Avec FF7 Remake, Square Enix nous avait bluffés avec un portage soigné, presque indécemment bon pour du AAA nomade, qui n’avait pas à rougir face à ses versions cousines. FF7 Rebirth et son monde ouvert généreux, sa mise en scène mégalomane, ses plaines qui s’étendent à perte de vue, ses villages grouillants ; c’était fatalement un autre défi. Le genre de jeu qui, rappelons-le, a parfois mis la PS5 en sueur. Faire tenir un titre qui flirte autant avec la démesure dans la petite Nintendo Switch 2 sans la moindre concession aurait relevé de l’intervention divine, mais, fidèle aux tendances anticléricales de la licence, Square Enix a préféré confier l’exercice périlleux à quelques mortels. Pas de miracle à l’horizon donc, mais un portage qui tient toutes ses promesses, aussi raisonnables soient-elles.

Le Kalm avant la tempête ?

L’introduction de FF7 Rebirth sur Nintendo Switch 2, c’est toujours un coup au plexus. Un réacteur qui a explosé, des victimes, ce visage souriant qu’on ne croyait plus revoir. Les cinématiques s’enchaînent avec cette qualité si distinctive de la licence et traversent les hardwares sans aucun dommage collatéral. La narration ne souffre à aucun moment des concessions techniques imposées par la console : quand Square Enix veut vous embarquer dans son histoire, il sait comment le faire, peu importe la machine ou la manette entre vos mains. Puis les flashbacks se dissipent, Kalm arrive et avec elle les premières failles, franches et assumées. La réalité du portage commence à s’imposer avec du pop-in qui s’invite sans vergogne, des éléments qui surgissent à quelques centimètres de Cloud, des textures qui s’affinent sous nos yeux quand d’autres resteront baveuses, la végétation a souvent été passée à la tondeuse, jusque dans les phases d’infiltration pour capturer les Chocobos, plus déroutantes. Les concessions techniques sont omniprésentes, et fatalement plus criantes en nomade, où la résolution en prend un uppercut dès qu’on part en exploration.

Là où FF7 Remake et sa linéarité pouvaient se satisfaire d’ajustements d’effets de brouillard ou de résolution de certaines textures, le monde ouvert de Rebirth appelait à des sacrifices plus lourds, diligemment choisis pour préserver l'essentiel : l’expérience, le gameplay et la narration. En mode nomade, le DLSS fait ce qu’il peut, mais la résolution peut drastiquement chuter par endroits, notamment ceux réputés plus gourmands. Les cheveux de Cloud, les plumes des Chocobos et tous les détails plus fins en général souffrent également d’artefacts visibles, d’une image plus baveuse et d’un rendu moins stable. La caméra s’emballe parfois hystériquement lors de l’exploration, le framerate s'essouffle, notamment dès l’approche de Junon où les saccades deviennent plus fréquentes lors de nos balades, les distances d’affichage ont sévèrement été réduites pour ne pas mettre la Nintendo Switch 2 à genoux. En nomade, il faut accepter de regarder le monde de FF7 Rebirth avec une certaine bienveillance presbyte et myope à la fois. Cette version s’en sort davantage avec les honneurs sur les temps de chargement, corrects et relativement courts, un peu moins sur la durée de vie de la batterie, qui peut permettre des sessions allant jusqu’à 2h30 grand maximum, sans véritable chauffe, même lors d’une canicule. La console peut malgré tout souffler à quelques rares moments particulièrement gourmands.

En mode docké, et donc sur grand écran, la résolution retrouve sa dignité, sans rivaliser avec une PS5, mais avec une image nettement plus affûtée et des effets de lumière et d’ombres plus réussis, et un framerate lui aussi bloqué à 30 fps. C’est de l’artisanat sous contrainte, ça se voit oui, mais c’est finement bricolé et soigné, davantage à l’image de FF7 Remake, bien que les concessions faites restent visibles. Les cinématiques ne perdent jamais de leur superbe, quelques détails font leur trou jusqu'à la Nintendo Switch 2, notamment les reflets d’eau, certains effets de lumière et la densité des PNJ, qui reste convaincante. Autant de petits détails qui résistent aux affres du portage et qui témoignent du grand soin qui lui a été apporté.

L'expérience FF7 Rebirth dans le creux de sa main

Mais celui qui jouera à FF7 Rebirth sur Nintendo Switch 2 ne viendra pas compter les pixels un par un. Il viendra profiter de l’expérience dans le creux de sa main et il y a un charme indéniable à emporter un jeu de cette envergure partout avec soi. Les vibrations des Joy-Con sont intelligemment mises à contribution, enchaîner les parties de Queen’s Blood dans le métro ou tranquillement depuis son canapé n’a jamais été aussi grisant et addictif, le monde ouvert se déguste toujours aussi goulument. Naoki Hamaguchi voulait préserver l’expérience avant la présentation, la promesse est tenue. En combat surtout, là où, littéralement, tout se joue, le jeu tient ses 30 images par seconde avec une belle régularité, en docké comme en nomade. Tant mieux, car ce mélange d’action directe et de commandes tactiques, si grisant et qui atteint son apothéose lors des combats de boss, n’aurait pas pardonné une cadence bancale. Square Enix a fait le bon choix : FF7 Rebirth perd de son glamour, mais jamais de son âme.

Car une fois les écueils techniques acceptés, FF7 Rebirth reste Rebirth. Un monde ouvert généreux, qui se narre au gré des échanges entre les personnages, une écriture qui tient constamment le rythme, des héros attachants, des combats prenants, et cette capacité singulière à alterner entre le spectaculaire, l’absurde et l’intime. Profiter de tout ce buffet à volonté d’activités partout avec soi, c’est ça la vraie force de FF7 Rebirth sur Nintendo Switch 2. Il n’a jamais été question de claque technique, mais de confort de jeu. L’expérience reste sensiblement la même, et s’apprécie parfois même mieux grâce au format hybride de la console.

final fantasy 7 rebirth switch 2
Une cinématique en mode nomade