11 ans après leurs débuts, Max et Chloe tirent leur révérence dans un ultime volet de Life is Strange. Passée des mains de Don’t Nod à celles de Deck Nine Games, la licence tend à se réconcilier avec ses fans tout en s’offrant comme une conclusion à ses héroïnes les plus iconiques avec ce 5e épisode. Un pari réussi ?
Clore une saga n’est jamais facile. Après plus d’une décennie, un changement de studio et des tentatives d’innover de bien des manières, Deck Nine a décidé de dire au revoir à Max Caulfield et Chloe Price. Life is Strange Reunion, sorti le 26 mars dernier sur PS5, Xbox Series X|S et PC, marque à la fois les retrouvailles des deux héroïnes et leurs adieux au public. Compte tenu des retours mitigés sur l’épisode précédent, le studio tente le tout pour le tout pour rendre hommage à celles par qui tout a commencé, chez Don’t Nod en 2015. Une initiative louable, mais qui ne tient pas toutes ses promesses. Voici notre grand test de Life is Strange Reunion.
Les retrouvailles poignantes de nos « Temps »-plices préférées
Max Caulfield pensait pouvoir enfin mener une vie plus calme après Life is Strange Double Exposure. C’était sans compter sur les conséquences de ses pouvoirs et son indiscutable instinct à sauver le monde. Cela fait déjà un que notre instructrice en photographie a fusionné deux réalités pour stopper la tempête qui ravageait son université. Et elle n'est pas au bout de ses peines. Quand elle apprend qu’un incendie se déchaîne sur ce même campus, elle remonte le temps immédiatement. Mais jamais elle n’aurait imaginé que cela marquerait ses retrouvailles avec Chloe Price, l’amie d’enfance avec qui elle découvrait ses facultés au lycée. Malgré toutes les questions qui subsistent entre elles, cette situation miraculeuse leur offre l’occasion de refaire équipe pour découvrir ce qui se cache derrière cette catastrophe.

Life is Strange Reunion a enfin concrétisé ce que beaucoup espéraient : faire revenir l’un des personnages préférés de la saga. Après avoir retrouvé Max dans Double Exposure, les fans sont replongés plus de 10 ans en arrière avec ces retrouvailles hors du temps. Intrinsèquement liées, dans la vie comme dans la mort, nos deux héroïnes sont aussi touchantes qu’à l’époque. En réponse à la sensibilité de son acolyte de toujours, Chloe laisse filtrer sa fragilité à travers le vernis punk qui ne la quitte pas. Toutes deux ont mûri depuis leurs années à Blackwell et leur évolution touche en plein cœur. Même si elles n’ont pas besoin de mots pour se comprendre, elles osent aussi se confier sans craindre la réaction de l'autre, même si certaines décisions nous reviennent évidemment en tant que joueur.
Une question se pose toutefois : comment Chloe pourrait-elle être aux côtés de Max après l’une des fins majeures de l’opus originel ? Il faudra un certain effort de mémoire et de réflexion pour afin de se rappeler comment fonctionne le rembobinage, qui résulte en la création d’une nouvelle réalité à chaque utilisation. Même si ce ressort narratif intervient gauchement dans Life is Strange Reunion, il est surtout la justification qui vient offrir une conclusion à l’arc de Max après Double Exposure. Or, il est presque inimaginable de considérer un dénouement digne de ce nom pour l’héroïne sans la participation de son âme sœur.
Après avoir exploré le deuil dans le dernier volet, Deck Nine ouvre la voie de la réparation dans Life is Strange Reunion, autant pour ses personnages qu’avec son public. Le studio nous sert alors un ultime chapitre quelque peu consensuel. Mais qu'à cela ne tienne, il a au moins le mérite de mettre du baume au cœur des fans.
Life is Strange Reunion, un épisode insolent d’intrigues
Si Max et Chloe sont au cœur de Life is Strange Reunion, leur histoire à proprement parler est en réalité secondaire. L’intrigue brûlante qui nous accapare pendant les 7 à 10 heures de jeu se concentre autour de cet incendie qui menace de détruire Caledon et, surtout, d’arracher la vie à bon nombre d’étudiants, ainsi qu’aux plus proches amis de notre voyageuse temporelle. Et c’est peut-être là que Deck Nine commet une erreur.

Le studio a décidé de brouiller les pistes avec plusieurs sous-intrigues qui ont toutes pour point de rencontre l’Université et cette soirée où tout dégénère. Dans la peau de Max et de Chloe, le jeu alternant entre les deux héroïnes, on mène alors l’enquête en allant à la rencontre de tous ceux qui pourraient être suspects dans cette affaire. Ainsi, on découvre avec plus ou moins d’étonnement qu’un tas de tensions se sont accumulées à Caledon, avec la nouvelle direction du campus et la société secrète Abraxas et des manifestations d’ordre social. Dès lors, à nous de dénouer le vrai du faux pour découvrir qui est à l’origine du fameux départ de feu.
La licence a toujours su développer des sous-intrigues de sorte que le décor de chaque jeu devient le théâtre de plusieurs petites histoires en parallèle du grand scénario. Life is Strange Reunion ne fait pas exception avec ses nouveaux personnages, dont on devra saisir saisir les intentions et choisir de leur faire ou non confiance. D’anciennes figures de Double Exposure sont aussi de retour et sont même mieux exploitées cette fois. Loretta et Reggie, tous deux étudiants de Caledon, deviennent de véritables acteurs secondaires de Reunion. Ils volent même la vedette aux anciens love interest du précédent volet, au risque de décevoir celles et ceux qui auraient aimé les retrouver aussi en forme qu’avant.

