Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait

 

Il est de bon ton aujourd'hui de juger le passé avec les lunettes du présent. De faire le procès de tel personnage sous couvert d'une idéologie en odeur de sainteté à l'époque où l'on vit. Le risque est nul, le procédé intellectuel est douteux. D'une part, parce que juger le passé en terme d'errements ou d'égarements, voire d'erreurs, c'est prendre le risque d'être jugé à son tour. De là, une question : en quoi l'idéologie que je défends, consciemment ou non, via ma prise de position est-elle juste et bonne ? Contrairement à celle que je dénigre, celle du passé, qui serait odieuse ? 
 
 
La seule chose qui fonde cette légitimité que je m'octroie, c'est moi-même. Il n'y a dans le jugement du passé avec le regard du présent rien d'autre que l'expression de ma subjectivité. Je ne rétablis pas la vérité, j'établis une grille de lecture.
 
L'autre problème qui consiste à juger le passé avec la vision du présent, c'est de faire fi du contexte. Toute idée se formule à un moment donné, via un modèle de société, une dominante intellectuelle. Cette époque pouvait juger comme bonne telle idée, telle idéologie (ou plus que bonne, cette idéologie pouvait être à la mode).
 
C'est pourquoi il convient, encore aujourd'hui, d'être méfiant par rapport à cette relecture permanente du passé, ce procès constat des idées anciennes. D'ailleurs, le plus souvent, en creusant, on peut se rendre compte à quel point la situation est plus complexe. Pourquoi ? Parce que les témoignages de gens d'époques anciennes sont souvent plus pertinents que les juges du futur. Parce que ces gens ont vécu des choses que les avocats zélès ne vivront jamais.
 
J'ai trouvé dans le livre Le Désir d'être inutile, qui est un livre d'entretiens d'Hugo Pratt (dessinateur de Corto Maltese), une superbe illustration de cette méfiance à avoir du procès perpétuel. Une société saine, c'est une société qui accepte son passé, les différentes facettes de ce passé. Tel mouvement fut en vogue, telle idée fut à la mode. La société évolue, se construit via ces évolutions. Connaissons le passé en cherchant à nous débarrasser de nos idéologies actuelles, regardons-le sans jugement, avec le souci de la connaissance. Nous ne pourrons en sortir que meilleurs et plus tolérants.
 
(L'extrait porte sur une accusation de fasciste envers Hugo Pratt)
 
"Cela ne me touche pas, et j'ai d'ailleurs l'impression que les gens qui m'accusent de cette façon ont en fait des problèmes personnels vis-à-vis de ces questions. C'est vrai que je viens d'une famille fasciste, mais je n'en ressens aucune gêne, je ne l'ai jamais caché. Et dans mon enfance, à part quelques milliers de dissidents, tous les Italiens étaient plus ou moins obligés d'adhérer au fascisme - même les syndicats, pour pouvoir exister, devaient s'en réclamer. Alors je ne vais pas avoir honte parce qu'à sept ans avec une chemise noire et un foulard bleu, je défilais place Saint-Marc derrière cent tambours qui jouaient à l'unisson. Je ne pouvais pas alors avoir conscience de la bouffonnerie de la situation. Par la suite, on s'est aperçu qu'on avait été manipulés, que certains d'entre nous étaient morts pour rien. Il y en a, bien sûr, qui ont retourné leur chemise fasciste pour être "partisans" au bon moment, alors que ceux qui se sont battus à fond sont souvent morts, mais sans se renier.
 
Il est facile après coup de donner des leçons, alors que dans les années trente l'impérialisme allait de soi : le colonialisme anglais applaudissait un film comme Les Trois Lanciers du Bengale et l'Empire colonial français était à son apogée, s'autocélébrant en toute bonne conscience. Et pour l'enfant que j'étais, le fascisme était une ouverture sur le monde extérieur, il m'a en particulier aidé à couper le cordon ombilical avec ma mère. Le monde fasciste m'a donné la possibilité de sortir de ma famille, d'avoir des copains, de rencontrer des filles, puisque le fascisme, dans un but démographique, avait décidé de favoriser les relations entre les jeunes des deux sexes. Je suis d'ailleurs moi-même un résultat de ces campagnes natalistes. Non, je ne vais pas aller jusqu'à dire que je dois la vie à Mussolini !"
 
