Véritable maître en matière de HD-2D, Team Asano a posé les jalons d’une nouvelle esthétique pour les jeux rétro avec Octopath Traveler. 8 ans et quelques titres remarqués plus tard, le studio de Square Enix revient avec The Adventures of Elliot The Millennium Tales. Une proposition qui surprend puisque l’équipe dit au revoir au combat au tour par tour, lui préférant cette fois une formule davantage tournée vers l’action-RPG. Si cette prise de risque a fait naître une pointe d’inquiétude au tout début, notre aventure sur Nintendo Switch 2 nous a prouvé que ça en valait la peine. Square Enix pourrait bien avoir réussi le challenge sur lequel beaucoup se cassent les dents : voler à Nintendo une recette inégalée depuis 40 ans. Avant sa sortie le 18 juin 2026 sur la console hybride de Big N, ainsi que sur PS5, Xbox Series X|S et PC, voici notre verdict.

L’aventure épique d’Elliot à travers les âges

Les grandes lignes de The Adventures of Elliot nous placent en terrain familier : le jeu raconte l’histoire d’un jeune aventurier devant sauver un royaume en péril, et notamment sa princesse, d’une lutte de pouvoir qui fait resurgir une malédiction ancestrale. Mais la Team Asano se distingue des autres récits du genre en nous embarquant pour un véritable périple à travers les âges, au cœur d’un conflit entre espèces où les actes d’une génération ont des répercussions sur la suivante. C’est une véritable plongée dans les secrets d’un royaume entier qu’il s’agit d’éclaircir, et on ne veut pas en louper une miette.

The Adventures of Elliot.
© AUR pour Gameblog.

Plus qu’une histoire bien ficelée, Team Asano offre une aventure qui va de rebondissement en rebondissement. La grande quête principale d’Elliot se décompose d’une certaine manière en plusieurs actes qui se jouent au croisement des époques, ce qui pimente l’expérience de révélations aussi croustillantes que percutantes. Puisqu’on évolue dans un seul et même monde, mais à plusieurs échelles temporelles, on apprend à connaître ces lieux qu’on s’étonne pourtant de redécouvrir sous un autre jour à une autre époque. Mais le plus intéressant, c’est encore de voir comment les générations s’y sont succédé et de se familiariser avec chacune, devenant ainsi un pont entre les âges.

Et pour cause, The Adventures of Elliot nous fait passer constamment d’une ère à une autre pour progresser dans notre quête. Mais cela vaut tout autant pour les missions secondaires. Bon nombre de villageois ou de personnages croisés en chemin ont besoin de nous, sauf que les réponses ne se trouvent pas toujours dans le temps présent. On traverse alors les époques pour venir en aide à ceux qui en ont besoin, nous faisant en même temps mieux comprendre l’histoire qui nous a mené là au départ.

Car c’est aussi ça la force du studio, savoir proposer des quêtes annexes qui apportent à peu près toutes quelque chose à l’aventure principale d’une manière ou d’une autre. D’autant plus que certaines ont même une incidence concrète sur leur époque, comme cette nouvelle échoppe qui a pu ouvrir après que nous avons aidé sa gérante. On se sent vraiment impliqué dans cet univers dynamique, qui vit avec nous.

Même si on pourra reprocher quelques enchaînements de cinématiques un peu longuettes, The Adventures of Elliot tient une histoire solide et généreuse, qui encourage à l’exploration en apportant de nouvelles clés de compréhension à qui prendra soin d’aider son prochain. Ce qui, finalement, rejoint les valeurs chevaleresques de notre héros, celui qui n’hésite pas à prendre la défense des plus faibles et à prêter main forte à qui le souhaite alors que lui-même est entouré d’un mystère qu’on sera curieux de résoudre. En cela, il s’est bien trouvé avec son acolyte, la fée Faie qui, forcément, nous rappellera Navi de Zelda Ocarina of Time. Tout aussi agaçante au premier abord, elle devient une alliée très utile et forte d’un enthousiasme communicatif.

The Adventures of Elliot.
© AUR pour Gameblog.

Pendant les quasi 30 heures qui ont occupé notre périple, on s’est pris d’attachement pour ces deux-là et pour toute la galerie de personnages que nous avons rencontrés. Par sa narration bien rythmée, la construction solide de son univers, mais aussi un gameplay dynamique, Team Asano nous sert ici un de ces récits qu’on a du mal à quitter avant d’en avoir vu le bout… ou plutôt les bouts, car le RPG propose plusieurs fins. Une bonne excuse pour relancer une partie et prolonger encore un peu le plaisir.

