Uncharted 3 : L'illusion de Drake sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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4
BlackLabel PS3

Sidney Fox réalisé par un Michael Bay puissance 1000

[Ayant loué le jeu je n'ai pas eu accès à la partie online. À ce sujet, même si je désapprouve l'histoire du pass, je n'ai pas pris cela en compte dans la note, d'ailleurs je vois mal comment j'aurais pu faire. Donc en gros, la note correspond au jeu que j'ai loué, une aventure solo, sans punir des choix marketing qui n'ont rien à voir avec la qualité du jeu]

Carte postale

Uncharted 3 est plus carte postale que jamais. C'est toujours un plaisir d'évoluer dans des décors soignés et magnifiques, de flinguer du méchant dans des endroits qu'on ne trouve pas dans d'autres jeux vidéo. Il est plus beau que le 2 ; des cinématiques beaucoup plus nettes et plus détaillées, de meilleurs jeux de lumière, et dans l'ensemble le jeu est plus impressionnant qu'Among Thieves car les décors sont plus grands avec également de nombreux arrière-plans à la profondeur de champ vertigineuse. Ça reste ce qui se fait de mieux sur console de salon du point de vue technique donc aucune raison de pinailler sur le soi-disant petit gap, et en plus c'est super bien modélisé, avec un beau sens du détail.

C'est très varié aussi, oui... Perso je reste fan de la cohérence du 1, ou encore du parcours en ligne droite du 2 à partir du Népal jusqu'à Shambala. Pour moi un jeu, ce n'est pas un guide du routard. J'apprécie le travail artistique, c'est certain, comme les efforts pour repousser toujours plus loin les limites techniques, j'apprécie également un jeu qui s'efforce d'avoir une cohérence visuelle et thématique, et là ce n'est pas le cas du tout. On commence à Londres, on visite un château en France (qui n'a pas grand-chose de français en passant), on passe par une ville en Amérique du Sud, etc., mais on aurait pu tout aussi bien aller ailleurs. Il n'y a pas de logique, de réelle justification pour nous faire passer d'un lieu à l'autre, et parfois même c'est complètement incohérent. On dirait que ND se demandait :"Bon, c'est quoi les pays qui nous restent à faire ?" Comme dans le 2 avec le musée en Turquie et la jungle à Bornéo, il y a une sorte de gratuité pas convaincante du tout durant l'aventure qui en plus empêche d'installer un rythme visuel.

Après je ne boude pas mon plaisir lorsque ces décors servent réellement de terrain de jeu (donc pour des gunfights). Il y a de magnifiques trouvailles, ou tout simplement des décors qui auraient été banals dans d'autres jeux sont ici magnifiques. Même un décor composé uniquement avec des conteneurs à cargo c'est beau dans Uncharted... Mais il n'y a aucun sentiment de continuité. Dès qu'on se prend un peu au jeu, on se retrouve catalpulté à l'autre bout de la terre sans transition. Le dernier niveau est par contre décevant. ND a voulu nous refaire le coup de Shambala version 2, et ça ne passe pas. Pas que ce soit moche, mais ça souffre trop de la comparaison.

Scénario digne du 2

Un peu comme le 2, mais pour des raisons différentes, le scénario d'Uncharted 3 se saborde dès l'intro. D'abord avec la méchante, sorte d'Helen Mirenn dans la soixantaine, une garce cruelle et glaciale qui donne des ordres. Le rôle de méchant à une femme, je trouve que c'est une très bonne idée. Sauf qu'au moment où elle menace physiquement Drake, ça ne fonctionne déjà plus. Mamie avec son couteau, soit c'est ridicule parce qu'on n'y croit pas, soit ça rend le personnage faible et minable car elle use de la menace physique lorsque l'adversaire est dans l'incapacité de riposter. Dans les deux cas, pour moi la méchante a perdu sa stature dans les premières secondes après son apparition. Ça commençait mal.

Ensuite l'intrigue (toujours dans l'intro, assez gratinée). Cette fois la chasse au trésor tourne autour de l'anneau que Nathan porte au cou. Souvenons-nous que dans le 1, cet anneau contenait les coordonnées pour retrouver le cercueil de Francis Drake en pleine mer. Surprise ! maintenant il est aussi un élément indispensable d'un casse-tête pour trouver un potentiel super trésor (évidemment) que Nathan convoite depuis 20 ans, c'est l'origine de tout... Et là, je me pose la question conne : ben pourquoi il n'a pas essayé de le trouver avant, son peut-être super trésor ? En fait l'intrigue du 3, ça devrait être celle du 1, parce que là ça ne tient tout simplement pas debout, les motivations ne sont pas crédibles, ni l'attente justifiée ou explicable. À partir de ce faux départ assez navrant, je lâche l'affaire et ne croit plus au scénario.