 
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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
Après une erreur d'interprétation, on s'oriente souvent, l'erreur mise sous le nez, vers la calomnie voire la persévérance dans l'erreur d'interprétation : "gens qui savent penser", "littérature d'extrême droite B.C.B.G", "un singe". Bref, un torrent d'injures et une mauvaise interprétation qui dure, je n'ai pas grand-chose à dire. Si l'on sort du débat pour l'insulte, je ne vois plus l'intérêt (de répondre bien entendu).

Sinon, je ne réduis pas Hugo Pratt à une citation, je le cite pour appuyer, un commentaire, une réflexion. Ce qui n'est pas la même chose, je n'ai pas la prétention ici de résumer en un billet Hugo Pratt (aucune phrase n'évoque une telle entreprise d'ailleurs, on me prête cette intention, elle n'est pas lisible dans ce billet).

Je vais éclaircir certains points de ma pensée. Lorsque je dis qu'il ne faut pas juger le passé avec les lunettes du présent, c'est tout d'abord qu'il me semble douteux de penser que les siècles qui passent représentent une marche vers le progrès, le Bien (pas le progrès technique, une sorte de progrès moral, l'homme plus vertueux, une société meilleure, etc.). Plus on effectue de fouilles, de la recherche pour parler plus généralement, et plus on découvre la richesse d'anciens temps. Par exemple, pendant des siècles on était convaincu de la stupidité des Gaulois. Depuis, on a découvert leur force d'invention dans le domaine de l'agriculture, par exemple. De même, la Renaissance, 16ème, a particulièrement appliqué ce procédé. Renaissance voulait bien dire nouvelle naissance, après Antiquité, du génie humain après une période d'obscurantisme (le Moyen-Age). Ces exemples pour montrer qu'il est toujours douteux de juger, de manière absolue (je souligne), le passé avec les yeux du présent. Beaucoup de lettrés du 16ème pensaient à leur supériorité sur le Moyen-Age. Avec la recherche actuelle, on est beaucoup plus nuancé sur la question. Donc, premièrement, ne pas juger le passé avec les yeux du présent = ne pas juger comme une vérité absolue des valeurs anciennes sous prétexte que les valeurs actuelles sont différentes (donc bonnes ? mais pourquoi ?). Ce qui n'exclue pas un jugement de l'Histoire en son nom, un jugement personnel.

Bref, je pense qu'au contraire il faut se permettre de tout lire, tout voir. De juger, personnellement, après lecture, après lecture de la source, pas de l'intermédiaire. Autrement dit, si l'on veut connaître l'antisémitisme de Céline, on lit ses pamphlets, on ne s'arrête pas à un journaliste qui hurle au démon. Pourquoi ? Parce que la source vaut mieux que l'intermédiaire, et parce que justement chercher à lire le passé honnêtement, en comprenant son contexte, son détail, c'est aller vers plus d'honnêteté, et souvent de surprises. Exemple, la citation de Pratt où l'on découvre que le fascisme a eu du bon. Je ne légitime pas le fascisme, je cherche à montrer que le passé est souvent complexe à partir du moment où l'on accepte de l'explorer le plus pleinement, à partir du moment où l'on sort du jugement pour rentrer dans la compréhension.

On peut tirer des leçons du passé, pourquoi pas ? Mais encore faut-il lire le passé au plus près, lire les auteurs des idéologies concernées, s'informer sur le contexte. On verra alors que la réalité est plus subtile que des blocs de Mal et de Bien. Encore une fois, ce qui me gêne c'est de se positionner comme le garant du Bien et de la vérité. Nous sommes le produit d'une époque, et donc d'idées propres à une époque.

