Prince of Persia : Les Sables Oubliés sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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Le pneu de secours

Remettons-nous dans le contexte ; début de la next-gen, Ubisoft nous allèche avec un Prince of Persia cel-shadé. Comme d'habitude, sur les artworks et les screenshots, ça a l'air génial. Sur les teasers encore mieux. Arrivent les premières vidéos de gameplay, et là j'ai un sérieux doute, puis à la sortie le jeu déçoit pas mal de monde par sa facilité, son absence de scénario et son DLC de la honte. Alors c'est le drame ; une nouvelle licence, hyper casual, qui ne convainc qu'à moitié les sites, et pas du tout les joueurs. Finalement, formule de secours, Ubisoft décide pour la suite de ne pas donner suite, et de faire rapidos un remake HD de la trilogie PS2.

Voilà Les Sables Oubliés, qui porte d'ailleurs bien son titre vu qu'il a été très vite oublié. Moi j'ai bien aimé dans l'ensemble, il corrige le défaut majeur de la trilogie PS2 à mes yeux, le système de combat qui m'a complètement gâché l'épisode 1 et les suivants. Il est par contre dommage qu'Ubisoft ait conservé la direction artistique du 2 avec un héros bodybuildé et un univers faussement sombre, mais j'y reviendrai.

Un jeu moche ?

Je n'ai pas trop compris pourquoi on trouvait le jeu moche. Les personnages sont bien modélisés, notamment les visages, et si le titre n'est pas une vitrine technologique, ce n'est pas non plus une catastrophe. Dans la moyenne, et avec décence, j'ai trouvé que de ce côté-là le jeu tenait la route. Il y a quand même un truc qui fait bien tache ; dans le jeu, on va massacrer d'innombrables morts-vivants qui vont disparaître une fois morts (à nouveau). Pas de problème, sauf qu'au tout début du jeu, les soldats vivants disparaissent aussi, nous rappelant les vieux jeux PS1... Et ça ne le fait pas trop.

La direction artistique, c'est un autre problème. On est dans celle du 2, dans une sorte de Perse gothique (cherchez l'erreur) aseptisée, loin de l'ambiance Aladdin du premier épisode avec un héros enturbanné, si je me souviens bien. Ici, comme les deux autres avant lui, on a plutôt l'impression d'évoluer dans un univers héroic-fantasy de supermarché, avec un filtre jaune concocté par Jean-Pierre Jeunet. De même le grand méchant du jeu, Ratash le démon, ne fait pas très oriental, ni même rien d'autre d'ailleurs. Même si God of War caricature la mythologie grecque, on en retrouve des éléments facilement identifiables. Là pas vraiment.

De même les décors façon Prince of Persia, je n'ai jamais vraiment accroché pour les mêmes raisons. Des couloirs remplis de scies circulaires et de poteaux à pics, ok, mais j'aurai aimé aussi traversé de temps en temps des salles qui ne sont pas justes des prétextes à faire des acrobaties. Ce n'est pas aussi artificiel que Prince of Persia Cel-Shadé, mais ça manque de mobilier, d'endroits où on sent la vie. On n'y croit pas vraiment. Le début est sympa car on se balade sur les remparts du château avec en contrebas la bataille qui fait rage, mais après on traverse des salles sans véritable identité, dont on a esquissé seulement les grandes lignes.

Le frère du prince est un peu con

Classique du jeu vidéo, le grand frère du prince repousse l'invasion de son château, et décide d'utiliser l'armée de Salomon (si je ne me trompe pas) pour lui venir en soutien grâce à des sortilèges du sable. Manque de bol, ce sont des morts-vivants, et Ratash le démon au nom ridicule est libéré ! Le scénario est, pour du jeu vidéo, correct, et se laisse suivre à défaut d'être palpitant. Le prince (dieu merci !) ne fait pas dans l'humour à deux balles comme dans l'épisode précédent, et les prestations des personnages ont le mérite de ne pas tomber dans le ridicule embarrassant.

Le prince va devoir réunir deux côtés d'un médaillon afin de renfermer Ratash dans je ne sais plus quoi, sauf que le frère du Prince, grisé par la puissance qu'il a libéré, se laisse peu à peu posséder par le vilain démon, et ne veut pas rendre sa moitié du médaillon, évidemment.

