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Test de Papers, Please (PC, Mac)

Test : Papers, Please (PC, Mac)

Les douaniers sont sympa
Par Erwan Lafleuriel - publié le
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Il y a quelques mois je quittais la bêta de Papers, please avec une très bonne impression, mais aussi des interrogations sur la manière dont l'unique développeur, Lucas Pope, en ferait un jeu à part entière. Le titre terminé est sorti depuis quelques jours, et on peut conclure que l'expérience est réussie. Et je dirais même plus...    

Papiers, s'il vous plaît... Pourquoi venez-vous en Arstotzka ? Visite de deux jours ? Bon. Vous n'avez pas votre fiche signalétique ? C'est indispensable depuis la dernière attaque terroriste. Bien, taille OK, poids OK. Dites, il y a une erreur dans votre nom. Plusieurs noms ? Pfff donnez-moi vos empreintes sur ce papier. Ah, ça correspond et vous avez en effet un alias. Dates d'expiration, tampons officiels, ville émettrice du passeport. Tout est en ordre. Un coup de tampon, je vous rends tout ça, vous pouvez passer. Restez à carreau, compris ?  Suivant !

La journée commence quand vous appelez votre premier immigrant. Vous avez le temps de digérer les consignes du jour.

Gloire à Arstotzka !

Et voilà, en tant que citoyen d'Arstotzka ayant eu la chance d'obtenir ce job à la loterie du travail, vous venez de gagner 5$. Il faudra scruter plusieurs candidats au passage de la douane, et sans erreur, pour amasser de quoi payer votre loyer, la bouffe et le chauffage pour vous, votre femme, votre fils, votre oncle et votre belle-mère. Au début, alors que la frontière vient de s'ouvrir, c'est assez facile. Mais la situation politique et parfois vos choix personnels compliqueront les formalités, toujours un peu plus, toujours plus insidieusement : nouveaux documents, changements de protocole, multiples seaux quasi identiques... Et je ne parle pas des immigrants qui oublient un papelard, qui se trompent dans leurs déclarations, etc. Il faut les interroger, obtenir des précisions, vérifier dans son manuel...

À chaque nouvelle journée, on s'installe à son bureau en se demandant ce qui va nous tomber dessus. Dans tous les cas, on se doit de rester concentré et efficace, car les heures de boulot ne sont pas extensibles. Trop de temps perdu, et c'est moins de fric à l'arrivée. Mais trop de précipitation, et au bout de trois erreurs, les amendes tombent : -5$ à chaque fois, ce qui fait très mal au portefeuille.

Tu pouvais pas le donner tout de suite, rahhh !

De petites responsabilités impliquent de grosses emmerdes

Si vous avez confiance dans vos compétences, le fait que vous ayez droit à deux erreurs avec un simple avertissement avant la première pénalité est un point important du gameplay : cela vous laisse de la marge pour de petites initiatives personnelles. C'est un pouvoir que vous donne le Game Designer, et avec la possibilité de l'exercer en bien ou en mal. Faire passer une femme qui rejoint son mari juste par compassion ? Ou un type qui doit se faire opérer ? Ou encore un mec sympa ayant oublié sa carte d'identité... Il existe pas mal d'événements spéciaux de ce genre, qui rendront votre quotidien plus "intéressant" (comme dans "may you live in interesting times"). Votre gentillesse a cependant de grandes chances de vous retomber sur le coin de la chapka. Sinon vous pouvez aussi fermer les yeux sur quelques activités illégales contre du cash. La corruption, ce n'est pas beau, mais quand votre enfant est en train de mourir de faim...

Faire un interrogatoire qui amène à une détention peut se révéler plus long que simplement tamponner un refus et renvoyer la personne.

Le zèle du bourreau

Il existe même un niveau extrême de saloperie. En gros : dans certains cas d'erreurs évidentes ou de contrebande ou pire, vous pouvez faire arrêter les gens. Vous n'êtes pas toujours "obligé" : vous pouvez simplement les refuser et basta, ils s'en vont. Mais rapidement, un des gardes vous propose de partager la prime que lui touche pour chaque détenu. Vous pouvez donc arrondir vos fins de mois en vous assurant que chaque petit délit finit au poste. Même une bête erreur de bonne foi.

On rentre vraiment dans l'aspect malsain de Papers, please, celui qui fait réfléchir. Car cette dystopie est évidemment comparable à l'Europe centrale après la Seconde Guerre Mondiale. La ville de Grestin, divisée en deux entre l'Arstotzka et Kolechia, figure le Berlin d'avant la réunification. Avec la police militaire, la surveillance hiérarchique, la sécurité paranoïaque, l'ambiance générale ne fait aucun doute sur ce qui arrive aux gens emmenés par les gardes. Détention, interrogatoire, mise en arrêt de la famille... Goulags ? Torture ? Travaux forcés ?

Après tout, cela sera votre sort personnel pour quelques-unes des 20 fins existantes au mode scénario de Papers, Please (vous débloquerez alors le mode sans fin). J'en ai vu plusieurs, aucune joyeuse, mais seules 8 concluent réellement la partie. Ne parlons pas de Soviet : après tout, ce n'est pas un état policier communiste qui nous est présenté (malgré l'écrit slave/anglais 'moi être Russe' un peu forcé), puisqu'on vous paye en dollars et que vous êtes rémunéré au rendement de manière très capitaliste. Il s'agit juste d'un petit pont entre le passé et un futur possible, dans n'importe quel pays...