D'ailleurs, quand je lis tirer des leçons de l'Histoire, je me pose la question : Qui fait l'Histoire que j'assimile ? Pour l'histoire de France, plutôt Bainville (royaliste) ? ou Michelet (républicain) ? L'Histoire est également imprégnée d'idéologies, raison de plus pour s'abstenir de juger trop vite et lire les auteurs des idéologies concernées.

De même, il est toujours pénible de devoir se justifier, personnellement, sur tel ou tel point. La dernière fois c'était l'antisémitisme, là c'est les camps. Bref, je ne suis pas un néo-nazi, ni un fasciste, ni un pro-camps. Je ne parle pas forcément de relativisme, mais de prudence et de lecture fidèle. Lire dans le texte, ne pas me prendre pour le détenteur du Bien ou de la vérité, accepter de tout lire, de tout entendre.
TigerSuplex
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TigerSuplex
maitrenanar : "[...]selon notre vision du Bien et du Mal, ce qui n'est en fait qu'une question d'époque et de mode) [...]"


La même doctrine que celle prônée par ces Chevaliers d'Or ralliés à la cause du (faux) Grand Pope... J'dis ça, j'dis rien...

Bon weekend avec Spinoza ou Kurumada ! :D
Vithia
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Vithia
@Fersen

Soit, cette définition de l'anachronisme en vaut bien une autre et n'est pas si éloignée de la mienne même si je trouve les exemples peu pertinents. Cela étant se remettre dans le contexte permet de mieux comprendre certains faits historiques, mais ne les justifie en rien. Par rapport à mes valeurs et convictions "modernes" je peux comprendre les "Né en 17 à Leidenstadt" mais je condamnerai toujours ces régimes et ceux qui sous couvert de nuance historique tentent de minimiser les faits ou pire. Les bienfaits du fascisme et autres, c'est l'arbre qui cache la forêt.

Concernant le fascisme italien (et le nazisme), je ne l'ai pas vécu, ma définition est celle des bouquins d'Histoire. Pour moi ce n'était pas le mal absolu mais c'était mal. En grandissant j'ai compris pourquoi c'était mal. Aujourd'hui, je suis suffisamment conscient pour savoir qu'au XXIe siècle il vaut mieux vivre dans une démocratie occidentale (malgré tous leurs défauts) plutôt que dans d'autres pays.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
"Il est évident que ces idéologies sont néfastes mais pourquoi le sont-elle, c'est une autre histoire qui ne semble pas passionner grand monde".

C'est pas ça.
C'est juste "qu'on n'a pas le droit de les juger néfastes parce qu'il faut les replacer dans leur contexte et ne pas condamner avec nos valeurs actuelles sinon on commet un crime majeur".
Si d'un côté, tu interdis d'envisager l'Histoire avec du recul, tu ne peux pas, d'un autre côté, déplorer qu'on ne le fasse pas.
Fersen
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Fersen
@ Vithia

ANACHRONISME, subst. masc.
Action de placer un fait, un usage, un personnage, etc. dans une époque autre que l'époque à laquelle ils appartiennent ou conviennent réellement; fait, usage, personnage ainsi placé.
Ex : L'auteur qui veut composer un tel ouvrage doit se transporter en entier dans le siècle et dans les mœurs des personnages qu'il représente, et l'on auroit raison de critiquer plus sévèrement un anachronisme dans les sentiments et dans les pensées que dans les dates. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 2
Donc, appliquer des notions récentes à des évènements passé (comme traiter Louis IX d'antisémite) constitue un anachronisme. Autre exemple, peut-on traiter Jules Ferry de raciste ? Oui, à l'évidence. Mais est-ce la notion de racisme tel qu'on l'entend en 2013 est la même que celle de 1885 ?

