Il est d’usag
e d’essayer de pointer les méfaits du jeu vidéo pour
essayer de le discréditer. Des organisations, des lobbies ou
personnalités sont actuellement encore très actifs pour dénoncer les
dangers du jeu vidéo. Nous vous vous conseillons, pour en faire une
idée, de jeter un coup d’œil sur le travail de l’excellent Shane Fenton, spécialisé
dans la question de la violence dans les jeux vidéo et plus
particulièrement dans l’étude du discours contre les jeux violents,
officiant sur Gaming Since 198X.
A l’inverse, nous sommes également régulièrement abreuvés
d’articles scientifiques présentant les bienfaits du jeu vidéo. Ainsi
donc, jouer au jeu vidéo augmenterait nos réflexes, aiderait à notre
représentation spatiale, affûterait notre acuité visuelle. Nous avons
même pu lire que la
pratique des jeux vidéo aiderait les chirurgiens dans une
intervention particulière, la laparoscopie,
puisque les deux ont pour point commun une parfaite coordination entre
l’écran et les contrôles.
Mais parler de « bienfaits » cache peut-être un tout autre
discours, celui de la recherche de l’utilité de jouer. En effet,
récupéré par le joueur, il serait tentant d’affirmer que l’on joue parce
que cela développe les capacités. Mais c’est aussi un discours sur
l’idée que le jeu vidéo, pour être accepté en tant que pratique, doit
apporter avec lui une forme de retour sur investissement. Le jeu trouve à
travers son utilité et ses aspects bénéfiques une légitimité, au loin
des maux dont il est accusé.
Nintendo l’a parfaitement bien compris en lançant une gamme de
produits utiles, légitimant pour un large public la pratique du
jeu vidéo, en mettant la main sur un marché qui ressemble à un Eldorado.
Nous pouvons citer Programme d'Entrainement Cérébral du Dr.
Kawashima : quel âge à votre cerveau, logiciel dans lequel sont
proposés des exercices de calcul et de logique pour « rajeunir l’âge de
son cerveau » surfant sur une peur latente, terrible épée de Damoclès :
Alzheimer (Le jeu n’aurait d’ailleurs aucune vertu pour prévenir la
maladie).
Autre type de jeu : Wii Fit. Là encore, si les publicités
nous montrent des exercices à réaliser, le jeu est beaucoup plus
amusant. Il vous propose beaucoup de mini jeux d’équilibre, d’habileté
et d’effort. Ici, il faut jouer pour mincir et entretenir sa forme, son «
bien être ». Un moyen, encore, de trouver une légitimité dans la
pratique du jeu vidéo. En clair, nous jouons parce que c’est bon soit
pour le cerveau, soit pour la santé.
En ce sens, les « bienfaits » de ces deux jeux seraient l’exemple
frappant d’une société où une activité particulièrement chronophage et
inutile comme le jeu vidéo ne pourrait pas encore être socialement
acceptée parce que considérée improductive ou même abêtissante. Si la
comparaison est sans doute abusive, ce serait comme si nous chercherions
à légitimer la lecture d’un classique littéraire de plus de mille pages
en expliquant que l'intérêt que l'on en retire serait d'apprendre des
mots et réviser sa grammaire. Si c’est sans doute un effet réel de la
lecture, ce n’est certainement pas moteur dans l’envie de lire. Le jeu
vidéo aussi ne devrait pas avoir besoin d’avoir de justifications
utilitaristes pour être pratiqué. Jouez-y sans raison!
Venez découvrir Numericity.fr
28/03/2010, 00:11
Ayant bossé dans une ludothèque, je ne peux qu'approuver tes propos.
Le Jeu doit être considéré comme un élément moteur de la construction de l'individu, et fait appel à de multiples compétences transverses.
"Tous les jeux sont éducatifs, sauf les jeux éducatifs!"
"L'homme ne cesse pas de jouer quand il devient vieux, il devient vieux quand il cesse de jouer "
Des maximes qu'on avait plaisir à colporter
28/03/2010, 00:14
28/03/2010, 10:04
On peut alors comprendre qu'en entendant des chercheurs lui dire que le jeu vidéo avait aussi une utilité plus concrète, le gamer ait eu envie de se servir de ses arguments pour légitimiser sa passion et qu'on le laisse tranquille.
28/03/2010, 11:41
Merci pour l'article, j'apprécie la réflexion !
28/03/2010, 17:24
C'est vrai que j'aimerais que dans les médias, on parle davantage du jeu vidéo dans son intelligence de conception (un level design confinant au génie par exemple) ou dans ce qu'il peut apporter en sens... ou les deux (Beyond Good & Evil) au lieu de se concentrer exclusivement de savoir si c'est "utile" ou dangereux de jouer, en ayant recourt à des arguments qui ne sont pas ceux qui me font jouer.
La première chose qu'on devrait dire est que jouer au jeu vidéo ne sert à rien, mais que ce n'est pas bien grave :-)
29/03/2010, 11:34
27/07/2010, 13:50
Dans le même genre, l'argument habituel est d'essayer de prouver que le jeu-vidéo est un art.
Ton article dénonce parfaitement le fait de vouloir défendre une pratique en cherchant à la légitimiser, au détriment de la pratique elle même.
Ton exemple de la lecture est tout à fait pertinent.