J'aime bien le look du grand frère, sorte de combattant aguerri, avec ce qu'il faut d'élégance pour qu'on le sente de sang royal. Le Prince lui est moins convaincant avec ses gros muscles et sa coiffure de rebelle des années 90, même s'il reste un héros tout à fait sobre pour du jeu vidéo. Ça fait du bien aussi de retrouver un héros avec une épée normale. Ça n'a l'air de rien, mais perso j'en ai marre des gars qui se trimballent des armes de cent vingts kilos et de trois mètres de long, font des doubles sauts (?!!!), et ne font jamais de noeuds avec leurs armes à chaînes alors qu'ils gigotent les bras dans tous les sens.

En somme, le scénario, à défaut d'être prenant, a encadré de manière correcte mon aventure, et ce n'est déjà pas si mal. Au moins n'a-t-il rien gâcher contrairement à d'innombrables titres.

Une bonne idée, mais pas aboutie

Le gameplay des acrobaties, on le connaît et il fonctionne toujours aussi bien. La difficulté est tout de même moindre que celle de la trilogie, car on obtient très vite, grâce à un système d'XP, une barre de vie faisant la moitié de l'écran. En somme, on meurt rarement, voire pas du tout. Par contre on se mange souvent du poteau à pics dans la tronche. La différence avec les jeux PS2, c'est qu'on y survit, donc on avance.

Ubisoft a ajouté deux pouvoirs, l'un qui gèle l'eau, et l'autre qui fait réapparaître des murs du passé. La plupart du temps, ces pouvoirs sont sympas et anecdotiques, mais il arrive parfois qu'on doive bien synchronisé nos acrobaties. Un mur d'eau qu'on doit geler pour monter dessus, puis dégeler ensuite pour passer à travers, puis regeler encore pour y prendre à nouveau appui, et cela durant la même séquence, c'est vite mélangeant. Et là il faut avouer qu'Ubisoft a parfaitement dosé ça. Les passages réellement délicats qui demandent une grande concentration sont rares, donc d'une part on est heureux lorsqu'on arrive à les passer, et d'autres part cela évite les crises de nerfs. À en mettre trop, le jeu serait devenu pénible, alors qu'ici c'est un plaisir d'avoir, de temps à autres, ces petits pics de difficulté, notamment sur la fin où certains passages m'ont mis la tête à l'envers.

Le système de combat a changé, pour le meilleur. On combat désormais des dizaines d'ennemis (malheureusement peu réactifs). Le principe est simple, coup d'épée pour les blesser (coup qu'on peut d'ailleurs charger), et coup de pied qui, par effet domino, fait tomber plusieurs ennemis et vous permet de faire de l'espace. Plus des pouvoirs magiques qui donnent un effet à vos coups. Moi j'aime bien. Beaucoup ont trouvé ce système trop mou, pas assez élaboré. Alors oui, je trouve que ça manque un brin de possibilités, et que nos ennemis ne sont pas bien agressifs, mais au regard de la série, c'est le meilleur système de combat, pas frustrant du tout. Ensuite je trouve que sa simplicité est bienvenue, on n'est pas dans un beat'em all à combos. Reste que malgré le nombre d'ennemis affichés, le jeu peine à paraître épique car les combats sont trop faciles.

On reste dans la politique Ubisoft concernant les trophées, celle de gratifier bêtement le joueur. En finissant le jeu une fois, sans chercher à en obtenir, on en débloque environ 65%.

À une autre époque, les Sables Oubliés ne m'aurait même pas tenté. Là c'est la famine, je vais de déception en déception, et ça m'a fait plaisir de jouer à un jeu sans grandes ambitions culturelles prétentieuses, mais proposant un opus jouissant d'un réel savoir-faire artisanal du jeu vidéo. Reste que, sans être l'épisode de trop, Les Sables Oubliés est un jeu PS2 HD se reposant sur ses lauriers, un jeu a acheté au prix le plus bas possible, une sorte de direct-to-dvd du jeu vidéo.

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