En parlant de crédibilité d'ailleurs, on nous présente Sullivan et Drake comme le couple de l'Arme Fatale, avec Drake en chien fou et Sullivan qui devient "trop vieux pour ces conneries". En somme ça annonce sans finesse aucune que Drake va aller trop loin, va se mettre en danger, et probablement ses potes avec. C'est amené aussi subtilement qu'un camion sur une piste cyclabe. Mais en plus ça ne colle pas. Eh ouais, parce que Drake, même s'il se retrouve toujours dans les embrouilles à cause de son mode de vie, il ne court pas après non plus dans le 1 et le 2, c'est même le contraire, il a tendance à vouloir abandonner en chemin. Là non, il fonce tête baissée dès le début, il s'obstine face à des dangers terribles, sans qu'on sache trop pourquoi d'ailleurs, l'hypothétique trésor tant convoité en valant bien un autre, surtout qu'il a attendu 20 ans pour se mettre à courir après.

Alors les cinématiques sont vachement belles, beaucoup plus nettes et propres que celles du 2. Les personnages sont bien campés et ont de la gueule. L'animation, autant faciale que corporelle, est encore une fois au top, et le doublage FR reste celui qu'on connaît, donc de très bonne qualité. Tout ça pour un scénario sabordé dans les dix premières minutes de jeu que j'ai suivi sans aucune conviction... Ce sentiment d'immense gâchis propre au jeu vidéo... Le reste est dans le ton d'Uncharted 2, des personnages artificiels dont le charisme s'arrête au visuel, et une dramatisation niaise et des scènes intimistes qui sonnent fausses car les personnages n'ont aucune vie intérieure et font des blagues deux secondes après, et le retour de side-kicks juste pour le fan service, vite expédiés aux oubliettes après leur apparition.

Un bon quart du jeu ne vaut rien

Dans Uncharted 2, on se tapait deux chapitres pas terribles pour nous expliquer les nouveautés du gameplay, puis après c'était douze heures de jeu sans interruption (avec quelques passages à vide). Là on se mange une bonne heure et demie de vide ludique presque total... sur un peu moins de neuf heures de jeu. Ça fait mal, surtout que c'est pour installer un scénario qui ne tient pas debout.

Les tests ont dit joliment que le début manquait de rythme. Le début ne manque pas de rythme, c'est juste qu'il n'y a pas de gameplay. On commence dans un bar londonien rempli de chauves (c'est un jeu PS360 en même temps) qui a le mérite de nous apprendre les rudiments du corps-à-corps, pour ensuite enchaîner sur de la filature cheap, une course poursuite encore plus cheap et interminable, de la plateforme cheap. En gros, les passages simplistes d'Uncharted 1 qui servaient de liant entre les gunfights et avaient ainsi leur utilité et leur légitimité, donc la plateforme, les énigmes avec la réponse dans le carnet (ça n'a pas beaucoup changé d'ailleurs, maintenant les réponses sont dans le décor...), les passages scriptés, etc., tout ça a été mis au début du jeu sans aucun gunfight. Ça fait un bon gros bloc de gameplay insipide où on peut limite jouer à une main. Ce n'est pas forcément désagréable à faire, mais c'est vraiment longuet pour rien, pas motivant du tout, c'est chiant aussi de se dire que c'est autant de temps en moins sur la durée de vie, et surtout niveau rejouabilité, c'est le zéro complet.

Après heureusement le jeu trouve son rythme de croisière entre gunfights, plateformes et temples, même si on se sent un peu décalé. Se retaper des énigmes après un début vide ludiquement, ce n'est pas facile à prendre, on a toujours l'impression que le jeu peine à démarrer. Lorsqu'on se sent enfin dans le jeu, que les gros gunfights font enfin leur apparition, on voit alors défiler les chapitres un peu trop vite, et on arrive vers la fin en se demandant comment ND va réussir à conclure. Le jeu m'a semblé trop court, tout simplement, dans le sens où il m'a laissé sur ma faim. Ce n'est pas une question de temps, le 1 faisait huit heures et elles étaient bien remplies malgré les passages en jet-ski. C'est l'abus de vide du 3 qui me dérange, dès le début, et par la suite avec trop de passages interminables où on subit des marches forcées pour admirer les décors, de narration interactive sans saveur, de courses-poursuites scriptées et nazes à la L.A. Noire, trop de trucs juste là pour l'esbroufe qui vont être chiants à rejouer, autant de temps perdu pour du vrai gameplay, ou pour un meilleur rythme de jeu.

Pour finir sur les défauts (parce que j'ai aimé le jeu quand même...), le côté lourdement scripté m'a moins dérangé que dans le 2, mais ce n'est pas un compliment pour autant. On le sait, depuis le 2 Drake ne peut poser le pied nulle part sans qu'un plancher s'écroule toutes les 5 minutes, voire toutes les trente secondes. Dans le 3 c'est pareil, sauf que je n'y faisais même plus attention. Le 2 m'a profondément agacé à cause de ça, donc dans le 3 je me doutais qu'on retrouverait ce mauvais pli et j'étais comme anesthésié d'avance à cette overdose de scripts qui ne servent à rien, mais à rien, quoi. C'est un peu comme le gars qui raconte toujours la même blague pas drôle ; un moment notre cerveau élabore une sorte de filtre. Là j'étais pareil. C'est ce qu'on appelle, pour le coup, être blasé.
Par contre à la fin, ça tombe vraiment dans le grand n'importe quoi avec un florilège de scènes spectaculaires tellement too much que ça en devient puissamment pitoyable.

