La narration dans le jeu vidéo

La narration dans le jeu vidéo

Par Leon9000 Blog créé le 15/09/11 Mis à jour le 03/02/15 à 18h43

Bienvenue sur ce blog explorant le vaste monde de l'écriture interactive. Dans mes articles, je me focaliserais principalement sur la narration et l'émotion véhiculées par les œuvres présentées, qu'elles proviennent du cinéma, des jeux vidéos ou d'autres médias. Je vous souhaite une bonne visite!

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Cinéma (Cinéma)

  Comme je le disais en introduction des meilleurs films de Christopher Nolan, si j'ai toujours eu une certaine affection pour ce cinéaste grâce à la richesse narrative de ces films et son attachant côté vieille école dans sa fabrication cinématographique, j'ai aussi souvent été gêné par le manque d'inspiration de sa mise en scène, souvent bien peu inventive au-delà d'une classique efficacité. Le réalisateur allait presque me donner tort cette fois ci tant la première partie d'Interstellar se révèle justement à la fois intelligente et inspirée dans la réalisation comme dans l'écriture, cette dernière trouvant un parfait équilibre entre son exposition du background et la construction de son personnage principal.

  Le récit réussit à basculer subtilement le spectateur du film contemporain vers l'anticipation et contrairement à tout le reste du film, sans avoir besoin de faire des tonnes d'explications pour clarifier la situation au public, parvenant à présenter l'univers dépeint par l'intermédiaire du récit personnel du héros. Cette introduction est d'ailleurs digne d'un grand film de science-fiction tant elle parvient à synthétiser tous les degrés de lecture pour que les spectateurs puissent y intégrer leur sensibilité. Il y a le récit personnel d'un père frustré de ne pas avoir su exploiter ses compétences, son récit familial marquée par l'absence difficile de son épouse et surtout la confrontation entre son scepticisme scientifique et l'imaginaire débridée de sa fille qui se veut un miroir du cynisme actuel de l'humanité incapable de faire confiance à son imaginaire et à sa capacité d'améliorer sa condition, préférant comme le résume le héros "baisser la tête vers la poussière plutôt que lever les yeux vers les étoiles". L'ensemble étant de plus saupoudré d'une évidente dimension écologique et d'une portée symbolique qui n'est pas encore malmené par les explications rationnelles à venir. Bref, tout est concrètement réuni au départ pour faire d'Instertellar un classique de la science-fiction.

  Et ensuite ça se gâte.

  Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur le choix de Nolan d'avoir complètement écarté la préparation des explorateurs pour leur voyage spatial, décision surprenante à première vue mais compréhensible vu la densité du récit. La véritable imperfection d'Interstellar survient rapidement après en faisant brutalement revenir l'action sur Terre au lieu de demeurer dans l'espace, instaurant une rupture désagréable dans l'immersion émotionnelle auprès de ses voyageurs interstellaires. Une erreur que le film ne cessera de renouveler faisant en permanence revenir le récit sur Terre pour mieux malmener l'implication du spectateur au sein du voyage spatial. Un procédé qui se justifie bien sûr par la volonté d'orchestrer l'intrigue autour de la relation du père et sa fille tout comme dépeindre l'agonie croissante de la Terre renvoyant ainsi à l'urgence de la mission du héros. Mais tout le concept d'un film comme Interstellar repose à mon sens sur l'implication émotionnelle du spectateur auprès de l'impossible odyssée qu'entreprend le héros: sa phobie angoissante du vide mortel qui l'entoure, sa solitude accablante loin de ses proches, ses tensions inévitables avec ses partenaires qu'il croise inlassablement, sa curiosité enfantine sur ce qui l'attend de l'autre côté de la galaxie. Autant d'éléments qu'Interstellar n'exploitera jamais à son paroxysme voir pire vulgarisera à cause de ce choix de rupture incessant comme si Nolan n'avait pas eu l'audace d'assumer concrètement son concept ou plutôt n'avait pas eu assez confiance dans la capacité du public à l'assimiler.

  Car il en découle l'autre défaut principal d'Interstellar, pour le coup bien plus familier aux détracteurs de Nolan, son insupportable tendance à rationaliser l'imaginaire et perdre un temps précieux dans des explications interminables au spectateur. Un effet particulièrement prononcé dans ce dernier film et qui provoque le double effet pervers de rendre d'une part le récit inutilement pompeux quand les personnages se sentent le besoin de rappeler en permanence à haute voix l'importance de leurs actions (alors que le récit l'a déjà très bien fait comprendre auparavant) et d'autre part de faire passer le spectateur pour un idiot incapable d'assimiler le moindre symbole métaphorique sans que des explications rationnelles ne viennent lui expliciter.

