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Test de Dead Cells (PC, Mac, PS4, Xbox One, Nintendo Switch)

TEST de Dead Cells : Bon à en faire perdre la tête ?

Par Thomas Pillon - publié le

Cela commence à faire un sacré bout de temps que l'on vous parle de Dead Cells. Et pour cause : le jeu des français de Motion Twin, en développement depuis plusieurs années, nous a fait saliver à chacune de ses apparitions. Après plus d'un an d'early access sur Steam, le Rogue-like mâtiné de Metroidvania s'est enfin laissé apprivoiser par nos soins. L'attente en valait-elle la peine ? Réponse dans une poignée de paragraphes garantis sans génération procédurale.

Si vous êtes de ceux qui auraient réussi à passer entre les gouttes, Dead Cells est décrit comme un "Roguevania" par ses développeurs. Derrière ce terme sans doute piloté par une pointe de marketing se cache en effet un mariage (pour tous) entre l'exploration progressive d'un Metroidvania et la peur de tout devoir recommencer à chaque rencontre avec la Grande Faucheuse.

La narration s'effectue surtout à travers les décors.

La recomposition cellulaire

Côté narration, Dead Cells s'inscrit sans rougir dans la catégorie des titres résolument minimalistes : vous plongeant directement au coeur de l'action, dans les tréfonds clairs-obscurs d'une cellule de prison moite, le jeu de Motion Twin fait primer l'action sur le scénario. Vous échangerez bien quelques amabilités avec les rares interlocuteurs qui ponctueront inlassablement chacune de vos tentatives, mais la reconstruction du puzzle ne dépendra ensuite que de vous. Très concrètement, Dead Cells vous octroiera ça et là quelques indices sur les événements ayant précédé votre arrivée sous la forme de pièces à inspecter ou de notes griffonnées laissées à votre discrétion, mais il faudra pour cela faire carburer votre cervelle et votre tendance au complotisme pour y déceler un éventuel fil rouge. Les références ne manquent en revanche pas, et font en plus preuve d'un éclectisme savoureux, puisque sont cités The Legend of Zelda comme Firewatch. Quant au git gud...

Mais qu'importe : son propos à peine chuchoté n'handicape nullement ce mélange des genres, et il ne faudra pas chercher à tout prix à intellectualiser une expérience qui met encore et toujours l'accent sur l'apprentissage et l'acquisition d'expérience bien réelle. Certes, on comprendra bien rapidement que votre tas de cellules autonomes colonise systématiquement une carcasse produite en masse, mais c'est bien la sensation de découverte et la volonté de survivre toujours un peu plus longtemps qui poussera à aller encore et toujours de l'avant. Et à se relever. 

Mieux vaut parfois fuir le tumulte pour admirer la scène...

Sick in the head, living but dead 

Rogue-like oblige, la mort est omniprésente dans Dead Cells : en démarrant l'aventure armé d'une simple lame et (au choix) d'un bouclier ou d'un arc tout aussi sommaires, les premiers runs des joueurs n'ayant pas les mains sur la version bêta se feront dans la douleur, obligés qu'ils seront d'apprendre à la dure les règles de cet univers aussi dangereux que somptueux. En plus de votre attaque au corps-à-corps, il faudra sans surprise composer avec un double saut classique et efficace, mais aussi une roulade permettant d'esquiver bon nombre d'attaques ennemies. Et puisque votre barre de vie mettra un temps certain à atteindre les quatre chiffres, la fuite et la temporisation seront dans un premier temps vos meilleurs alliés pour ne pas être renvoyé trop tôt à la case départ, sans passer par la case prison. 

Et il ne faudra évidemment pas compter sur votre mémoire d'éléphant pour tirer votre épingle du jeu, puisque la tradition du Rogue-like est scrupuleusement respectée, et toutes les zones traversées verront donc leur topographie transformée. Mais là où l'air du temps pousse désormais bon nombre de studios à opter pour une simple génération procédurale des niveaux, Motion Twin combine avec intelligence le meilleur des deux écoles. Si chaque mort remet bel et bien les compteurs à zéro, la structure principale reste dessinée a la mano, comme à la bonne époque où level design n'était pas qu'un lointain souvenir. Et il faut dire qu'en termes de progression, la fleur est d'importance : certaines zones demeurent ainsi horizontales dans leur structure, quand d'autres vous obligeront systématiquement à viser un peu plus près des étoiles. Mais même le plus tortueux des labyrinthes situera quoi qu'il arrive sa porte de sortie dans la même zone à chaque essai, histoire de ne pas s'attarder trop longtemps sur des premiers niveaux dont vous n'aurez que faire passées quelques heures de jeu. 

