Limbo sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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BlackLabel PS3

Lime bobo et Arty show

Au début je pensais mettre deux étoiles à Limbo, puis je me suis souvenu d'une chose. C'est vrai, me suis-je dit (car je me parle à moi-même), j'arrête de noter les jeux avec indulgence comme avec les enfants :"Ohhhh, c'est beau ton dessin, c'est quoi ?"

Ça raconte quoi ?

Rien. Quand on prend le jeu sur le PSN, une fiche informative nous explique en quelques mots qu'on joue un petit garçon en quête de sa petite soeur dans les limbes. Mais dans le jeu, non. On joue un petit garçon qui se réveille dans une forêt floue et noir et blanc, puis après il va à droite de l'écran et croise des enfants et des araignées. C'est tout. On sait seulement à la fin pourquoi on est là, puis c'est fini. Comment est-on arrivé ? Comment va-t-on ressortir ?

Pourquoi ça se passe dans les limbes ? Déjà, on va croiser des enfants morts. Or, dans les limbes, on est déjà mort... Y'a donc comme un problème. Les limbes, c'est quoi ? En gros, c'est le séjour des enfants non-baptisés. Trop petits pour avoir fait du mal, mais quand même marqués par le péché originel, l'Église se demande s'ils ont droit au Paradis ou non, et élabore l'idée d'un lieu intermédiaire. La réflexion religieuse sur les limbes, ça concerne en fait surtout les nouveaux-nés morts pendant l'accouchement, ou peu après, c'est-à-dire des enfants qui n'ont pas eu le temps d'être baptisés. Limbo lui, à part qu'il est flou, n'a rien à voir avec les limbes.

Le jeu a plutôt un petit air Sa Majesté des Mouches en plus morbide, un roman où des enfants, seuls sur une île, sont livrés à eux-mêmes et se font la guerre. On croise donc des mômes qui tentent de nous piéger. Pourquoi ? Ça, on n'en sait rien. Cela a-t-il une quelconque signification ? Évidemment, non. Dans Limbo, tout ce qu'on voit est gratuit, ça ne raconte rien, et ça n'a aucun sens non plus.

En fait Limbo c'est comme Mario Bros ou Sonic, un jeu de plateformes bête et méchant (mais pas rigolo). Sauf que Limbo essaye de faire croire qu'il y a plus.

Arty Show

Donc les limbes, c'est une forêt avec des araignées, puis après c'est une usine. Ah ?... Les choix artistiques de Limbo nous ressemblent beaucoup. On a tous un côté artiste lambda. Par exemple, on s'achète un appareil photo numérique pas cher en ambitionnant de faire de superbes photos dignes des plus grands dont on ne connaît même pas les noms. Pour faire plus artiste, on choisit le noir et blanc. Pourquoi ? Ben de base on a l'impression que ça rend facilement mieux (ce qui en fait n'est pas le cas), et que ça va nous éviter d'acheter du vrai matériel vachement cher en plus de nous épargner plusieurs mois voire années d'apprentissage. Évidemment, au bout d'une semaine d'essais infructueux on lâche l'affaire, en plus il faut beaucoup se balader et on en a marre de photographier l'usine moche à deux pas de chez nous.

Limbo c'est pareil, sauf que lui il se vend. Limbo aurait pu, en choisissant le noir et blanc, faire un travail significatif sur les ombres comme on peut le voir dans Nosferatu de Murnau ou, pour une référence plus proche, dans le Dracula de Coppola. Il aurait pu aussi mettre quelques couleurs pour dire des choses comme dans La Liste de Schindler. Mais cela aurait voulu dire que Limbo avait un vrai choix artistique à la base, et pour des raisons solides. Or ce n'est pas le cas. C'est du noir et blanc pour faire beau, flou pour faire limbes, et ça ne va pas plus loin.

Comme pour Beyond Good and Evil où la référence nietzschéénne s'arrête au titre, Limbo sent à plein nez le :"Je me suis culturé sur Wikipédia". L'important, ce n'est pas de raconter quelque chose, mais d'avoir l'air de le raconter, d'avoir l'air de suggérer. En fin de compte, d'avoir l'air de faire de l'art. Ça porte un nom ; le charlatanisme.

Flou

Par contre, niveau gameplay, là oui on est dans les limbes. Si vous avez joué à la démo, vous avez tout vu, et même le meilleur. En gros, des pièges qu'on ne peut découvrir que par l'échec. Des énigmes sympathiques mais reposant toujours sur une logique simple, donc quand on a compris le principe, on ne bloque quasiment pas et c'est zéro rejouabilité. Trois heures de durée de vie grand maximum, dont un bon tiers où on marche d'une énigme à l'autre. Pour l'ambiance, j'imagine...

Le jeu me fait penser à Ico. On ne joue pas, on traverse le jeu. Sauf que dans Ico, on nous raconte quand même une histoire, avec un gros travail sur l'animation des personnages. Ico raconte et suggère beaucoup de choses, il ne fait pas semblant.


Limbo, c'est un jeu que n'importe qui peut improviser dans LittleBig Planet pour peu qu'il sache se débrouiller avec les outils de création, il peut même le faire en mieux (et pourtant niveau gameplay LBP c'est pas terrible). Sauf que lui ne gagnera pas un rond, ni ne deviendra le petit chouchou adoré de la presse. Limbo, c'est le Mario Bros, ou le Super Meat Boy du pauvre. Sous couvert d'être plus que du jeu vidéo, c'est en fait tout le contraire. Son minimalisme de surface cache une profonde pauvreté artistique qui n'a aucun sens, ses énigmes sympathiques mais répétitives ne suffisent pas à alimenter le gameplay. C'est du vide, avec ici et là des choses biens vues, des passages réussis niveau ambiance, mais ça ne va nulle part, ça ne raconte rien, ça n'a ni colonne vertébrale, ni âme ni estomac.

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