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Kotaku, qui a relayé hier le témoignage posté sur Twitter par Iain Garner et fait des révélations sur les sommes demandées par Sony pour mettre en avant un jeu sur le PlayStation Store, vient de remettre ça. Au cours des dernières 24 heures, le site américain a en effet recueilli de nombreux témoignages de développeurs indépendants, pour la plupart faits sous condition d'anonymat, pour le moins agacés par la manière que Sony a de les traiter. La première déclaration relayée par Kotaku donne immédiatement le ton :

Il y a Nintendo qui te soutient. Il y a aussi Microsoft qui te soutient. Puis il y a Sony qui soutient sa machine à AAA et qui n'en à rien à foutre des autres.

Selon un autre témoignage, cette fois venu d'un éditeur, Sony a conscience du problème :

Aucune plate-forme n'est "géniale," mais celle de Sony est particulièrement horrible. Et ils le savent, ils ont un problème depuis longtemps. Ils disent eux-mêmes qu'ils ont un problème mais ils n'ont jamais rien réparé donc le problème persiste.

Outre le problème d'ampleur des coûts associés à la mise en avant sur le PlayStation Store dont nous vous parlions hier, les développeurs se plaignent surtout du fait que sans payer Sony, leur jeu est totalement perdu sur le PlayStation Store. Même s'il est également possible de payer Microsoft et Nintendo pour être mis en avant, les développeurs et éditeurs disposent aussi de moyens gratuits pour voir leurs jeux mis en avant. C'est en tout cas ce qu'expliquent plusieurs éditeurs de jeux indépendants à propos de la situation sur Xbox et Switch. Un exemple à propos de la situation sur consoles Xbox :

Pas une semaine ne passe sans que des gens nous disent "j'ai vu votre jeu sur le tableau de bord Xbox aujourd'hui ! L'interface utilisateur de la Xbox a l'air bordélique. Mais en réalité, il est plutôt intéressant qu'elle dispose de tant d'endroits et d'espaces pour mettre en avant des jeux.

Ventes quasi inexistantes

Une conséquence de ce manque de visibilité sur consoles PlayStation, conséquence qui rend la situation encore plus compliquée pour les petits développeurs et éditeurs, est que les ventes de jeu sur les consoles de Sony sont extrêmement faibles. À ce sujet, certains créateurs ont accepté de témoigner en dévoilant leur nom.

Matthew Wright de WhiteThorn Games affirme que les ventes de ses jeux sont réparties ainsi : 60% sur Switch, 30% sur Xbox, 7% sur Steam et 3% seulement sur PlayStation. De son côté, Christian Botea du studio/éditeur indépendant Those Awesome Guys explique que ses ventes se découpent ainsi : 91,5% sur Steam, 7,6% sur Switch, 0,6% sur Xbox et 0,3% sur PlayStation.

Un autre éditeur, qui a quant à lui souhaité rester anonyme, a communiqué les chiffres de ventes d'un de ses jeux, un petit jeu indépendant dont il a donné le titre à Kotaku mais qu'il a demandé à ce dernier de ne pas révéler : 20.000 exemplaires sur Xbox contre 7.000 sur PlayStation. Il a également révélé les chiffres de ventes du DLC de ce même jeu. Et là, le décalage est encore plus saisissant. Sur Xbox, 2.000 exemplaires du contenu additionnel ont trouvé preneur tandis que :

Chez Sony, et ce n'est pas une putain de blague, 7 (exemplaires ont été vendus) à ce jour.

Selon Kotaku, pour nombre de développeurs et éditeurs interrogés par ses soins, une grande partie du problème réside dans la difficulté de trouver sur le PlayStation Store des jeux qui n'ont pas été mis en avant. Et il le relaie le témoignage de l'un d'entre eux à ce sujet :

Si votre boutique ne dispose pas d'un emplacement où les joueurs ne peuvent pas trouver des jeux nouveaux ou intéressants, et que vous devez littéralement utiliser la fonction de recherche pour trouver un jeu, alors pourquoi les gens leurs donnent-ils 30%.