  Le comble de cette démarche absurde est certainement atteint dans la dernière partie du film, dans la droite lignée de la conclusion existentialiste de 2001 du Saint Kubrick, où alors que le récit conclut sa boucle métaphorique d'une manière formidablement touchante, le personnage principal va perdre un temps considérable à expliquer concrètement les évènements dont le spectateur est témoin plutôt que lui laisser la liberté de se l'approprier. Exactement comme si durant la Salle du Temps, l'explorateur de 2001 avait perdu son temps à clarifier la situation plutôt que laisser le spectateur s'imprégner de cette atmosphère surréaliste. Un constat accablant qui pose une interrogation inattendue:

  Nolan a t-il donc si peu confiance dans la force émotionnelle du cinéma?

  Ne sait t-il donc pas qu'une image vaut tous les mots? Que la puissance évocatrice d'un plan judicieusement choisi est supérieure à tous les discours qui pourraient le décrire? Il est tout de même temps de se poser concrètement cette question tant une partie considérable des 3h d'Interstellar est perdue en clarifications plutôt qu'enrichir la charge émotionnelle du film. Si encore le scénario était d'une finition absolue, ce procédé pompeux pourrait être plus facile à digérer mais en dépit de son exceptionnelle introduction, l'intrigue démontre aussi rapidement ses faiblesses.

  A commencer par la construction perfectible des protagonistes, le récit se focalisant tellement sur le personnage principal qu'il en éclipse totalement les autres pour lesquels le spectateur ne ressent jamais d'empathie et ne s'implique donc pas dans les nombreuses péripéties, souvent surréalistes, du voyage spatial. Et il est temps d'évoquer l'anomalie de la 5ème dimension qui s'est introduite dans l'intrigue, j'ai nommé Matt Damon. Pourtant plutôt bien introduit dans le récit et porteur d'un renouvellement narratif intéressant, le personnage est tellement bâclé et ridicule qu'il en devient incroyable d'avoir donné un rôle aussi mauvais à une star Hollywoodienne, et au demeurant un acteur qui a ma sympathie. Le pauvre n'est en plus pas aidé par une mise en scène bâclée et une direction d'acteurs perfectible qui nous ferait presque rappeler une certaine Marion Cotillard dans Dark Knight Rises. La pire demi-heure du film est clairement celle consacrée à son personnage, véritable boulet du récit, désolé Matt mais là il y a vraiment un gros soucis.

  Pour le reste, l'aspect surréaliste de nombreuses péripéties du voyage spatial n'aide pas vraiment à prendre le récit au sérieux ou à ressentir de la tension dans l’odyssée du héros (tension de surcroît malmenée par les nombreux allers retours de l'action sur Terre), je pensais que l'extincteur de Wall E dans Gravity était déjà un peu limite mais Interstellar est allé bien plus loin à ce sujet. Enfin l'insupportable Happy Ending, aussi invraisemblable que conventionnel dans son traitement, n'aide pas à calmer les réticences sur le film dans sa globalité. Car oui je me suis principalement attardé sur les nombreux défauts d'un film que j'ai au demeurant apprécié (si, si) parce que non seulement de nombreuses personnes sont déjà là pour mettre en avant ses qualités mais surtout parce que ses lacunes ternissent un film qui avait tout pour devenir un chef d'oeuvre absolu.

  Lorsque le récit rationnel n'empiète pas sur la puissance évocatrice des images, lorsque Nolan prend un minimum de temps pour se focaliser sur le récit spatial de son héros, l'immersion fonctionne, la mise en scène est juste et surtout surtout le jeu d'acteur est juste. Car c'est bien cet exceptionnel Matthew McConaughey qui parvient à outrepasser tous les défauts du film tant son interprétation, tantôt cynique, enfantine, émouvante ou ironique, est toujours bien adaptée à la scène. La meilleure séquence du film tient d'ailleurs dans un simple gros plan, la classique efficacité de Nolan, dans lequel l'acteur parvient à insuffler tellement d'émotions qu'il compense toutes les lacunes narratives du film. C'est un acteur doué, le saligaud, qui n'a clairement pas volé le buzz autour de son come-back et Nolan a comme d'habitude eu l'intelligence de savoir bien s'entourer.