Et puisqu'on en est aux définitions, à l'heure actuel, un fasciste est une personne qui soutient avec un peu trop de conviction des idées contraires aux idées dominantes. Il est employé comme insulte politique vis à vis de toute personne un peu éloigné du centre gauche et n'a plus aucun lien avec ce qu'a vraiment été le fascisme, à savoir, une idéologie prônant : le refus du libéralisme, le mépris de l'individu, l'omnipotence de l'Etat et la négation des antagonismes sociaux. Leur devise : "tout dans l'Etat, rien en dehors de l'Etat, rien contre l'Etat".
Pour que le fascisme reste nocif, il faut d'abord avoir conscience de ce qu'il était réellement et non ce qu'on s'imagine qu'il fut.
J'ai envie de rajouté : il en va de même pour le nazisme dont, à notre époque, plus personne ne sais ce que c'est (en dehors de dire "c'est le mal absolu"). Il est évident que ces idéologies sont néfastes mais pourquoi le sont-elle, c'est une autre histoire qui ne semble pas passionner grand monde.
fremen73
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fremen73
il me semble que Nanard oppose l'ethnocentrisme au relativisme : c'est un peu la dilemme de toute l'ethnologie. Comment se garder de l'un sans "sombrer" dans la stérilité intellectuelle de l'autre?
C'était un peu perdu d'avance de vouloir répondre à cette question en quelques lignes alors que les anthropologues (Levi Strauss au hasard) en discutent (sans pouvoir véritablement trancher) depuis des décennies!
Aussi je poserais à Nanard juste une ptite question : le relativisme dont tu te réclames, dans quel mesure n'est-il pas une manifestation de ton propre ethnocentrisme (dans la mesure où tu es le produit de la société qui t'as vu naître)?
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
GG, Vithia.

Le top, c'est :

"Ensuite, sur le post lui-même, bien plus qu'une légitimation du fascisme,"
L'auteur s'en défend pourtant. :)

:worship:
Vithia
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Vithia
@Fersen

Je n'ai pas eu l'impression d'avoir affaire à un éloge du fascisme.

Moi non plus en première lecture mais je n'ai pas le sens critique de certains.

D'abord, le fascisme, c'est surfait. Ce terme est, de nos jours, tellement employé à tort et à travers qu'on en a oublié son sens premier et la réalité historique qu'il recouvre (d'ailleurs, le fascisme, est-il vraiment d'extrême droite ?).

Le terme est peut-être galvaudé de nos jours mais ça n'enlève en rien la nocivité des idées.

Ensuite, sur le post lui-même, bien plus qu'une légitimation du fascisme,

L'auteur s'en défend pourtant. :)

il s'agit surtout d'une mise en garde contre le crime majeur en histoire : l'anachronisme. Juger les actes du passé avec des conceptions modernes, c'est finalement s'interdire de penser ces actes dans la réalité de leur époque, dans leur contexte.

Nous ne devons pas avoir la même définition de l'anachronisme.

Par exemple, peut-on dire de Saint Louis qu'il était antisémite ou que Napoleon Bonaparte était un dictateur alors que ces 2 notions sont relativement récentes ? Le texte de Pratt ne sert qu'à illustrer ce fait.

Parce que ces notions sont récentes cela veut dire que cela n'existait pas avant ? Concernant Pratt je note sa dernière phrase : Non, je ne vais pas aller jusqu'à dire que je dois la vie à Mussolini ! Ça met en perspective tout ce qu'il a dit avant.

@Liehd
Je te hais (en toute amitié), je n'ai pas le temps de rédiger un commentaire que tu as déjà posté 2 pavés -_-

@Celim
L'histoire de Pratt nous apprend qu'il a fait des choix qui aujourd'hui sont tout à son honneur : déserter l'armée allemance, rejoindre les Alliés. Des choix peut-être opportunistes mais qui étaient à l'époque à contre courant. Ce qui paradoxalement dessert l'argumentation de l'auteur.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Ha oui, je relève dans la réponse de MN, quand même, le savoureux : "(...) selon notre vision du Bien et du Mal, ce qui n'est en fait qu'une question d'époque et de mode".

