Lundi 06 juin, c'est en compagnie de quelques camarades gamebloggers que, comme beaucoup, je regarde et commente les conférences de l'E3... Arrive alors la vidéo de gameplay de
Battlefield 3, la fameuse scène de chars...

... Pendant la vidéo, certains se sont extasiés devant le rendu photo-réaliste de la chose ou bien encore la claque technologique, d'autres se sont profondément ennuyés, mais moi, j'ai eu des frissons dans le dos.
La réaction que JulienC a eu lors du podcast 189 de Gameblog à propos de Battlefield 3 m'a poussé à écrire cet article.
Pour bien comprendre mon point de vue, il faut que vous sachiez que je suis un ancien militaire, et que j'ai fait l'expérience d'une opération extérieure dans les Balkans au tout début des années 2000. Expérience qui m'a marquée (en bien comme en mal). J'ai participé à une campagne de soutien civile et militaire (en milieu urbain), mais également traversé des "déserts", des endroits où des stigmates de destruction ont élu domicile, des lieux où des chiens errant vivent dans des épaves de chars et autres véhicules explosés au bord de la route et où des maisons détruites me font relativiser sur notre condition privilégiée.

Justement, ce genre de zone désertique, c'est exactement le genre d'endroit où se situe l'action de cette demo présentée par DICE... Et c'est peut-être un des facteurs de ma réaction. Ce titre est techniquement fantastique, mais derrière le vernis technologique de cette démo se cache une véracité horrifique qui ne devrait pas être prise à la légère. C'est une expérience sans doute fantastique pour le joueur lambda qui imagine la guerre au loin et abstraite (merci le JT de TF1). Mais elle est malheureusement bien réelle pour certains (et pas si loin que cela).
Pour avoir rencontré des victimes de conflit, je me demande comment ils interpréteraient Battlefield 3.
Et là, j'en entends déjà certains me dire : "Oui mais dans les films de guerre et aux infos, ce n'est pas beaucoup plus folichon"... Oui mais non !
Devant un film, vous êtes spectateurs et passifs. Vous assistez à des scènes en sachant qu'elles reflètent une réalité s'étant déroulée dans un passé plus ou moins proche. Il y a un coté "devoir de mémoire", et lorsque vous assistez à un film du genre, c'est en toute connaissance de cause. Bref vous vous "instruisez" et ça vous montre certaines vérités que vous auriez pu lire dans un livre d'histoire, de façon moins ludique ;).
Etre ludique, c'est bien, mais dans Battlefield, pas de "devoir de mémoire". Même si cela reste virtuel, le jeu propose de s'immerger dans la peau d'un soldat qui tue juste parce qu'on lui en donne l'ordre, de façon froide et mécanique avec un réalisme affolant !
Sur le terrain, on prie pour que ça n'arrive pas ! Les états majors font tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter l'affrontement, et si ça arrive, c'est en dernier recours et à regret (dans les 2 camps... Pas de gentils, ni de méchants, juste des hommes qui servent de pions aux politiques... Et les 2 camps morflent)...

Dans un jeu, la notion d'interactivité fait que l'on oublie souvent que le soldat (le vrai), sur le terrain, a une conscience et un passif avant d'être militaire (famille, amis, convictions, etc... Oui un militaire est un homme comme les autres !). Les développeurs ont tendance à ne pas prendre en compte la responsabilité morale de leur choix de développement. (Tuer des gens avec un gros gun c'est cool, mais ils n'imaginent pas vraiment ce que cela implique... Exploser une barraque pour y déloger un sniper c'est fun, mais ont ils seulement imaginé une seconde qu'elle pouvait être habitée ?)...
Il en résulte que l'on peut avoir l'impression de jouer une machine froide et calculatrice plutôt qu'un homme face à ses actes obéissant à un état major invisible !
Par contre, CoD, Medal of Honor, Soldier of fortune, Operation Flashpoint et j'en passe.... C'est du pur spectacle, et du bon la plupart du temps. Etrangement, c'est cette scène de chars in game de Battlefield 3 qui m'a "ouvert les yeux" et qui me retourne le cerveau depuis...
L'ultra réalisme du titre va t-il faire prendre conscience aux joueurs de l'extrême gravité de leur actes, ou alors va t-il les enfermer un peu plus dans la bulle idéaliste qu'ils se font de la guerre ? Malgré le fait que j'ai bien conscience que je ne parle que d'un jeu, je n'arrive pas à me sortir de la tête que de nombreux joueurs claqueront 50€ pour avoir la possibilité de tuer de la manière la plus réaliste possible. Peut on parler dans ce cas la d'immersion morbide ? (Je m'étonne moi même d'en arrivé à un raisonnement pareil !)...