  Au final, j'en reviens toujours au même constat concernant la filmographie de Nolan, celle d'apprécier surtout ces films en raison du déplorable contexte actuel des blockbusters Hollywoodiens. Il est suffisamment rare aujourd'hui qu'un film à grand budget ne rejoigne pas le bidon de lessive lobotomisé pour apprécier son ambition même si elle passe par une vulgarisation du concept et une simplification auprès du grand public. Mais dans le contexte global des odyssées spatiales, en terme de phobie oppressante Gravity faisait bien mieux, sur le sentiment oppressant de solitude Moon faisait mieux à sa manière, sur les tensions psychologiques entre les astronautes Sunshine de Danny Boyle était plus développé et sur la dimension existentialiste de ce voyage impossible 2001 peut toujours dormir en paix. Bref Interstellar n'est simplement qu'un bon film de science-fiction parmi tant d'autres là où son indéniable potentiel aurait pu l'amener à devenir un classique instantané. Et c'est tout de même dommage.

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Commentaires

Xya
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Xya
L'ensemble des lacunes ont été globalement expliquées, et bien dites ici-mêmes, mais ce qui me choque c'est l'absence de remarque sur une loi de physique très simple et très immuable : la loi de causalité.
Aucune conséquence ne peut arriver temporellement avant sa cause. Point, c'est marre.

Alors voir un Coop qui revient du futur/présent/passé pour s'auto avertir, c'est tout bonnement impossible. C'est un bon gros paradoxe temporel des familles. Si Coop se prévient inlassablement, il a bien fallut un moment zéro, bien facilement éviter dans le film puisque non évoqué.
Et c'est tout le problème du film : S'il n'est pas au courant des coordonnées de la NASA (initialement), il ne donc peut pas s'y présenter, ne peut pas aller faire sa promenade intergalactique, et ne peut pas se donner les coordonnées qui lui permettrait d'aller à la NASA, etc.

Et on en revient à une intervention soit extraterrestre, mais balayée par Coop lui même, soit par une intervention divine...

Comme quoi même Nolan ne peut s'empêcher de reprendre les bons travers de la filmographie américaine, ceux-là même qui n'auraient justement rien à faire dans un film supposément basé sur des faits et recherches scientifiques (cf. Kip Thorne, astrophysicien, qui a aidé à l'écriture du scénario).

C'est sympa, mais lassant à force...
boubil
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boubil
Le passage avec matt damon est selon moi le meilleur du film. C'est le seul passage du film qui soit un passage de science fiction, avec un caractère de personnage de science fiction et des interrogations et des rebondissements de science fiction.

Le reste du film repose sur des effets musicaux à ne plus finir et un verbiage qui mène à une enorme contradiction en fin de film.
Mr.B
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Mr.B
Hum, j'suis partis voir ce chef-d'oeuvre hier, et en toute franchise je ne suis pas vraiment d'accord avec tes propos, les retours "Espace" <-> "Terre" ne m'ont pas du tout dérangé, au contraire, ça m'a permis de voir l'évolution permanente dans la narration, comparer le lapsus temporelle entre la Terre et l'"Endurance" me faisait vraiment vibrer. Et je ne trouve pas que le personnage principal ai fait de l'ombre aux autres protagonistes, certes la narration était tourné vers son vécue et sa famille, mais tout comme "Brand" (Le docteur et sa Fille) ou encore "Mann" ... Et la fin à clos la boucle comme elle se doit, très psychologique et surréaliste, "Interstellar" est LE film à voir selon moi. (Surtout pour les gamers, avec un ami on s'est amusé à trouver des références à "Mass Effect" ou encore à "BioShock Infinite", et il se trouve que certaines sautaient aux yeux, mais bon à le droit de rêver.)
S H A D O W
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S H A D O W
Quelqu'un disait qu'on dirait que Hans Zimmer n'a pas vu le film quand il a composé mais c'est en grande partie vrai!
Autrement, il faut s'accrocher pour ne pas tomber dans l'irrationnel et se dire "c'est impossible!" (la dernière partie de la bibliothèque) et manquer du coup toutes les symboliques. Le visuel sur la description et l'écoulement du temps est d'une plasticité incroyable. On comprend en une image la physique quantique. Il a un truc ce Nolan.
Un bon film, une très belle performance de l'acteur principal.
korben4leeloo
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korben4leeloo
Surprenant. Tous les côtés "négatifs" que tu as relevé ont été pour moi les côtés positifs de ce film que j'ai trouvé excellent. Et ça se confirme quand je lis ta conclusion.

