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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Il y a des jours comme ça où l'on a des envies incroyables. Aujourd'hui par exemple, le furieux désir de me pencher sur la scatologie dans le jeu vidéo japonais (et plus largement dans la culture ou la société nippone). Racoleur, trivial, le sujet n'en demeure pas moins accrocheur et intéressant tant il révèle une certaine manière de faire de l'humour et, plus largement, un trait culturel qui nous est incroyablement étranger et qui alimente ce regard que l'on porte assez rapidement sur nos amis asiatiques en lâchant, la grimace en coin, « y sont bizarres ces japs ».

Les Japonais sont des comiques

I) Un phénomène de société

Les Japonais sont adeptes d'un humour quelque peu déroutant pour nous occidentaux. Un humour se reposant parfois sur le caca roi. Et, plus largement, sur tout ce qui touche au cul voire, poussons l'analyse encore un peu plus loin, tout ce qui tourne de près (surtout de près) ou de loin au fondement. C'est simple, pour eux un étron c'est drôle ; chez nous, c'est sale.

Faisons un détour chez drinkcold, très bon site, pour découvrir le phénomène du kancho (1) (lavement). Qu'est-ce ? Tout simplement la projection de vos index, solidement joints, dans l'anus d'une personne qui vous tourne le dos. C'est drôle, immédiatement, et ça fait fureur. Surtout si l'on crie Kan-CHO avant que votre pistolet naturel n'atteigne sa cible. Faire un lavement avec ses doigts, un phénomène scatologique de société. Un peu comme nos béquilles à nous ou encore les coups de poings dans l'épaule. Un truc d'école mais un truc d'école à la japonaise.

Au travail aussi on peut rire un coup

Question société, et pour trouver un exemple plus trans-générationnel, on observe au Japon une certaine utilisation, au quotidien, de la pose unko (2). Autrement dit, la pose caca. La posture du « je vais pas tarder à démouler un cake » est courante au Japon. Probablement pour une question de surpopulation (pas assez de bancs), il n'empêche que la détente de l'anus pour la libération fécale demeure une position agréable. En France, si l'on ose se tenir ainsi il est clair que l'on subira bien rapidement une phrase assassine du pote qui vous accompagne, du genre « T'as envie de chier ? ».

A l'aise dans mon slip

D'ailleurs, en faisant un peu de linguistique, on se rend compte de cet aspect positif du caca (et des choses qui en découlent...) évoqué un peu plus haut. Nommé unko ou unchi, « un » signifiant chance, on comprend alors aisément ce mythe de l'étron propre au pays du soleil levant. (qui rappelle un peu notre « marche dedans et ça portera chance », vieil adage national). Et du coup, l'utilisation mercantile de la crotte avec des colombins colorés, des straps en fait, ou des crottes/peluches qui se vendent dans les boutiques de goodies. Le caca, ça porte chance.

Jamais sans mon caca

II) Le manga, vecteur de la culture populaire

Tout est dans le titre ou presque. Le manga est une vraie institution au Japon (même si on déplore actuellement l'absence de séries générant des ventes énormes, cf : Grégoire Hellot dans (3) l'Animeland 167). Moins chers que chez nous, la production est plus prolifique (on en voit qu'un petit bout même si nous incarnons le premier marché d'exportation de ce bien culturel) et l'habitude solidement ancrée (le manga, dérivé des rouleaux peints des siècles précédents, est une création japonaise avant tout).

Greg, spécialiste du Japon

Du coup, comme une confirmation, on retrouve rapidement des traces (hum) dans d'innombrables mangas de cet humour scatologique. Logique, le manga étant une sous-culture très populaire, elle reflète les tics de ses lecteurs donc de son peuple. Approfondissons tout cela en évoquant quelques mangas.

Dans le Dr Slump de Toriyama on voit régulièrement apparaître, un peu comme la coccinelle de Gotlib, un étron sur patte qui a l'air trop mignon (kawaii), le caca parfait puisqu'il a la forme d'un démoulage sans accroc façon coquille d'escargot, lançant des vannes et autres commentaires creux pour apporter un peu d'absurde aux situations. La merde est un personnage. Il est parfois même le héros d'albums pour enfant, la preuve avec la photo ci-dessous. Couverture de l'album unko (4), caca donc en français. L'histoire d'un étron issu du fondement d'un chien.

L'album unko

Version Gotlib

Version Toriyama

Mais revenons à Toriyama et à Dr Slump, rapidement. On n'oublie pas également ce personnage qui, tel un super-héros (pastiche de Superman), arbore un costume de mouche à merde et d'ailleurs s'en régale (des merdes). Dans Dragon Ball, Krilien reçoit un pet dans sa face lorsqu'il combat Bactérie. Une attaque classe, japonaise.

