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Test de Hollow Knight (PC, Mac, Nintendo Switch)

TEST de Hollow Knight : L'étoffe d'un chevalier

Par Thomas Pillon - publié le

Les fans de Metroidvania ont de quoi se réjouir : longtemps délaissé, le genre n'en finit plus de faire des émules et de se décliner à toutes les sauces. Dévoilé à la fin de l'année 2014, le financement participatif via Kickstarter d'Hollow Knight faisait entrer dans l'arène un nouveau prétendant. Promesse tenue ?

C'est peu dire que l'attente aura été longue. Interminable même. Alors même que le jeu n'était pas encore disponible pour les joueurs PC, Team Cherry annonçait le portage de son poulain sur Switch, délaissant pour les raison que l'on sait une version Wii U promise de longue date.

Il en faudra du temps avant de comprendre le pourquoi du comment...

Post mortem

Véritablement ancré dans son époque, Hollow Knight opte sans jamais rougir pour une narration à demi-mot, presque non-dite, et surtout tellement subtile qu'elle pourra même être considérée comme inexistante par les joueurs les plus pressés. Le jeu ne s'embarrasse en effet pas de grand chose pour littéralement vous lâcher dans l'univers chromatiquement glacial d'Hollownest. Délabré et depuis longtemps abandonné, le royaume qui vous servira de terrain de jeu dépeint à travers ses décors une véritable ambiance d'après : après la gloire, après la grandeur, mais aussi et surtout après la chute.

Il faudra donc accumuler sur la trentaine d'heures de jeu tous les indices et les sous-entendus qui permettront de reconstituer petit à petit ce puzzle historique aux dénouements multiples. Oscillant entre la verticalité du gothique et la démesure du romantique, le Metroidvania australien marque en tous cas des points en choisissant l'anthropomorphisme entomologique, puisque la multiplicité des races d'insectes que vous croiserez sur votre chemin s'accorde à merveille aux guerres de clans, de pouvoir et de religions qui serviront de toile de fond subtilement chuchotée. Et si la sensation de courir après un lièvre spectral persiste durant la première dizaine d'heures de jeu, votre objectif s'affine et offre finalement un sens plus que salvateur à une aventure jusqu'alors assez cryptique.  

Onirique, dites-vous ?

Bee Zutage

Mais pour profiter de ces plaisirs un rien médiévaux, il faudra encaisser sans sourciller des débuts aussi austères qu'une retraite monacale. Hollow Knight opte en effet pour une entrée en matière des plus déboussolantes, pour ne pas dire carrément abrupte. Avant de vous débarrasser de cette désagréable sensation d'être en terre hostile et labyrinthique, il va falloir tirer un peu d'huile de coude. En effet, c'est dépourvu de carte et armé de votre seule sens de l'orientation qu'il vous faudra partir à l'aventure, une démarche que l'on qualifiera de chiche ou d'osée selon son point de vue, puisque nous savons grâce au vénérable Obi-Wan Kenobi que tout dépend de lui. 

Mais même après ces quelques toussotements introductifs, l'obtention d'une première carte moyennant finances, et l'achat indispensable d'une rune pour se repérer sur ladite carte (car ce n'est pas parce que vous possédez un plan que vous apparaissez nécessairement dessus), l'exploration ne se transforme pas pour autant en promenade de santé. Chaque nouvelle zone explorée vous oblige en effet à naviguer à vue, et rien ne vient vous indiquer la route à suivre pour éclairer votre lanterne. On se retrouve ainsi bien souvent dans le zeph le plus complet, sans possibilité de se repérer, et encore moins de trouver un point de sauvegarde. Autant dire que les plus poltrons risquent de tiquer, puis de rager devant un parti-pris parfois punitif et souvent décourageant. 

Attention aux pics : le one-shot à la sauce Mega Man est impitoyable.

Le danger on aime ça ♫

Pour les aventuriers rompus au danger, en revanche, l'affaire s'annonce des plus trépidantes : au travers des nombreuses zones chromatiques qui forment l'univers descendant d'Hollow Knight, les rencontres sont nombreuses, et souvent peu amicales. Car si quelques bonnes âmes vous fileront ici et là un coup de patte, le reste du microcosme environnant aura surtout à coeur de vous faire la peau, et pas qu'un peu. C'est armé dans un premier temps de votre seule pointe de clou qu'il vous faudra lutter, et surtout rapidement intégrer les patterns adverses. Les combats sont très nombreux, mais profitent d'un level design tortueux et assez ingénieux pour se renouveler en toutes circonstances : un même ennemi pourra selon la configuration des lieux vous donner beaucoup de fil à retordre, là où vos l'aurez balayé sans un regard quelques minutes auparavant. Ajoutons à ces quelques embûches une palette de couleurs aussi froides que les décors à parcourir, et vous trouverez là de quoi pester à voix haute devant l'injustice régulièrement subie par un adversaire quasi-invisible avant qu'il ne vous en colle une.