Je n'ai trouvé dans Gravity aucune phobie oppressante. J'ai juste passé 2h à mater une performance technique sans aucun scénario, mais à aucun moment je n'ai ressenti la moindre adrénaline, le moindre suspense, tout était soit convenu d'avance, soit totalement invraisemblable.

Je me suis quasiment endormi devant Sunshine, film prétentieux sans aucune saveur où rien ne se passe.

Il ne manquait plus que tu parles de District 9 ou de Elysium pour que le tableau soit complet.

Si on parle d'invraisemblance dans Interstellar, on ne doit même plus parler de ces films.

Je remercie Nolan d'avoir enfin hissé la SF à son véritable niveau, parce que franchement après m'être mangé des Solaris, des Sunshine, des Prometheus ou des Gravity, il était tant que quelqu'un de réellement talentueux relève la barre.

Interstellar est ancré en plein dans son époque. A l'heure de la théorie des cordes, je trouve fascinant qu'un cinéaste parvienne à conceptualiser de la manière la plus vulgarisée possible ce genre de notion autant que les enjeux et les impacts que cela engendre sur la perception de notre civilisation.
Kelun
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Kelun
Mouais, je pense que le côté "surnaturel" c'est surtout parce que c'est Nolan qui est derrière.

Si c'était un autre réalisateur qui aurait fait le film, je suis prêt à parier que pas mal de monde serait déjà entrain de lui tirer dessus à coup de gros sel.

Mais bon, comme c'est Nolan, on lui passe plus facilement certaines choses.
Jobalouk
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Jobalouk
Il y a une dimension surnaturel dans ce film, quand on l'accepte on est beaucoup moins critique avec les invraisemblances.
Leon9000
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Leon9000
Merci à tous pour vos messages, ça fait plaisir de voir des avis argumentés et partagés sur le film.

DrTenma: un autre Mushishi! ;) Je suis d'accord que la relation père/fille est également l'élément qui fonctionne le mieux dans le film mais pour moi il aurait justement gagné à garder le point de vue du père où seuls les messages enregistrés auraient été sa source d'information avec ses enfants (comme d'autres l'ont soulignés, où est passé le fils dans tout ça? Il est quand même pourtant très présent dans les enregistrements). Ce qui aurait rendu je pense la scène de la bibliothèque encore plus touchante où il aurait revu de ses propres yeux l'évolution de sa fille au fur et à mesure du temps.

Sinon désolé pour le petit spoil, le titre me faisait surtout marrer en l'écrivant mais après ce n'est pas un élément trop important non plus.

Kyonizuka: c'est ce que je disais aussi en conclusion dans le fait d'apprécier plus les films de Nolan par comparaison avec la médiocrité générale des blockbusters Hollywoodiens, maintenant je pense que si sa démarche est louable, je ne peux pas tout lui excuser pour cet état de faits. Mais clairement c'est un mérite de sa part, il aurait pu après tout partir directement sur Inception 2 plutôt qu'un nouveau projet original.

Uldar: tu me fais penser que je n'ai pas mentionné la bande sonore. J'ai eu le même problème comme souvent avec les dernières OST d'Hans Zimmer, celle d'un thème principal absolument excellent mais recyclé inlassablement dans toutes les situations sans vraiment varier la composition musicale à la scène spécifique. J'avoue qu'après tous les films où ce compositeur est présent dans la musique, ce recyclage commence à me lasser un peu.

Merci à nouveau pour vos messages :)
Uldar
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Uldar
C'est pas faux ce que tu dis Léon, mais le vrai problème c'est que ce film est nul.

Bon, déjà, certes les 30min avec Matt Damon sont les pires. Surtout qu'on devine son rôle dans l'histoire dès qu'on le mentionne dans le briefing du début.

La bande son, outre sa beauté, tombe parfois bizarrement comme si Zimmer n'avait pas vu le film en fait. Par contre, il y a une gestion du son carrément géniale, on passe d'une musique extra diégétique à une musique diégétique aux alentours de saturne avec une maîtrise qui force le respect.

Mention spéciale à l'imagerie du film qui pue la classe et la performance de l'acteur principal au retour de la planète de la flotte.

