TEST IMPORT de Judge Eyes : Pâle copie de Yakuza ou juge de paix ?

Par Rudy Jean-François - publié le
×

Après les succès critique et commercial de Yakuza 6 (dont vous pouvez lire notre test ici) et les excellents remakes des épisodes 1 et 2 (également testés par nos soins ici et ), le Ryu Ga Gotoku Studio a donc troqué sa tenue de yakuza pour enfiler celle de détective privé avec Judge Eyes (Judgment chez nous). Disponible depuis le 13 décembre 2018 au Japon et prévu pour l'été 2019 en Europe, que vaut cette simulation de Sherlock Holmes à la sauce Yakuza ?


TEST IMPORT réalisé à partir d'une version Japonaise 
du jeu fournie par notre partenaire Nin-Nin-Game.com


Un bon niveau de Japonais est-il requis pour y jouer en import ?

Oui ! Judge Eyes est très verbeux et son intrigue peut être particulièrement complexe à suivre si l'on ne comprend pas la langue. Si vous n'avez pas de solides bases de japonais, nous vous conseillons donc vivement d'attendre la sortie occidentale du titre cet été pour en profiter pleinement !

 

Si vous vous attendiez à une expérience totalement inédite de la part du Ryu Ga Gotoku Studio, dans une toute nouvelle zone nippone et avec des phases de jeu révolutionnaires, autant le dire tout de suite : ce n'est même plus que le doigt que vous vous mettez dans l'oeil, mais le bras tout entier ! En effet, Judge Eyes recycle allègrement la formule popularisée par son aîné. On y incarne un personnage à la troisième personne, dans Kamurocho (la fameuse réplique semi-ouverte du célèbre quartier de Kabukicho à Shinjuku), où l'on prend part à diverses activités "à la GTA" tout en étant au coeur d'une intrigue qui se résout souvent à coup de plots de signalisation dans les dents.

Est-ce notre fameux tueur en série ? Mystère et boules de gei... gomme.

Je crois que nous avons affaire à un serial killer

Fini les magouilles de truand japonais, les tatouages de dragon et les chemises déboutonnées jusqu'en bas du torse. Dans Judge Eyes on incarne Takayuki Yagami, un ex-avocat contraint d'abandonner la robe après qu'un de ses clients a assassiné sa petite-amie. On le retrouve trois ans plus tard à la tête de sa propre agence de détective privé, qu'il gère avec son partenaire Kaito, ancien yakuza, dans le quartier de Kamurocho.

Les deux compères survivent de petit boulot en petit boulot, jusqu'au jour où l'un de leurs contrats les envoit sur les traces d'un serial killer qui a le bon goût de collectionner les yeux de ses victimes. Leur traque à travers Kamurocho les mènera sur les plates-bandes des Yakuza, mais également sur celles d'un conglomérat pharmaceutique produisant un mystérieux médicament. Quel est le point commun entre les yakuzas, un tueur en série et une plaquette de Doliprane ? Réponse en jouant au jeu !

Comptez une bonne quarantaine d'heures pour voir le dénouement de Judge Eyes tout en flânant de temps en temps dans Shinjuku. Le titre est divisé en 13 chapitres mis en scène comme dans une série télévisée japonaise, conversations interminables et interjections inutiles incluses, ce qui n'a pas empêché mon amie japonaise de squatter le canapé pendant mes sessions de jeu et d'en suivre l'intrigue avec grand intérêt.

Petit selfie posay avec mon bro Kaito.

Tu viens "Judgment and Chill" à la maison ?

Là, vous vous dites qu'on n'en a absolument rien à faire de la manière dont mes amis passent leurs dimanches soirs, et en temps normal vous auriez raison ! Mais dans le cas de cette critique, cela a son importance. Le casting de Judge Eyes est composé d'importants noms du star-system nippon, tels que Kenichi Takito ou Pierre Taki. Takuya Kagami, le héros du jeu, est d'ailleurs interprété par nul autre que Takuya Kimura, ou « Kimutaku » pour les intimes : un chanteur, danseur, acteur et ancien membre du boys-band à succès SMAP. Imaginez que le héros principal du prochain GTA soit incarné par... Patrick Bruel ? Vous aurez une petite idée de l'impact de ce choix sur le sol japonais.

Judge Eyes n'est pas à considérer uniquement comme un jeu, mais comme une série interactive. L'inspiration de séries judiciaires japonaises comme 99,9 (une sorte de Law & Order japonais) ou encore Law High se fait clairement ressentir. On retrouve en jeu le même casting de personnages secondaires (la collègue introvertie, froide à l'extérieure mais attentionnée, le partenaire prêt à faire les 400 coups, le méchant qui est très méchant...), avec les mêmes mises en situation tantôt sérieuses, tantôt grotesques, qui font le charme des dramas made in Japan. On ne peut que s'incliner devant les efforts réalisés par les papas de Yakuza en ce sens. Lors de la rédaction de ce test, mes parties de Judge Eyes avaient même remplacé les soirées Netflix dans mon foyer !

