En 2023, soit trois ans après la sortie d’un Cyberpunk 2077 qui avait depuis largement redoré son blason, sortait sur Netflix Cyberpunk Edgerunners. Cette série d’animation du studio japonais TRIGGER, en partenariat avec CD Projekt RED, avait donné une magistrale leçon sur la manière d’adapter un jeu en série d’animation. Son énorme succès a forcément encouragé la production d’une seconde saison qui a toutefois fait le choix risqué, mais en l’occurrence logique, de raconter une toute nouvelle histoire avec d’autres personnages. Une production vraiment nova ? On vous donne notre avis après avoir vu en avant-première ce qui, à notre sens, se place sans conteste comme l’une des meilleures œuvres d’adaptation vidéoludiques de l’année, les chooms.
Cyberpunk Edgerunners 2 sort ce 20 octobre 2026 sur Netflix dans son intégralité comptant 10 épisodes d’une trentaine de minutes chacun. Bien qu’il s’agisse de la seconde saison de la série, elle adopte donc un format anthologique, avec une intrigue inédite et de nouveaux personnages. Si elle a forcément des liens avec la précédente et surtout Cyberpunk 2077, le jeu dont elle est adaptée, il n’est pas obligatoire d’avoir connaissance des autres œuvres de la licence pour apprécier celle-ci. Cela permet à la fois aux fans d’avoir quelques références en plus, et aux néophytes de profiter de cette histoire de façon indépendante. Bon retour ou première escale à Night City avec quelques detes de notre part avant sa sortie !
Cyberpunk Edgerunners 2, une saison anthologique à plus d’un titre ?
Compte tenu des événements de la précédente saison, et malgré l’énorme popularité de ses personnages, CD Projekt RED et Studio TRIGGER ont fait le choix à la fois risqué et logique de partir sur de nouvelles bases avec Cyberpunk Edgerunners 2. C’est donc un tout nouveau casting de protagonistes que l’on va accompagner dans une histoire totalement inédite, mais qui partage tout de même bien quelques liens avec les autres œuvres de la licence.
Adieu en effet David, Lucy, Rebecca et les autres, entre en scène un quatuor haut en couleurs. Kingsley, un ancien Edgerunners de légende, mais qui a perdu tous ses implants suite à un gig qui a tourné au désastre ; Roman, un caméraman en herbe de 12 ans féru de films « à l’ancienne », totalement has-been avec l’énorme popularité de la Danse Sensorielle ; Talia, une jeune femme addict aux implants, qui traîne avec le gang des Maelstrom pour avoir sa dose régulière; et D, un netrunner du clan Nomade Snake Nation décimé, dont le massacre le hante et qu’il cherche désespérément à venger.

Le destin de ces quatre protagonistes principaux de Cyberpunk Edgerunners 2 va s’entremêler un peu par le hasard de la vie, et créer malgré les circonstances des liens forts. Comme dans la première saison, on s’attache rapidement à ces personnages particulièrement bien écrits et profonds. Malgré des motivations qui parfois s’opposent radicalement, les interactions entre eux sont toujours pertinentes, touchantes et illustrent bien la complexité de l’être humain, même dans un monde écrasé par la technologie et le contrôle étouffant des mégacorporations.
On aurait même tendance à dire que ce casting de Cyberpunk Edgerunners 2 fait sur ce point au moins une chose mieux que la précédente saison. Celle-ci était en effet majoritairement centrée sur la dynamique de la relation entre David et Lucy et laissait assez peu de place aux autres. Ici, Kingsley, Roman, Talia et D ont un temps d’écran bien mieux équilibré, tout en permettant à d’autres personnages secondaires de briller quand c’est nécessaire.
Sans divulgâcher les éléments les plus poignants et marquants de l’intrigue globalement excellente de Cyberpunk Edgerunners 2, on peut toutefois pinailler sur un final qui fait pas mal redite par rapport à celui de la saison précédente, mais qui à notre sens n’a pas eu le même impact émotionnel. On a toutefois apprécié la référence évidente au monument de l’animation japonaise cyberpunk Akira, et vous nous en direz probablement des nouvelles. Les créateurs de ce second volet nous avaient promis quelque chose d’encore plus traumatisant et déchirant, mais force est de constater que tel n’a pas été mon ressenti, malgré une ultime scène douce-amère comme l’univers Cyberpunk 2077 sait le faire et qui a clairement eu son petit effet.

