Du Bambou et des Jeux
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réflexion/débat

Récemment, Michel Ancel, créateur de Rayman et de Beyond Good & Evil, a critiqué les FPS (First Person Shooter ) actuels ( voir Michel Ancel critique la violence dans les FPS ). Je souhaite revenir sur cette déclaration en exposant mon point de vue sur les FPS, histoire de corroborer certains dires de Michel Ancel et en contrecarrer d'autres.

 

Le FPS est un genre né dans les années 90 avec comme premier ambassadeur Doom, créé par John Carmack et John Romero ( je sais que le premier c'est Wolfenstein 3D mais Doom est vraiment LE FPS de référence en ce temps ). Sa particularité est de proposer une vue à la première personne où l'on ne voit que l'arme de son avatar et de nous permettre d'exterminer des hordes de monstres à l'aide d'armes de plus en puissantes. Le tout agrémenté de grandes gerbes de sang, membres déchirés, têtes décapitées, dans des décors lugubres.

Doom 2, ses monstres, son hémoglobine

 

Le genre a bien évolué depuis. Actuellement, la tendance est à la mise en scène hollywoodienne, dans un contexte de guerre mondiale ou de guerre contre des terroristes, tendance post 11 septembre. Mais une chose n'a pas évolué depuis : la violence et sa mise en scène toujours plus spectaculaire.

 

Il me semble que le plus grand bénéfice des FPS est sa fonction cathartique. En voyant la violence, en nous faisant commettre virtuellement ces actes, nous nous débarrassons de ces pulsions. Personnellement, je n'ai jamais eu envie de trucider tout ce qui bouge après une partie. Pour ceux qui en ont vraiment envie, l'armée recrute.

Cette fonction cathartique s'exerce en partie grâce à ce que j'appelle l'esthétique de la violence, sa mise en scène. Voir toujours plus de sang, de tripes, de gore, nous procure une certaine jouissance, parce qu'elle est belle. Regardez un film de Kitano pour comprendre de quoi je parle. Avouons que voir un type se faire décapiter ou exploser par une grenade est jouissif. Mais seulement parce que l'écran nous protège et surtout parce que nous savons que c'est pour de faux. Personnellement, je n'ai jamais pu regarder de vidéos de vraies mises à mort ou exécutions sur internet, de même que des images particulièrement choquantes. Elles me procurent un dégoût immédiat et une sensation de mal-être tenace. Parce que dans ces cas là, c'est pour de vrai. Si vous êtes attirés par ce genre d'images, allez voir un psy ou engagez vous dans l'armée.

Certains FPS, comme Doom, Quake et consorts sont agréables à jouer à cause de cette violence esthétique. La beauté du frag, du headshot, toujours plus d'hémoglobine, le sentiment de puissance, c'est déjà une satisfaction en soi.

Michel Ancel déclare que les développeurs devraient s'inspirer du storytelling des films hollywoodiens. Mais n'est-ce pas ce que les jeux font depuis des années déjà ? Les premiers Call of Duty et Medal of Honor sont des resucées de films de guerres Hollywoodiens. Les derniers usent et abusent de scipts, de cinématiques et de mise en scène hollywoodienne. Jusqu'à avoir créé un nouveau genre : le FPS Pop-corn. Désormais, on joue à un jeu, comme on regarde un blockbuster. C'est beau, ça explose de partout, ça va vite, mais on a pas besoin de son cerveau.

Call of Duty 2: scène du débarquement en Normandie, reprise sur celle d'Il Faut sauver le soldat Ryan.

 

Michel Ancel voudrait également que l'acte violent ait un sens. D'accord. Mais n'a-t-il pas un sens quand il s'agit de tuer ou d'être tué ? Quand on suit l'histoire et qu'on nous donne une bonne raison de tuer l'adversaire, parce qu'il veut détruire notre patrie ou le monde libre ou a tué votre femme, vos enfants, ou que sais-je encore ?

Je suis d'accord avec lui que la violence gratuite n'a pas grand intérêt. Souvenez vous de la scène dans l'aéroport de Call of Duty Modern Warfare 2. Le jeu nous mettait dans la peau d'un terroriste qui exécutait des civils. Cette scène a fait polémique mais au final n'était pas fun et agréable à jouer. Les gens ne pouvant pas répliquer, il n'y avait aucune notion de challenge et ce n'était même plus du jeu, juste une scène interactive sans intérêt.

