Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 21/11/16 à 14h44

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Cinéma

[ATTENTION, CETTE CRITIQUE RETROSPECTIVE CONTIENT DES SPOILS SUR LA TRILOGIE BATMAN]

 

Bonjour à tous,

Souvenez-vous de ce mois de juin 2005. A l'époque, personne n'attend plus rien de la figure icônique du Batman. Joel Schumacher et son Batman and Robin, huit ans plus tôt, ont porté un coup fatal à la franchise lancée au cinéma par Tim Burton en 1987. Mal joué, mal monté, sans scénario sérieux, le film de Schumacher est une caricature poussive, une oeuvre bariolée, schizophrénique, dont le kitsch involontaire contraste fortement avec le goût de l'obscurité dont fait preuve, pourtant, l'homme chauve-souris. Sa sortie a coïncidé avec l'exil du héros loin des salles obscures, l'a rendu obsolète. Ce sera encore pire après les événements du 11-Septembre...

Mais l'incroyable ratage de Schumacher aura peut-être eu un mérite. Ses excès sont en effet à l'exacte opposée d'une tentative de reboot de la saga qui fait son apparition sur les écrans à l'approche des grandes vacances 2005. Batman Begins est réalisé par Christopher Nolan, jusqu'ici surtout repéré des cinéphiles pour deux jolies petites réussites, Memento et Insomnia. Le voir s'emparer d'un blockbuster peut sembler inquiétant. Mais le traitement appliqué par Nolan aux 2 heures et 19 minutes de film fait sensation : exit le grand guignol, bonjour le réalisme. A l'époque, c'est une petite révolution.

Batman Begins vaut bien mieux que ce que l'on peut en dire, parfois, ici et là. Il pose les fondements d'une nouvelle saga. Christian Bale, qui y incarne à merveille Bruce Wayne, accompagne la lente maturation de son personnage. Une grande partie de l'oeuvre, parfois jugée assez lente, s'en va explorer la constitution de la psyché du héros. Son enfance, la chute, la mort des parents, ses jeunes années d'adulte, lorsqu'il vit la tentation du crime, puis sa fuite en avant, désespérée et autodestructrice, jusqu'à la rencontre avec Liam Neeson et la Ligue des ombres. Un moment clé de l'histoire, puisque c'est ici que l'on saisit toute la dualité potentielle du personnage: la Ligue des ombres partage la même vision du monde que Wayne, mais apporte simplement une réponse plus radicale à ce constat. Wayne, lui, s'élève contre cette vision de la solution. Postule qu'un homme, seul, peut faire la différence. Le personnage du Batman n'est plus loin, il fera d'ailleurs son apparition quelques minutes plus tard, dans les sous-sols de la villa familiale du héros. Dans cette obscurité qui n'aura de cesse de l'accompagner tout au long de ses aventures. Et qu'il opposera aux projets de son ennemi jusqu'à la fin d'un métrage jamais pompier. Ici, le héros reste un homme, avant tout. Ce sont les ambitions du Batman et de son adversaire qui placent ces deux personnages au-dessus de la foule anonyme. Nolan a saisi l'essence du film de genre version années 2000. Pose, en filigrane, la question de la volonté de détruire une civilisation telle que cette motivation s'est dévoilée lors de la tragédie du 11 septembre 2001, amène la question de la relativité des points de vue. Un blockbuster qui pense ? Désormais, plus rien ne sera comme avant.

Un méchant à la mesure du Batman


Batman Begins ne fait d'ailleurs que donner le coup d'envoi d'une saga dont les enjeux sont de plus en plus élevés film après film. Dans The Dark Knight, séquelle sortie sur les écrans en août 2008, le spectateur est propulsé dans le quotidien de l'homme chauve-souris, la poursuite des criminels qui ont réussi à s'enfuir d'Arkham. L'un, d'eux, le Joker, est l'antithèse du Batman. Un méchant de rêve, incarné par le défunt et regretté Heath Ledger, d'autant qu'il vient très rapidement souligner, sous l'intelligente caméra de Nolan, que Batman n'est finalement rien d'autre que la justice tapie dans l'ombre, celle qui intervient lorsqu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Le chevalier sombre est effacé, il cède la place au goût prononcé du Joker pour la destruction et l'anarchie.

