Thomas Pillon

Et voilà, c'est déjà fini : l'année 2019 se termine sans qu'aucune réforme calendaire ne soit à l'ordre du jour, et c'est ma foi bien triste. Côté jeu vidéo, malgré une fin de génération partout critiquée, difficile de faire la moue si l'on ne se contente pas des grosses productions vendues à grands renforts de trailers et d'explosions : Dragon Quest XI S sur Switch nous offre enfin la vision globale que tous les joueurs méritaient, Wargroove raccroche symboliquement les wagons avec la série Famicom Wars qui nous manque tant, Katana Zero est un bon trip sous acide, nerveux et léché comme on les aime, Collection of Mana m'a permis de découvrir un jeu que je fantasmais depuis un quart de siècle, Night Call m'a marqué par son écriture, Untitled Goose Game nous a TOUS fait rire malgré sa brièveté, Sayonara Wild Hearts frappait en plein coeur grâce à son mélange fou des genres, Yooka-Laylee and the Impossible Lair rappelait les grands moments de la trilogie Donkey Kong Country, Luigi's Mansion 3 nous rappelle que la série a de très belles choses à proposer et le tant attendu Death Stranding s'est montré à la hauteur des attentes, en tentant de nouvelles choses, une rareté qu'il convient de savourer à sa juste valeur. Alors oui, ce ne sera peut-être pas la plus grande année grégorienne du jeu vidéo, mais quand même, il faut arrêter de raconter n'importe quoi. Bon, 2019, c'est aussi l'année ou j'ai enfin pu lancer un certain Red Dead Redemption II, et découvrir pourquoi tout le monde fut si enthousiaste à son sujet. Vous aviez tous raison, voilà. Et parce que la vie est décidément trop riche et trop courte, mes obligations de toutes natures ne m'auront malheureusement pas laissé de temps de plonger dans Metro Exodus, Sekiro : Shadows Die Twice, Astral Chain ou encore Disco Elysium (on se retrouve sur consoles toi, j'ai le temps)...

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1. Outer Wilds

Lancé à grands renforts de menaces de mort sur le Discord bien-aimé de Gameblog (encore merci, vous êtes des amours), cette aventure spatiale m'aura littéralement mis en apesanteur car elle s'axe autour de ce que le jeu vidéo a de plus savoureux à proposer : l'exploration. Mais à l'inverse de n'importe quel monde ouvert se contentant de répliquer sans génie une formule désormais synonyme de modernité, Outer Wilds offre une aventure profondément intelligente, en nous donnant la possibilité de découvrir un véritable petit système solaire à travers des boucles de 22 minutes. Ainsi, chaque run s'entend comme une possibilité de rebondir sur les découvertes du précédent, ou au contraire d'opter pour une approche complètement inversée, histoire de casser la routine et d'ouvrir de nouvelles pistes. Cette fantastique course en avant engloutit les heures alors que l'on resserre peu à peu l'étau de ce qui s'est joué dans un passé plus ou moins lointain. Partout, il y a quelque chose à découvrir, et chaque minute qui s'écoule change l'environnement, non sans nous rapprocher d'une extinction certaine. Outer Wilds est riche, dense, hypnotisant et trouve surtout le juste contrepoint d'équilibre de l'exploration, dans une sorte de liberté orientée. C'est bien simple, l'oeuvre de Mobius Digital est une définition de l'aventure à elle toute seule.

2. Baba Is You

Un puzzle game sémantique au style épuré issu d'une Game Jam : rien que sur le papier, Baba Is You avait su dresser les oreilles poilues de votre serviteur, toujours avide d'expériences farfelues. Mais l'adjectif ne saurait qualifier cette trouvaille hors du commun, qui passe sa vie à détourner et transcender ses propres règles. Les anglais ont un mot pour cela : mindfuck. Car mon esprit s'est littéralement fait défoncer par le jeu d'Arvi Teikari, dans lequel tout est possible, même (et surtout) ce qui dépasse l'entendement. Baba Is You est une preuve de plus qu'il suffit d'un concept diabolique pour renouveler un genre dont on pense parfois avoir fait le tour, et que l'originalité, plus que jamais, émane bien plus des expérimentations parfois solitaires de la scène indé que des équipes toujours plus sous pression des mastodontes du secteur.