Je tiens à conclure ce petit article, sur le fait que je suis un défenseur absolu de la liberté d'expression dans le jeux vidéo et qu'en général, je ne suis pas du genre à m'émouvoir d'une grosse tuerie dans une experience vidéoludique... Mais cette vidéo de gameplay froide, précise et réaliste m'a terriblement perturbé. J'en ai d'ailleurs fait mention dans le 6eme podcast d'1PA4 que j'ai enregistré à chaud avec mes camarades suite à la conférence EA. Néanmoins je comprends que certaines personnes me brûlent sur un bucher suite à la lecture de cet avis, j'espère tout de même que quelques lecteurs auront pris conscience qu'une même expérience vidéoludique peut être perçue d'un oeil différent d'une personne à l'autre.

PS : Un grand merci à Papayou et Kokoro pour leur patience et la correction de cet article, à Kaminos pour son aide à la mise en page et intégration de l'article et à la Rédaction de Gameblog pour m'avoir poussé à m'exprimer.
17/06/2011, 00:57
17/06/2011, 00:58
Que ton expérience personnelle te pose problème, carrément, mais on peut tout de même parfaitement faire la différence entre réalité et fiction.
Et la question de l'interaction avec le jeu, il me semble qu'il a été prouvé qu'elle ne change rien et ne focalise pas plus le joueur que pendant un film, etc.
17/06/2011, 01:58
Par exemple, il n'y a pas longtemps, un film est sortit, israelien il me semble, qui se passait entièrement à l'intérieur d'un tank. A la vue de ce film, j'ai ressenti un profond malaise, car le film représentait la guerre dans ce qu'elle avait de plus "banale", et le montrait avec froideur. Et il est évident qu'on ne ressent pas la même chose en regardant ce film qu'en regardant un Rambo.
Mais la différence essentielle, c'est que le malaise généré sert un propos dans le film, celui de présenter la guerre vécu par un soldat au quotidien, comme une certaine de routine, et qu'on a beau savoir que la guerre existe via le JT etc., elle nous semble complètement déconnectée de notre réalité, de notre quotidien. Ici, le film te l'envoie en pleine face.
Or, ce ne sera pas, je pense, le chemin emprunté par Battlefield 3 qui, rappelons-le à comme objectif de marcher sur les platebandes de Call of Duty, et là le problème apparaît, car l'extrême réalisme du jeu, du moins pour l'instant en ce qui concerne la séquence du tank, n'aura pour but que d'amplifier l'impression que le joueur a d'incarner un soldat durant une guerre, d'où l'émergence de la simulation de guerre. C'est ça qui me gêne plus particulièrement, le fait de présenter un jeu représentant une guerre de façon ultra-réaliste dans la peau d'un soldat, avec en même temps la volonté de faire quelque chose de ludique.
En fait, ça ne m'aurait pas dérangé si on avait eu ce genre de scène dans un jeu aux ambitions plus narratives, comme un futur jeu de Quantic Dream, où là, cela aurait pu servir un propos pertinent et utile.
17/06/2011, 02:11
17/06/2011, 13:40
J'avais lu un jour l'histoire d'un gars qui racontait que son grand-père avait fait la deuxième guerre mondiale, et qu'il lui avait foutu une baffe en le voyant jouer à un Medal of Honor.
En fait le malaise que tu décris, le joueur ne le ressent pas, lui il joue, il gère les situations de gameplay, etc. Pour lui, plus ça ressemble à l'idée qu'il se fait de la guerre, plus c'est cool, "profond et mature". Il peut vivre des choix moraux par procuration, vivre une "expérience". En fait, j'irai jusqu'à dire que le malaise que tu décris, le joueur le recherche, il en est friand, c'est trop fort de subir la guerre confortablement installé dans son salon.
Sauf que le jeu vidéo, quoi qu'en pensent certains, c'est avant tout du divertissement, et que ça devient à mon avis de très mauvais goût quand des situations réelles et actuelles où des gens risquent leur vie et meurent pour vrai deviennent des terrains de jeux. Tu as parfaitement raison de dire que le joueur est déconnecté de la réalité, il ne recherche que sa dose d'émotions fortes. Ces jeux-là sont d'une immaturité profonde et se destine à une société tout aussi immature.
17/06/2011, 14:02
Qu'est-ce qui a vraiment changé pour rendre Battelfield "réaliste", à part des polygones en plus et de meilleures textures ?
17/06/2011, 16:52
Article intéressant autrement, si le débat peut s'installer concernant ce réalisme, peut-on arriver à dire s'il faut s'arrêter là ou continuer ? Serait-il même intéressant que les joueurs se sentent réellement mal à l'aise devant un jeu et aillent au bout malgré eux ? Malgré la peur et le dégoût ?
