L'antre d'Etrigane

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Par Etrigane Blog créé le 16/08/10 Mis à jour le 08/09/10 à 08h12

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Critique des jeux

Michel Ancel fait partie de ces rares français à avoir su se faire un nom dans le monde du jeu vidéo. Malheureusement plus discret depuis quelques temps, le bonhomme a été à l'origine de la franchise Rayman, véritable bijou qui a carrément transcendé le cadre de l'hexagone pour s'imposer dans le monde entier.
En 2004, c'est un univers et un personnage complètement différents qu'il nous propose, et le moindre qu'on puisse dire, c'est que ce Miyamoto (le mythique créateur japonais de Zelda) français a plus d'une corde à son arc.

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Aux fondements du jeu : un énorme travail d'écriture
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C'est ce qui frappe tout de suite quand on joue à Beyond Good and Evil (que l'on abrègera BGE) : la cohérence de son univers. On voit qu'Ancel et ses équipes se sont mis en quatre pour imaginer un univers complet, avec son propre fonctionnement, ses propres références, et le résultat est d'autant plus impressionnant que nous parlons bien d'univers complètement original, qui ne copie pas des univers déjà connus ou exploités dans des films/livres.
Bienvenus donc dans le monde d'Hillys, un monde fortement aquatique, qui se découpe en trois factions essentielles : les DomZ, extraterrestres menaçants qui cherchent à envahir le monde d'Hillys; les sections Alpha, groupe militaire très organisé aux agissements très envahissants qui prétend protéger la population des DomZ mais qui fait immanquablement penser à des organisations fascistes par sa propagande incessante et la brutalité de ses méthodes; et enfin le groupe de résistance IRIS, qui trouve les sections Alpha très louches et va jusqu'à penser que ce sont eux qui constituent la véritable menace pour le monde.
Au milieu de tout cela va se retrouver une belle jeune femme du nom de Jade. Jade, jeune femme moderne, douée, magnifique, pertinente et courageuse, est armée constamment de son appareil photo, dont elle se sert pour prendre des clichés d'animaux rares ou de DomZ, qu'elle revend ensuite à différents organismes. C'est le seul moyen pour elle de récupérer de l'argent, et cela correspond très bien à la nature profondément écologiste du personnage (rappelons qu'on parlait nettement moins de l'écologie en 2004 et que Ancel a su anticiper avec une belle avance, sans aucun racolage politique, sur cette préoccupation grandissante).
Seulement, évidemment, Jade va être contactée par IRIS pour utiliser ses dons d'investigation contre les sections Alpha, afin d'aller vérifier de petites choses bien louches...

Dès lors, le joueur assiste à une plongée en eaux troubles, et le jeu gagne progressivement en maturité, livrant un discours clairement adulte sur un monde en demi-teintes où faire la part du Bien et du Mal est assez délicate pendant toute une partie du jeu (d'où le titre).
Le monde, les personnages, sont extrêmement attachants et comptent parmi les plus réussis dans toute l'histoire du jeu vidéo.

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Ce n'est pas beau que sur le papier !
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Une des nombreuses forces de ce jeu, c'est qu'il ne se limite en aucun cas à un concept alléchant. L'idée de base de Michel Ancel a été portée, sublimée, par un aspect technique, un gameplay et un level design plus qu'inspirés, pour aboutir à un des jeux vidéos les plus riches et les plus beaux jamais conçus.
Sur le plan visuel, c'est une pure merveille. Les décors sont magnifiques, le rendu de l'eau est bluffant pour l'époque, et, chose rare dans le monde du jeu vidéo, le jeu est encore beau aujourd'hui, on peut encore tomber sous son charme 6 ans plus tard. Quand on sait à quelle vitesse les jeux évoluent, quand on sait que nous sommes passés à la génération des consoles dites HD, cela constitue un véritable exploit.
Tout est réussi dans le jeu : la modélisation et le design des personnages, la beauté des décors, la richesse de l'univers, la grâce de certains animaux rares que l'on arrive à photographier. De plus, il y a une touche bien particulière, spécifique à ce jeu, un design tout à fait unique en son genre, à mi chemin entre le dessin animé et la réalisme d'un film. C'est assurément du grand art, et je vous invite à regarder les quelques images que j'ai jointes à cet article pour vous en rendre compte par vos yeux.