Surtout, il n'est plus l'image de la victoire garantie. Au contraire même: dans The Dark Knight, les actions du héros ont de lourdes conséquences. Le Bien porte en lui, en miroir, la genèse du Mal. Le Joker, image déjà suggérée à la fin de Batman Begins, naît en réaction à la naissance du dark knight. L'on va encore plus loin puisque c'est indirectement Batman qui est à l'origine de la perversion de l'image du procureur, Harvey Dent, symboliquement surnommé le "Chevalier blanc de Gotham". The Dark Knight pose une question métaphysique autant que politique, celle de la définition du Bien et du Mal l'un en regard de l'autre. Puis brouille les cartes, une dernière fois, en faisant porter les stigmates du Mal au champion du Bien. Le sens de la cabriole est pervers, il vient dire qu'il est plus aisé de croire que c'est l'obscurité, plus que la lumière, qui est capable de donner naissance au chaos. Un questionnement qui trotte dans la tête de pas mal de gens, et d'Américains notamment, depuis quelques années.

La chute du déchu

Nolan, évidemment, ne pouvait s'arrêter là. La fin de The Dark Knight voit la figure du Batman honnie, rejetée par ceux-là même qui lui doivent pourtant tout. Gary Oldman/James Gordon porte le poids de ce mensonge depuis huit ans lorsque débute The Dark Knight Rises. Sur l'image fausse du héros Harvey Dent, qui a tenté de tuer son enfant, s'est construit tout un système judiciaire que Nolan décrit discrètement, mais aussi assez habilement, comme peu respectueux des droits imprescriptibles des criminels. Le réalisateur distille dans le film plus idées assez pernicieuses, renvoyant -une fois encore- aux excès sécuritaires de l'Amérique post 11-Septembre.

Mais cette époque n'a plus besoin de héros. Et c'est dans ce contexte que l'on retrouve Christian Bale reclus dans son manoir. Seul Alfred, une fois de plus impeccablement campé par Michael Caine, lui sert encore de lien avec le monde. Bruce Wayne marche avec une canne, prix de ce qu'il a fait subir à son corps pendant tant d'années. Nolan, décidément génial, pose à travers cette simple image une autre idée forte qui structure toute son oeuvre : le combat pour des valeurs finira toujours par user celui qui en porte l'étendard.

Nolan, dans un remarquable souci de cohérence pour sa trilogie, poursuit sa réflexion à partir de ce point de départ. The Dark Knight posait la question du rôle du Bien dans la genèse du Mal ? The Dark Knight Rises prolonge la thématique. Cette fois, dans cette ville de Gotham qui a oublié le Batman, qui s'apprête à remiser l'un des derniers combattants qui s'étaient rangés à ses côtés -James Gordon-, un nouveau complot se trame. Une arnaque financière pour prendre le contrôle de Wayne Entreprises ? C'est ce que l'on croit tout d'abord. Mais la vérité est bien plus sombre, bien plus inquiétante. Bane, le terroriste engagé pour mener à bien la démolition du patrimoine Wayne, nourrit ses propres ambitions. Et celles-ci ont un terrible écho dans le passé, puisque c'est la Ligue des ombres, à nouveau, qui rattrape un Batman vieilli et usé. Gotham, cette fois, pourrait ne pas s'en relever.

A travers ce pitch, Nolan offre au spectateur ce qu'il lui avait refusé en 2005: la destruction de Gotham City. Il offre à voir, aussi, ce qu'il n'avait qu'effleuré dans The Dark Knight : le spectacle complet et tragique de l'anarchie. The Dark Knight Rises est lourd de sens, ainsi : voici, chers spectateurs, ce qu'il aurait pu advenir si le Batman n'avait pas été là. Figure sacrificielle par excellence, Batman a déjà beaucoup donné à cette ville, et l'on en découvre toute l'étendue à travers ces images. A-t-il tout donné pour autant ? "Pas encore", répond l'homme l'homme chauve-souris à la Catwoman joliment interprétée par Anne Hataway. Une bonne heure avant la fin du long métrage, la conclusion en semble déjà toute tracée.