17/06/2011, 17:48
Je n'ai pas réussi à modifier celui ci, je balance donc un lien vers l'article 2.0
17/06/2011, 17:49
C'est parce que les moteurs évoluent que les consciences se réveillent ? Mais ces questions ont toujours étaient posées par certains les gars !!!
D'ailleurs il est assez cocasse de voir que Gollum lui même a su trouver un sens à la scène de l'aéroport dans MW2 en disant en substance que ce n'était de toutes manières qu'un jeu (je retrouverais le podcast en question et quoterais ses propos) alors qu'aujourd'hui une scène n'impliquant pas a priori des civils innocents mais des combattants lui donne un sentiment de rejet.
17/06/2011, 17:51
Et pour répondre à Flesk, je pense que oui c'est très intéressant d'être mal à l'aise et de devoir faire des choix dans les jeux, c'est un plus je pense, comme le passage de l'aéroport dans black ops. C'est un jeu adulte, pour les adultes.
17/06/2011, 17:58
Mon frère aussi qui a été militaire ainsi que mon père ont ce genre de vision des choses( oui je suis de 1984 donc le service militaire a été arrété je crois 1 ans avant que j'aille le faire lol 1 ans ou 2 ans je sais plus en tout cas je crois que je me serai engagé à l'peoque vue la rigueur de mon paternelle).
L'éducation , l'intelligence et la tolérance sont de rigueur pour garder la tête froide sur ce genre de chose. A chacun son expérience sur un jeu vidéo , beaucoup comprendront ce qui est mis en valeur .; et d'autres joueront sans réfléchir pensant juste à leurs scoring..
L'étique est cependnt importante . Il faut pas oublier de rappeller ce genre de penser merci.
Comme le font par exemple les star du catch De RAW et smackdown , de ne pas reproduire ce genre de figure. Il devrait y avoir effectivement une prévention sur la portée des actes que l'on puisse faire dans le jeu. Ça coûterai pas grand chose .. et çà rassurerait les personnes inquiete à ce sujet..
17/06/2011, 18:31
Les jeux de guerre utilisent vraiment la guerre comme un thème de pur défouloir et n'ont aucune ambition narrative. Après le soldat c'est quand même quelqu'un qui va volontairement défoncer des gens, faut y arriver à en faire quelqu'un d'intéressant d'un point de vue narratif (puisque pour ça il faut que le personnage ait des problèmes/faiblesses et que pour le soldat elles ne m'apparaissent pas évidentes, il fait son travail quoi).
17/06/2011, 18:31
17/06/2011, 18:42
17/06/2011, 18:51
17/06/2011, 19:01
Perso je m'en tape le zgeg contre le radiateur mais à un point.
J'ai bien plus d'emotions quand dans Mass Effect (spoilers inside) je dois décider si je laisse mourir Ashley ou Kaidan
17/06/2011, 19:47
17/06/2011, 17:51
T'inquiète, moi je te brulerai pas sur un bucher, mais aussi photo-réaliste soit-il, je pense qu'un adulte sait très bien faire la part des choses
La question n'est pas là. Le malaise de Parodius va au-delà. Ce qu'il a vécu en vrai devient un terrain de jeu puéril. Pas une oeuvre avec un propos. Un jeu. Mets-toi à sa place 30 secondes.
17/06/2011, 21:14
Que ce soit aux informations tv, dans les fims etc... la violence est partout, et je ne vois pas pourquoi les jeux vidéos échapperaient à ça. Moi quand je vois le film "la route" je frissonne d'horreur, quand je lis "la mort est mon métier" de Robert Merle, je pleure.... Ce sont des sentiments humains....et si le jeu vidéo peut nous porter aussi haut dans ces sentiments, ben moi, je signe mec....je signe les yeux fermés, car souvent, dans le jeu vidéo et dans le reste de notre vie, ce que nous cherchons avant tout, c'est l'émotion, ce petit truc dans notre corps qui nous fait dire que nous sommes en vie....
18/06/2011, 00:31
Par contre, ce que je vois avec ce Battlefield, c'est les possibilités stratégiques possibles vu la démo, la diversité des véhicules, des armements, la possibilité de détruire les décors. Et en jouant, je m'en fout un peu du reste, Battlefield n'est pas un jeu qui dénonce la guerre, il n'en fait pas l'apologie, il pose juste un cadre pour permettre de jouer à un jeu ayant un gameplay réfléchi. On aurait eu le même type de graphisme dans un monde sci-fi, personne n'aurait gueulé alors que ça aurait été la même chose.
Si vous voulez gueulez contre le réalisme dans les FPS, dirigez votre critique contre les Arma alors...Mais dans ce cas, on va devoir remettre en cause toutes les simus existantes : va falloir se demander pourquoi une simu de boxe est encore un jeu alors qu'on est en train de défigurer complètement notre adversaire, pourquoi une simu d'avion tel qu'IL en est encore une alors que l'on fait la aussi la guerre dans un contexte assez réaliste....