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Un jeu à multiples facettes
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Faire entrer ce jeu dans une catégorie n'est pas chose facile tant son gameplay présente des visages différents.
Ce jeu est simultanément un jeu de combat, un jeu de plateforme, un jeu d'infiltration, ah et puis il y a des phases à bord de véhicules vraiment sympas, surtout sur l'eau, ah et puis il y a un côté "aventure" indéniable, ah et puis il y a aussi un aspect contemplatif, dans la recherche de toutes les espèces rares d'animaux à photographier...
Le plus fort, c'est qu'en général, les jeux qui mélangent plusieurs types de gameplay sont presque toujours ratés, ou du moins ratés dans certains domaines abordés. Eh bien ce n'est pas le cas dans BGE. Tout est réussi, aussi incroyable que cela puisse paraitre.
Les phases d'infiltration sont tendues à mort et parfois très difficiles. Vous progressez alors millimètre par millimètre, concentré à fond, et tous les sens en alerte. Le level design est maîtrisé de main de maître, si bien que la traversée des secteurs Alpha est à la fois difficile et gratifiante, car le joueur est vraiment obligé de faire preuve d'astuce et de réflexes pour réussir à passer.
Les phases de combat sont très très bien faites. Jade est souple, très souple même, les commandes réagissent avec une précision et une fiabilité remarquable, le système de lock est impeccable, et le déroulement des combats, assez inspiré des combats des Zelda, est impeccable.
Les phases de plateforme et de véhicules sont vraiment réussies. Difficiles aussi, ces phases demanderont de la dextérité et n'ont rien à envier à la plupart des jeux de plateforme spécialisés.

Riche de tous ses aspects, BGE propose une expérience de jeu variée en frappant fort et juste dans tous les domaines. Impressionnant.

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Parce qu'il n'y a pas de génies méconnus que dans les Arts
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Et pourtant...et pourtant malgré les qualités évidentes de ce titre, malgré les éloges unanimes de la presse spécialisée et des joueurs qui s'y sont essayés, le jeu n'atteindra pas le nombre de ventes escompté par l'éditeur. Du coup, le jeu qui avait été pensé comme une trilogie restera longtemps fermé à toute possibilité de suite, ce qui constitue là un véritable crime.
Dire que c'est énervant est un doux euphémisme, c'est carrément rageant. Quand on voit que tous les ans on a le droit à une nouvelle mouture de jeux de foot comme Fifa ou PES, et qu'à chaque fois les ventes suivent, c'est simplement écoeurant. La proportion de gros bills assoiffés de jeux de foot/course/baston est encore bien trop forte dans le milieu du jeu vidéo, malheureusement. Surtout en France.
BGE sollicite la sensibilité du joueur, son intelligence, sa capacité d'émerveillement, et cela a autant contribué à faire de lui un jeu mythique et adoré de certains fans qu'un jeu maudit dont les ventes sont restées insuffisantes.
Malgré tout, le temps faisant son oeuvre, les fans grognant, il semblerait qu'une suite soit en train d'être développée, et que Michel Ancel serait aux commandes avec "carte blanche".
On ne peut qu'espérer que ce soit vrai, car Beyond Good and Evil est un des jeux les plus profonds et les plus beaux jamais créés.

** Mise à jour : il semblerait que le projet Beyond Good and Evil 2 ne soit finalement pas abandonné par l'éditeur. Ce seraient les studios de Montpellier qui seraient à pied d'oeuvre, avec le brillant Michel Ancel aux commandes. Les infos restent cependant bien confidentielles et nous n'avons pas eu grand chose à nous mettre sous la dent depuis le fameux teaser, que ce soit en terme d'annonces, de screenshots ou de videos. Je nuance donc quelque peu mon propos au sujet d'Ubi Soft, partiellement, dirons-nous.

Verdict : 10 / 10

Jaquette PS2 du jeu...
Jade dans toute sa splendeur. Intelligente, moderne, sexy, un vrai personnage intéressant, qui porte bien son nom tant le vert lui va bien !
Py'j, le cochon les plus attachant de toute l'histoire du jeu vidéo !
L'appareil photo...l'arme ultime de Jade...
Ils sont organisés, armés jusqu'aux dents, on ne voit pas leurs visages... Les sections Alpha ne semblent pas si sécurisantes qu'elles le prétendent.

Les phases d'infiltration sont parfois très difficiles, et c'est tant mieux !
Les déplacements en bateau, en plus d'être très agréables, offrent souvent des paysages grandioses...
Jade peut aussi se fâcher quand c'est nécessaire...les phases de combat sont intenses et parfaitement jouables.

Voir aussi

Jeux : 
Beyond Good & Evil
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Édito

Un vieux briscard du jeu vidéo se décide à déballer les placards pour proposer les tests de quelques 400 jeux. A cela s'ajouteront des billets d'humeur, des commentaires sur l'actualité du jeu vidéo. Bienvenus =)

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