond de commerce, le développeur français a décidé d’enrichir son catalogue avec des expériences plus variées, dont des jeux comme Jusant et Banishers: Ghosts of New Eden se veulent par exemple les parfaits représentants. Au même titre qu’Aphelion qui, treize ans après la sortie de Remember Me, marque aujourd’hui le retour du studio dans le domaine de l’action-aventure. De quoi lui permettre, enfin, de prendre sa revanche sur l’accueil plutôt timide réservé aux aventures de Nilin en 2013 ? Malheureusement, rien n’est moins sûr…
Explorateurs spatiaux
Sur le papier, Aphelion avait pourtant assurément tout ce qu’il faut pour nous séduire. À commencer par son pitch de départ. Se déroulant en l’an 2062, l’histoire met en scène Ariane Montclair et Thomas Cross, un duo d’astronautes envoyé par l’Agence spatiale européenne sur Perséphone, une neuvième planète nouvellement découverte au sein de notre système solaire. Leur mission : déterminer si celle-ci serait susceptible d’accueillir l’humanité, dont le foyer se meurt progressivement à cause du dérèglement climatique. Mais c’était sans compter sur l’atterrissage mouvementé dont sont victimes nos deux héros, qui se crashent violemment lors de leur arrivée et qui se perdent totalement de vue.

Ici commence ainsi cette nouvelle aventure signée Don’t Nod, qui alterne entre les deux points de vue tandis qu’Ariane comme Thomas se rendent vers la Source, objectif de leur mission, dans l’espoir de s’y retrouver l’un l’autre. Bien sûr, rien n’est toutefois simple sur Perséphone, qui se révèle être une planète aussi sublime qu’imprévisible. Entre son climat hostile, ses événements étranges et ses rencontres inattendues, le futur berceau potentiel de l’humanité semble cacher bien des secrets. Des secrets qui nous aideront d’ailleurs à rester un minimum captivé par la narration du jeu, malheureusement trop ronronnante dans l’ensemble. Car passé l’enthousiasme du début, on ne peut pas dire qu’Aphelion enchante par son écriture.
Ou en tout cas, pas comme il aurait pu le faire. Comme nous l’avons souligné, tous les ingrédients étaient pourtant présents. La base de l’histoire est intéressante, le sous-texte est engageant, et les protagonistes sont plutôt sympas. Mais la sauce ne prend pas. Très vite, le rythme du jeu s’enlise, les rebondissements lui font défaut, et les personnages finissent par nous irriter par leur fâcheuse tendance à trop parler pour ne rien dire. Oui, même s’ils sont seuls et parfois supposés avancer dans le silence le plus complet pour les besoins du gameplay. Un véritable fléau pour l’immersion, donc, qui gênera d’autant plus les allergiques à la VOST qu’aucune VF n’est proposée pour Aphelion. Ce qui, encore une fois, reste assez dommage pour un jeu français.

L’Illusion d’Aphelion
De la même manière, nos premiers instants manette en mains sur le titre se sont avérés très prometteurs. Séquences d’action hollywoodiennes au beau milieu d’une carcasse en proie aux flammes, phases de plateforme à base d’escalade et d’équilibrisme au-dessus du vide… C’est comme si Aphelion rassemblait le meilleur de Tomb Raider et Uncharted, avec des clins d’œil plus ou moins appuyés à ces deux grands cadors de l’action-aventure. Sans les moyens qui vont avec, toutefois, puisque l’on sent quand même d’entrée de jeu que la mise en scène n’est pas aussi maîtrisée, et que les contrôles manquent de réactivité. Mais qu’à cela ne tienne, l’intention est là, elle est plaisante, et on est prêt à passer outre.
Le problème, c’est qu’à l’instar du scénario, le rythme du gameplay en prend aussi rapidement un sacré coup. Plus aventure qu’action, Aphelion est un titre relativement lent, essentiellement contemplatif, qui s’apparente à une longue randonnée entrecoupée par de nombreuses séquences de varappe, d’exploration et d’infiltration. Car oui, n’espérez pas du titre de Don’t Nod de quelconques phases de shoot ou de combat : il n’y en a aucune. À la place, vous aurez en revanche de multiples occasions d’échapper à la vigilance d’une mystérieuse créature en incarnant Ariane, qui se contente pour cela de se déplacer silencieusement et de détourner son attention. Ce qui est peut-être amusant une ou deux fois, mais guère plus.
D’autant plus que cette mécanique échoue en réalité à mettre en place la tension voulue par le studio, au même titre que la gestion de l’oxygène pour les séquences avec Thomas. En effet, ce dernier ayant été blessé lors de l’atterrissage, il se trouve naturellement dans l’incapacité d’escalader comme sa comparse, en plus d’être épargné par les séquences d’infiltration. À la place, Don’t Nod a donc eu l’idée de compenser cela par un défaut d’oxygène qui, là aussi, peine à provoquer l’effet recherché. Pire encore : au fil de l’aventure, découpée en onze chapitres que l’on parcourt en un peu moins de dix heures, cela tend finalement à nous enfermer dans une boucle de gameplay qui finit par lasser.
Heureusement, Aphelion s’autorise parfois quelques séquences un peu plus originales, qui nécessitent par exemple de lutter contre le froid, de marcher prudemment sur de la glace friable, ou encore d’éviter la foudre. Et même si la réalisation de ces passages laisse quelque peu à désirer, cela reste toujours bon à prendre. Car ce n’est assurément pas l’exploration qui va relever le niveau, celle-ci se limitant dans l’ensemble à quelques documents et collectibles enfermés sur notre route entre deux murs invisibles. De quoi nous pousser à interroger l’intérêt du PathFinder, supposé nous aider à repérer notre chemin, mais aussi du Scanner EM, qui rend la recherche d’anomalies cachées plus accessoire qu’autre chose.

La neuvième merveille
Mais parce que tout n’est pas non plus négatif dans Aphelion, soulignons qu’il a le mérite de nous confronter à une série de paysages et de panoramas d’une grande beauté, que l’on prend un malin plaisir à contempler du début à la fin. Que ce soit par ses vastes contrées gelées, ses sombres cavernes glacées ou ses grandes vallées sablonneuses entourées d’eau, Perséphone séduit et dépayse autant qu’elle émerveille. Il en va d’ailleurs de même pour la modélisation des personnages qui, il faut le dire, est vraiment très réussie pour un titre de ce calibre. Les émotions se lisent parfaitement sur le visage des protagonistes, témoignant ainsi du soin apporté à ce récit profondément humain.
Et cet émerveillement, même la quantité astronomique de clipping ne peut venir le gâcher, pas plus que le framerate parfois instable mais heureusement peu problématique du jeu. On aurait aimé pouvoir en dire autant des bugs, mais le fait est que ces derniers nous ont parfois forcé à reprendre plusieurs minutes de jeu, ce qui peut vite devenir frustrant vu la lenteur de son rythme. Enfin, soulignons la qualité des compositions signées Amine Bouhafa, qui apportent à Aphelion cette touche d’aventure, de découverte et d’émotion dont il a besoin, même si l’absence de musique se fait tout de même parfois cruellement ressentir lors de certaines scènes. Ce qui est dommage, car cela en réduit fortement l’impact.