Et le coup du jeu rendant soi-disant plus actif, c'est quelque chose de complètement faux à mes yeux. Les livres ont tendances à m'immerger bien plus, la ligne entre réalité/fiction est plus ténu. Quand je lit un livre, je n'ai pas l'impression de lire, mais je vis au côté des personnages pour m'immerger complètement dans l'histoire ou dans la peau du perso, et en ressortant ma tête du livre la coupure est beaucoup moins flagrante qu'avec un jeu. Cet argument ressorti à toutes les sauces est un autre débat d'ailleurs, c'est un peu l'argument miracle soi-disant irréfutable, mais qui est complètement bancale.
18/06/2011, 02:07
Mais surtout le truc c'est que ce réalisme visuel est couplé à une mise en scène très carré froide, réaliste elle aussi. Tu parles de Scifi, j'ai envie de te dire HS. On a jamais rencontré d'alien, ça n'a pas de rapport. La on te montre un conflit avec ces graphisme; un conflit qui existe ou qui est inspiré d'autres conflit que certains (Paro en l'occurrence) ont vu et surtout que n'importe qui peut imaginer pour en avoir entendu parlé fréquemment.
18/06/2011, 12:23
Je dois dire que j'ai eu exactement la même réaction que toi en voyant cette démo à chaud pendant la conférence que j'étais en train de commenter sur Gameradio. C'est la première fois que j'ai ce sentiment de malaise. Je pense que le jeu a franchi un cap dans le rendu réaliste de l'action. Et je me suis dit en la voyant "Merde, les chars sont en train de tirer sur des gens". Et je suis resté entre fascination devant tant de réalisme et horreur de penser que j'étais justement happé par ce "spectacle".
Si, une seule fois, j'ai peut être eu ce même sentiment. En comparant les images de soutient aérien de Modern Warfare 2 et celles qui ont été leakées de l
18/06/2011, 12:47
18/06/2011, 00:31
et il y a 15 ans Medal of Honor dépeignait la même chose.
Et y'a 15 ans, les medal of honor étaient déjà de mauvais goût. C'est juste qu'aujourd'hui, avec le réalisme des graphismes, ce mauvais goût est exacerbé et donc plus palpable.
N'oublions pas non plus que ce genre de produits est basé sur le multijoueurs, donc sur le fun pur et la jubilation du frag. On joue à faire des guerres qui existent en vrai et où des vrais gens meurent. C'est d'une puérilité profonde, et l'indice d'une déconnexion sévère avec le réel.
À quand un jeu à la Sim City où il faut construire et gérer un camp de la mort ?
18/06/2011, 13:44
@Seb et Blacklabel : Je n'ai jamais été fan des FPS militaires. J'ai toujours trouvé que c'était assez morbide de jouer à ça, et je préfère un univers original, même si il est proche de notre monde. Mais à mes yeux, que les graphismes soient plus détaillés qu'avant ne change rien. Je vois exactement la même chose. Mes souvenirs des Medal of Honor ou Rainbow Six, ce ne sont pas des pixels, ce sont des lieux, un peu comme des photos. Le contexte est exactement le même, ce qu'on me montre n'a pas changé. Ce BF3 m'a impressionné graphiquement, comme tout le monde, mais pour une fois, j'ai aussi été attiré par les possibilités de gameplay apparentes. Que ça se passe dans un univers réaliste ou pas, ce n'est pas ce qui est important. Pourquoi est-ce que je me poserais la question de savoir si il y a des gens dans ces immeubles maintenant, et que le fait de ne pas me la poser il y a quelques années serait moins...."amoral" ? Il n'y en a pas, c'est un jeu, limite comme une partie d'échec avec Battlefield. Ca n'empêche pas de pouvoir imaginer ce qu'est la guerre en dehors du jeu, et comme je l'ai dit, des simulations comme Arma devraient bien plus faire réagir d'anciens militaires. Je veux bien un FPS réaliste, qui ait une réelle réflexion sur la guerre, ce serait très intéressant, mais ce n'est pas le but de Battlefield.
Et vouloir jouer dans des espaces réaliste ne marque pas une déconnexion avec le réel : ou alors vouloir lire un roman se passant dans un cadre réaliste en est une aussi. On est grand, on sait faire la part des choses entre le jeu vidéo et le réel. Le cadre réaliste apporte des possibilités de gameplay intéressantes(on pourrait aussi créer un univers de toute pièce, je suis d'accord, et je préfèrerais, mais bon...). Et une guerre futuriste resterait une guerre toute aussi atroce. Le cadre ne change rien à mes yeux. J'ai l'impression que ce débat, c'est un peu comme un "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui", et que c'est donc complètement vide de sens.
18/06/2011, 15:35
19/06/2011, 10:34