Environ 280 cercles de pierre gigantesques ont été repérés par imagerie satellite dans le désert d'Atbai, cette portion du Sahara oriental qui s'étend entre l'Égypte et le Soudan. Certains de ces monuments remontent à 7 000 ans. Les chercheurs qui les ont étudiés écartent l'hypothèse de simples enclos à bétail : il s'agirait de sépultures monumentales.

Les structures s'étirent sur plus de 960 kilomètres de désert. Les plus imposantes dépassent 82 mètres de diamètre, tandis que les plus modestes n'atteignent qu'environ 5 mètres. Ces tombes auraient été réservées aux membres les plus importants de communautés nomades d'éleveurs installées dans la région bien avant l'Égypte des pharaons.

L'étude, publiée dans la revue African Archaeological Review et rapportée par National Geographic, a pour auteur principal Julien Cooper, égyptologue et nubiologue à l'université Macquarie de Sydney. Selon lui, la découverte comble un vide sur la carte archéologique de l'Afrique du Nord-Est préhistorique.

Il y voit surtout la preuve d'une capacité d'organisation sociale inattendue chez ces populations : « Cela témoigne réellement d'un niveau d'organisation sociale et d'une mise en commun des ressources qui ne sont parfois pas considérés comme caractéristiques des anciennes cultures pastorales du désert vivant loin des fleuves fertiles », déclare-t-il.

Le site de Wadi Khashab, point de départ de l'enquête

Tout est parti d'un cercle de pierre d'environ 18 mètres de diamètre, situé dans la partie égyptienne du désert et fouillé en 2010 par une mission archéologique polonaise. Baptisé Wadi Khashab, le site abritait un adulte enterré au centre de la structure, rejoint plusieurs siècles plus tard par un enfant inhumé à proximité.

Des restes de moutons domestiques et de bovins ont été retrouvés autour de la tombe. Les datations au carbone situent la construction vers 5 000 avant J.-C., avec une réutilisation du site jusque vers 2 000 avant J.-C.

Face à l'immensité de la région et à la difficulté d'y mener des fouilles au sol, l'équipe de Julien Cooper a scruté des images satellites à la recherche de structures comparables. Résultat : 280 cercles recensés, dont la majorité n'avait jamais été répertoriée. Leur répartition n'a rien d'aléatoire, beaucoup se concentrant autour d'anciens points d'eau temporaires. Dans le seul bassin supérieur du Wadi Gabgaba, 112 structures ont ainsi été identifiées.

Bâtir l'un des plus grands monuments aurait demandé plus de 160 journées de travail de huit heures à une personne seule, contre trois jours seulement pour une équipe de cinquante personnes, selon les calculs des chercheurs. De quoi imaginer une mobilisation collective rapide, sans doute organisée lors d'événements funéraires.

L'archéologie de la région a longtemps délaissé le désert au profit des rives du Nil. Maria Carmela Gatto, nubiologue à l'Académie polonaise des sciences et coauteure de l'étude, le reconnaît : depuis les débuts de l'égyptologie et de la nubiologie, la plupart des recherches se sont concentrées le long du fleuve.

Les textes égyptiens anciens désignaient ces populations nomades sous le nom de Medjay. Le désert conserve par ailleurs des gravures rupestres représentant bovins, chèvres, chiens et girafes, ainsi qu'une paroi récemment découverte montrant une flotte de bateaux, autant d'indices de contacts anciens entre pasteurs du désert et habitants de la vallée du Nil.

Stefano Costanzo, géoarchéologue à l'université de Milan et spécialiste du désert oriental égyptien, n'a pas participé à l'étude mais juge les résultats « remarquables ». Il retient surtout l'incroyable densité des monuments funéraires dans le paysage désertique.