Un aventurier sachant manier l’épée…

Alors que Square Enix en revient au tour par tour avec le futur Final Fantasy Resonance, Team Asano prend le train déjà bien lancé du temps réel pour The Adventures of Elliot. Évidemment, quand on a joué à Octopath Traveler ou à Triangle Strategy, on peut être sur nos gardes au départ, se demandant si l’expérience sera aussi bien maîtrisée que ce à quoi le studio nous a habitués. Mais quand on est un amateur des premiers Zelda, on comprend vite qu’on va retrouver une saveur familière. Ce qui n’était pas pour nous déplaire.

Dans la peau d’Elliot, on part ainsi à l’aventure dans le monde de Philabieldia, l’épée à la main. À celle-ci s’ajoutent six autres armes à trouver au fil de notre exploration, chacune ayant un feeling vraiment propre. Typiquement, si au début on s’est trouvé très à l’aise au corps à corps avec notre traditionnelle lame, le boomerang est vite devenu un complément stratégique pour l’attaque à distance et surprendre les ennemis sur le retour.

En plus, outre le fait d’attribuer deux équipements à la fois sur des touches différentes, on peut encore changer rapidement en passant par une roue des armes qui s’ouvre d’une pression sur la gâchette. Même si c’est un peu contraignant dans la pratique, c’est beaucoup plus fluide que de passer par un menu. Grâce à cela, les combats en temps réel sont très dynamiques. On jongle entre notre arsenal et notre bouclier pour venir à bout de nos ennemis tout en se protégeant des coups. D’autant que si on arrive à faire preuve d’un peu d’habileté ou de stratégie, on peut en plus recourir aux pouvoirs de Faie avec le stick droit pour ruser face aux ennemis retors, ou si notre vie est presque vide. En ce sens, chacun peut vraiment adopter son approche personnelle, ce qui rend l’expérience unique.

The Adventures of Elliot et le combat de boss contre le mage de vent avieau.
© AUR pour Gameblog.

Mais ce qui fait surtout la différence, c’est le système de build reposant sur les magilithes. Pour The Adventures of Elliot, la Team Asano n’a pas choisi d’arbre de compétences, mais des cristaux à looter pour associer des bonus, malus et effets supplémentaires à nos armes, soit une mécanique qui parlera assurément à celles et ceux qui ont mis la main sur le GOTY 2025, Clair Obscur Expedition 33. Contrairement à la plupart des RPG, ici on va être bien plus tenté de changer d’armes de prédilection en cours de route selon les nouvelles magilithes trouvées. Par exemple, si on a longuement boudé la lance en raison de sa fenêtre d’action rectiligne trop restreinte et contraignante compte tenu de la visée peu précise des armes à distance, elle est finalement devenue un équipement très utile pendant un bon segment du jeu.

Ça a reboosté notre expérience qui, on l’avoue, ne nous a pas opposé grande difficulté en dehors des combats de boss il faut dire, la difficulté standard restant très abordable. Les amateurs de défis seront quant à eux plus à l’aise sur des niveaux plus élevés où l’erreur est plus sévèrement sanctionnée. Cela dit, le combat est loin d’être le seul aspect du gameplay du jeu.

The Adventures of Elliot, un véritable périple à la Zelda

Si les combats ont un petit goût de The Legend of Zelda dans leur approche, c’est surtout l’exploration qui semble puiser son inspiration dans la licence de Nintendo, surtout pour ses épisodes les plus récents. Notre parcours est notamment ponctué par les autels et donjons à visiter. Les premiers, destinés à améliorer nos compétences, s’appréhendent de la même manière que les sanctuaires de Breath of the Wild avec une épreuve à relever pour obtenir sa récompense. Les seconds renverront davantage aux temples des anciens Zelda, en beaucoup plus succinct.

De fait, la traversée se fait plus vite et un peu sans réfléchir. On file dans une direction, on suit le chemin jusqu’à trouver une clé, ouvrir une porte, arriver à un boss et repartir. On tombera parfois sur de très simples énigmes environnementales à base d’interrupteurs à activer avec une arme ou l’aide Faie. Mais rien qui ne fasse surchauffer les méninges. Autant les puzzles pouvaient devenir frustrants par leur complexité du côté de Nintendo, autant là, on avale les donjons sans en retenir grand-chose, même s’ils sont légèrement thématisés. On regrettera ici un vrai manque d’identité qui aurait rendu The Adventures of Elliot plus mémorable.