Tout cela témoigne d’une certaine ambition de Deck Nine de proposer un récit complexe, le studio tenant absolument à ce qu’on mène deux enquêtes parallèles avec Max d’un côté et Chloe de l’autre. Si l’on savoure leurs moments d’interaction, ils sont finalement bien maigres, les héroïnes faisant souvent cavalier seul. Et même si toute l’intrigue autour d’Abraxas a un vrai potentiel, entre son folklore ésotérique et ses histoires de corruption, on ne peut malheureusement pas en dire autant de celle des manifestants. C’est donc tout un pan de l’enquête qui pèche, faute de personnages avec du relief et de liens concrets avec le reste du jeu, sans compter des dialogues interminables qui pèsent sur le rythme de l’aventure.
Le studio se retrouve alors pris à son propre piège, peinant à agencer correctement son scénario et à hiérarchiser ses intrigues, au point de passer à côté de son enjeu de départ : la fusion des réalités qui provoque chez Chloe des visions, la poussant à retrouver Max pour les comprendre. Deck Nine redouble d’efforts pour relier à tout prix Safi, la métamorphe à l’origine de cette réunion des univers, sauf que le studio ne semble pas savoir que faire de ces problématiques, abordées ponctuellement sans jamais trouver de réponse.

Life is Strange Reunion se veut une énième réflexion sur les implications des pouvoirs de Max, notamment vis-à-vis des personnes directement touchées par ses retours dans le temps. Nous avons bien un ultime dilemme qui vient singer celui du premier épisode, sauf qu’il n’a pas du tout le même impact scénaristique dès lors qu’on parvient ou non à sauver tout le monde de l’incendie. Alors que le studio avait l’occasion de nous faire revivre une expérience aussi déchirante qu’en 2015, il finit par ne faire aucun choix. Et si en fin de compte, c'était une manière de résoudre la question des paradoxes temporels pour éventuellement d’autres Life is Strange à venir ? Car les derniers moments du jeu laissent une petite porte ouverte à un autre personnage. Une fin donc trop maladroite pour Max et Chloe, même si l’émotion est bien au rendez-vous, surtout pour les fans de la première heure.
Life is Strange Reunion nous sert un gameplay à peine cliché
Si l’écriture pèche un peu chez Deck Nine, le studio se rattrape par un gameplay qui reste dans la droite lignée de la formule. Les fans sont en terrain connu avec Life is Strange Reunion, qu’ils aient joué au premier opus ou seulement à Double Exposure. Nous sommes donc face à un jeu narratif qui mise avant tout sur les dialogues à choix et l’exploration d’un décor par chapitre.
Enfin, peut-on encore parler vraiment de chapitres ? Car s’il y a bien un point qui va en dérouter plus d’un, c’est l’absence de chapitrage clair. Pas la peine d’attendre un écran de fin avec le récapitulatif de ses choix par rapport aux joueurs, il n’y en aura qu’un final après avoir bouclé toute l’aventure. Dommage d’avoir fait l’impasse sur cette fonctionnalité non seulement satisfaisante à parcourir en elle-même, mais qui ponctuait plus fortement les anciens épisodes, notamment avec de vrais cliffhangers.
Autrement, le gameplay de ce nouveau Life is Strange s’installe sur des rails qui n’ont pas bougé depuis des années. On parcourt les différents décors à la recherche d’indices de toutes sortes pour résoudre l’enquête qui nous occupe et on interagit avec des PNJ qui ne sont pas toujours des plus coopératifs. Heureusement, on peut abuser du pouvoir de Max pour remonter dans le temps et obtenir plus facilement les réponses qui nous intéressent. Deck Nine parvient même à nous surprendre avec quelques expériences inattendues en matière de rembobinage. Comme quoi, même quand une compétence nous est familière, il ne faut pas toujours s’y fier.