Tu parles trop, tais-toi !

Kamurocho Comedy Club

Il faut tout de même noter que si Judge Eyes reproduit avec brio les qualités d'un drama japonais, il en reprend également les défauts. Le jeu des acteurs est au niveau de ce à quoi nous a habitué la télévision japonaise, c'est-à-dire médiocre au mieux. Tous les personnages surjouent chacune de leur ligne de dialogues. Les scènes censées être émouvantes virent aisément au ridicule à cause du manque de subtilité des acteurs. On est loin des excellentes performances de Red Dead Redemption 2 ou de God of War, en ce sens.

Judge Eyes est également beaucoup trop bavard pour son bien. Les échanges entre personnages ne semblent jamais se terminer, ce qui ralentit atrocement le rythme du scénario. On a l'impression de passer plus de temps assis à ressasser le passé avec les potos de Yagami qu'à réellement partir à la chasse d'un tueur en série, lors des premières heures de jeu. Heureusement, le rythme s'accélère dans la seconde partie et les plus patients d'entre vous seront récompensés par un chapitre final de haute volée !

Les interrogatoires sont assez... musclés.

La vallée dérangeante

Se balader dans Kamurocho est un vrai régal. Celles et ceux familiers avec le fameux quartier rouge de Shinjuku retrouveront rapidement leurs marques et seront sûrement épatés par la fidélité avec laquelle chaque recoin ou enseigne emblématique a été modélisé par le Ryu Ga Gotoku Studio... en partant du principe que vous n'avez pas joué aux jeux Yakuza sortis récemment. Si c'est le cas en revanche, il faut admettre que l'on se retrouve en terrain (un peu trop) connu. On aurait aimé pouvoir visiter des quartiers différents comme le proposait déjà Yakuza 6. Mais pour les nouveaux venus, Judge Eyes reste donc une vraie carte postale interactive. Des néons multicolores aux devantures des combinis, en passant par les restaurants à Udon qui pullulent dans les rues de Kamurocho, c'est à un spectacle de premier choix qu'auront droit vos yeux et vos oreilles !

Concernant les protagonistes principaux, un soin tout particulier a été apporté à leur modèle 3D et leur gestuelle. En revanche, le moteur maison du studio montre vite ses limites lors des zoom sur les visages. La mâchoire des personnages bouge encore de manière très mécanique, comme si nous avions affaire à des automates. Rien de bien méchant, mais suffisamment remarquable pour déclencher ce fameux phénomène d'uncanny valley, quand plus un avatar tente de ressembler à un humain et plus ses imperfections nous sautent aux yeux. On reste tout de même devant un titre qui marquera plus par son environnement et l'atmosphère qu'il dégage que par ses performances graphiques. On pardonne très vite à Judge Eyes ces petits ratés lorsque Yagami passe en mode attaque et matraque des malfrats à toute vitesse, façon Shaolin Soccer (la balle de foot en moins mais avec autant de classe).

Les "Heat Actions" vous retourneront littéralement la mâchoire !

Le King du Kung-Fu

Yagami n'est pas Kiryu. Alors que notre yakuza préféré était une masse dont chaque coup faisait trembler le sol de Shinjuku, Yagami est plus agile et préférera littéralement danser autour de ses assaillants en les rouant de coups jusqu'à ce qu'un trauma crânien s'ensuive. Il peut alterner à loisir entre deux postures de combat dérivées du kung-fu, la première étant parfaite pour les affrontements en un-contre-un et la seconde recommandée pour le contrôle de foules. Notre détective est également un adepte de parkour, ce qui lui permet d'effectuer des glissades, de prendre appui sur des murs ou carrément de grimper sur ses adversaires pour les achever d'une rapide mandale glissée ou d'une bonne patate aérienne des familles.

Les "Heat Actions", des finishs ravageurs à activer sous certaines conditions, sont bien évidemment de la partie. Bien que quelques animations aient été purement et simplement recyclées des précédents jeux du studio, les nouvelles séquences vous feront consécutivement crier de joie devant leur beauté, puis de douleur vu l'état dans lequel vous laisserez vos adversaires. Certaines actions se réalisent même à deux avec vos partenaires d'infortune contrôlés par l'IA pour deux fois plus de "badasserie" !

En parlant de l'IA, mon amie et spectatrice en parle le mieux : "pourquoi les méchants tournent-ils autour de toi sans t'attaquer ?". Je ne sais pas, très chère, mais c'est bien dommageable ! Yagami a déjà accès à une liste de coups et techniques qui lui permettent de tenir tête à plusieurs adversaires sans craindre de représailles, alors le fait que l'IA soit aussi passive retire tout sentiment de danger lors des phases de combat. Seuls certains boss capables de réduire votre jauge de vie avec un coup critique ajoute un peu de challenge aux affrontements, mais à part ça il est rare de se retrouver en difficulté... Au moins, les joutes sont belles à regarder, c'est déjà ça !