Une énigme d'autel.
© AUR pour Gameblog.

L’exploration du royaume nous laisse un bien meilleur souvenir. Car Philibieldia n’est pas un simple monde ouvert, c’est un monde qui s’ouvre à travers les âges. La map de The Adventures of Elliot, moins grande qu’il y paraît au départ, prend finalement toute son envergure lorsque les époques se superposent. Alors qu’on se familiarise avec les nombreux biomes, passant de forêts en marais, de la plage à une montagne enneigée, on y redécouvre tout un tas de nouveautés.

Selon l’époque, on trouve différents autels, des points de repères, des chats errants à apprivoiser et même de nouveaux objectifs pour nos missions. Sortir des sentiers battus offre la certitude de tomber sur des trésors insoupçonnés. Sans compter que repérer les lieux se révèle très utile pour les futures quêtes. Ça faisait longtemps qu’un jeu ne nous avait pas donné à ce point envie de tout explorer, nous redonnant vraiment le goût de l’aventure.

Cependant, on a dû attendre un certain temps avant de nous sentir vraiment libre de nos mouvements dans The Adventures of Elliot. Si le jeu permet des déplacements rapides à travers la map et les époques, il nous bride sur ce point en début d’aventure. Puis, on réalise que certaines parties du monde nous restent inaccessibles car on n’a pas encore les accessoires ou les compétences nécessaires pour ouvrir certains passages. En soi, cela ne devrait pas nous surprendre. On ne cherche pas à revivre absolument l’évasion d’un Breath of the Wild ou Tears of the Kingdom, mais on a quand même l’impression que le récit nous contraint pendant le premier tiers du jeu alors qu’on est gourmand d’en voir toujours plus, surtout avec une telle réalisation.

Même sur Nintendo Switch 2, The Adventures of Elliot est magnifique

La Team Asano n’a rien perdu de sa superbe. The Adventures of Elliot le prouve avec des graphismes en HD-2D qui atteignent un niveau de maîtrise encore plus haut que ce qu’on lui connaît. Dès le lancement du jeu, on est frappé par la signature visuelle du studio, qui sait insuffler à chaque environnement une atmosphère propre et époustouflante. Qu’importe où on se trouve, on est face à une carte postale en pixel art, animée d’effets spéciaux qui subliment chaque biome.

Ville du jeu.
© AUR pour Gameblog.

Sans oublier les sprites des personnages, qui bénéficient d’un soin tout aussi important pour les faire vivre en miniature, avant que leur artwork n’apparaisse à l’écran pour donner corps à la plupart des dialogues. On saluera d’ailleurs, la prestation du doublage en japonais et en anglais, très harmonieuse dans l’intention. Seules les voix des enfants et de Faie nous ont paru parfois forcée, au point qu’on entende un peu trop que ce sont des adultes derrière.

Mais sur le plan sonore, c’est surtout la bande-son qui nous a fait du bien à l’oreille. Les compositeurs, Tomohiro Nakamachi et Hayato Moriya, déroulent des pistes orchestrales qui oscillent entre grandes envolées ponctuées par un piano frénétique (un peu trop même quand l’action se calme) et balades beaucoup plus douces, dont certains airs auraient même leur place sur un jeu cosy comme Stardew Valley, rappelant “Dance of the Moonlight Jellies”. Mais un bon jeu vidéo ne serait rien sans un sound design à la hauteur. Que ce soit le son des attaques, l’ouverture d’une porte ou simplement le bruit de l’eau qui coule à travers les rues d’Huther, on est totalement conquis.

On peut même dire que la Nintendo Switch 2 rend plutôt honneur à The Adventures of Elliot. Le jeu tourne très bien dans l’ensemble grâce à une fluidité quasi-constante à 60 FPS, ce qui est d’ailleurs primordial pour préserver l’intensité des combats. On a souffert que de très rares ralentissements qui n’ont duré qu’un instant, à la fois en nomade et en docké, si bien que l’aventure s’apprécie autant devant l’écran de son téléviseur qu’en balade. Cela dit, on aura une petite préférence pour l’évasion portable qui offre une lecture plus condensée de l’action, ce qui n’est pas plus mal pour un jeu en pixel art. Mais ça, c’est vraiment au goût de chacun.