Dès demain, A Plague Tale sera de retour sur PS5, Xbox Series et PC avec Resonance: A Plague Tale Legacy, un préquel signé Asobo Studio. Voici notre test du jeu.
Que de chemin parcouru par Asobo Studio en l’espace de quelques années seulement. Bien installé dans le paysage vidéoludique français depuis bientôt ving-cinq ans, l’histoire de l’équipe bordelaise a pris un nouveau tournant il y a déjà sept ans, lorsque le surprenant A Plague Tale: Innocence a vu le jour et trouvé une résonance à l’internationale. Témoin du talent de cette dernière à produire des jeux d’action-aventure à forte dimension narrative, il n’était toutefois que les prémices d’une montée en puissance pour Asobo, qui a ensuite atteint de nouveaux sommets avec A Plague Tale: Requiem en 2022… puis Resonance: A Plague Tale Legacy en cette année 2026. Car pour l’avoir terminé, on peut vous le dire : il s’agit très certainement de la meilleure production que le studio nous ait offert jusqu’à présent.
L’héritage d’A Plague Tale Legacy
Lorsque les malheureuses aventures d’Amicia et Hugo sont arrivées à leur terme, une grande question s’est posée pour Asobo comme pour les joueurs : quelle sera la prochaine étape ? Et si le public est longtemps resté dans le flou à ce sujet, pour l’équipe bordelaise, la réponse s’est en réalité bien vite imposée : A Plague Tale devait continuer, mais différemment. Nous voici donc quatre ans plus tard, aux portes de la sortie d’A Plague Tale Legacy, un nouvel opus faisant office de préquel et mettant en scène le personnage de Sophia, quinze ans avant les événements du dernier jeu. Revenant sur le passé de la pirate qui a volé le cœur des joueurs dans Requiem, cet épisode, plus orienté action-aventure que jamais, nous amène alors du côté de l’île du Minotaure, au large de la Grèce, pour une chasse aux trésors pas comme les autres.

Vous le constaterez très vite, les aventures de Sophia sont très différentes de celles d’Amicia et Hugo. Car si les mystères qui entourent la Macula restent bel et bien présents en toile de fond dans ce récit, c’est ici l’histoire personnelle de l’héroïne d’A Plague Tale Legacy qui prévaut dans la narration, tandis que celle-ci semble entretenir un lien tout particulier avec la fameuse île et le mystérieux trésor qu’elle abriterait. Un trésor sur lequel son groupe de pillards a longtemps cherché à mettre la main, en vain. Bien décidée à trouver des réponses au mal qui la ronge, et surtout à mettre un terme aux nombreuses tragédies qui ont découlé de cette chasse aux trésors, Sophia décide donc de prendre personnellement les choses en main et de se rendre sur place en compagnie de son amie Leni.
Une aventure avec un grand A
Dès lors, il faut le dire : les premières heures marquent une rupture radicale avec les deux premiers opus de la franchise. Si Innocence et Requiem étaient en quelque sorte le « The Last of Us à la française » d’Asobo, A Plague Tale Legacy, quant à lui, se présente à nous comme le Uncharted du studio, saupoudré d’une bonne dose de Tomb Raider. Mise en scène, narration, gameplay, les influences sont nettes, mais digérées avec énormément de talent. Parcourir l’île du Minotaure sous un soleil de plomb s’avère être un véritable régal tandis que l’on enchaîne les claques visuelles marquées par des environnements d’une immense majestuosité, vestiges de l’époque minoenne. L’effet du vent sur le sable ou les tissus, les éclairages ou le chant des cigales et des oiseaux, alors, ne font que renforcer la beauté du spectacle auquel on assiste.
Dans A Plague Tale Legacy, toutefois, tout est une question d’équilibre. Ainsi, lorsque nous ne sommes pas en train de chercher notre chemin à l’aide des indices présents dans le journal de Sophia, consultable à tout moment, nous sommes en train de résoudre toutes sortes d’énigmes finement réalisées, en faisant parfois attention à ne pas tomber dans des pièges furieusement mortels. Et réellement mortels, pour le coup. N’espérez pas d’Asobo la même indulgence que chez Naughty Dog par exemple, car dans le cas présent, la moindre erreur vous sera fatale. Mais on ne va clairement pas s’en plaindre, car cela ne fait alors que renforcer le sentiment de vivre une grande aventure aux côtés de Sophia, le genre où chaque nouvelle découverte s’accompagne à la fois d’un sentiment d’émerveillement et d’exaltation face au danger.