Tiens, je vais même pas cracher sur l'happy end à l'américaine. Même pas. Elle est cohérente avec le reste du film, qui se base sur un Deus Ex Machina divin.

Par contre, le film fait 2h49 et autant il est trop long, autant il est paradoxalement trop court. Les ellipses de Nolan me laissent interloqué. Je ne vais pas dire qu'il y a des plans "flottants" qui prennent juste du temps à l'image et ne servent à rien, mais ils essaient de monter une ambiance qui n'est pas raccord avec les plans qui les suivent ou les précèdent et ne sont, au final, qu'à peine raccord avec le film tout entier. On a l'impression que Nolan essaie de poursuivre trop de choses, d'ambiances, de fils narratifs, etc, à la fois et que par conséquent le film n'arrive pas à se poser.

Ce qui définit pas mal le film en lui-même. Nolan essaie, avec bravoure, de lier le genre du film à clé avec celui du blockbuster. Quasi tous les dialogues entre le padre et sa fille gagnent un second niveau de lecture après le premier visionnage. Le problème c'est que ce second visionnage est complètement invalidé par la troisième partie du film, qui essaie désespérément de ne pas perdre ses spectateurs et est donc non seulement redondante mais aussi chiante et longue comme un jour sans pain.

C'est. Complètement. Eliminatoire.

Un film ça va quelque part. La fin d'un film c'est l'apothéose, la culmination de ses climax, la quintessence du film. Et là il faudrait m'attacher à une chaise pour me forcer à revoir cette troisième partie. Pire, la fin, la toute fin, qui ressemble presque à une séquence post-crédit est coupée n'importe comment, elle ellipse des scènes importantes et s'attarde sur des trucs inutiles. Une fin bâtarde donc, à l'image en négatif des aspirations du film.

On est donc là face à un film raté, pas par ses parties, qui sont bonnes, musiques, mise en scène musicale, imagerie, jeu d'acteur, mais dans son ensemble, par l'échec de la mise en action de ses concepts.

Petit exemple de ce que je veux dire: Le retournement final, le 'ha-ha' la clé du film à clé, je l'avais grillée au début du film, avec le livre qui tombe à la fin d'une scène déjà bien longue. Pour un film à clé c'est pas possible ça. C'est éliminatoire. Cependant, je n'ai pas eu loisir à réfléchir, comprendre les implications de cette clé et tout le second niveau de lecture qui existe dans ce film (ce qui est bien pour un film à clé) immédiatement. Parce que le film prend aux tripes, met une tension de malade et nous cale bien profondément dans notre siège pendant une bonne heure avec sa seconde partie (sans matt damon) ce qui est génial et digne d'un très bon blockbuster. Le problème c'est que ce blockbuster perd sa troisième partie. Pour citer le film, il essaie de justifier sa propre timeline et essaie donc de faire mieux que ses concurrents avec les deux mains attachées dans le dos. Ca ne marche pas. On n'a pas d'apothéose, on a pas de grand moment, juste une fin en pétard mouillé qui crâcharde lentement ce qu'il lui reste. Pour un blockbuster c'est éliminatoire.

Pour filer la métaphore, ce film c'est du 20/30, mais avec deux fautes éliminatoires. Donc c'est raté. Y a du bon, du très bon même, mais c'est raté, tellement, tellement raté. Nolan aurait pas son permis s'il présentait une connerie pareil à l'examen pratique de conduite.

Et encore, je suis gentil et passe sur la morale sur l'amour niaise comme l'enfer. A savoir que la première fois où elle sort cette tirade est poignante, vu qu'on sait que les espoirs de l'orateur seront déçus, mais sa seconde utilisation et son élévation comme morale du film... C'est pas bon. C'est définitivement pas bon.
Blinis
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Blinis

Also agreed pour le titre/spoiler.

 

Personnellement ce film m'a touché, surtout pour l'histoire père/fille, qui est d'ailleurs un axe assez peu exploité au cinéma, qui préfère l'axe mère/fils. Ne venant rien chercher d'autre que cette histoire, et pas une révélation métaphysique sur la vie, l'univers et le reste, je suis donc content d'avoir vu ce film, et content qu'il puisse exister sans souffrir de la comparaison avec Gravity, Solaris ou 2001, dont il se démarque tout de même assez radicalement.

