L’annonce de l’abandon du marché physique par PlayStation aura peut-être fait l’effet d’un véritable séisme sur l’industrie, mais on ne peut pas vraiment dire non plus qu’il s’agisse d’une grosse surprise. Après tout, cela fait déjà plusieurs années maintenant que la question de l’avenir du physique face au numérique se pose auprès des joueurs, qui sont de plus en plus nombreux à se tourner vers la seconde option. Et à ce titre, PlayStation pourrait bien suivre la même voie qu’Apple avec l’abandon des lecteurs CD sur ses ordinateurs selon un analyste.

Le virage numérique de PlayStation, une voie inévitable ?

C’est en tout cas l’analogie utilisée par Daniel Ahmad, directeur de recherche et d’analyse chez Niko Partners, dans un long post publié sur X il y a de cela quelques jours. En réponse à un internaute se demandant si la situation chez PlayStation ne pourrait pas être comparée à ce qui s’est passé avec Apple lorsque cette dernière a décidé de supprimer la prise jack de ses appareils, l’analyste a répondu que cela ressemblait plutôt davantage à ce qui s’est passé en 2008, lorsque la compagnie de Steve Jobs a décidé de tirer un trait sur les lecteurs CD.

« Il y avait sans doute beaucoup de plaintes à l’époque, mais aujourd’hui, plus personne ne s’en plaint. On ne trouvait pas beaucoup de personnes qui s’en plaignaient encore au début des années 2010 », ajoute-t-il d’ailleurs, avant de donner son avis personnel sur la situation chez PlayStation. « La première chose à retenir concernant la décision de Sony, c’est que cela allait inévitablement arriver un jour ou l’autre pour les consoles. Si ce n’est pas pour la PS6, ce sera pour la PS7 », assure Ahmad en évoquant l’explosion du marché numérique depuis l’ère PS4.

« Sur Xbox, ce chiffre dépasse déjà les 90%, et je suis même plutôt surpris que ce ne soit pas eux qui aient été les premiers à le faire », s’étonne d’ailleurs l’analyste. Car à ses yeux, les joueurs ont beau vouloir se convaincre du contraire, il y a un constat à côté duquel il n’est plus possible de passer : « À ce stade, l’écosystème console est presque entièrement numérique ». Et cela vaut aussi pour PlayStation, qui « tire davantage de revenus des contenus supplémentaires numériques, microtransactions et autres achats intégrés aux jeux ».

La firme s’en tient à la réalité du marché

Sans compter qu’à l’heure où sont écrites ces lignes, la vente de PS5 numériques dépasse la barre des 50% chez PlayStation, ce qui est sans doute lié à l’annonce tombée la semaine dernière ; et peut-être même au fait que GTA 6 ne proposera pas non plus de véritable version physique à son lancement. Ce qui pourrait en pousser certains à se tourner vers le tout numérique dès aujourd’hui, plutôt que de s’encombrer d’un lecteur CD voué à devenir désuet à l’horizon 2028 ; si ce n’est de boîtes vides comme le titre de Rockstar Games.

D’ailleurs, aux joueurs qui se servent des leaks survenus chez Insomniac Games il y a quelques années pour certifier que le physique reste majoritaire chez PlayStation, Ahmad leur répond que « non seulement [ces données] sont obsolètes, mais en plus les gens se concentrent sur les chiffres des ventes aux distributeurs plutôt que sur ceux des ventes au détail ». Et le fait est que si ces dernières apparaissent si élevées, c’est précisément parce que PlayStation compatibilise les packs comme des ventes au détail, même s’il s’agit d’un code numérique fourni avec la PS5.

À l’aube de la PS6, PlayStation prépare le terrain

Bien sûr, tout cela n’empêche pas l’analyste de reconnaître que malgré la situation, « il y a encore une bonne partie des joueurs qui achètent des jeux au format physique ». Mais la réalité du marché est telle que PlayStation veut forcément s’engager dans la voie susceptible de lui rapporter le plus, à savoir celle du numérique, qui lui permettra notamment de s’affranchir des frais de fabrication et de distribution ; tout en maximisant ses revenus à l’aube de la sortie d’une PS6 qui « va faire son entrée sur un marché où les consoles coûteront plus de 1 000 dollars ».

« Le joueur moyen y réfléchira à deux fois avant de passer à la nouvelle génération », affirme ainsi Ahmad. « Si la réduction des coûts joue un rôle, c’est aussi la prise de conscience que les consoles ne seront plus des appareils grand public à 199$ et qu’il faudra se concentrer sur les joueurs passionnés, prêts à dépenser plus que jamais ». Sans compter que cela permettra également à PlayStation de se placer dans « un écosystème fermé générant des marges élevées », ce qui devrait lui octroyer d’autant plus de contrôle sur le marché.

ps6

Comme Apple et son lecteur CD, ça finira par se tasser

Par conséquent, tandis que les joueurs tentent par tous les moyens de faire plier la firme dans l’espoir qu’elle revienne sur sa décision, est-il réellement envisageable de voir PlayStation faire machine arrière ? « Je dirais que c’est peu probable », assure l’analyste. « Mais je ne serais pas surpris s’ils finissaient par apporter davantage de précisions sur certains points », à l’instar par exemple des droits des consommateurs sur une licence. Mais à ses yeux, tout porte à croire que l’on se dirige vers « un nouveau ‘moment Apple’ », qui finira tôt ou tard par se tasser.

Source : Daniel Ahmad