De son côté, Chloe n’est pas non plus sans ressources. Même si elle n’a pas les mêmes facultés que sa comparse, elle a toujours la gouaille qu’on lui connaît et peut donc, quand l’intrigue le requiert, se lancer dans un défi d’insolence pour prendre l’ascendant sur son interlocuteur. Comme dans le préquel Before the Storm dont elle était l’héroïne, le but est d’avoir la bonne répartie face à des personnages qui pourraient avoir des informations cruciales à nous donner pour la suite. C’est donc avec plaisir qu’on retrouve les mécaniques phares des premiers épisodes, prouvant qu’elles sont toujours aussi pertinentes aujourd’hui.
Jeu à choix oblige, on prête une attention toute particulière à nos décisions en jeu. Dans les faits, les options de dialogues n’ont pas autant d’impact qu’on l’aurait aimé sur le sort de nos personnages, à l’exception de la possibilité d’entamer ou non une romance entre les héroïnes. Cela dit, c’est le cas dans la licence depuis que Deck Nine a repris le flambeau après Don’t Nod. En fin de compte, ce sont plutôt nos actions qui vont déterminer ici à quelle fin alternative nous aurons droit. Dans le fond, c’est au moins suffisant pour qu’on ait envie de refaire le jeu plusieurs fois, afin de voir ce qui changera dans notre nouvelle run, même si cela tient presque du détail parfois.
C’est d’ailleurs en recommençant Life is Strange Reunion que l’on se rend compte que même les collectibles ont des variantes. Deck Nine n’a pas coupé à la tradition des anciens volets, nous encourageant à collectionner les photos et les dessins des héroïnes, en plus des indices et des podcasts à écouter, de manière à rallonger un petit peu la durée de vie du jeu. C’est toujours un peu artificiel comme procédé, mais ça colle bien avec la personnalité des personnages, en plus de récompenser l’exploration dans les décors encore plus chatoyants de Caledon et ses alentours.

Une réunion vraiment séduisante...
Presque un an après les événements de Double Exposure, l’université a délaissé son manteau blanc de neige pour les couleurs chaleureuses de l’automne. Une saison loin d’avoir été choisie au hasard car outre l’occasion de nous sortir toute une palette de couleurs oscillant entre les rouges orangés et les teintes rosées, elle renvoie directement au volet originel de la licence. Les fans sont ainsi replongés dans une atmosphère proche de ce qu’ils ont connu 10 ans plus tôt, remplie de clins d’œil aux précédents opus. Même la bande-son respire l’ADN de l’époque, ponctuée de morceaux ou d’artistes connus des fans, à l’instar de Daughter, et de chansons inédites qui s’accordent parfaitement à l’esprit de la licence.
Mais c'est surtout les deux héroïnes phares de la saga que les fans auront l'occasion de retrouver, et Deck Nine leur a apporté un soin tout particulier. Le design de Max n’a pas bougé d’un poil depuis Double Exposure, et forcément, c’est surtout le nouveau modèle de Chloe Price que les fans attendaient de découvrir. Plus reconnaissable à son allure et sa posture qu’à son visage au sourire quelque peu figé, elle dégage toujours autant de caractère aujourd’hui. Visuellement, le duo s’accorde à merveille, au cœur d’un casting fidèle à l’épisode précédent.

En parlant de casting, il faut saluer la performance du côté du doublage. Même s’il est difficile de dissocier Max d’Hannah Telle en anglais tant l’actrice a insufflé sa signature vocale au personnage, Zina Khakhoulia s’en sort avec une certaine justesse en français. De l’autre côté, on sait que certains regrettent encore l’absence d’Ashly Burch en VO sur Chloe. Mais c’est aussi un plaisir de retrouver Rihanna DeVries qui la doublait dans Before the Storm. Elle s’en sort encore à merveille quand il s’agit de jongler entre insolence et sensibilité. Il y a un peu plus de maladresse dans le ton proposé par Marie Diot. En français, elle manque un tout petit peu de caractère pour coller à son héroïne.
La VF nous offre en plus le plaisir de réentendre des voix iconiques du petit écran, entre Alexandre N’Guyen (Vinh), Yoann Sover (Reggie) ou encore Lily Caruso (Loretta) pour ne citer qu’eux. Toute cette troupe livre une prestation crédible et réjouissante, qui dépasse même ce que Life is Strange Reunion affiche en termes d’expressions visuelles.
... mais une copie de Life is Strange 5 sortie trop vite
On remarque vite dans Life is Strange Reunion que Deck Nine ne maîtrise pas encore totalement sa technique. Même si le jeu charme le regard à Caledon ou en s’offrant quelques trop rares scènes visuellement marquantes, l’animation manque encore de finesse. En contrepartie, le studio tente de prendre plus de liberté dans sa mise en scène, avec des caméras dynamiques qu’on aurait aimé voir plus souvent, notamment dans les dialogues les plus soporifiques.

Mais cela ne parviendra pas à rattraper les nombreux bugs visuels qui ponctuent toute l’expérience. Certes, on peut faire l’impasse sur les temps de chargement de quelques secondes sur PS5 standard. À force, on s’habitue ausi aux textures qui se chargent pendant les cinématiques, ces soucis étaient malheureusement déjà présents dans Double Exposure. Sans compter une partie du jeu qu’il a falluon est obligé de recharger en raison d’un éclairage qui passe en négatif sans raison.

Les problèmes ne sont pas aussi importants qu’à la sortie de True Colors, mais Deck Nine aurait eu besoin de plus de temps pour fignoler sa copie. Toujours est-il que si l’équipe de support réagit comme pour les précédents lancements de la licence, des patchs correctifs ne devraient pas tarder pour offrir le dernier coup de polish que mérite vraiment l’aventure finale de Max et Chloe.