Butch Ryback
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Butch Ryback
+1, l'apparition de cet acteur etait plus ou moins un secret pour la plupart des gens (que certains qui se sont renseignes sur le film ont pu perces avant, certes, mais pour le grand public, c'etait une surprise).
MacClane
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MacClane
Merci pour le spoiler en plein dans le titre !
:-/
Himuo
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Himuo
Il était clair qu'avec la campagne marketing de malade que le film a eu il y allait avoir des réactions de rejet, c'était à prévoir
syLpHeeD
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syLpHeeD
Pas trop d'accord.

Le film m'a touché de A à Z sans que je me l'explique vraiment. Car c'est pas un film particulièrement triste, mais il y a quelque chose de spécial qui s'en dégage. Ressenti mis à part, je suis surtout pas d'accord pour dire que rationaliser un récit SF c'est "tuer l'imaginaire". C'est tout le contraire, ça le stimule, d'autant plus au sein d'une œuvre réaliste comme Interstellar. Le genre SF a trop souvent souffert d'approximations scientifiques, celles-là même qui nous font sourire nous autres, quand le protagoniste pirate les serveurs de la CIA avec des ordinateurs qui font des "bip" à chaque touche pressée et qui ont une barre de loading qui prend tout l'écran, avec la mention "plus-ostentatoire-tu-meurs" LOADING dessus. Interstellar ne s'en affranchit pas, mais prend la liberté fort bienvenue de stimuler notre curiosité. Et par conséquent notre imaginaire. En gros : "Serons-nous capables de faire ça un jour ? comment marche un trou noir ?"

L'ensemble est cohérent, imparfait mais cohérent. En tout cas si je devais reprocher des choses au film (que j'ai adoré), ce ne serait pas d'essayer de nous pousser à nous renseigner sur nos capacités à aller dans l'espace, sous prétexte que "ça tue l'imaginaire", ce qui est très faux à mon sens. Je crois, en plus, que le message du film est ailleurs, en tout cas il ne voyage pas en terrain SF pur et dur. Les aspects dramatiques m'ont bouleversé, et ils sont clairement la clé de l'intérêt du film.

Et je finis par un "Les goûts et les couleurs..." bien nul.
Kelun
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Kelun
@Tenma : Sauf que cette fameuse relation s'écroule comme un château de carte quand on la voit sur son lit de mort.

Elle dit à son père de sa barrer, déjà impensable, et lui se barre comme ça sans demander son reste, encore plus impensable. Sans parler de son fils.

@Kyonizuka : J'ai eu la même réaction quand Brand dit qu'il faut aller sur telle planète plutôt que sur l'autre. Fuck l'oxygène, fuck tout les éléments qui nous permettraient de survivre, fuck les données hyper positives et rassurantes.

Non non, on doit aller sur cette planète parce que mon mec est là bas. Ahurissant.
DrTenma
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DrTenma
Disons que le but du film n'est pas de faire ressentir l'immensité de l'univers aux spectateurs mais de le plonger dans une relation à distance entre un père et une fille, lui sera parti quelques mois vers une aventure qui lui correspondait, et elle devenue l’équivalent d'une mère qu'on veille dans ses derniers moments.

Le film n'est pas une odyssée magnifique et ne l'a jamais été en réalité, il est là pour rappeler aux spectateurs les conséquences d'une séparation brutale entre un père et sa fille, qui est accentué par la dimension du temps différente pour les deux.
kyonizuka
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kyonizuka
Mais n'empêche que malgré les imperfections de ses derniers films, Nolan reste pour moi LE réalisateur de ces dernières années.
Alors que tout Hollywood est empêtré dans une successions sans fin de remakes, films de super héros et autres adaptations de romans pour ados, Nolan, lui, apporte toujours soit un projet personnel de A à Z, soit l'adaptation d'une œuvre ignorée par la masse (Insomnia, Le prestige). Il ne tombe pas dans la facilité du remake ou de la suite easy et surtout, ne déçoit jamais (même dans le moins bon, bah y'a du bon. Aucun de ses films n'est pourri). Il varie ses projets et les expériences et suprend constamment. Et ça, c'est sacrément balaise.
On a perdu Ridley Scott, Danny Boyle, et tellement d'autres. Je lui souhaite juste de retrouver le degré de finition qu'il avait post Dark Knight Rises (la scène de la mort de Cotillard : c'est ENTIEREMENT de sa faute à lui) et qu'il ne finisse pas sa carrière comme un ersatz de Night Shyamalan (délirant et ultra prévisible).
Christopher Nolan, merci pour tout, et longue vie! Vivement la suite.