Les 30% évoqués ici correspondent au pourcentage du prix de vente d'un jeu que Sony récupère lorsque la vente se fait via le PlayStation Store. Pour ce qui est de la référence à l'outil de recherche, plusieurs développeurs ont expliqué que dans une grande partie des cas, il est impossible de trouver un "petit" jeu sur le PlayStation Store quand vous ne rentrez pas directement son titre dans le moteur de recherche.

For the AAA

Et histoire d'allonger encore plus la liste de doléances des indépendants, développeurs et éditeurs se plaignent également de la difficulté pour mettre en place des promotions sur le PlayStation Store. Comme l'explique l'un d'entre eux, il n'est possible d'intégrer la rubrique Promotions de la boutique virtuelle de Sony que si le constructeur japonais vous y invite :

C'est ce qu'il y a de pire. De nos jours, il n'est possible de rentrer dans Promotions que si vous y êtes invités. Il n'est plus possible de régler des réductions customisées, ou des soldes liées à un éditeur/développeur spécifique. Et ces invitations sont... putain de dingues. En général, ils proposent quelque chose comme une commission de l'ordre de 40-50% (pour permettre de rejoindre l'onglet Promotions) par défaut et vous devez faire une contre-proposition. C'est alors que vous vous dites "merde, il faut que je leur propose 30% ou ils vont m'exclure." Si vous disposez d'autant de temps de promotions sur d'autres plates-formes et que vous essayez de proposer une politique tarifaire stable... seigneur dieu, cela ruine tout simplement la stratégie et c'est frustrant.

Lorsque Kotaku demande à toutes ces personnalités ce que Microsoft et Nintendo font mieux sur Sony, la réponse est apparemment unanime. Selon eux, la communication est bien meilleure avec les firmes de Redmond et Kyoto. Du côté de Microsoft, il expliquent que les réponses aux questions et problèmes arrivent plus vite, que le géant américain ne réclame jamais d'argent, et que le Xbox Game Pass est une solution financièrement intéressante.

Du côté de Nintendo, même si la maison de Mario refuse aux développeurs de déployer des patchs de plus de 200 Mo sans autorisation spéciale, la situation est là aussi bien plus confortable que sur consoles PlayStation pour les développeurs et éditeurs comme l'explique un éditeur indépendant :

Étonnamment, après des années et des années, Nintendo a fini par écouter et procure désormais parmi les meilleurs outils permettant aux développeurs de contrôler leurs jeux. Nous pouvons réduire le prix de nos jeux quand nous le souhaitons et peu importe le niveau de réduction, tout est sous notre contrôle. Steam est la seule autre plate-forme qui permet ça.

Selon lui, il existe sur Switch plusieurs solutions pour mettre ses jeux en avant sans débourser le moindre centime :

"Nouvelles sorties, bonnes affaires" et toutes les listes de ce genre existent et ils (Nintendo) placent également les nouvelles sorties et les baisses de prix conséquentes dans l'onglet "à découvrir." Je ne dis pas que c'est incroyable mais il existe au moins des méthodes de découverte. Et en fin de compte, nous vendons de bonnes quantités de jeux sur Switch car les gens peuvent trouver nos jeux... Maintenant essayez d'aller sur le PlayStation Store et de trouver un jeu spécifique.

Sony, qui met depuis plusieurs années en avant son rapport avec les développeurs indépendants dans son marketing, se serait certainement passé d'une telle publicité. À l'heure où sont écrites ces lignes, la firme dirigée par Jim Ryan n'a pas encore répondu à ces témoignages.

Toutes ces déclarations vous surprennent-elles ? Vous doutiez-vous que la situation était si compliquée sur consoles PlayStation pour les structures plus modestes ? Pensez-vous que Sony va réagir ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires ci-dessous.