Dragon Age : Origins sur PlayStation 3, le test de X-K

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X-K
7
X-K PS3

Wake the dragon

 

Fin 2009, Bioware lance Dragon Age : Origins, un bon RPG occidental à papa qui puise dans le vieux Baldur's Gate pour offrir sa cuvée d'Heroic Fantasy à une fin d'année qui avait déjà été marquée par Divinity II : Eco Draconis, lequel est toujours sur mon étagère à attendre son tour d'ailleurs. Au programme : orcs, elfes, nains, et humains, croisade contre le mal et monde imbibé de magie, légendes ancestrales et châteaux médiévaux. Du grand classique.

Les premières heures de Dragon Age suffisent à s'apercevoir qu'on marche en terre bien connue, voire en Terre du Milieu. Les engeances (des orcs), qui sont très méchantes, désirent ardemment s'extirper de la prison souterraine que constitue leur habitat des sous-sols du pays de Ferelden pour venir anéantir les êtres de la surface qu'elles détestent tant. Malheur, le Roi de Ferelden tombe dans une bataille contre elles, laissant le royaume en proie aux conflits de trônes, usurpateurs, querelles politiques et manigances de couloirs. Désunies, les forces en présence s'exposent au danger généré par la soudaine apparition de l'Enclin : une montée brusque et vive d'orcs, guidés par un archidémon en éveil. Heureusement, notre personnage qui, après un prologue spécifique à notre choix de protagoniste, s'engage dans la garde des ombres, copie de la garde de la nuit de Game of Thrones, antique organisation qui engage des guerriers aux quatre coins du pays pour mener à bien la lutte contre les engeances.

S'ensuit une épopée dans un univers médiéval-fantastique plutôt générique où le joueur devra rallier les différentes races ou organisations à sa cause et régler le conflit interne autour du trône qui prend des allures de guerre civile. Le scénario manque cruellement d'impact, de rebondissements, de fraicheur, même s'il gagne en ampleur en fin de partie. Les enjeux politiques et sociaux des factions que nous abordons sont souvent prévisibles, bien que le dénouement soit notre apanage, partiellement du moins. Le ralliement suit toujours la même structure narrative peu inspirée : on arrive, on précise que le monde est en danger et qu'une aide est nécessaire, mince un démon pollue actuellement la société locale, toutes les forces armées de celle-ci n'ont pu parvenir à s'en débarrasser pour x raisons, donc on nous envoie nous, seul et naturellement sans soutien, pour aller s'en occuper. Oui, c'est tellement plus logique. Heureusement, les personnages, plutôt intéressants, permettent de sauver les meubles : les membres de l'équipe ont un passé chargé, des forces et des faiblesses et un certain talent pour la répartie, qu'ils dévoileront au fil de l'aventure pour peu que l'on prenne le temps de leur faire la causette. Les petites scènes de dialogues qui se déclenchent de temps à autre lors de la marche laissent percer quelques traits d'humour qui font mouche, où se pratique librement le lancer de vannes, mention spéciale pour Morrigan, experte dans l'exercice, et certainement personnage le plus passionnant, en plus d'être terriblement efficace en combat. Les personnages aident aussi à développer quelque peu le background du jeu (quoique cette tâche soit surtout celle du codex). Bien construit, riche, sa manie de coller avec les standards tolkienniens et autres grands représentants de la production Heroic Fantasy lui dérobe néanmoins une part d'identité qui rend difficile une pleine immersion dans les pages de son Histoire, de ses légendes et de ses codes sociaux.

Dragon Age se distingue par contre par son gameplay d'une profondeur peu égalée. Les combats se caractérisent par une prise en main très indirecte, qui surprend au premier abord (surtout lorsqu'on sort de The Witcher 2), on donne des ordres plus qu'on ne manie vraiment l'épée à vrai dire, seul le déplacement du personnage joué reste à peu près sous notre contrôle. Quatre combattants à l'écran, dont un au choix entre les mains du joueur, la réussite de la bataille sera conditionnée par la confection d'une stratégie efficace apte à venir à bout des assauts ennemis. Pour cela, Bioware a eu l'excellente idée de reprendre le système de gambits de FF XII (pour rappel, le meilleur FF du monde) qui permet de régler l'attitude de ses alliés comme une horloge en structurant leur comportement, en hiérarchisant leurs actions et en paramétrant leur marge de manœuvre en fonction de l'évolution du combat. La pause tactique est aussi un élément très inspiré, puisqu'il permet de suspendre le jeu en cours de bataille pour permettre de planifier ses attaques. La taille imposante de l'arbre de compétence offre, qui plus est, un panel d'action d'une grande variété permettant d'exploiter des angles d'attaques divers et d'échafauder des tactiques meurtrières, pour peu que l'on sache manier les différentes classes. Une bonne gestion de l'équipe, y compris dans les relations humaines - qui influent sur le gameplay - est donc nécessaire si l'on souhaite survivre aux innombrables abominations qui peuplent des donjons parfois très longs, voire trop longs. Passer plus de 4 heures dans un donjon, j'estime que c'est trop long. Cela étant, une trop forte présence d'individus à l'écran entraîne une perte de lisibilité dommageable qui fait perdre le fil de l'action. On ne sait plus qui fait quoi, on ne sait plus à qui est attribué tel ou tel chiffre de dégât. Et parfois, on ne voit plus nos propres personnages. D'autant plus lorsque le jeu se met à ramer.

L'aspect technique du jeu n'a rien de très flatteur. Digne d'un jeu PS2, Dragon Age affiche des textures datées et une modélisation des personnages qui laisse à désirer, quelques rares exceptions s'en sortent un poil mieux, comme Morrigan. Malgré cela, le framerate n'est jamais stable, les grosses villes font souffrir le jeu, les combats imposants aussi. Pour peu que l'on utilise des magies bien violentes, on se demande si la PS3 ne va pas s'étouffer. Quant à l'aspect sonore, il est bien dommage que les compositions soient si anecdotiques, sans inspiration, et si peu qualifiées pour mettre en valeur l'univers, tout en essayant de reproduire - sans y arriver - l'éloquence des travaux de Howard Shore. Pour les doublages, j'ai démarré en VF, avant de passer en VO, puis de repasser en VF en voyant que je ne comprenais plus rien à cause de la terminologie propre à l'univers traduite de façon parfois bien différente en anglais. La VO est naturellement supérieure et la VF est très inégale : si les personnages principaux comme Loghain, Morrigan ou Alistair s'en sortent bien, les seconds rôles sont trop souvent doublés de façon caricaturale.

Dragon Age : Origins, c'est avant tout un gameplay. Un gameplay d'une grande finesse quoiqu'un peu austère et pas très intuitif au premier abord. Il demande un peu de temps avant de se laisser amadouer. DAO, c'est ensuite un univers, pas très original, greffé d'un scénario qui manque d'ambition mais muni de bons personnages. DAO, c'est donc un bon jeu, peut-être pas le chef d'œuvre que l'on a scandé, car il lui manque des éléments à compléter pour que je le qualifie ainsi, selon mes critères bien entendu.

 

 

 

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