The Dark Knight Rises, certes, prend son temps. Il pose d'abord un regard mélancolique et tendre sur son héros déchu, sur le poids du mensonge qu'il a eu à supporter pendant tant d'années. Parallèlement, il instille petit à petit les germes de l'apocalypse naissante. Mais Nolan est un fin conteur, il ne perd jamais son spectateur. Le film va crescendo, dévoile toujours plus les implications de chaque acte, de chaque décision. L'engrenage terrible qui mène à la catastrophe est scruté dans les moindres détails, jusqu'à l'avènement de la destruction.

Il fallait cela pour amener Batman face à son adversaire. Contre Bane, son premier affrontement est une défaite totale. Celle du héros en proie au doute, rongé encore et toujours par la mort de ses parents ; abandonné des siens, Alfred lui-même décidant de le quitter. En face, il y a la force de conviction, l'image de l'intégrisme et de celui qui a foi en ses idées au point d'en imprégner ses troupes. Le film, une fois encore, se résume symboliquement à ce combat d'idées. Et pose la question centrale de ce troisième opus: qu'est-ce qui fait agir le Batman? Lui-même l'a oublié, il ne peut donc qu'être détruit par la force brute qui lui est opposée.

Un héros se (re)dresse

Gotham, croyant que son héros est mort -la foi en lui n'a pas tardé à ressurgir par commodité, autre manière pour Nolan de montrer combien cynique est cette société- se déchire alors sous le regard amusé de Bane qui a programmé en secret le jour et l'heure de la destruction finale de la cité. Sous le regard, aussi, d'un Bruce Wayne coincé, grièvement blessé, au fond de la prison même dont seul l'enfant de la Ligue des ombres a autrefois réussi à s'évader. Le lieu, un trou gigantesque creusé à même la terre, est à lui seul une métaphore du Batman : il forge les idées et la foi dans l'obscurité, avant de permettre à cette ferveur sombre de retourner vers la lumière. C'est ici que le film effectue sa transition, dans ce monde sous-terrain dans lequel ils sont quelques-uns à tendre une main à Bruce Wayne. Dans lequel, face au spectacle de l'apocalypse humaine qui se déroule sous ses yeux, via un écran de télévision, l'homme va puiser dans son esprit une nouvelle force de conviction. La réapparition de Liam Neeson (Ra's-Al-Ghul) renvoie directement à Batman Begins, et boucle la boucle. Tout ce qui s'est  passé depuis la destruction de la Ligue des ombres et jusqu'à aujourd'hui n'a donc servi qu'à préparer ce moment. Celui où le Batman devra dépasser sa stature humaine, définitivement, et devenir réellement le super-héros qu'il incarne. Prêt à tout donner, on l'a dit, sans plus rien attendre, plus jamais.

Nolan plonge au coeur des ténèbres pour retrouver son véritable héros. Il lui donne au passage une stature qui lui avait jusqu'ici fait défaut. La mise en scène, alors, prend de la vitesse, les caméras gagnent en mobilité, l'action devient plus soutenue que jamais. Batman passe à l'offensive, et se découvre aussi la capacité de susciter la ferveur dans les rangs de ses partisans. Pour la première fois, il n'est plus le héros solitaire, mais le chef d'une armée. Ses lieutenants sont redoutables: on y croise le futur "Robin", une Catwoman enfin pénétrée des grands idéaux de celui qu'elle a plusieurs fois trahie, un Lucius Fox bien décidé à passer à l'action. La frenchie Marion Cotillard elle-même, assez convaincante dans son rôle, prend les armes. Jusqu'à provoquer l'ultime trahison de ce film riche en rebondissements.

