Après Identity V en 2018, Joker Studio reviendra en 2026 avec Sea of Remnants, un nouveau jeu de pirates en monde ouvert plutôt ambitieux. On y a joué, voici nos impressions.
De Genshin Impact à Where Winds Meet, en passant par Black Myth Wukong, la Chine a incontestablement été à l’origine de certains des plus gros hits de ces dernières années. Et une chose est sûre : cela ne fait probablement que commencer. Car avec des jeux comme Phantom Blade Zero ou encore Blood Message qui se profilent, nous ne sommes sans doute pas encore au bout de nos surprises. D’autant plus que ces derniers sont naturellement loin d’être les seuls. On pourrait par exemple citer Sea of Remnants, le nouvel RPG d’aventure free-to-play en monde ouvert à venir du côté de chez NetEase qui, depuis son annonce en mai 2025, n’a pas manqué de retenir l’attention des joueurs.
Et pour cause : ses nombreuses similitudes avec un certain Sea of Thieves, dont il partage presque jusqu’au nom, ne sont évidemment pas passées inaperçues. Pourtant, lorsque nous sommes allés à la rencontre directe des équipes de Joker Studio, ces dernières ont insisté sur le fait qu’il y a en réalité « une énorme différence entre les deux titres en termes d’expérience de jeu ». Et puisqu’une image vaut toujours mieux que mille mots, nous avons eu l’opportunité de prendre en main Sea of Remnants pendant un peu plus de cinq heures sur PC, histoire de nous familiariser avec ce qui s’annonce à première vue comme une prometteuse alternative solo au jeu de Rare.
Les mille et unes histoires de Sea of Remnants
Car oui, mettons tout de suite les petits plats dans les grands à ce sujet : contrairement à Sea of Thieves, dont tout le sel de l’expérience repose globalement sur sa dimension MMO, Sea of Remnants, lui, est avant tout pensé pour être « un jeu solo gratuit avec quelques éléments multijoueur ». Des éléments qui, de la confession de Joker Studio, ne seront d’ailleurs même pas présents pour le lancement du jeu, les équipes préférant dans un premier temps « prioriser l’immersion des joueurs ». De fait, si plusieurs fonctionnalités en ligne sont d’ores et déjà en cours de développement, c’est en toute solitude que nous nous sommes lancés dans les premières heures de l’aventure.