C'est sûûûûûûûr.
Au risque de paraître un peu vieux jeu, on peut avoir votre opinion sur les camps de concentration, juste pour savoir ?
Là aussi, le regard qu'on va porter dessus, ce ne sera qu'une question de mode ou d'époque ?
"Ouais, OK, des milliers de morts, c'est pas cool, et c'est vrai que s'en servir pour faire des meubles ou du savon, c'est pas non plus de très bon goût, mais faut replacer dans le contexte, quoi !" O_______O
Ou tiens, l'Inquisition, la Prima Nocte, la chasse aux sorcières ou aux communistes...

En fait, ce n'est ni "bien", ni "mal", c'est juste une question d'interprétation, c'est ça ?
Ha, décidément, vous êtes gonflé, ça, je vous l'accorde. Mais c'est pas forcément à votre avantage.

Si vous voulez contextualiser, alors vous devez entendre TOUTES les voix, ou pas seulement celles qui vous agréent (comme Pratt ici), sans quoi vous faites exactement ce que vous dénoncez. Même si je ne suis pas un expert, pas sûr que tout le monde garde un souvenir aussi positif du fascisme non plus, y compris du côté de ceux qui l'ont vécu.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
"Juger les actes du passé avec des conceptions modernes, c'est finalement s'interdire de penser ces actes dans la réalité de leur époque, dans leur contexte".

En quoi ? On peut très bien faire les deux, que je sache. On peut envisager les choses "en contexte" et "hors contexte", rien ne nous oblige à n'opter que pour un seul bout de lorgnette, il me semble.
C'est bien beau, de balancer des grandes vérités terminologiques, mais encore faudrait-il qu'elles en soient.
Tu parles d'un "crime majeur"...


"Par exemple, peut-on dire de Saint Louis qu'il était antisémite ou que Napoleon Bonaparte était un dictateur alors que ces 2 notions sont relativement récentes ?"

....
« Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons rose, Par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon. » (William Shakespeare).
Ne pas confondre les noms/concepts et les réalités auxquelles elles renvoient, c'est un B-A BA.
Une carte n'est pas le territoire, dit-on.


Quant à donner plus de poids à la parole d'UN individu, à UN moment donné de son existence, dans UN contexte particulier pour légitimer un principe énoncé comme une vérité absolue, tout en fustigeant ceux qui font la même chose mais quelques années plus tard, effectivement, ce n'est pas un éloge du fascisme, mais de la malhonnêteté intellectuelle. Pour quelqu'un qui dénonce l'expression de la subjectivité au moment d'appréhender les faits historiques, c'est carrément gonflé.
Fersen
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Fersen
Je n'ai pas eu l'impression d'avoir affaire à un éloge du fascisme.
D'abord, le fascisme, c'est surfait. Ce terme est, de nos jours, tellement employé à tort et à travers qu'on en a oublié son sens premier et la réalité historique qu'il recouvre (d'ailleurs, le fascisme, est-il vraiment d'extrême droite ?).
Ensuite, sur le post lui-même, bien plus qu'une légitimation du fascisme, il s'agit surtout d'une mise en garde contre le crime majeur en histoire : l'anachronisme. Juger les actes du passé avec des conceptions modernes, c'est finalement s'interdire de penser ces actes dans la réalité de leur époque, dans leur contexte. Par exemple, peut-on dire de Saint Louis qu'il était antisémite ou que Napoleon Bonaparte était un dictateur alors que ces 2 notions sont relativement récentes ? Le texte de Pratt ne sert qu'à illustrer ce fait.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Hugo Pratt est un immense auteur, et le réduire à une seule citation, dont le choix est ouvertement orienté, et qui n'éclaire en rien le fond de son travail artistique, me paraît au mieux maladroit, au pire malhonnête.

Mais pas autant, j'en ai bien peur, que votre propre texte ici, dont le contenu est moralement hallucinant (au sens le plus fort du terme).