Mais cette adhésion a un prix. Pendant près de deux heures, Nolan contraint le spectateur à souffrir en compagnie du Batman. Souffrance physique au fil des affrontements qui lui sont imposés, durs, secs, sans pitié. Souffrance psychologique au rythme des tortures qui lui sont infligées par un Bane bien plus fin et redoutable que sa stature physique pourrait le laisser supposer. Et Batman, en retrouvant la foi dans son combat, continue à souffrir. Mais il se bat, avec l'espoir de vaincre cette fois. Ce qui change tout à l'écran. Ce qui suscite la foi de ses alliés. Ce qui nous accompagne, finalement, lorsque le héros s'envole vers son destin. Une simple explosion, au loin. Quelques larmes, mais le sentiment d'une juste et belle fin.

Nolan, à ce moment-là, a sans doute conclu son film autant que sa trilogie. Blockbuster oblige, il lui offre cependant un épilogue plus positif, donnant à chacun des personnages une porte de sortie satisfaisante. Presque superflue, cette séquence aura le mérite de laisser l'espoir de voir le mythe renaître de ses cendres. Avec un effet pervers: quand bien même la trilogie doit marquer la fin de la présence de Nolan derrière la caméra et de Christian Bale, cape au vent, sur les écrans, on se prend à rêver d'une suite. Mais Nolan l'a dit et répété : elle n'existera jamais. Un terme peut-être un peu fort: les voies d'Hollywood et du box office sont souvent impénétrables...

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Commentaires

Zinzolin_Hallucine
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Zinzolin_Hallucine
Alors, pour commencer je vais liker ce billet et je vais lire tous vos post.

@Noiraude : C'est très bien écrit, je te lis pas d'habitude, mais là, tout de suite, je remarque que tu as une très belle plume.

Bon, maintenant je vais m'incruster avec tant de bien que mal dans la conversation.

@Black : Pour la cohérence, les points que tu attaques pour Begins et TDK, je trouve que ça aurait franchement lourd de tout expliquer déjà que les films sont longs, alors oui une réplique peut parfois résoudre tous les problèmes, mais je pense qu'on peut avoir un peu de souplesse pour ces détails de continuité. Les erreurs de "physiques" par contre j’admets que ça manque de crédibilité pour être jouissif.

Je comparerai la fin de ce film, à la fin de metal gear solid 4, et au chapitre "caché" de JulienC, lors du test du jeu.


J'avoue. (oui, c'est tout ce que j'ai à dire)

Cotillard arrive, raconte sa vie, et casse tout. J'aime bien ce twist, mais il est mal amené, mal fait, au mauvais moment, et casse l'action en plein dans son ascension !!!


Personnellement, je la trouve bien amené. Quand Gordon s'est trompé de camion j'ai tout de suite capté. Et ça participe même au rythme, vers la fin, on est constamment brisé : sa révélation (parce qu'au final Batman est surtout revenu pour elle, il est brisé à nouveau comme le dit Bane), la chute du pont, la bombe amorcée. Tout ce désespoir, c'est bien amené je trouve (bon après ça devient grand public avec la fin).

Robin qui jette son écusson d'inspecteur de police à la fin comme un signe de rébellion dans un monde de corruption...


ça aussi c'est plutôt bien amené, sa rébellion. C'est comme lorsqu'il tire sur les deux chauffeurs et qu'ensuite il est répugné par son acte et qu'il jette son flingue. C'est pas tellement que le monde est corrompu (il est ce qu'il est, on voit pas de flic corrompu, on voit juste des gens obéir aux règles coûte que coûte), c'est que le monde n'est pas à son goût.
Martinman
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Martinman

Et même que c'est fait exprès, en fait. Idem pour la SPOILER fin de Bane. Le combat avait déjà eu lieu, les poings avaient parlé, Batou avait sa victoire. Le reprendre aurait été une erreur scénaristique, je n'ai donc pas été étonné par sa défaite "insolite", au contraire. Je la trouve parfaitement logique.