Débutant au cœur d’un mystérieux endroit baptisé « The Quiet Sea », le prologue du jeu nous a rapidement donné le ton. Mêlant fantasy et piraterie, il nous place aux commandes d’un marin qui, dans sa quête pour atteindre la légendaire « Sea of Remnants », a subitement perdu tous ses souvenirs. Car c’est bien ce dont il sera question avec ce titre : réussir à atteindre ce lieu mythique situé au-delà de la lune qui, comme dans toute histoire de pirates digne de ce nom, promet les plus grands trésors à quiconque y parviendra. Mais pour cela, il faudra au préalable récupérer ce que cet océan maudit dérobe aux plus valeureux ayant essayé jusqu’à présent : notre mémoire et nos talents.
Après avoir créé notre avatar, nous voilà donc au cœur d’Orbtopia, aka la plus grande ville de pirates que l’on arpentera au sein du jeu. Notre objectif est simple : enquêter sur ce qui a bien pu nous arriver, ce qui nous amène très vite à faire la rencontre d’une étonnante jeune femme qui semble se trouver dans la même situation que nous. D’ailleurs, tout porte même à croire que notre héros pourrait avoir un lien avec elle, qu’il faut évidemment creuser. Et c’est ainsi que de fil en aiguille, les deux premiers membres de notre équipage prennent la mer à la recherche de leurs souvenirs perdus. Bien sûr, ce que nous venons de résumer en quelques lignes nous a en réalité occupé pendant plusieurs heures, la narration étant définitivement au cœur de l’expérience.
En effet, bien plus qu’un vaste bac à sable dans lequel le joueur vit son aventure, Sea of Remnants se présente comme une expérience très narrative qui nous amènera à suivre de nombreuses histoires en parallèle de notre périple. Et à première vue, cela pourrait même s’imposer comme l’un des points forts du titre, en tout cas si la qualité d’écriture reste à la hauteur de ce que nous avons vu. Car que ce soit à travers son humour, ses situations rocambolesques ou encore son casting, le titre de Joker Studio ne manque assurément pas de charme. Et il s’annonce d’ailleurs plutôt ambitieux, puisque les développeurs assurent que nos choix comme nos interactions avec le monde pourront influencer la façon dont ce dernier évolue.
Oui, toutes nos actions devraient impacter d’une manière ou d’une autre la routine des plus de quatre-cents PNJ dont on pourra croiser la route, en sachant que parmi eux, une quinzaine de personnages auront aussi droit à un arc narratif dédié que l’on pourra suivre via différentes quêtes. « Que ce soit de manière très chaotique ou très ordonnée, c’est au joueur lui-même de décider [la façon dont il régit le monde qui l’entoure] » nous a assuré Innis, chef de produit de Sea of Remnants. « Nous voulons [lui] laisser cette option ». Car après tout, que serait un jeu de pirates sans la liberté qui va avec ? Rien, sans aucun doute. Et c’est bien pour cela qu’il nous sera aussi possible de tracer notre propre route entre deux quêtes si le cœur nous en dit.
Un monde vaste et plein de richesses
Pour ce faire, ce ne sont alors pas moins de 256 km² d’océans et de terres qui s’offriront à nous, avec plus d’une quinzaine d’îles – en tout cas au lancement – proposant chacune leurs histoires, leurs défis et leurs environnements. Oui, que ce soit à travers ses nombreux puzzles, ses mystérieux trésors ou encore ses innombrables mini-jeux, le monde de Sea of Remnants devrait regorger d’activités à même de nous permettre de remporter diverses ressources et améliorations. Qu’il s’agisse d’énigmes environnementales, de pièces manquantes à trouver, de défis de rapidité et de combat ou encore de jeux d’adresse, Joker Studio ne semble pas lésiner sur les moyens pour s’assurer que nous ayons toujours quelque chose à faire.
Et si à première vue, le sentiment d’exploration et d’aventure qui s’en dégage semble moins grisant qu’il ne peut l’être dans Sea of Thieves par exemple, cela n’empêche pas le titre de rendre son univers agréable à parcourir. Mais il faut dire aussi que là où le jeu de Rare joue à fond la carte de l’immersion en poussant le joueur à mériter chacune de ses découvertes, Sea of Remnants, lui, se veut beaucoup plus traditionnel et accessible dans son approche. Par exemple, pour la partie navale, pas question ici de gérer chaque élément de son bateau distinctement. On monte à bord, on presse la gâchette, on pousse le joystick, et on met les voiles vers sa destination. C’est aussi simple que cela.

De la même manière, les trésors se veulent beaucoup plus faciles à débusquer, et surtout à conserver. Et cela tient notamment à une chose : la présence d’une mécanique permettant de confier ses découvertes à un coursier, qui se chargera alors de les ramener à Orbtopia en toute sécurité à notre place. Ainsi, même en cas de mort inopinée, celles-ci ne seront pas perdues. Bien sûr, les créateurs de Sea of Remnants ont néanmoins fait en sorte que les joueurs ne puissent pas user et abuser de ce système, sous peine de ruiner tout l’intérêt du jeu. C’est pourquoi cette option ne sera disponible qu’un nombre limité de fois chaque jour, après quoi il faudra soi-même rentrer au bercail si l’on souhaite récupérer son dû.
Le spectacle avant tout
Mais il faut préciser aussi que, comme ont pu nous le révéler les créateurs du jeu, Sea of Remnants n’a pas forcément pour vocation de proposer une expérience axée sur la difficulté. Pour Joker Studio, l’objectif est avant tout de procurer aux joueurs une expérience singulière qui leur offre du grand spectacle. Et cela vaut notamment pour les combats, qui sont divisés en deux parties. Sur terre, d’abord, ceux-ci prennent la forme d’affrontements au tour par tour, ce qui implique forcément une notion de stratégie. Car bien sûr, chaque membre de son équipage possède ses propres capacités selon sa classe, que l’on peut faire évoluer au fur et à mesure que l’on gagne des niveaux. Pour autant, l’approche choisie par l’équipe reste très accessible.