Scène de l'aéroport de COD: Modern Warfare 2

 

Il rajoute que si on utilise les même méthodes que les nazis pour tuer, on devient nous-même un nazi.

Il me semble juste d'affirmer que les nazis tuaient les soldats français, anglais ou américains de la même manière que ces derniers : à coup de fusils automatiques, de chars d'assault, de grenades, de bombes,etc. Aucun jeu n'a encore proposé de jouer un soldat nazi. Ce que je trouve dommage d'ailleurs. ( Pas parce que je suis antisémite ou un admirateur du 3e Reich, mais parce que c'est une optique qui me semble intéressante. Jouer l'ennemi. J'y viens juste après ). Aucun jeu n'a proposé une simulation ou un jeu de gestion de camp de concentration. Les nazis étaient des soldats comme les autres, lobotomisés par la propagande officielle, par leurs supérieurs et tenus de tuer l'ennemi. Comme ceux d'en face.

Le problème des FPS d'aujourd'hui tient à son manichéisme. C'est toujours le gentil contre le méchant. Et on ne peut jamais jouer le méchant. De là découle une simplification de l'histoire. Je serais le premier à aimer jouer à un jeu ou le héros doute complètement du bienfait de la guerre qu'il accomplit. Qu'il remette en question les ordres de ses supérieurs. Que les Etats-Unis se révèlent être en fait les méchants de l'histoire.

A-t-on vu un jeu où l'on jouerait l'armée israëlienne avec ses armes high tech contre des palestiniens avec leurs Ak47 rouillés et leurs cailloux. Non. Le contraire est vrai.

A-t-on déjà joué à un jeu où l'on incarne un vietnamien contre les américains. Non.

A-t-on déjà joué un soldat nazi ? Non. Un japonais ? Non.

Couverture d'Undersiege, jeu où l'on incarne des palestiniens contre l'état hébreu.

 

Le complexe militaro-industriel, ainsi que la société, ne permettent pas encore au média qu'est le jeu vidéo d'aborder ce genre de thématique. En occident tout du moins. Dans d'autre régions du monde, les rôles sont inversés mais ces jeux ne sont évidemment pas édités en Occident.

Konami avait essayé il y a deux ans avec Six Days of Fallujah. Ce jeu devait nous permettre de revivre la bataille de Fallujah qui y eut lieu pendant la 2eme guerre du Golfe en Irak.La polémique n'a pas tournée autour du fait que c'était un jeu qui s'inspirait d'un conflit en cours. Le jeu a été décrié et annulé, quand on a appris qu'il prévoyait de nous faire jouer également le camp irakien, afin que l'on voit les deux côtés de la guerre. La société civile américaine et les vétérans ont hurlé au scandale. Jeu annulé.

image de Six Days of Fallujah

 

Le jeu America's Army pousse le vice encore plus loin. Ce FPS est développé par l'armée américaine. Saviez-vous que quand vous jouez en multi, vous ne tuez jamais de soldats américains ? Vous êtes toujours un marine et celui d'en face est l'ennemi, quel que soit l'équipe dans laquelle vous êtes.

Donc que les FPS manquent de sens dans la violence n'est pas la faute des développeurs. Je suis certain que beaucoup d'entre eux  voudraient donner du sens à la violence dont sommes acteurs et spectateurs. Un autre problème est: est-ce que ça va se vendre ? Flatter le patriotisme ( surtout aux Etats-Unis ) est bien plus rémunérateur que de montrer le monde en gris. C'est la société qui n'est pas encore prête et ne le permet pas. A partir du moment où l'on joue dans un univers réaliste inspiré de notre monde contemporain, il nous est impossible de jouer l'ennemi. Le jeu vidéo ne doit pas aller à l'encontre des valeurs et des tabous de la société. Alors que le cinéma le fait depuis longtemps.

 

Bravo à vous si vous avez réussi à lire ce pavé jusqu'au bout.

Le débat est désormais ouvert dans les commentaires. Je pense qu'il ya matière a débattre.

N'hésitez pas à exprimer votre point de vue, surtout si vous n'êtes pas d'accord. Toute critique  est la bienvenue.