Ouais mais Liehd, ils auraient pu lui faire une mort un peu mieux tout de même, là, le personnage perd TOUT son intérêt d'un coup, ils auraient du mieux rebondir après ce twist :/
Noiraude
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Noiraude
Mué, bon, je partage pas le point de vue, mais il se défend. Pourquoi pas...
upselo
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upselo
Même s'il s'agit d'une façade pour les personnages, la similarité des discours me parait indéniable. C'est peut-être pas nouveau, mais que ça colle ainsi ne me semble pas le fruit du hasard non plus (a fortiori quand vous trouvez chez Nolan un sens du détail et une maîtrise qu'on ne lui accorde pas forcément).
Noiraude
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Noiraude
Concernant la bourse, je rappellerai simplement qu'il s'agit d'un acte commandité, à visée crapuleuse. Du moins c'est ce que l'on croit au départ. Puis on découvre qu'il s'agit d'une vendetta personnelle. A mon sens, y voir le mouvement des indignés est une surinterprétation.
Noiraude
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Noiraude
Pas mieux.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees

Liedh : j'avais toujours pensé que faire des Batmans aussi pourris ne pouvait être que volontaire... Tu viens de me faire perdre mes dernières illusions sur l'humanité Image IPB


Je ne fais que mon travail ;)

Oui enfin pour la référence aux indignés, on a quand même un monsieur qui dit à la population de se soulever contre ceux qui font des méchants profits, qui s'en prend littéralement à Wall Street, etc, c'est pas juste une "simple" émeute.


Certes, mais ce type de manifestation n'a pas attendu le mouvement des "indignés" pour émerger. ça fait quand même des années que c'est d'actualité. Les indignés, c'est une sorte "d'aboutissement".

SPOILERS

. Le rythme du film le rattrape, on nous offre 2 minutes d'action, de rébellion, d'affrontement entre Batman et Bane, et entré dans le batiment, Cotillard arrive, raconte sa vie, et casse tout. J'aime bien ce twist, mais il est mal amené, mal fait, au mauvais moment, et casse l'action en plein dans son ascension !!!


Et même que c'est fait exprès, en fait. Idem pour la SPOILER fin de Bane. Le combat avait déjà eu lieu, les poings avaient parlé, Batou avait sa victoire. Le reprendre aurait été une erreur scénaristique, je n'ai donc pas été étonné par sa défaite "insolite", au contraire. Je la trouve parfaitement logique.
Noiraude
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Noiraude
"C'est bien les références aux 11 septembre, mais c'est aussi l'occasion de nous infliger toute une série de clichés dont on s'était bien passé dans The Dark Knight : l'hymne national chanté par un enfant avec une touche de slowmotion, le superbowl - sport national dont le sol se dérobe sous ses pieds, l'armement lourd considéré comme un jouet quand il est utilisé par des gens "biens", la peur d'un holocauste nucléaire provoqué par des terroristes, Robin qui jette son écusson d'inspecteur de police à la fin comme un signe de rébellion dans un monde de corruption...c'est quand même une succession de clichés avec, en prime, la frustration de croire que le héros va mourir en se sacrifiant, mais non, ça, ça arrive dans la vie mais jamais dans le cinéma grand public. "