A vous lire, on ne doit pas chercher à apprendre de l'Histoire. On doit consommer celle-ci passivement, la regarder se dérouler devant nos yeux par livres interposés, mais en s'interdisant de penser, d'analyser, de dépasser le seuil du simple constat mécanique. On ne doit pas s'appliquer à établir des parallèles, des croisements, des recoupements, à exploiter la richesse de cette matière première pour lui donner de l'impact aujourd'hui, demain, plus tard... On ne doit pas employer cet outil formidable (plus qu'un outil, une chance !) qu'est le recul, la mise à distance temporelle, pour débarrasser la réalité d'hier de ses oripeaux subjectifs (autant que faire se peut), s'extirper du decorum, pour essayer de dégager l'essence des choses, la raison profonde des évènements et, au-delà, pointer du doigt les erreurs, les errements, et éventuellement : éviter de les reproduire. C'est vrai, hein.
A quoi bon ?
N'est-il pas plus sage de se contenter d'un "oui bof, ça s'est passé comme ça mais bon, c'est passé, alors voilà quoi" ?
Plus humble, vraiment ?
Ou simplement plus lâche ?
Votre justification : si on commence à porter un regard critique sur les idéologies d'hier, alors on devra aussi porter un regard critique sur celles d'aujourd'hui.
O________O
BEN ÉVIDEMMENT QUE OUI, ON LE DOIT !
Donc il ne faut pas analyser l'hier, quitte à le critiquer, pour ne pas être critiqué soi-même aujourd'hui ?
Comme ça, même si on a tort, l'HIstoire nous absoudra malgré tout ?
Bon sang, on est supposés être des Homo Sapiens, pas des Homo Fêtus du Slipus !
C'est ce que vous voulez être ? Quelqu'un qui, même s'il se trompe, ne sera pas jugé ?
Les erreurs d'hier, vous voulez juste en faire une excuse pour celles que vous commettrez, éventuellement ?
C'est à cela que vous les réduisez : à un caution personnelle ? Une immunité ?
Est-ce du cynisme à son point culminant, ou de l'aveuglement ?

Alors certes, porter un regard critique sur nos idéologies présentes sera plus délicat, parce qu'on n'aura pas, justement, le recul pour nous y aider, mais ça ne rend pas les choses plus impossibles pour autant. Ni plus inappropriées.

Et vous, vous voudriez que l'on s'en garde ?

A cela j'oppose : je juge, et non seulement j'accepte d'être jugé en retour, mais j'exige de l'être. Si j'ai tort, si j'emprunte la mauvaise voie, je veux être condamné pour ça. Je ne veux pas qu'on me trouve des excuses, je ne veux pas qu'on me plaigne, je ne veux pas qu'on m'absolve juste pour ne pas que ce "on" ne soit pas jugé en retour. Parce que je suis responsable de mes actes, de mes pensées, de mes choix, et que par conséquent, je suis responsable de mes erreurs, j'en suis conscient. Et je trouve ça juste. Et parce que je trouve ça juste, je ne veux pas qu'on fasse une exception pour moi. Pour éviter que le jugement me soit défavorable, j'emploie tout ce que j'ai d'esprit critique pour éviter de prendre les mauvaises voies, tout en étant pleinement conscient que je ne suis pas à l'abri de commettre mes propres erreurs en la matière, tout comme je sais que mes jugements ne sont pas infaillibles. Je n'ai aucune certitude (c'est pour les faibles) et c'est ce qui, justement, m'encourage à questionner l'Histoire et à chercher à en dégager la substantifique moelle, au lieu de la consommer comme un vulgaire roman de gare. Je m'applique à la comprendre, mais ça ne me dispense pas de juger : expliquer n'est pas excuser. Si je juge, cependant, ce n'est pas, comme vous semblez le suggérer, pour me donner l'impression d'être juste, mais pour essayer, au contraire, de le devenir, en évitant les écueils passés.
Mais je me doute bien que vous allez encore me sortir un lièvre blanc de votre chapeau pour me montrer combien je me méprends : c'est encore à ce genre de funambulismes que vous êtes le meilleur.