La France est à l'honneur !

À la baguette

Le jeu se révèle rapidement d'une nervosité démoniaque, dès lors que vous aurez assimilé le timing très exigeant de l'esquive ou de la parade au bouclier, qui vous rapportera une fois amélioré de sympathiques bonus offensifs ou défensifs. Et avec les hordes d'ennemis qui pourront suite à une maladresse ou une mauvaise lecture de votre part entamer en une poignée de secondes les trois quarts de votre barre de vie, il va falloir rester en toutes circonstances concentré comme la tomate. C'est qu'il y en a, des informations présentes à l'écran ! Les revenants aguerris pourront toujours désactiver une partie du HUD dans les options, ou au contraire ajouter quelques indications visuelles supplémentaires, voire même une fonction de roulade intelligente qui stoppe votre mouvement à l'approche d'un précipice. 

Et que ceux qui hurleraient à la tricherie se ravisent bien vite : il n'y a au vu de la difficulté pas de honte à proposer en option quelques outils pour ne pas décourager trop rapidement les joueurs aux réflexes quelque peu rouillés. Face aux différents boss que l'on ne s'attend pas toujours à affronter, il faudra de toutes façons faire preuve d'une détermination en acier trempé. Précisons également la possibilité de désactiver les flash trop intenses, une bien belle (et rare) fonctionnalité qui ravira les photosensibles. Enfin, comment ne pas mentionner avec malice les divers régimes alimentaires complètement cosmétiques, mais qui permettront aux végétariens comme aux français incapables de se passer de bon pain d'être toujours satisfaits.

Les marchands n'hésitent pas à proposer des prix astronomiques.

Second to none

Et chaque fin de niveau sera l'occasion de sauter de joie, puisque viendra alors le moment de transformer votre butin en armes principales, secondaires, mais aussi et surtout de débloquer de précieuses capacités, véritable nerf de la guerre dans Dead Cells. Certains ennemis trucidés auront laissé derrière eux des orbes bleutés qui vous serviront de monnaie d'échange auprès du Collectionneur, seule autorité habilitée à vous rendre toujours plus balèze. Mais comme la vie est une question de priorités, votre style de jeu déterminera les augmentations les plus aptes à faire grimper en flèche votre durée de vie.

Côté options, Dead Cells se montre une fois de plus d'une générosité sans limite : proposant une palanquée d'armes secondaires (des grenades incendiaires aux scies circulaires en passant par les lance-flammes de rigueur), mais aussi de très, très nombreuses armes blanches, de tir, ou des magies à découvrir au fur et à mesure, chaque joueur trouvera nécessairement chaussure à son pied. Mais parce que même dans ce jeu, la vie ne saurait se résumer à l'anéantissement pur et simple de son prochain, il faudra aussi prendre du temps pour soi, et améliorer par exemple le nombre de potions de soin transportables ou la quantité de monnaie qui vous survivra, d'un amour vivant.

Chaque fin de niveau est une vraie délivrance.

Piffe gadget

C'est pourquoi la gestion de votre inventaire et de vos dépenses s'avérera tout simplement cruciale pour espérer progresser passée la dizaine d'heures de jeu. Si vos améliorations permanentes vous autoriseront à prendre quelques raccourcis et autres chemins alternatifs pour gagner un peu de temps, ou au contraire risquer gros pour maximiser le butin, c'est votre capacité à agir en bon père de famille qui déterminera votre aptitude à avancer dans l'aventure. À l'instar d'un Spelunky, un run pourra être complètement pourri par une série de mauvais drops, alors que l'inverse vous donnera un sentiment de surpuissance absolument jouissif.

Et si malgré cela vous continuez de vous casser inlassablement les dents sur le même boss après moult tentatives, le drop de départ pourra, moyennant quelques dizaines d'orbes, jouer en votre faveur dès les premières minutes, et la possibilité de conserver toujours plus d'argent vous autorisera à zapper les boutiques des premiers niveaux pour espérer vous payer une nouvelle arme secondaire surpuissante lorsque viendra le temps de se frotter à ceux qui ne pardonnent pas. En revanche, un relâchement de l'attention sera systématiquement puni par une mort aussi bête que soudaine : si les boss à upgrades disparaissent une fois le butin récupéré, les autres gardiens s'avèrent indéboulonnables, et nécessitent d'être défaits à chaque nouvelle tentative. 