 

 

 

 

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Commentaires

Tsuchinoko
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Tsuchinoko
Pour le meme motif que The-Reaper, qui n'aimerai pas voir un jeu ou l'ont incarne les soldats nazis, je n'aimerai pas voir debarquer un jeu ou l'ont incarne des Soldats Israeliens...
MasterPanda
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MasterPanda
@ The-reaper

Il est vrai que j'ai oublié de parler de Bioshock. Le fait de pouvoir tuer ou non les petites soeurs donne beaucoup de sens à notre acte. En dehors de ça, je ne vois pas vraiment de différence avec le reste des FPS que ce soit pour Mirror's Edge ( l'ennemi comme obstacle à éviter ou à détruire ) ou Metroid.

Pour ce qui est des soldats nazis, je parle bien évidemment de ceux qui étaient au front et non dans les camps. Je ne suis pas certain qu' absolument TOUS les soldats nazis étaient au courant de ce qui se passait dans les camps, comme les soldats américains ne connaissent pas toutes les raisons qui ont poussé leur pays à aller en Europe, au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan ( pour ce cas je rajouterais même les français. Afghanistan premier producteur d'opium au monde, opium qui sert à faire la morphine utilisée dans 90% des médicaments anti douleurs et anti dépresseurs...).

Pour évoquer la fonction cathartique des jeux "violents", je parle surtout des premiers jeux comme Doom, Quake, ou Duke Nukem où l'idéologie n'était que peu prégnante ou caricaturée. Aujourd'hui, les jeux jouent toujours ce rôle mais avec une idéologie omniprésente pour ceratins d'entre eux. Dans ce cas là, je suis d'accord avec toi. il n'y a qu'a voir les jeux développés par les Chinois où l'on zigouille du japonais ou les jeux palestiniens qui s'en prennent à Israël. Depuis toujours, les jeux vidéo font de la politique ( sans le savoir ou pas, c'est une autre question ) et cela ne risque pas de diminuer, bien au contraire. Il appartient au joueur d'être suffisamment éduqué afin de pouvoir décrypter l'idéologie sous jacente dans les jeux de type FPS ou les autres. Pour ma part, le fait qu'elle soit omniprésente et grandiloquente dans les Call of Duty ou autre Medal of Honor, me pousse à prendre ces jeux au 2nd degré, à la manière d'un Duke Nukem, et d'en rigoler.
The-reaper
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The-reaper
Je me porte un peu en faux par rapport à ton discours sur les "soldats nazis". En fait, c'est plus compliqué que le simple manichéisme "soldat allié contre soldat ennemi", dans la mesure où il ne s'agit pas de deux pays antagonistes qui se chamaillent un bout de territoire, mais d'une idéologie contre une autre. Sûrement que les soldats allemands n'étaient finalement que des pions, comme ceux des Français, des Canadiens ou des Américains, mais dans les faits, les soldats qui étaient dans les camps étaient plus que cela ; ils étaient au courant de ce qu'il se passait, ils étaient complices d'un système qui avait pour but l'éradication d'une race de façon industrielle (de la même façon qu'on gère une entreprise).

Franchement, je ne voudrais pas qu'un éditeur ose sortir une simulation de gestion de camp de la Mort. Pour avoir visité Auschwitz, je peux te jurer que tu es marqué à vie, et on ne peut pas décemment traiter cela de façon ludique ou même "normale".


Sinon, ce débat n'a de sens que si on ne prend pas en compte des jeux à la première personne comme Bioshock, Mirror's Edge ou Metroid qui, s'ils ne sont pas forcément "non-violents", mais diffusent une autre façon de montrer la violence en vue subjective. Ancel semble l'oublier, et toi aussi.

Et je ne suis pas d'accord non plus sur la vision "cathartique" du jeu vidéo de guerre. Pour moi, au contraire, la multiplication de ces jeux guerriers a tendance à faire oublier à quel point la guerre, ce n'est pas un jeu. Les Américains ont été atterrés par les révélations au fur et à mesure de la guerre d'Irak, au point qu'ils ont fini par comprendre que le conflit pour lequel ils étaient tous d'accord de suivre faisait des morts, des vrais, pas des mecs qui vont respawner dans 10 secondes. On s'en rend peut-être moins compte de ce côté-ci de l'Atlantique, mais je crois au contraire que ces jeux ont une tendance plutôt "aveuglante" ; les jeux vidéo ont permis à plein de jeunes de s'engager pour la guerre en Irak (c'est une vérité) et s'il y eu beaucoup de désertion, c'est aussi à cause de ce décalage entre le virtuel qu'on leur vend et le réel qu'ils ont en face d'eux.