Cela n’enlève toutefois rien au fait que cette nouvelle saison brille par une écriture fine, avec des protagonistes attachants et plaisants à suivre. Mention spéciale à ce propos à des doublages de solide facture qui leur donnent encore plus de personnalité, tant en japonais (la VO) qu’en français ou encore en anglais, ma préférence personnelle pour plus d’immersion, Night City étant par définition une ville américaine. C’est également dans cette langue qu’on peut mieux apprécier le proverbial « parler » cyberpunk, avec sa diction si particulière et son propre argot comme « chooms » ou « gonk » (paumard en français)
Une œuvre dystopique marquante aux thématiques dans l’air du temps
Série cyberpunk oblige, Edgerunners 2 traite de thématiques matures, et permet aux scénaristes d’offrir de façon assez habile leur vision de sujets d’actualité pertinents dans un futur dystopique, mais qui font également réfléchir quant à notre propre présent. Cette seconde saison pose en effet des questions fort à propos sur la nature humaine dans un monde cybernétisé, les dangers d’une intelligence artificielle débridée (un thème on ne peut plus dans l’air du temps) ou encore la fascination morbide des masses pour la violence face à l’oppression. Heureusement, la série aborde aussi des sujets plus légers et intimes, comme les sentiments et l’appartenance à une famille, de sang comme de conviction.

Comme la précédente saison, Cyberpunk Edgerunners 2 offre ainsi une œuvre complète, qui en plus de nous faire voir l’évolution de ses protagonistes, nous interroge sur des sujets qui nous touchent dans notre quotidien. Cela a le bénéfice d’accentuer encore notre empathie envers ces protagonistes pourtant fictifs, d’une toute autre culture et 50 ans dans un futur imaginaire, mais pourtant terriblement crédible, voire même plausible.
Cyberpunk Edgerunners 2 est donc un nouveau spin-off réussi de Cyberpunk 2077, qui étoffe intelligemment un lore déjà riche. On a d’ailleurs beaucoup apprécié les liens plutôt habiles et cohérents (que nous allons vous laisser découvrir) que cette nouvelle saison tisse tant avec l’histoire de V dans le jeu principal que les événements en lien avec David et Lucy. Cela offre une œuvre bien intégrée dans son propre univers. Mais c’est aussi un nouvel exemple brillant d’une adaptation vidéoludique qui dépasse le carcan de sa propre inspiration pour raconter une histoire dans laquelle nous pouvons nous identifier et que nous pouvons apprécier à sa juste valeur, de façon indépendante.
Studio TRIGGER au sommet de son (street) art
Outre son histoire prenante, ses personnages marquants et ses thématiques fortes, on attendait aussi Cyberpunk Edgerunners 2 au tournant sur le plan de l’animation. Comme pour la précédente, c’est à nouveau le studio japonais TRIGGER qui s’est collé à l’exercice, et dans le même élan nous a collé une belle claque artistique. Qu’il s’agisse de moments contemplatifs ou de scènes d’action, cette nouvelle saison montre tout le talent de ses artistes, tout en intégrant habilement les décors immédiatement reconnaissables directement tirés du jeu Cyberpunk 2077.

Dans certains passages, on aurait même tendance à dire que la direction artistique et la mise en scène de Cyberpunk Edgerunners 2 surpassent complètement la première saison, pour notre plus grand plaisir. Mention spéciale aux instances de netrunning/hacking avec D. Ceux-ci offrent en effet un contraste fou avec l’ambiance à la fois vibrante et crasse de Night City, pour au contraire quelque chose de pur et déshumanisé, ou au contraire psychédélique et étourdissant à d’autres moments, pour des raisons qu’on va vous laisser le plaisir de découvrir.
On peut éventuellement avoir à redire à certains moments en relevant des traits un peu grossiers pour représenter les personnages de loin, ou le character design global de la série Cyberpunk Edgerunners qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Mais cela souligne le fait qu’il s’agit d’une œuvre intégralement humaine, dans ses qualités, ses défauts et la manière propre aux artistes de Studio TRIGGER d’offrir leur vision de Night City. Et dans le contexte qui est le nôtre, c’est une chose qu’il faut chérir et protéger.

Ça vaut quoi Cyberpunk Edgerunners 2 ?
Dans son ensemble, Cyberpunk Edgerunners 2 répond à tout ce qu’on attend d’une seconde saison d’une œuvre d’anthologie, avec une histoire prenante de bout en bout et bien écrite. À notre sens, elle dépasse même la pourtant déjà excellente première saison en offrant plus de place à tous ses personnages, une animation d’une qualité et d’une expréssivité folle et des thématiques fortes qui interrogent sur notre propre société. CD Projekt RED, Studio TRIGGER et Netflix nous offrent ainsi ce qui se présente clairement comme l’une des meilleures adaptations vidéoludiques de l’année, malgré un final moins percutant émotionnellement que la première saison à notre goût.