L'apprentissage par l'observation fait d'ailleurs preuve de beaucoup de subtilité et d'intelligence, puisqu'un même type d'ennemi évoluera au fil de votre progression avant de trouver son point d'orgue dans un combat de boss ou de mid-boss pour lequel vous aurez été bien malgré vous préparé. Vous renforcer et vous donner les clés d'un affrontement majeur sans jamais le laisser percevoir, voilà qui mérite un sacré coup de galurin. Mention spéciale pour le ralenti qui accompagne chaque dégât occasionné par l'ennemi, qui retranscrit comme jamais la force de l'impact et la sensation de stun qui s'en suit. La concurrence va devoir en prendre de la graine, c'est certain. En revanche, quelques affrontements pas piqués des hannetons manqueront de vous coûter une, voire plusieurs manettes, dans la mesure où certains boss peuvent engloutir vos quelques points de vie sans ménagement : en l'absence TOTALE de recovery (petite période d'invincibilité qui peut suivre un dommage), il va falloir garder la tête froide en toutes circonstances.

Cornifer le cartographe, un phare en plein brouillard.

Arrêtez de l'appeler Sire

Mais pour se sortir de n'importe quelle situation, vous pourrez également compter sur les dizaines de charmes à trouver, puis à équiper, sachant le nombre de slots mettra plusieurs heures à véritablement s'agrandir. Mais qu'importe : avec autant de possibilités, chaque joueur trouvera chaussure à sa patte, sachant qu'il vous faudra jongler avec lesdits charmes pour profiter à fond de leurs capacités. L'équipement se limite en revanche aux points de sauvegarde, assez peu nombreux il faut l'avouer. La mécanique de soin se révèle à l'extrême inverse d'une souplesse de tigre, puisque chaque ennemi défait viendra remplir une jauge que vous pourrez ensuite convertir en soin. Mieux vaut en revanche être bien sûr de son coup, puisque si par malheur vous stoppiez le processus avant d'avoir récupéré un point de vie, l'énergie dépensée le sera en pure perte.

Dans la liste des petits rien qui facilitent la vie, notons également la présence d'un réseau de transport qui vous amènera à chevaucher un sympathique lucanidae contre un ticket d'entrée pas toujours abordable : la présence d'un système de téléportation aurait été bien plus digeste et maniable, mais faute de mieux, c'est toujours ça de pris. En revanche, les premiers vendeurs croisés laisseront vite place à des autochtones dont il sera bien difficile de saisir la raison d'être : volontairement flou sur la bonne manière de progresser, Hollow Knight nécessite d'être aussi curieux que prêt à tout retenir de tête, pour ne pas se retrouver par moment complètement largué. Et pour ceux qui se posent la question, la réponse est clairement oui : le jeu de Team Cherry fait partie de ces titres qui vous puniront sans retenue pour les avoirs laissé trop longtemps de côté. Dura lex, sed lex.

L'impact de chaque coup encaissé est visuellement somptueux.

Metroidvalhalla

Mais malgré sa difficulté souvent sans pitié, la sensation d'avancer à tâtons sans trop comprendre le pourquoi du comment, il se dégage d'Hollow Knight quelque chose qui pousse inlassablement au dépassement de soi. Pour peu que la foi vous anime et que l'adversité ne vous fasse pas rendre les armes trop vite, le jeu de Team Cherry promet de véritables moments d'émerveillements, notamment grâce à un parti-pris graphique proche du dessin animé et qui réserve son lot de grands moments, un petit exploit quand on sait que la quasi-intégralité de l'action se jouera en souterrain.

La bande-son signée Christopher Larkin n'est évidemment pas étrangère à cette sensation : souvent sombre mais ne tombant jamais dans le larmoyant ou le gothique déplacé, les thèmes d'Hollow Knight font preuve d'une compréhension de ce qui fait l'âme de chaque zone, et accompagne en abattant une à une ses cartes la montée en puissance et l'accomplissement de la mission du Knight.

PC
Mac
Switch
Très bon
8
Solide, somptueux et subtil, le premier jeu des australiens de Team Cherry évite avec brio le piège du Kickstarter maudit. Doté d'une direction artistique de haut vol, il faudra pourtant s'accrocher pour profiter des nombreux plaisirs qu'aura à vous offrir ce royaume insectifère aux multiples dédales. Mais pour peu que votre âme d'aventurier triomphe des premières heures peu accueillantes, et surtout d'une exploration souvent à l'aveugle qui pourrait avoir raison de certains joueurs, l'aventure souterraine du Knight réserve aux plus endurants un périple mémorable, porté par une bande-son en harmonie constante avec ses environnements. Telle une ascension que l'on regrette une fois en chemin d'avoir entreprise, Hollow Knight finit par faire oublier ses aspects les plus dérangeants pour ne garder au final que la beauté du panorama.
par
+ On aime
  • Une direction artistique inattaquable.
  • Des boss optionnels en veux-tu en voilà.
  • Des dizaines de capacités pour parer à toutes les situations.
  • La mécanique de heal rechargeable, un bonheur de tous les instants.
  • Trois fins différentes, et une durée de vie en béton armé.
- On n'aime pas
  • Une narration à côté de laquelle on passe facilement.
  • Des ennemis qui se fondent trop souvent dans le décor.
  • Chaque nouvelle zone qui oblige à se lancer au hasard dans l'exploration.
  • Un début fichtrement retors.
  • L'absence impitoyable de recovery.
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Il en faudra du temps avant de comprendre le pourquoi du comment... Onirique, dites-vous ? Attention aux pics : le one-shot à la sauce Mega Man est impitoyable. Cornifer le cartographe, un phare en plein brouillard. L'impact de chaque coup encaissé est visuellement somptueux.

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