Notons au passage la présence d’une mécanique intéressante, à savoir celle des lancers de dés qui, née de l’idée que les pirates sont des êtres superstitieux, ajoute une part d’aléatoire aux combats. Par conséquent, si la fortune est de notre côté, cela permet notamment de booster certaines de ses attaques. Mais jeu de pirates oblige, Sea of Remnants implique également son lot de combats sur mer. Et dans le cas de ces derniers, Joker Studio a alors préféré une approche en temps réel, qui confère tout le dynamisme nécessaire à l’action. En particulier pour tout ce qui touche aux combats de boss, qui nous permettront d’affronter toutes sortes de créatures marines aussi gigantesques qu’impressionnantes au fil de l’aventure.
Et bien que cela ne fasse malheureusement pas partie des éléments que nous avons pu tester directement, nous avons tout de même eu droit à une longue présentation vidéo de l’un des boss, qui s’annonce somme toute très prometteur. Découpé en plusieurs phases, le combat en question témoignait du soin avec lequel Sea of Remnants prévoit de nous embarquer dans des batailles navales titanesques, où mécaniques de gameplay et styles musicaux s’enchaînent au rythme de l’action. Rock, musique classique et métal se succédaient ainsi tandis que l’on passait d’une phase en bateau contre des tentacules à une phase sous-marine mêlant acrobaties et QTE, pour finalement revenir sur les flots en vue du grand climax du combat.
Une approche à la fois intéressante et prometteuse, donc, qui nous a parue aussi fluide qu’épique à première vue. Même si, comme a insisté l’équipe de Joker Studio, cela reste encore du « Work in Progress ». D’ailleurs, cela vaut également pour tout ce que nous avons vu. Car si Sea of Remnants nous a irrémédiablement séduits avec son superbe style graffiti et son ambiance romantico-punk à souhait, force est de constater que du travail d’optimisation reste encore à faire. Oui, c’est très beau, c’est vivant, et c’est bourré d’effets visuels et de couleurs chatoyantes qui flattent la rétine. Mais quelques bugs étaient encore présents ici et là, au même titre que des ralentissements. Cela dit, rien d’alarmant à ce stade du développement.

Un jeu free-to-play, mais à quel prix ?
Pour finir, abordons un dernier point et non des moindres : le modèle économique du jeu. Car Sea of Remnants a beau être accrocheur sur le papier, il n’en reste pas moins un titre free-to-play, ce qui peut inquiéter quant à la nature de l’expérience sur le long terme. À ces appréhensions, Joker Studio s’est toutefois voulu aussi rassurant que possible et nous a certifié que l’obtention des éléments en jeu, et notamment celle des pirates légendaires, « aura un sens et une signification ». « Nous avons conçu plusieurs façons pour les joueurs d’obtenir des personnages ou de recruter des PNJ dans leur équipe. Cela peut se faire par le biais d’échanges en argent réel, d’achats en argent réel, ou en finissant certaines quêtes et activités ».
« Lorsque nous concevons notre contenu payant, nous voulons respecter un principe » insiste cependant le chef de produit de Sea of Remnants : « Les joueurs ne doivent payer que lorsqu’ils aiment vraiment quelque chose, lorsqu’ils sont vraiment prêts à le faire de leur plein gré. Ils ne doivent pas se sentir contraints ou obligés de payer pour une chose dont ils pourraient avoir besoin. C’est ainsi que fonctionne l’économie aujourd’hui, même dans la réalité, mais nous voulons nous assurer que les joueurs qui payent et les joueurs qui jouent gratuitement bénéficient tous deux d’une expérience de jeu cohérente au lieu d’avoir de trop grandes différences ». De quoi éviter, au passage, une quelconque notion de pay-to-win à la sortie du multijoueur, donc.
Maintenant, cela veut-il dire que tous les contenus du jeu seront forcément accessibles à l’ensemble des joueurs de Sea of Remnants ? Pas vraiment. Mais Innis l’assure : pour tout contenu payant d’un certain niveau, un équivalent gratuit sera alors proposé. Reste juste à voir ce que cela donnera concrètement lors de la sortie du jeu. Car si à première vue, le côté free-to-play ne nous a aucunement paru intrusif lors de notre preview, nous ne savons que trop bien à quel point les vices d’un tel modèle économique peuvent émerger sur le long terme. Que ce soit à l’issue de longues heures de jeu, ou au rythme des nouvelles saisons, que Joker Studio prévoit de lancer toutes les dix semaines environ.

On attend Sea of Remnants… avec beaucoup de curiosité
Débarquant en Chine avec l’idée de jouer à un équivalent chinois de Sea of Thieves, le titre de Joker Studio nous a pris de court en se présentant plutôt comme une alternative solo et gratuite au jeu de Rare. Porté par une forte narration, une ambiance bourrée de charme et un gameplay à la fois riche et accessible, Sea of Remnants semble pour l’instant avoir tout ce qu’il faut pour séduire les amateurs de jeux de pirates comme de fantasy. Et s’il reste difficile de jauger en quelques heures seulement des qualités d’un jeu service que ses créateurs décrivent comme une « boucle infinie à la Memento de Christopher Nolan », cela nous a néanmoins confortés dans l’idée de surveiller attentivement cette nouvelle production signée NetEase.