J'ai répondu plus haut concernant le cas du Superbowl. Pour le reste, nous sommes dans le propos sous-jacent du film, et ces scènes interrogent directement la conception qu'a Nolan de sa propre patrie. En l'occurrence, on peut aussi voir à travers elles l'idée que la Ville porte en elle le germe de son autodestruction - d'où le mea culpa presque incongru de Fox et de notre frenchie préférée vers la fin du film. Encore une fois, il y a plusieurs niveaux de lecture selon moi, et je pense que Nolan joue de certains clichés pour y apporter une dissonnance loin d'être inintéressante. Quant à Robin qui jette son écusson, c'est une porte ouverte vers l'avenir. Comme une filiation naissante. Je n'y vois rien de choquant, et pas nécessairement une critique des institutions comme tu l'imagines. Il y a avant tout un souci d'efficacité qui guide ce choix.
Enfin, nous nous rejoignons sur l'épilogue. Superflu, je l'ai dit. Mais pas pour autant franchement dommageable à l'histoire, c'est l'essentiel.
Noiraude
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Noiraude
Je vais revenir sur deux points qui me semblent importants. Le premier tient à la scène du superbowl. Je penche plutôt pour la thèse avancée par Liedh, à savoir que Nolan joue de l'opposition uinnocence / destruction de l'innocence pour sous-entendre que cette fois, l'âge de la maturité arrive, et avec lui son cortège de désillusions et la promesse d'une mort certaine pour cette ville de corruption. Comme si on sonnait la fin de la récré, en fait.
Concernant l'inaction des policiers face au Batman lors de la course-poursuite, elle me semble trouver son explication quelques minutes plus tôt, lorsque le vieux flic annonce à son partenaire qu'il va en prendre plein les mirettes : la figure du Batman a disparu pendant huit ans, mais n'est absolument pas sorti de l'imaginaire des habitants de Gotham. Le voir réapparaître, c'est un peu comme si un mythe -un film?- venait à se jouer devant leurs yeux. Les policiers, c'est nous dans une salle de ciné : passifs, à regarder ébahis la folle scène qui se déroule sous nos yeux. Il y a une critique sous-jacente assez évidente, en cherchant un peu... ^^
Noiraude
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Noiraude
Merci à tous pour vos commentaires. J'essaierai de vous répondre personnellement dès ce soir. Là, je suis un peu coincé par mon taf ^^
Martinman
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Martinman
Je ne sais pas mettre de bannière spoil, donc:

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Personnellement, j'ai bien aimé ce film, je trouve ce rythme lent très bien pour accentuer le psyché des personnages et réveiller le Batman qui sommeillait en Bruce Wayne, mais quand la scène finale arrive, je trouve ça stupide. Le rythme du film le rattrape, on nous offre 2 minutes d'action, de rébellion, d'affrontement entre Batman et Bane, et entré dans le batiment, Cotillard arrive, raconte sa vie, et casse tout. J'aime bien ce twist, mais il est mal amené, mal fait, au mauvais moment, et casse l'action en plein dans son ascension !!!

Je ne me suis pas ennuyé pendant le film (contrairement à la totalité de la salle qui a poussé un énorme soupir accentué par toujours plus de monde arrivé au générique final) parce que je trouvais le tout bien fignolé et parce que j'attendais le "final spectaculaire" annoncé partout... Et je ne l'ai pas eu, ceci étant ma seule déception...

Je me fiche de l'action, on est dans un Nolan, mais quand tu l'amènes de cette façon, il faut l'assumer jusqu'au bout Nom Da Diou !!! Et là ou le rythme paraissait convenu pour la présentation des personnages et de l'intrigue, autant il rend le film d'une lenteur sans nom quand l'action commence (action coupé par notre chère chère chère Marion qui raconte qu'elle est la fille de Ras al Ghul au MAUVAIS MOMENT !!!) !

Et quand Batman se sacrifies pour sauver Gotham, on est presque soulagé que ça finisses... Le meilleur exemple étant la scène du pont, quel est le délire ? Elle ne sert à rien, n'y dans l'intrigue, ni dans l'histoire, ni dans l'action, ni dans le budget !!! Elle ne sert à rien et ralentis encore plus le rythme...

C'est pourquoi j'ai aimé cette fin, cette conclusion qui laisse présager d'une suite (un film Robin ?) car il est PLUS ANIME QUE LA SCENE FINALE !!!

Je ne parlerais pas de Bane qui perd tout son côté intéressant pendant les révélation et qui se fait buté comme un fucking PNJ...

Sachez que j'ai aimé ce film, mais là ou DK réussissait à entrer dans une profondeur très intéressante en sachant changer de rythme quand la musique augmente pour tout péter dans la gueule sans trop d'effets spéciaux et de fioritures, là j'ai eu droit à un Nolan (qui m'avait presque tué d'ennui devant Inception)


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mercobenz13
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mercobenz13
[SPOIL]

Je comparerai la fin de ce film, à la fin de metal gear solid 4, et au chapitre "caché" de JulienC, lors du test du jeu. Cette fin est sujette à polémique, et je pense qu'elle divisera. Pour ma part, s'arrêter au fait que Batman est mort, est la fin "logique" du message qu'a voulu faire passer Nolan tout au long de sa trilogie. Et comme tu le dis dans ton dernier paragraphe, une dernière "pirouette" a été donné, blockbuster oblige, pour que tout ça finisse par un "happy end", mais cette fin pour moi est tout sauf superflue, puisque pour moi elle démonte tout ce qu'avait instauré Nolan depuis le début qu'il a prit en main cette franchise. Et je trouve ça vraiment dommage...