Mais ce n'est rien à côté de, merci encore drinkcold de m'aider dans mes dossiers, Toilet Hakase (5). Un manga éducatif se concentrant sur nos étrons. Gravitant autour du caca, ce manga nous propose des leçons de philosophie (au sens large). Et c'est bien là que l'on comprend cette singularité culturelle qui nous sépare.

Un manga philosophique

Niveau francophone, pour ce qui est de la bande dessinée, on a Astérix, Tintin, Sacremeustache et compagnie. Dans aucun album, ils ne vont poser une pèche. Il y a chez nous comme une pudeur à ce sujet, quasiment un gène. On ne montre pas ni ne suggère (exception des albums jeunesses actuels qui tentent un peu plus de transgression, mais tout cela reste soft en comparaison de nos amis japonais. Exemples : Caca Prout ou Prout le mammouth). Le manga lui n'hésite pas parfois à verser allègrement dans la scatologie.

Urayasu Tekkin Kazoku, un manga trash

Je me restreins au manga pour sa portée populaire mais il serait également intéressant de voir du côté du cinéma. Un film comme Getting Any de Takeshi Kitano, une de ses premières productions, très proches de ses prestations à la télé (autrement plus populaires là-bas que ses films), proposent quelques scènes bien scatophiles. Rien que la fin met en scène un homme en costume de mouche à merde (à la Dr Slump, peut-être une référence) se ruant sur une gigantesque bouse dans un stade de foot. 

III) Jeux vidéo, le caca n'est jamais loin

Nous parlerons ici des jeux japonais, attention pas des jeux voués à l'exportation immédiate ou différée (Final Fantasy XIII et compagnie) mais les vrais jeux japonais. Incompréhensibles comme un talk show coloré de là-bas, ne pouvant même pas espérer un hypothétique séjour par la case import, bref du jeu bien hermétique, nippon et couillon comme on aime.

C'est le cas de Bon Bita, j'abrège sinon le nom fait trois lignes, qui vous permet d'incarner un chasseur d'étrons. Sous ses allures de jeux de plateformes à l'ancienne, 2D, on chassera du caca à longueur de niveaux parce que c'est fun tout simplement. Encore un bel exemple de cette fascination nippone. Il est inimaginable de voir un jour un jeu français ou américain proposer un tel concept. Trop vulgaire, primaire, idiot. Vous voyez vous Cage fier d'exhiber une QTE permettant de modifier la forme du colombin de notre héros, paisible sur ses chiottes ?

Bon Bita ou le prout (enflammé) roi

Du temps de la PC Engine, la console des shoot them up, on retrouvait déjà quelques jeux déviants, déclarations d'amour au caca chanceux. Toilet Kid reste une référence avec son univers fait de chiottes et de bouses à dégommer. C'est simple, l'introduction donnait le ton et devenait ainsi une sorte de symbole du scato à la japonaise. Un garçon, sans âge véritablement, fait un plongeon dans les gogues. Boum, il se retrouve dans un monde magique où il dégomme des étrons avec ses lasers.

Tirez sur ces étrons !!

Encore actuellement, on retrouve de ces initiatives incroyables dont seuls les Japonais sont capables. Comme ces toilettes de Sega (6) où l'acte d'uriner (on dérive un peu du caca mais pas de la scatologie) est conjugué aux jeux vidéo. En urinant, on aura accès à quelques jeux reposant sur la puissance ou la précision de votre jet. Et dire que nous, pauvres occidentaux, nous nous contentons d'urinoirs en faïence. Décidément, ils sont marrants ces Japonais.

Sega ou le jeu vidéo dans l'urinoir

Bref,

Le jeu vidéo, culture également populaire (même si depuis peu, comme pour le manga d'une certaine manière, les japonais achètent moins), va logiquement se faire l'écho de ce pan de la culture/humour à la japonaise comme pour mieux confirmer cette singularité nippone. Un élément étonnant pour nous, bien que fascinant, nous prouvant que le caca peut être fantastique et nourrir des créations aussi nombreuses que variées. Pourquoi cette fascination au fait ? Le fameux pourquoi...je préfère ne pas me risquer à un propos trop rapide et attends la réponse d'un expert/sociologue spécialisé dans le caca bridé. Avis aux amateurs.

Sources :

1 - Article sur le kancho, par Drinkcold

2 - La pose unko, par Japan's Furin

3 - Interview de Grégoire Hellot, dans Animeland 167

4 - L'histoire du caca à la japonaise, par pokepoke (Gameblog)

5 - Toilet Kase, par Drinkcold

6 - Les toilettes de Sega, par Fluctuat.net

PS : La version originale sur notre site http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=50:scatologie-japonaise-et-jeux-video&catid=39:reflexions&Itemid=29

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Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

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