Avouez que la vue est à couper le souffle.

Au rendez-vous de la faucille

Il va donc sans dire que la répétition et l'acharnement seront ainsi les maîtres mots de Dead Cells. Impitoyable dans ses premières heures, le jeu ne se laisse dévoiler qu'à force de recommencement. Inutile de dire qu'à ce petit jeu, les moins patients risquent de rapidement lâcher l'affaire devant la montagne à gravir. Et ce serait évidemment bien dommage, puisque si le jeu se refuse à coucher dès le premier soir, il réserve son lot de surprises aux acharnés. Les premiers environnements laissent surtout admirer le fabuleux travail réalisé sur les animations des différents personnages, les ambiances et les backgrounds ne feront que gagner en superbe au fur et à mesure de votre progression. La palette de couleurs choisies se révèle quasi-systématiquement d'une pertinence à ôter son galurin, et la gestion de la lumière continue d'émerveiller tant elle rayonne littéralement à chaque nouvelle zone. Et lorsque tout s'imbrique et que le tableau qui s'anime devant nos yeux reste grâce aux teintes franches empruntées au genre du danmaku (le cousin hardcore du shoot'em up) d'une lisibilité sans faille, l'hallu est presque totale. Presque, car à l'heure actuelle quelques petites latences et recadrages viennent encore gâcher par moment une action frénétique.

Que dire, enfin, des musiques qui illustrent assez discrètement mais avec beaucoup d'ingéniosité votre périple, si ce n'est qu'elles auront su convaincre tout le monde chez votre serviteur, y compris sa très exigeante compagne, professeur de musique de son état. Piochant goulûment dans une vaste palette d'instruments, elles participent activement à l'ambiance entremêlée de mystère et d'aventure qui transparaît sans un mot grâce à une mise en scène certes dépouillée, mais assurément riche en évocations. Signée Yoann Laulan, la bande-son de Dead Cells est en plus librement disponible sur la page bandcamp du compositeur barbu (et il n'est pas ici question de feu-Corbier), qui a en plus le bon goût d'adorer les chats. Décidément, certains signes ne trompent pas.

PC
Mac
PS4
XB1
Switch
Indispensable Gameblog
Très bon
8
Attendu au tournant du fait de ses nombreuses années de développement, Dead Cells évite le piège du soufflé qui se dégonfle trop vite en proposant une aventure riche et aboutie, qui ne se laissera découvrir qu'en versant du sang et des larmes. Très exigeant dans ses premières heures, le jeu de Motion Twin mise sur une progression constante pour pousser le joueur à l'exploit, mais évite la frustration habituelle des Rogue-like en optant avec intelligence pour un mariage entre un level-design traditionnel et une génération procédurale cadrée. Offrant un sacré paquet de possibilités à travers ses nombreuses armes et améliorations qui donnent toujours envie de recommencer, Dead Cells ne s'adressera en revanche pas à tous les publics. C'est bien dommage, puisque les joueurs peu enclins à l'acharnement passeront à côté de sa direction artistique sans faille portée par une bande-son de grande qualité. Une fois encore, le paradis se mérite.
par
+ On aime
  • Une direction artistique de haute voltige.
  • De multiples embranchements qui donnent envie de changer de route.
  • Une infinité d'armes à essayer pour faire face à toutes les situations.
  • Le niveau de détail des animations.
  • Une bande-son discrète mais joliment écrite.
  • Le mélange bien dosé entre level-design et génération procédurale.
  • Une durée de vie conséquente.
  • Le régime baguette.
- On n'aime pas
  • Vraiment très corsé durant les premières heures de jeu.
  • Une narration optionnelle qui nécessite d'être un peu curieux.
  • Les runs gâchés par de mauvais drops.
  • Quelques gros gaps de difficulté qui peuvent être frustrants.
  • Encore quelques petits soucis techniques au lancement.
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La narration s'effectue surtout à travers les décors. Mieux vaut parfois fuir le tumulte pour admirer la scène... La France est à l'honneur ! Les marchands n'hésitent pas à proposer des prix astronomiques. Chaque fin de niveau est une vraie délivrance. Avouez que la vue est à couper le souffle.

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