Gemini Rue sur PC, le test de Nival

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Nival
8
Nival PC

Du nouveau à l'ancienne

Journée pluvieuse sur la planète Barracus. Le mystérieux Azriel Odin cherche à retrouver un certain Matthius Howard, qu'il avait connu lors de la guerre d'indépendance qui avait secoué le système Gemini. Ailleurs, le sujet Delta Six se réveille dans sa cellule d'une clinique de haute sécurité après une lobotomie en règle. Il n'a aucun souvenir de son passé, de son identité, de ce qu'il fait là. C'est sur ce double tableau que s'ouvre Gemini Rue, un point'n'click indépendant qui a l'ambition de faire renaitre les sensations des jeux d'aventure de la grande époque des années 80-90, quelque part entre hommage et dépoussiérage. Pari tenu?

Un parti pris graphique "radical" au service d'une ambiance forte

C'est donc sous une pluie battante de pixels que l'aventure commence, et ce qui saute d’emblée aux yeux, ce sont justement les pixels. En effet, le parti a été pris d'adopter un rendu graphique directement hérité d'une époque emblématique pour le genre, flairant bon ce cher vieux VGA 256 couleurs de nos première aventures vidéo-ludiques. C'est à une véritable plongée en pleine nostalgie à laquelle sont invités ceux qui ont fait leurs premières armes sur les débuts de Lucasart, Delphine ou encore Revolution software. On pense évidemment tout spécialement aux Voyageurs du Temps et à Beneath a Steel Sky, non sans plaisir! Il est cependant probable que les jeunes joueurs n'ayant connu que la 3D clinquante des productions modernes soient quelque peu désappointés voire rebutés. Il faut toutefois reconnaitre que derrière la faiblesse technique (assumée) des graphismes, l'esthétique est certaine et impose immédiatement une ambiance forte, qui ne retombera a aucun moment, épaulé par de très bon choix de mise en scène. Cette immersion est encore renforcée par des bruitages de qualité (ce crépitement de la pluie qui nous suit jusque dans les intérieurs, s'assourdissant lorsqu'on ferme la fenêtre, ne laisse pas indifférent), et surtout des voix de hautes tenues, variées et pleines de caractère. On pourrait reprocher un jeu d'acteur quelque peu forcé, mais qui à mon sens est tout à fait adapté au domaine du jeu vidéo. La musique, discrète et adaptée, ne laissera elle pas de grand souvenir.

Une jouabilité en demi-teinte

Allez, assez contemplée la première scène qui s'offre à nous, il est temps de saisir fermement notre souris et d'agir. Dans la pure tradition des point'n'click, tout (ou presque) se déroule par l'intermédiaire du curseur déplacé par la souris. Le clique gauche permet de diriger le personnage vers le pointeur. Le droit, quand on pointe sur un élément actif, ouvre une fenêtre garnie d’icônes assurant les interactions: examiner, utiliser (sert également à ramasser les objets), parler, et enfin, quelque chose de plus original, qu'on pourrait qualifier d'"utiliser avec les pieds". Cette dernière action pour la moins inhabituelle permet quelques actions intéressantes comme par exemple enfoncer une porte ou encore prendre appui sur un élément du décor. Lla fenêtre d'interactions contient également les objets de l'inventaire, que l'on peut ainsi utiliser sur l'élément pointé. Malheureusement l'ergonomie se révèle assez lourde: le recours obligatoire pour toutes les interactions au clique droit puis à la sélection de l'icône appropriée s'avérant assez fastidieux à la longue, même si on s'y habitue. Seul raccourci offert: un double clique gauche répète, sur le nouvel objet pointé, la dernière action effectuée... ce qui n'a pas grand intérêt puisqu'on fait rarement deux fois de suite la même chose. On aurait préféré par exemple, comme dans Monkey Island et d'autres, accéder par ce double clique à une action par défaut adapté à l'objet pointé (actionner pour les portes, parler pour les personnages, etc.). Passé cet écueil, l'aventure est étonnement fluide, la résolution des énigmes se fait de façon souvent très intuitives et parfois joliment logique. Et si l'on prend plaisir par exemple à ouvrir une porte d'un coup de revolver, on pourra en revanche regretter que tout cela ne propose pas beaucoup de difficulté. D'autant que la progression est très dirigiste. En effet les éléments d'interactions sont peu nombreux, les dialogues limités, et certains lieux ou personnages ne sont accessibles que lorsqu'ils font avancer l'intrigue, simplifiant ainsi le jeu de piste habituel. Et c'est sans compter sur le fait que les personnages rencontrés nous aiguillent généralement plus que lourdement sur les tâches à accomplir, du genre "peut-être devrais-tu interroger les habitants du quartier?". Au moins ne risque-t-on pas de trop rencontrer la frustration de rester "coincé" trop longtemps dans la progression du jeu, d'autant que la durée de vie se montre très correcte malgré tout. Pour autant certaines actions sont très plaisantes à accomplir, avec parfois quelques subtilités comme la possibilité de demander à une tierce personne d'interagir avec un élément du décor (en "utilisant" le PNJ dessus). Gemini Rue propose aussi quelques scènes de tirs, peu dynamiques et sans grand intérêt au niveau de la jouabilité (laquelle s'avère soit dit en passant assez étrange et se déroule au clavier en QWERTY: penser à modifier les paramètres du clavier pour que cela ne devienne pas incontrôlable), mais qui viennent pimenter finalement agréablement le déroulement de l'aventure.

Un scénario de trés grande qualité

Et en dépit de son gameplay parfois poussif, il est fort à parier que ceux qui sauront se laisser porter par l'ambiance incoyable que dégage ce titre, mêlant science-fiction et film noir, resteront scotchés à leur souris et ne regretterons pas le voyage vu la qualité du scénario. En effet, sans livrer de rebondissements spectaculaires (et tant mieux car ce procédé tend souvent vers le grandguignol), la fin réserve de vrais surprises, en plus de soulever avec une pertinence rare dans un jeu vidéo des réflexions loins d'être de pacotille. Dur d'en dire plus sans gâcher le plaisir de la découverte, mais on pourrait facilement comparer ce récit à du très bon Philip K. Dick, d'autant que les thématiques abordées sont très proches de celles chères à l'auteur. Et cerise sur le gâteau, des notes d'humour parsèment à l'occasion les dialogues avec des répliques parfois bien senties, venant alléger une histoire plutôt sombre, sans nuire pour autant à l'intensité dramatique.


CONCLUSION:

Gemini Rue réussit là où on ne l'attendait pas vraiment. Usant maladroitement d'un gameplay qui semblait pourtant rodé depuis plus de 20 ans, il révèle une intrigue à l'inverse d'une rare qualité, à l'ambiance prenante, qui incite à bien vite surmonter ses défauts.

Un conseille simple: essayez la démo, si l'ambiance vous plait et les mécanismes de jeu ne vous rebutent pas trop, n'hésitez surtout pas à investir les malheureux 15$ requis pour vivre la suite de l'aventure, vous ne serez pas déçu, bien au contraire.


NB: attention, le jeu est entièrement en anglais, avec sous-titres intégraux mais "in english too": un niveau de compréhension assez correct de la langue de Shakespeare me semble hautement nécessaire pour apprécier Gemini Rue à sa juste valeur.

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