Si vous ne cherchez pas les ennuis, les ennuis vous trouveront quand même...

À la frontière du réel

Alors, allez-y, jouez les héros si vous voulez, mais soyez près à en subir les conséquences dans l'indifférence générale, ou soyez fidèle à votre pays, et qui sait, vous vous payerez peut être un superbe appartement un jour (on peut gravir l'échelle sociale en économisant assez... Si ce n'est pas un piège). Peut être vaut-il mieux esquiver le plus possible les ennuis en restant discret ; ni trop efficace, ni trop mauvais, ni trop ordure, ni trop saint. C'est peut être comme cela qu'on atteint une fin pas trop déprimante ?

Mais avant cela, croyez-moi : vous allez ressentir dans vos tripes le stress et la peur d'un grouillot mal placé dans un état totalitaire. La peur du quotidien, à chaque fois qu'on refile ses papiers à un immigrant en s'attendant à entendre l'imprimante cracher son petit papier rose indiquant une violation du protocole. La peur d'avoir à faire des choix qui nous dépassent. La peur de ne plus pouvoir s'en sortir ensuite. La peur de crever dans un attentat soudain. La peur d'être à court d'encre rouge (pour les plus psychorigides d'entre nous). Faites une longue partie de Papers, please et vous en ressortirez épuisé. Votre vrai boulot semblera idyllique, et l'administration française vous apparaîtra simple et organisée.

Merci, c'est, hum... Je ne sais pas quoi dire. Gloire à Arstotzka !

Le 8ème travail d'Asterix

Et ne vous méprenez pas, Papers, Please est un vrai jeu qui gère parfaitement son gameplay à la base simple, en le complexifiant de mille manières sadiques. Et vous vous en rendrez vite compte ! Vous verrez votre transformation en bureaucrate tentant d'être efficace malgré les insultes, dans le chaos général, et votre montagne de paperasse qui ne tient même pas sur votre bureau proprement (c'est fait exprès) ! Vous aurez vos habitudes, vos méthodes ; vous apprendrez ces foutus seaux par coeur et le nom de toutes les villes importantes. Mais vous n'échapperez pas aux fautes. Non, non.

J'ai vraiment du mal à trouver un point négatif à ce 'petit' jeu de 38 Mo dispo pour 9 euros sur Steam ou sur le site officiel. Le gameplay est aussi intelligent que le déroulement du scénario et la proposition d'une prise de conscience politique via une dystopie qui sonne parfaitement juste. Si vous espérez changer votre destin, l'excellent système de sauvegarde vous laisse reprendre à n'importe quel jour et créer des embranchements. Si certains événements sont un peu trop fixés dans la timeline (conséquence d'un contrôle nécessaire de la narration), Papers, please cache de nombreux secrets et histoires à découvrir. Ça va être dur de tout dévoiler, pour vos qualités de gamer comme pour votre moral.

Indispensable Gameblog
Culte
10
Un véritable jeu, avec une base de gameplay dont la complexification subtile évite la répétitivité (mais pas la dépression du joueur). Et en plus de fournir un challenge ludique dans cette dystopie inquiétante et magnifiquement façonnée, Lucas Pope remet votre vie en perspective, avec violence, mais aussi humour. Bouleversant, comme disent les critiques ciné.
par
+ On aime
  • Gameplay vicieux
  • Fausse répétitivité qui créé la tension
  • Ambiance oppressante
  • Rappel de ce qu'est un état policier
  • Des touches d'humour drôle
  • Dérangeant vis-à-vis de nos propres choix
  • Système de sauvegarde parfait
  • Ma vie n’est pas si mal après tout
- On n'aime pas
  • Des gens ont vécu ça
  • Et d'autres le vivent encore
  • Monde de merde
  • Le style "parlé Russe" un peu inutile
  • Pas de VF
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10

Galerie photo Papers, Please - 13 images (cliquez pour zoomer)

La journée commence quand vous appelez votre premier immigrant. Vous avez le temps de digérer les consignes du jour. Tu pouvais pas le donner tout de suite, rahhh ! Faire un interrogatoire qui amène à une détention peut se révéler plus long que simplement tamponner un refus et renvoyer la personne. Si vous ne cherchez pas les ennuis, les ennuis vous trouveront quand même... Merci, c'est, hum... Je ne sais pas quoi dire. Gloire à Arstotzka ! DENIED ! Payer pour un raccourci clavier, ça parait dingue, mais ça fait partie du gameplay. Et c'est vraiment très pratique ! Un clin d'oeil à Snowden ? Rarement vu un système de sauvegardes aussi bien foutu. Je ne fais pas ça de gaité de coeur, croyez-moi. Sans bouffe ni chauffage, votre famille finit par tomber malade. Il faut alors payer les médicaments en plus, sinon... Le bon côté des choses ? La vie est moins chère quand ils sont morts. Je conseille de rassembler toutes les infos protocolaires du manuel sur une feuille unique et facilement consultable. Au bon lait de brebis ! Merde, je n’ai pas le temps de rigoler, moi, je perds de la thune !

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