Ce danger, on le retrouve également à travers la présence de l’armée, qui compte bien tout faire pour être la première à obtenir le fameux trésor. Et c’est d’ailleurs ce qui représente le dernier gros pilier du gameplay d’A Plague Tale Legacy, qui accorde davantage de place aux combats dans l’expérience. Mais pas de panique. Non seulement Asobo a su trouver le parfait équilibre entre exploration, énigmes et action tout au long de la quinzaine d’heures que dure l’aventure, mais en plus cet aspect est de loin celui qui a bénéficié des plus grosses améliorations depuis 2022. Loin de l’approche maladroite offerte par Requiem en la matière, ce nouvel opus dote ici Sophia de véritables compétences en combat à l’épée. Coups de pied, coups d’épée, parade, esquive, les affrontements sont aussi musclés que viscéraux et dynamiques, et c’est une franche réussite.
Qui peut le plus peut le moins
En particulier en mode Difficile, où deux coups successifs suffisent à faire mordre la poussière à Sophia, ce qui augmente drastiquement le danger de chaque combat. Mais la pirate n’est pas en reste et dispose de nombreux outils pour mieux parvenir à ses fins. Outre différentes épées, qui offrent chacune des avantages différents quand on les trouve, A Plague Tale Legacy s’accompagne également de l’ajout d’un grappin, aussi utile pour les déplacements que pour attirer les ennemis à soi ; et de la possibilité de lancer différents objets sur ces derniers pour les sonner. De même, les lieux regorgent des collectibles à débusquer, parmi lesquels toutes sortes de carmes, qui octroient à Sophia des buffs passifs de plus en plus efficaces à mesure qu’on les accumule. Un système plutôt malin qui récompense l’exploration, donc.

D’ailleurs, de façon plus générale encore, A Plague Tale Legacy se dote d’une approche light-RPG extrêmement bien pensée, qui se contente du minimum syndical pour éviter d’alourdir l’expérience de jeu inutilement. Cela passe alors par les charmes susmentionnés, dont les effets sont appliqués automatiquement, et par un arbre composé de cinq compétences seulement, qui permettent d’enrichir légèrement les combats à l’aide de points de résonance récupérés dans l’environnement. Ce faisant, Asobo nous prouve de la plus belle des manières qu’il n’y a guère besoin de plus pour proposer une expérience à la fois complète et satisfaisante, qui évite l’écueil de se perdre dans la surabondance d’objectifs secondaires et autres zones inutilement ouvertes. Ici, le studio va droit au but, maîtrise son rythme de bout en bout, et cela fait un bien fou.
La tragédie grecque d’Asobo
À la lecture de toutes ces lignes, une grande interrogation vous taraude peut-être toutefois : aussi séduisant ce tableau soit-il, où est l’esprit A Plague Tale dans tout cela ? On vous rassure, il est bien présent, et en très grande quantité. C’est vrai, la première partie du jeu donne surtout l’impression qu’Asobo a cherché à s’éloigner de l’essence initiale de son œuvre pour se rapprocher de franchises comme Uncharted et Tomb Raider. Mais c’était assurément pour mieux revenir à ce qui fait sa singularité ensuite, avec une approche à la fois subtile et inattendue. Car tel un nuage menaçant qui se rapproche doucement pour venir occulter ce grand soleil qui nous caresse la peau, l’héritage de la Macula vient peu à peu assombrir le voyage de Sophia, qui devient alors malgré elle l’héroïne de sa propre tragédie grecque.

Le côté réconfortant et chaleureux des premières heures laisse ainsi place à une véritable descente aux enfers qui n’en finit plus, où celle-ci est malmenée, violentée et poussée dans ses retranchements physiques comme émotionnels à chaque instant tandis que se dessine progressivement le fil rouge de l’aventure. A Plague Tale Legacy se passe peut-être de la présence des nuées de rats qui ont fait tout le sel de la franchise jusqu’à présent, mais il les remplace tout de même par un autre danger qui ne manque pas de faire son effet. Un danger sur lequel nous ne nous épancherons pas davantage au cours de ces lignes, préférant vous laisser le plaisir de le découvrir par vous-mêmes. Néanmoins, soyez rassurés donc : si le côté émotionnel d’A Plague Tale est ce qui vous séduisait le plus, vous ne serez aucunement dépaysés.
C’est même tout le contraire, puisqu’avec ce nouvel opus, Asobo semble finalement avoir passé un nouveau cap dans sa force d’écriture comme dans sa mise en scène. De Sophia à Thésée, mystérieux gladiateur que l’on incarne dans certaines visions de l’héroïne, aux différents personnages qui gravitent autour d’eux, chacun se dote d’une réelle profondeur et d’une prestance qui les rend irrémédiablement attachants. Et outre la grande qualité de la version française, A Plague Tale Legacy peut une nouvelle fois compter sur les incroyables partitions d’Olivier Derivière pour sublimer le récit, qui sont d’une telle beauté qu’on ne peut parfois pas s’empêcher de poser la manette quelques instants juste pour pouvoir en profiter un peu plus longtemps. L’approche musicale est très différente, mais elle frappe toujours aussi fort.
Finalement, il faut avouer qu’il est assez difficile de trouver de quelconques griefs à l’encontre d’A Plague Tale Legacy. Si l’on devait être un peu tatillon, on pourrait éventuellement souligner la présence d’un peu de clipping par moments, d’animations faciales légèrement inégales en fonction des personnages concernés, ou encore de petites chutes de framerate dans certaines zones en mode Qualité sur PS5. Mais disons-le clairement : ce sont de bien moindres maux à côté de la qualité intrinsèque de la nouvelle production d’Asobo. Certes, son changement d’approche pourra sans doute en dérouter quelques-uns les premières heures, mais quiconque aime les jeux d’aventure n’aura aucun mal à répondre à l’appel de l’île du Minotaure, qui vous propulsera dans un nouveau voyage portant distinctement la marque du studio bordelais.