[/SPOIL]

Autrement, je trouve ce film d'un niveau global proche de celui du précédent épisode, le génie d'Heath Ledger en moins... Pour moi, l'ombre de celui ci aura plané tout au long du film...
Après j'ai été un peu déçu, contrairement à toi, de la prestation de Marion Cotillard pour une fois. Surtout lors de la dernière scène où on la voit, pour ne pas spoiler plus, vu que j'ai enlevé les balises... ;)
pizapan64
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pizapan64
Superbe papier ... Vraiment... Étant fan de cette trilogie légendaire, j'ai pris mon pied en te lisant ^^
upselo
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upselo

Sinon, je constate un peu plus bas qu'on ne peut plus y couper (et ça n'a rien d'un scoop, du retse) : dorénavant, on ne pourra plus faire de film avec un hymne américain (ou autre référence culturelle anodine censée ancrer un film dans le quotidien d'une nation) sans que ce soit assimilé au "traumatisme post onze septembre" ni de scène d'émeutes sans que ce soit assimilé aux indignés. ça s'annonce coton pour les réalisateurs.

Oui enfin pour la référence aux indignés, on a quand même un monsieur qui dit à la population de se soulever contre ceux qui font des méchants profits, qui s'en prend littéralement à Wall Street, etc, c'est pas juste une "simple" émeute.
BlackLabel
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Liedh : j'avais toujours pensé que faire des Batmans aussi pourris ne pouvait être que volontaire... Tu viens de me faire perdre mes dernières illusions sur l'humanité :D
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BlackLabel
SPOILER

Par exemple la scène après le braquage où Batman se retrouve encerclé par la police, pris au piège par ceux avec qui il collaborait autrefois et la manière dont il se sort de la situation (un coup de roquette depuis sa moto, un tremplin improvisé et le flic qui s'exclame : "On l'a perdu !") ça m'a quand même fait pensé aux scènes pour enfant de Batman et Robin.



Les deux autres épisodes sont pareils, y'a plein de trucs qui n'ont pas de suite ou dont on masque les raccords. Dans Begins Bruce Wayne détruit la réputation des Wayne lors d'une soirée, puis dans TDK y'a pas de suite, il est à nouveau dans la jet-set sans explication. Ou le Joker qui débarque dans la réunion secrète de la mafia et on sait pas comment il est au courant du rdv. Ou encore quand Batman est accroché au métro aérien dans Begins, et le fil du grappin rencontre aucun obstacle alors qu'on voit une structure sur laquelle le fil pourrait facilement se prendre à plusieurs reprises.

SPOILER

Y'en a plein des trucs de ce genre. Est-ce que c'est voulu par Nolan pour conserver un esprit comics (comme les gadgets comme le truc à micro-ondes ou le super sonar un peu ridicule), ou est-ce pour se simplifier la tâche ? Je sais pas trop. Mais c'est certain que comme tous les films de super-héros, si tu y regardes de près ça tient pas debout une seconde. Seulement est-ce qu'on va voir ces films-là pour les étudier à la loupe ?
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Black :

Alors explique ça :



;)



Sinon, je constate un peu plus bas qu'on ne peut plus y couper (et ça n'a rien d'un scoop, du retse) : dorénavant, on ne pourra plus faire de film avec un hymne américain (ou autre référence culturelle anodine censée ancrer un film dans le quotidien d'une nation) sans que ce soit assimilé au "traumatisme post onze septembre" ni de scène d'émeutes sans que ce soit assimilé aux indignés. ça s'annonce coton pour les réalisateurs.