Le plus triste, encore, c'est qu'en incipit, vous affirmez qu'il est "inutile de juger le passé avec les lunettes du présent", pour ensuite proposer une citation de Pratt dans laquelle celui-ci fait tout le contraire de ce que vous préconisez : ne vous déplaise, il y juge le passé à l'aune de son "présent" personnel.
Mais sans doute que ce qui vous dérange, c'est moins le fait de juger que le fait de condamner.
Vérifiez pourtant : les deux ne sont pas synonymes.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Oh, vous êtes mignon.
Bien, j'ai tendance à tenir le discours inverse et à encourager chacun à penser, mais, là, au vu de ce que vous appelez "analyse" et "pensée", justement, je ne saurais trop vous conseiller de laisser les gens qui savent penser le faire pour vous. Ils mettront en avant les mêmes idées - "Maréchal, nous voilà !" - mais le feront sans nul doute de manière plus intelligente et élégante.
Ainsi, quitte à lire de la littérature d'extrême droite B.C.B.G., je pourrais en lire qui connaîtra ce que penser veut dire.

Non, parce que, sincèrement, laisser un clavier à un singe, c'est une très mauvaise idée.

Celim.
maitrenanar
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maitrenanar
Commentaire à charge, commentaire un soupçon haineux. Pourquoi ?

Je ne cherche pas à faire dire "le fascisme, c'est pas si mal", ceci est une interprétation (erronée) de votre part. Mon texte n'est pas vide de sens, il analyse et critique une situation. Je cherche à démontrer simplement que l'on juge le passé avec les lunettes du présent (selon notre vision du Bien et du Mal, ce qui n'est en fait qu'une question d'époque et de mode) et que l'on oublie de resituer les choses dans leur contexte et parfois dans leur globalité (oui le fascisme a été bénéfique comme l'explique Pratt,un vrai levier pour l'éducation sexuelle des jeunes face à une Eglise austère). Pratt illustre, avec le fascisme, ce que je démontre. C'est comme juger Tintin au Congo en hurlant au racisme, en demandant de supprimer cette oeuvre. On ne juge pas le passé pour tout le monde, on peut le juger pour soi, selon ses convictions. Mais, je reste convaincu, qu'il faut accepter les facettes du passé, les lire, les commenter mais certainement pas les confisquer.

Bref, comme vous le voyez je ne dis pas "rien" ou des "évidences imbéciles", il ne s'agit pas d'un "babil" mais d'une réflexion suivie d'une illustration. Libre à vous de juger ces idées nauséabondes, mais il faudrait encore les comprendre, en tous les cas comprendre mes intentions, ma réflexion, et ne pas prendre de haut ce que l'on a du mal à saisir.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Ce que je trouve extrêmement intéressant dans la manière dont vous présentez les choses, c'est que vous vous arrangez pour ne rien dire. Car, après tout, le tissu d'évidences imbéciles - et que je juge douteux - étalé en début d'article est vide. Ce que Barthes appellerait, s'il était vivant, du babil. Insupportable, évidemment.
Et après n'avoir rien dit, vous sortez de votre chapeau une citation, sous prétexte qu'elle parle d'elle-même.
Or, je ne vous apprendrais rien en vous renvoyant à U. Eco et son Lector in Fabula, qui montre à quel point le lecteur est investi dans la lecture.
De sorte que la citation peut servir à étayer toutes sortes de propos. Or, s'il est clair que vous citez ici Pratt pour lui faire dire "Ben, finalement, le fascisme, c'est pas si mal", vous auriez pu lui faire dire bien des choses. Par exemple : "Lorsque la société vous impose quelque chose, vous suivez. Et quand vous vous apercevez que c'est pas forcément une chose normale, soit vous continuez, soit vous cessez, mais tout est affaire de choix personnel." Notons, d'ailleurs, que Pratt prend soin de ne pas dire quel fut son choix dans cet extrait.

Je trouve en vous un pervers, un manipulateur aux idées nauséabondes. Je vous trouve malhonnête et bassement vil. Mais bon, chacun les convictions qu'il peut. Étant entendu que, de ce point de vue, j'aurai toujours raison, vous aurez toujours tort.

Celim.

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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