3. A Plague Tale : Innocence

Il n'a clairement pas fait l'unanimité, mais j'ai été complètement captivé par la tragédie médiévale d'Amicia et Hugo. Sans être un foudre de guerre technique, le jeu d'Asobo Studio propose pourtant une direction artistique brillante, qui s'autorise des loopings vertigineux en dépeignant avec force la beauté simple mais envoûtante d'un paysage champêtre comme la noirceur abyssale d'un monde médiéval en proie à la mort, à la maladie, et à la folie des hommes. A travers des mécaniques simples mais sans cesse renouvelées, A Plague Tale : Innocence propose une aventure solide qui profite d'une narration et d'un décor qui peut fièrement compter parmi les grands de 2019. Me faire jouer en français, ça n'arrive vraiment pas à tout le monde, Asobo l'a fait.

FLOP

1. In Memoriam

Alors okay, je n'ai sans doute pas servi aussi longtemps que la plupart de mes bien-aimés collègues sous ses ordres, mais quand même. Depuis qu'il est parti, Julo n'est plus vraiment le même. Ou si : il l'est encore plus, mais il a changé, du genre à nous sortir des inepties du style « Tu verras, après le patch, c'est plus le même jeu ! ». Comme tant d'autres, le système l'a eu à l'usure. Chienne de vie. N''empêche, être parmi les premiers crédités au staff d'un jeu, sans l'avoir kickstarté, ça reste la classe. Heureusement pour le chaotic neutral que je suis, Traz est encore là pour tenir la baraque et faire régner l'ordre dans le travail et le désordre dans les consciences. Il fallait bien ça pour s'en remettre.

2. Le coût du cloud gaming

Si certains apôtres zélés (et parfois décérébrés) de la technologie à tout prix voient déjà dans le streaming du jeu vidéo un avenir radieux et toujours plus enthousiasmant, il me paraît ô combien utile et nécessaire de se pencher sur le coût réel de ces dispositifs, à l'heure où l'humanité fonce droit dans le mur en klaxonnant. On savait déjà le coût de la musique en ligne dévastateur pour l'environnement, et voilà que les différents prestataires du secteur se tirent désormais la bourre pour proposer toujours plus beau, toujours plus fin, et donc toujours plus polluant. Mais bon, comme pour à peu près tous les secteurs de l'économie, il convient de poliment regarder ailleurs. Les discours critiques, d'accord, mais tant qu'ils n'empêchent personne de capitaliser tranquillou. Non mais.

3. Des remakes, encore des remakes, toujours des remakes

Mon coup de gueule 2018 se recycle cette année dans une édition HD ₱lu$ Ultra, avec tout de même quelques inédits pour faire passer la pilule et repasser à la caisse. En même temps, la science ne semble pas beaucoup s'agiter pour trouver un remède à cette fièvre du remake qui touche les joueurs depuis maintenant plusieurs années. Par facilité et faiblesse, nous les réclamons, et par appât du gain, les éditeurs s'en donnent à coeur joie. Mais même avec toutes les bonnes volontés du monde, qu'a-t-on à gagner à vouloir sans cesse rejouer aux gloires d'un temps jadis ? Malgré les succès critiques de récentes productions, je reste attristé de la propension que nous avons parfois à ne vouloir prendre aucun risque, et réclamer un simple tour au micro-ondes lorsque la gastronomie demande audace et créativité. Célébrer certains genres désuets ? Pas de problème, bien au contraire ! Mais avec des propositions originales, pas une soupe rapidement réchauffée.


JEU LE PLUS ATTENDU DE 2020

The Last of Us Part II

La raison voudrait que j'en place une ici pour Way to the Woods ou 12 Minutes qui me font de l'oeil depuis que j'ai posé ces derniers dessus, mais la prise en main de The Last of Us Part II durant quelques heures dans la Cité des Anges (et pas ceux que l'on aperçoit le soir à la télé) m'aura rappelé à quel point l'aventure douce-amère de Joel et Ellie m'avait collé un enchaînement launch-triple combo-super EX dans la tronche en 2013. Fin, intelligent, profond, le jeu de Naughty Dog semble envoyer balader toutes les cases à cocher du AAA en ne quittant pas pour autant ce statut. Mes glandes lacrymales sont prêtes Naughty Dog, vous pouvez y aller franco.