Cela dit, chez nous, c'est peut-être moins réel car nous sommes moins patriotes (et aussi parce qu'on joue rarement autre chose que des soldats américains sauvant le monde de l'envahisseur ; si des jeux mettaient en scène des soldats français, aurait-on un autre discours?).
utadahikarufr
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utadahikarufr
regardez mes stats à battlefield 2 http://bf2s.com/player/29246648/ "USMC 00:00:05" oui oui j'ai joué 5sec en américain, tout ça ça à cause d'une saleté d'équilibrage auto, pas fait gaffe et je me suis retrouvé us, direct je me suis suicidé pour repasse chez les "méchants", et à chaque fin de round, je lutte pour retourner dans l'équipe des méchants puisqu'on change automatiquement de camp, pareil à counter strike, j'ai toujours joué terroriste sauf lors des matchs avec mon ancienne team ou lorsque j'étais remplaçant d'un joueur manquant dans une team, on me demandait si je pouvais venir(j'avais du skill à l'époque ^^), là forcément je jouais ct aussi

c'est con mais voilà, quand je peux choisir mon camp en multi, je ne joue pas américains, j'espère que dans bf3 on pourras choisir aussi
Avenor
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Avenor
Comme toi, je pense qu'il serait intéressant de jouer "l'autre camp".

Plus que le manichéisme, c'est l'idéologie messianique (les Etats-Unis sont les gentils qui viennent sauver le monde des méchants) qui est mise en avant dans les FPS (avec le rapport prix/durée de vie, c'est l'une des causes pour laquelle je ne joue plus au MoH, Cod et autres Battlefield).

Mais le problème n'est pas là: ce serait plutôt l'indifférence quand au fait de tuer des gens dans le jeu vidéo. Si tuer des dizaines de gens dans un jeu vidéo (notamment avec l'essor du multi) n'interpelle plus la conscience du joueur, que pourra t'on dire lorsqu'il s'agira d'interpeller ce même joueur à propos d'un vrai meurtre ?

Bref, post intéressant, mais sujet à débat.
Anfalmyr
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Anfalmyr
Vis à vis du Soldat Ryan, tu dis qu'effectivement les jeux ont repris depuis longtemps une mise en scène cinématographique. Oui, mais si le Soldat Ryan n'avait été que sa scène de débarquement, on l'aurait trouvé totalement atroce, d'une violence inouïe, et c'est tout. Ce qui fait de ce film un grand film, au delà de la mise en scène de Spielberg, c'est l'empathie pour les personnages, la densité de ce groupe, leurs histoires... La mort du toubib n'a cet impact que parce qu'on a su auparavant sa relation avec sa mère, et l'entendre dire "maman" dans ses derniers soupirs prend une ampleur beaucoup plus importante. Voilà également pourquoi on oublie très vite le rôle de Vin Diesel, parce que son personnage n'est que survolé, et donc sa mort nous atteint beaucoup moins. Il faudra voir ce que David Cage va proposer pour son prochain jeu, mais je pense que c'est ce vers quoi il tend.
Mercucall
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Mercucall
Toi tu vas avoir des gros problèmes avec les militaires :D
Anfalmyr
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Anfalmyr
juste comme ça, la séquence de débarquement de CoD 2 c'est la Pointe du Hoc que les soldats ont escaladé avec des grapins, et cette pointe se trouve entre Omaha et Utah Beach, et "Il faut Sauver le Soldat Ryan" se passe à Omaha. Petite Précision :) La pointe du Hoc qu'on voit dans "Le jour le plus Long" par exemple.

Du Bambou et des Jeux

Par MasterPanda Blog créé le 01/09/10 Mis à jour le 26/07/11 à 18h08

Y'a pas que le bambou dans la vie, y'a les jeux vidéo aussi !

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