Et si on voyait plutôt dans la scèe du Superbowl un miroir transposé de la fameuse prison à ciel ouvert, avec ses murs qui s'élèvent et son enfant au milieu, seul relicat d'innocence dans un univers corrompu, mmmhhhh ? Pendant qu'un enfant chante en l'honneur d'une prison qui tait son nom, l'autre abat les murs de celle-ci de la pire façon qui soit : en enfermant ses détenus dans les ténèbres de leur propre gouffre intérieur. Un symbole dans un symbole dans un symbole, ça ne vous rappelle pas un film ? ;)
Sanasoke
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Sanasoke
Super article , très belle plume !
Gilgamesh213
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Gilgamesh213
-SPOIL-

Un peu long comme film, peut être 20 minutes de trop, un souci avec les dialogues qui se veulent sans arrêt être une révélation ou une phrase culte, quelques bizarreries de raccords et de situations un peu surnaturelles dans un monde d'humains mais bon c'est la magie de Gotham.

Par exemple la scène après le braquage où Batman se retrouve encerclé par la police, pris au piège par ceux avec qui il collaborait autrefois et la manière dont il se sort de la situation (un coup de roquette depuis sa moto, un tremplin improvisé et le flic qui s'exclame : "On l'a perdu !") ça m'a quand même fait pensé aux scènes pour enfant de Batman et Robin. Sans parler de la scène où la police se bat contre les bandits dans la rue qui est absurde tant les forces en présence sont inégales et tant la police parvient à leur tenir tête pendant un temps.

C'est bien les références aux 11 septembre, mais c'est aussi l'occasion de nous infliger toute une série de clichés dont on s'était bien passé dans The Dark Knight : l'hymne national chanté par un enfant avec une touche de slowmotion, le superbowl - sport national dont le sol se dérobe sous ses pieds, l'armement lourd considéré comme un jouet quand il est utilisé par des gens "biens", la peur d'un holocauste nucléaire provoqué par des terroristes, Robin qui jette son écusson d'inspecteur de police à la fin comme un signe de rébellion dans un monde de corruption...c'est quand même une succession de clichés avec, en prime, la frustration de croire que le héros va mourir en se sacrifiant, mais non, ça, ça arrive dans la vie mais jamais dans le cinéma grand public.
Mais je comprends bien que la trilogie propose une cohérence rare, qu'on suit de près l'apprentissage, l'apogée et la déchéance du héros, et que les principes du comics sont bien respectés. Mais The Dark Knight reste le plus foudroyant pour moi.
Il n'empêche que tu as écrit la meilleure critique que j'ai pu trouver sur le net et que ça me réconcilie un peu avec ce 3e opus !
Noiraude
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Noiraude
Hmmmm, peut-être, Black. Mais le film a également marqué la fin des réalisations de qualité pour Schumi. Pétage de plombs?
BlackLabel
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BlackLabel
Plaisant à lire dans la forme comme dans le fond, la classe quoi B)

Sinon :

dont le kitsch involontaire


Perso je pense pas que ce soit involontaire, je crois que Schumacher a fait des Batmans pourris exprès, peut-être par mépris pour la licence et parce que c'était des films de commande, il a fait ça sans se faire chier quoi.

Parce que s'il s'était laissé prendre aux jeux, il aurait probablement anticipé Nolan, vu que ses autres films explorent des zones d'ombre (8mm, Falling Down, Tigerland, Phone Game), et que Batman aurait pu s'y prêter s'il avait fait un effort.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Lu et globalement d'accord.

Celim, c'est compliqué, ok ?
Noiraude
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Noiraude
Dans BB, la ligue des ombres cherche à détruire une ville, emblème d'une civilisation décadente, ça ne te rappelle rien?
Noiraude
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Noiraude
rien que l'US Patriot Act, comme le dit très justement PYT...
Noiraude
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Noiraude
va falloir que j'arrête d'écrire mes commentaires sur l'ipad, ça me rend polio...

Édito

Ceci n'est pas un blog.

Ceci n'est pas une pipe.

Ceci est une fenêtre sur un pré où je pais en paix.

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