P.S.: Comment je kifferai le voir s'occuper cape et d'épée ou d'héroic fantasy. Oh! Mieux, de Conan le barbare. Et vous?
Conker
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Conker
Très bon résumé. Très bon film mais qui aurait pu être un chef d'œuvre, dommage !
Tu mets parfaitement me doigt dans ta critique sur les points qui m'ont gênés !
Sanyakash
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Sanyakash
+1 sur le fait que son fils passe complètement à la trappe, à croire qu'il s'en tape royalement, il a vu sa fille il repart direct.. Son cas n'est même pas évoqué. Il y a aussi du paradoxe temporel dans l'histoire.. Bref, plusieurs choses comme ça qui m'ont chagriné et m'ont empêché d'être totalement transporté.
Jobalouk
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Jobalouk
Globalement je suis d'accord avec toi mais moi je pense que c'est un film exceptionnel. Nolan explicite tout, c'est son cinéma qui est comme ça c'est tout. Je ne cherche pas à lui trouver des excuses mais j'ai aimé ce film parce-que malgré ses défauts (qui ne sont selon moi que mineurs) l'impact émotionnel était si intense que je s'en suis ressorti tout retourné. Parler de la théorie de la relativité générale dans un block buster c'est juste dingue. Il y a déjà eu un film de sf si proche de la réalité ? (même si évidemment beaucoup de choses sont survolées et simplifiées)
Dr_Mousse
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Dr_Mousse
J'ai pas lu toute la critique, uniquement la conclusion, que je partage, j'ai déjà pas mal étalé mon point de vue et les erreurs de "bon sens" que j'ai pu trouver au long du film dans la section "Cinoche" du forum, sujet "Coups de coeur"
Ce film n'est pas mauvais, il n'est pas génial non plus mais il est surtout très décevant. Un Nolan ça s'attend toujours avec une certaine impatience, mais là pour le coup j'ai l'impression qu'il a perdu pied. La réalisation est très propre, et j'admire cette volonté de ne pas tomber dans la facilité du numérique. A l'heure actuelle c'est trop rare pour ne pas être mentionné.
J'ai trouvé la première partie du film magistrale. La présentation qui laisse deviner le destin de la Terre, ce "fantome" qui peut être se cache, et la traversé de ce trou de ver puis....ça devient le drame. Trop de facilités par la suite, trop d'évidences, trop de drogues prises, je sais pas, mais tel l'Endurance, on glisse dans un puits gravitationnel sans fin.
Alors oui c'est beau, oui certaines scènes sont prenantes, mais l'absence de solidité dans l'histoire vient absolument tout gacher.
Pas un gachis, mais une belle déception
kyonizuka
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kyonizuka
J'arrive pas à avoir d’avis sur ce film. Mi-figue mi-raison en somme.

A la manière de Dark Knight Rises, autant la première partie est maîtrisée, autant le final lui, est décevant. Au moment où tout s’emballe, ce fameux twist qu'on attend (Nolan oblige) ben......Non. Juste non. Ça prends pas.

Déjà, le truc qui m'énerve au plus haut point, c'est cette manie de TOUT expliquer. Tout le temps. Et le reste du temps de TOUJOURS parler en citations et autres proses. C'est pas naturel. Tout comme de nombreuses réactions des personnages, qui sont loin d'êtres naturelles.
Par exemple ce fameux moment attendu à la fin, ou Cooper retrouve enfin sa fille. Une éternité qu'ils ne se sont pas vus. Et vas-y que ça sort des citations à gogo (c'est ton père gamine, parles-lui comme une fille parle à son père, normalement) mais pire que tout, ça dure 2 minutes. Cooper passe tout le film à essayer de sauver ses gosses, et non seulement on ignore ce qu'est devenu son fils (en tout cas tout le monde s'en tape à ce moment là) mais le gars n'assiste pas à la mort de sa fille. Impensable. Et le manque de réaction de ses descendants à son arrivée n'aide carrément pas.
Autre fait gênant, le stéréotype qu'est forcée d'incarner Brand au moment critique du film : le choix de la dernière planète. Une femme, peut importe qu'elle soit une scientifique chevronnée, elle sera FORCEMENT amoureuse de quelqu'un. Comme ça, pas de véritable débat sur le choix de la planète, perd donc toute crédibilité femme, et ferme là!

