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Je ne suis pas qu'un numero

Par numeroVI Blog créé le 12/12/09 Mis à jour le 09/12/13 à 14h46

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Stallone. Un nom qui a forcément marqué toute une génération de désormais trentenaires. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, on ne peut nier qu'il est un de ces repères de toute une époque. Celui qui a créé des figures aussi mythiques que Rocky et Rambo. Comme deux facettes d'une Amérique qui veut continuer à croire que tout est possible en son sein (Rocky) et qui voudrait effacer de sa mémoire la défaite et le traumatisme (Rambo). Des films marqués par leur époque et qui en retour restent des symboles des années 80.

Mais Stallone, c'est aussi beaucoup plus que ça. Certains ne gardent de lui qu'une caricature souvent due à une voix française rauque éloignée de l'originale, et véhiculée encore aujourd'hui par les Guignols. Et il me semblait dommage de s'arrêter là. Stallone est en effet un être attachant et profond. Un scénariste subtil et un réalisateur solide. Nombre de ses oeuvres valent incontestablement d'etre (re)découvertes. Un artiste complet, marqué par son origine modestes, et par ses erreurs et ses errances. Une vie à l'image des personnages qu'il s'est écrit quand personne ne voulait le faire. Une vie arrachée au destin.


ROCKY : LE REVE AMERICAIN

 


Les Rocky, c'est une saga débutée en 1976 et terminée en 2006. Avec le recul, et une vision d'adulte, il est tout simplement passionnant de suivre ce héros américain pendant 30 ans, dans un parallèle troublant avec la carrièrede Stallone. Du ruisseau aux étoiles. A la force des bras.


ROCKY : Le destin arraché

Rocky, c'est d'abord un scénario de Sylvester Stallone, inspiré d'un combat de boxe auquel il assiste en 1975 et opposant Mohamed Ali à un illustre inconnu, Chuck Wepner. Ce dernier, boxeur amateur, va contre toute attente tenir 15 rounds contre le célèbre Cassius Clay et y gagner l'admiration du public.

Mais comme la brillante accroche de Million Dollar Baby le clamait : « ceci n'est pas un film de boxe ». En effet, réduire Rocky à un film de boxe serait une erreur fondamentale. Rocky est bien plus que cela. La boxe n'est que le véhicule parfait pour un message plus profond.

Rocky, c'est d'abord une ambiance. Philadelphie comme si on y était. Les lumières, les sons, les années 70, la retranscription des quartiers populaires de la ville est saisissante dès les premiers instants. On suit Rocky, un ancien boxeur qui gagne difficilement sa vie en récupérant les dettes du parrain local. Oh, on n'est pas chez Coppola. Le parrain en question n'est pas bien méchant, ni bien riche. Et Rocky lui même hésite à briser le pouce du mauvais payeur.

Ce qui marque immédiatement, c'est que le personnage principal n'a rien du héros attendu. C'est simplement un homme, un peu simple, qui a accepté son destin. Celui d'être petit, d'être un raté. Il prend les coups et choisit de les encaisser sans broncher. Jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour où il rencontre Adrian. Parce que Rocky, c'est surtout une histoire d'amour. Incroyablement belle. Adrian travaille dans l'animalerie du coin et n'est pas très jolie. Rocky y passe tous les soirs pour lui raconter des blagues, mais elle ne répond pas. Et il se joue alors ce qui sera le moteur de toute la saga : Rocky va décider d'arracher son destin. Il va forcer leur histoire. L'écrire lui même puisque personne ne semble y croire, pas même celle qu'il aime déjà sans la connaître.

"I wanna kiss ya. You don't have to kiss me back if ya don't wanna. I wanna kiss you."

Doucement, pas à pas, Rocky va réussir à convaincre Adrian, à lui ouvrir les yeux. Avec une subtilité qu'on aurait du mal à soupçonner, cette histoire donne lieu aux plus belles scènes du film. Les maladresses de Rocky, la timidité d'Adrian et ces deux coeurs perdus et solitaires qui s'étreignent sont finalement ce qui reste et ce qui importe quand l'écran s'éteint.

Ces deux là sont seuls, moqués, incompris, mais leur amour va leur donner la force de se choisir leur chemin, bien loin de celui qui leur semble écrit. Bien loin des rires moqueurs qu'ils subissent tous deux. Ils vont saisir leur chance et s'y agripper jusqu'au bout.

La chance, c'est Apollo Creed, l'équivalent fictif de Mohamed Ali, qui va organiser un combat contre Rocky Balboa, ce petit boxeur un peu fatigué qu'il est sûr d'écraser comme une mouche. Mais voilà, Rocky va se battre, comme un beau diable. Mais pas pour la victoire. Juste pour le respect, pour rester debout à la fin. Encaisser et refuser de tomber, ultime métaphore de sa vie. Se battre contre les a priori (il n'est pas qu'un simplet fatigué), contre le destin (qui devrait être de perdre ce combat) et surtout pour être respecté. Ce qu'il fera, puisque malgré une défaite aux points, Rocky ne pliera pas, martyrisé par son adversaire qui lui glissera à l'oreille qu'il ne veut pas de match retour. Rocky est groggy, boursouflé, abîmé mais vivant et acclamé. Il a arraché SA victoire et peut hurler de toute sa gorge son fameux « Adriaannnn! » souvent moqué. Pourtant, comment ne pas être ému devant cet homme qui ne pense qu'à celle qu'il aime au moment où les autres le regardent enfin. Ce moment où l'on comprend qu'il n'a pas fait ces sacrifices pour lui, mais pour elle. Pour lui prouver qu'il pouvait être quelqu'un.