Des gunfights améliorés ?

Bon maintenant on peut parler du seul aspect du gameplay (et du jeu ?) qui vaut le coup dans Uncharted 3, les gunfights. Du 1 au 2, les gunfights ont été améliorés. C'était la même formule, en mieux fichue et avec plus de possibilités. Là non. La jouabilité est plus ou moins la même, on conserve les acquis mais ça ne se joue pas de la même manière. Les ennemis courent, nous contournent (et bien plus vite que dans le 1), ils peuvent grimper également. Déjà ça, ça change beaucoup la donne. Il faut être plus réactif et attentif, on passe aussi facilement du tir au corps-à-corps, beaucoup plus que dans le 2, encore plus que dans le 1.

Les arènes ont également beaucoup changé. En fait ce ne sont pas vraiment des arènes la plupart du temps, pas dans le sens classique du terme. Avant, on arrivait dans une zone de taille limitée, on tuait tous les ennemis, d'autres arrivaient parfois en renfort, puis une fois la place vide, on passait à l'arène suivante. Là les zones sont beaucoup plus vastes, on ne peut pas évaluer la situation d'un simple coup d'oeil, il faut avancer pour dénicher les ennemis suivants qui vous canardent de loin. Ce n'est pas mieux que le 2, c'est différent. Le 2 j'adore, mais les scripts, même si meilleurs que ceux du 1, restent assez artificiels, encore jeu vidéo. Il faut reconnaître au 3 une progression dans les gunfights plus naturelle (quoique pas toujours), puis surtout, au moins, on n'a pas l'impression de jouer à un Uncharted 2.5 sur ce point-là, les gunfights ont leur propre caractère, leur personnalité. Et ça rend parfois la partie sacrément difficile !

Au niveau des situations, on a du classique et efficace à la Uncharted, et parfois de gros morceaux qui rappellent, par exemple, le passage du train, tout en se présentant sous une autre forme (ou un autre moyen de locomotion...), donc en gros des terrains de jeu qui vont influencer notre manière d'appréhender la bataille, et c'est vachement sympa. On peut désormais sauter sur les ennemis pour les abattre, ce qui s'intègre parfaitement à la formule.

Le corps-à-corps a quelques possibilités supplémentaires, pas forcément utiles de mon point de vue, mais pas chiantes non plus. Je regrette juste que lorsqu'on tombe sur une brute, on ne puisse pas l'abattre avec un headshot, il faut presque impérativement lui taper dessus, et le fait qu'il soit à ce point insensible aux balles est un peu ridicule, c'est limite un Terminator. Aussi, nouveauté assez gadget ; lorsquon se bagarre, il arrive que Drake dégoupille la grenade de l'adversaire et le repousse. Dans les vidéos ça avait l'air super, mais dans le jeu ça ne demande pas de manip' particulière, Drake joue tout seul comme dans Batman AA. Je ne suis pas fan de ces actions automatisées sur lesquelles on n'a aucun contrôle. On aura aussi de temps à autre des bagarres juste aux poings ; ça varie gentiment la formule même si on peut se contenter d'appuyer en continu sur contre-attaque (touche triangle), un peu comme dans Assassin's Creed. Ce sont tout de même des passages sympathiques et rigolos qui sont plutôt bienvenus.

Pour finir

Uncharted 3 reste dans la lignée du 2 mais en pire, en accentuant tous les défauts ; scénario incohérent et stupide, mise en scène envahissante et tapageuse pour rien, personnages sans relief qui se prennent au sérieux, et des passages à vide qui parasitent lourdement le rythme, notamment un gros début complètement insipide. Lorsqu'il veut nous offrir une "expérience cinématographique", Uncharted 3 ne parvient à faire que du très mauvais jeu vidéo. Malheureusement, là où Uncharted 2 faisait un bon douze heures qui pardonnaient en partie ses bourdes, le 3 peine à en faire neuf avec de nombreux passages qui me découragent d'avance de refaire une partie, faute au temps perdu à élaborer des scènes visuellement dantesques et ludiquement risibles, en plus de scripts parfois incessants qui n'apportent rien. C'est clairement le moins bon de la série, le rythme est nul, les décors ne se suivent pas, les scènes interactives sont chiantissimes car beaucoup trop longues. Uncharted 3 conserve tout de même de bons et solides gunfights dans de très beaux décors, une deuxième partie de jeu plus consistante que son début, avec des originalités de situations équivalentes au 2 ; il faudra s'en contenter. On a le jeu vidéo qu'on mérite, après tout. Le nôtre a les mêmes ambitions qu'un film de Michael Bay... C'est comme ça.

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