S'il te plaît, ne te retourne pas papy et finissons-en avec cette filature.

Détective privé... de fun

Judge Eyes ne serait pas un jeu Ryu Ga Gotoku Studio sans une longue liste de quêtes alternatives et d'activités annexes à nous proposer, et ça tombe bien : il y a à boire et à manger pour tout le monde ! Mais débarrassons-nous d'abord des hors d'oeuvres avant de nous délecter du plat de résistance...

En tant que détective privé, il vous sera souvent nécessaire de prendre discrètement des photos de suspects, de les suivre dans la rue sans vous faire repérer ou, au contraire, d'effectuer quelques courses-poursuites pour rattraper un vilain en fuite. Ces phases de jeu sont d'une fadeur assez désolante pour un jeu signé Ryu Ga Gotoku Studio. Le gameplay de ces passages se veut très limité, les courses à pied n'étant par exemple qu'une succession de QTE, et elles ont le mauvais goût de durer une éternité. Mention spéciale pour les sections de filature qui peuvent prendre jusqu'à cinq minutes et qui, si pour une quelconque raison vous veniez à vous faire repérer, vous oblige à les recommencer dès le début ! Espérons que l'on obtienne l'option de zapper ces passages inutiles dans la mouture occidentale...

Le jeu a droit à sa propre version de Mario Party !

Plein de jeux dans le jeu

Pour le reste, ce n'est que du bon ! Ancien avocat oblige, on est amené à défendre certains clients de Yagami dans des passages à la Phoenix Wright particulièrement convaincants. Lorsqu'il n'est pas sur la trace du serial killer, Yagami peut aller se détendre en jouant aux fléchettes, au baseball ou en dépensant quelques sous dans des bornes d'arcade avec la liste habituelle de jeux rétro. Petite nouveauté : je vous conseille vivement de mettre vos petites pantoufles sur la borne de Kamuro of the Dead, une parodie du cultissime House of the Dead qui vaut le détour.

Qui dit 2019 dit forcément drone et réalité virtuelle. À un certain point du jeu, il sera possible de prendre part à des courses de drones à travers les buildings de Shinjuku, façon Wipeout au rabais sur fond d'eurodance. Inutile donc indispensable, je crois ?

La zone de réalité virtuelle, quant à elle, est un ersatz de Mario Party dans lequel on lance un dé et l'on enchaîne des mini-jeux ou des combats contre des tigres (et pourquoi pas ?) pour tenter d'arrondir les fins de mois difficiles. Malheureusement, il n'est plus possible de s'amuser dans un bar à hôtesse ou de pousser la chansonnette dans un karaoké, "Kimutaku" est apparemment un homme très timide, dommage.

Très bon
8
Où acheter :
Judge Eyes est une très belle surprise qui ravira à coup sûr aussi bien les fans de la série Yakuza que les nouveaux arrivants. Les premiers retrouveront rapidement leurs marques dans le Kamurocho qu'ils ont appris à aimer, tandis que les seconds seront émerveillés devant le spectacle que Shinjuku a à leur offrir. On pourrait critiquer le titre sur son manque d'initiatives originales, la longueur de certaines phases de jeu ou encore la lenteur avec laquelle avance l'intrigue dans sa première partie, mais une fois la machine lancée, c'est un plongeon saisissant dans l'univers sombre des conglomérats pharmaceutiques et de la mafia nippone qui vous attend.
par
+ On aime
  • Kamurocho, magnifique
  • Un scénario captivant...
  • Yagami apporte un vent de fraîcheur sur la série
  • Impossible de s'ennuyer
  • Les Heat Actions, violentes et puissantes à souhait
- On n'aime pas
  • On aurait aimé explorer un nouveau quartier nippon
  • L'intrigue traîne en longueur dans sa première partie
  • Les phases de filatures et de course-poursuites, inintéressantes
  • Plus de bar à hôtesse ni de karaoké ? Pourquoi ?!
Donnez votre note
note
--

Ce jeu n'a pas encore été noté

Ma collection sur PS4
Je l'ai 0
J'y joue 0
Je le vends 0
Je le cherche 0
Vos tests
Pas de test de lecteur pour ce jeu.
Soyez le premier à en rédiger un !

Galerie photo Judgment - 7 images (cliquez pour zoomer)

Est-ce notre fameux tueur en série ? Mystère et boules de gei... gomme. Petit selfie posay avec mon bro Kaito. Tu parles trop, tais-toi ! Les interrogatoires sont assez... musclés. Les "Heat Actions" vous retourneront littéralement la mâchoire ! S'il te plaît, ne te retourne pas papy et finissons-en avec cette filature. Le jeu a droit à sa propre version de Mario Party !
7 commentaires
  • Les plus récents
  • Les plus anciens
Tous les commentaires (7)