"Who am I kiddin'? I ain't even in the guy's league...It don't matter, 'cause I was nobody before...I was nobody. That don't matter either, ya know...It really don't matter if I lose this fight. It really don't matter if this guy opens my head, either. 'Cause all I wanna do is go the distance. Nobody's ever gone the distance with Creed. And if I can go that distance, ya see, and that bell rings, ya know, and I'm still standin', I'm gonna know for the first time in my life, ya see, that I weren't just another bum from the neighborhood."


Quand on sort de Rocky, on garde finalement en mémoire toutes ces petites scènes de la vie de tous les jours dans ce quartier difficile. Ces personnages souvent méchants par maladresse. Tous ces petits riens qui font une ambiance. La performance de tous les acteurs est mémorable, et on s'étonne en le revoyant aujourd'hui qu'on oublie souvent de quoi est capable Stallone

On se souvient aussi de Rocky qui grimpe les marches du musée de Philadelphie, symbole de son parcours. Image définitivement ancrée dans la culture américaine, comme l'illustration ultime et indépassable du rêve américain.

 


Et on ne peut alors s'empêcher d'y voir un miroir étonnant reflétant la vie de son créateur. Stallone, cet acteur raté dont personne ne voulait. Son scénario intéressait, mais on aurait préféré Robert Redford. Et pourtant, Sly va refuser de le vendre, malgré les sommes qui lui sont proposées et qui devaient à l'époque lui paraître des fortunes. Il va se battre pour avoir le rôle titre. Contre vents et marée, il a arraché son destin, pour finalement être nommé pour l'Oscar du meilleur scénario, et obtenir (entre autres) celui du meilleur film.

Quand réalité et fiction se mêlent, le film en devient d'autant plus fascinant. 

 

 

 

Rocky: I say you' re very shy by nature, ya know?
Adrian: I suppose.
Rocky: ...Ya know, some people think that bein' shy is a disease, ya know, but it don't bother me none, ya know.
Adrian: It don't bother me either.
Rocky: Then why did I bother bringin' it up, huh? 'Cause I'm dumb, that's why. I think we make a real sharp couple of coconuts. I'm dumb an' you're shy, whaddya think, huh?

 

 

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Commentaires

mobyere
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mobyere
Très bel article et un bel hommage à un "échoué" des années 80.
Le problème de Rocky vient sans doute du fait qu'il a été vendu comme un film de boxe, alors que comme tu le dis si bien : ça n'en est pas un.
narco
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narco
Très bel article ! La suite VI, la SUITE !!!
Zacharia
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Zacharia
Wouah... Très bel article. Ce commentaire sur Rocky est très émouvant et remue en moi tant de souvenirs... Merci numéro VI.
Neuro
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Neuro
Justesse, respect, bel article !
LeGeN_DaRy
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LeGeN_DaRy
Très belle hommage. Merci à mon numéro préferer ... ^^
FuckinGaulois
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FuckinGaulois
Ah, un hommage, voilà qui est bon ! Combien de fois, dans des soirées ou les conversations tournaient vers le cinéma j'ai du arrêter les rires pour expliquer pourquoi je pense que Stallone est un bon acteur, bon réalisateur et bon scénariste (je vous dis pas les rires pour ce dernier), et pourtant...Le dernier Rocky m'a vraiment bluffé, c'est juste, touchant, vraiment bien joué, génial quoi. J'ai toujours adoré ce mec et l'adorerai toujours. D'ailleurs, plus ça va plus il fait tout pour que ce soit le cas :)
numeroVI
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numeroVI

Pour ceux qui pensent que Stallone n'est bon qu'a faire des films décérébrés, juste un mot : Copland.


J'y viendrai aussi :)
pesos
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pesos
Pour ceux qui pensent que Stallone n'est bon qu'a faire des films décérébrés, juste un mot : Copland.
numeroVI
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numeroVI
Merci beaucoup! Les autres suivront ;)
tsufeng
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tsufeng
Un texte bien écrit et une analyse carré, juste et plein d'amour.
Ne t'arrêtes pas en si bon chemin.
"Ce qui compte,c'est pas la force des coups que tu donnes,c'est le nombre de coups que tu encaisses tout en continuant d'avancer.Ce que t' arrives a endurer tout en marchant la tête haute."
EliasSnake
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EliasSnake
ya ptet pas beaucoup de personnes qui partageront ton avis, mais je suis de celles là. Merci pour ton article ! Sly est souvent pris pour un abruti, rôle qu'il s'octroie à l'envi dans ses films. Mais je pense qu'il est surtout lucide sur lui, sur ce qu'il véhicule et sur ce qui marche.

En tout cas j'ai hâte de lire la suite de tes articles !

Édito

J'ai longtemps hésité avant de me lancer dans la rédaction d'un blog. Je ne sais pas si j'aurais quoi que ce soit d'intéressant à dire! Finalement, on verra bien.

Il y aura, je pense, toutes mes facettes, l'avocat, le gamer qui n'a jamais eu la PS2, le cinéphile, le vieux connard et toutes mes lacunes et partis pris. Quelques blagues aussi. Enfin, c'est pas garanti non plus.

 

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