Dernier point qui m'a gêné, ce non choix entre réalisme et fantastique. On passe le plus gros du film dans un univers qui se tient. Je veux dire oui y'a du fantastique, mais ça reste réaliste dans le traitement, y'a pas d'aliens et tout est constamment rationnalisé (théories et autres lois de la physique). Jusqu'à l'arrivée de la dernière partie du film. Déjà, la station spatiale de fin du film avec ses vaisseaux spatiaux sortis tout droits de chez Cobra de GI Joe. Et pour le reste c'est festival. Allez que je suis immunisé à l'ammoniac et au froid (combat contre Matt Damon), allez que je me transforme en super pilote invulnérable (l'amarrage à la station spatiale), et enfin, allez les gars, c'est la 5e dimension alors c'est la fête on fait ce qu'on veut! De toute façon, fermez là, c'est la gravité. Voilà c'est tout.

Bref, y'a énormément à dire sur le film mais je le ne considère pas non plus comme mauvais. Déjà le thème est chaud à traiter (l'amour sous toutes ses formes) et émotionnellement, il est malgré tout assez juste. Et puis l'arrivée surprise de Matt Damon fait plaisir à voir. Son personnage apporte un contraste psychologique bienvenu au reste du crew.

Désolé si j'ai pas été super clair, désolé pour ce long pavé indigeste, mais voilà mon ressenti.
Captain Panda
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Captain Panda
les frères Nolan sont des conteurs d'histoires assez incroyables. "Intersteallar" m'a scotché au siège et m'a surtout fait ressentir énormément d'émotion. Peut-être que ma récente paternité joue beaucoup, mais sincèrement, en terme de spectacle et d'émotion pure, ce film est impressionnant.

Nolan réalise toujours de manière très propre, les acteurs sont toujours très bons et le scénario toujours aussi recherché et travaillé. Je trouve dommage que des spectateurs viennent voir ses films pour la qualité technique alors que l'essentiel est clairement dans l'émotion et la capacité à surprendre le spectateur. Chacun à le droit ou non d'apprécié, pour ma part, ils ne m'ont jamais déçu et ce nouveau film m'a complètement transporté.
Leon9000
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Leon9000
Sanyakash: hahaha oui bien sûr, j'ai confondu avec l'excellent jeu indépendant de Freebird Games mais leur dernier titre A Bird Story est sorti il y a pas longtemps aussi, j'ai une excuse ;)

superclank: j'ai lu ton message avec intérêt mais j'avoue ne pas avoir une seconde envisagé que le final faisait parti d'une sorte de rêverie du personnage principal mais après j'avoue que je ne suis jamais trop porté sur ce genre d'hypothèses. Même durant le final d'Inception que la Toupie continue à tourner ou pas n'était pas important, pour moi c'était l'intention derrière qui était intéressante : celle d'avoir instauré un doute permanent dans la perception du spectateur sur la réalité du récit, exactement comme je me moquais de savoir si Deckard est un répliquant ou non dans Blade Runner mais le fait est que la Licorne de Papier instaure définitivement une confusion identitaire entre les humains et machines. J'aurais franchement adorer avoir le même doute à la fin d'Interstellar mais ça n'a pas du tout été le cas, j'y ai surtout vu un dénouement facile qui retombait dans le conventionnel quitte à en devenir incohérent.

Merci à tous pour vos messages :)
SouriSotte
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SouriSotte
C'est drôle que les personnages aient tous la fonction pédagogique d'expliquer ce qui se passe quand on voit à quel point la science, dans sa partie mécanique spatiale et manœuvres orbitales, est parfois à côté de la plaque dans ce film...

Édito

Un cinéphile, un gamer qui partage depuis longtemps sa passion à travers le net et arrive maintenant sur Gameblog. Outre mes critiques traditionnelles, vous trouverez dans la rubrique "articles principaux" des écrits de réflexion, ceux m'ayant demandé le plus de temps. Dans le soucis d'accorder plus de lisibilité aux articles (étant l'essence même d'un Blog) j'ai décidé de ne poster que mes vidéotests les plus importants dans ces pages.

Les liens ci dessous vous permettront de retrouver mes autres activités sur Internet, mes vidéotests et mes anciens articles sur mon premier Blog. Je vous souhaite une bonne visite sur ce site!

 

Mes vidéotests focalisés sur la narration dans les jeux vidéos

 

 

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"Tous les films sont des rêves. Mais certains un peu plus que d'autres." David Lynch

 

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