Intrigue

Par Snake_in_a_box Blog créé le 14/12/10 Mis à jour le 03/09/17 à 15h55

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There must be a fantasy.

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C'est l'arme immuable des bourrins. Celle qui existe toujours en au moins un exemplaire dans tous les jeux d'action et que l'on garde sous le coude en cas de coup dur. Avec ses caractéristiques connues de tous, la mitrailleuse lourde fait partie, au même titre que le fusil de précision, des indispensables. Plutôt que de détailler toutes les mitrailleuses qui existent, nous allons nous attacher à parler de celle qui a le plus d'impact dans l'imagerie populaire, cinéma et jeux vidéo en tête. Intéressons nous donc à la Gatling.

Mais tout d'abord, une photo de notre objet d'étude.


Une Gatling célèbre, la M61 Vulcan.

Petit historique.
 
La mitrailleuse est née de la nécessité d'avoir une arme de défense contre l'infanterie à courte portée. Les canons utilisaient auparavant de la mitraille, c'est à dire des cylindres contenant des billes en métal misent à la place des boulets. Cet armement imprécis sera rapidement remplacé par les premiers brevets de mitrailleuses, notamment, du coté des Etats-Unis par une invention de Richard Jordan Gatling qui date de 1862. L'US Army achètera les premiers modèles dès 1865 et ne cessera de se décliner jusqu'à aujourd'hui..

Principe de fonctionnement.
 
Gatling est donc le nom d'une marque et non d'une mitrailleuse spécifique. Pour être plus précis le terme désigne l'ensemble des mitrailleuses qui respectent le mécanisme de M. Gatling. Une mitrailleuse Gatling est un ensemble de six canons (ou plus) qui a pour avantage de paralléliser les diverses opérations de tir. Ainsi, pendant qu'un canon tire le projectile, le tube adjacent est chargé et se dirige avec la rotation du canon, vers la phase de percussion. Le canon suivant, lui arrive en phase d'éjection et retourne au début de la rotation où il recevra une nouvelle cartouche.
Une petite vidéo aura le mérite d'être beaucoup plus claire:


Principe de base d'une Gatling, avec le modèle de 1874. Ça marche de la même manière aujourd'hui mais on remplace la manivelle par un moteur.

Le projectile tombe par gravité au sommet du dispositif puis la manivelle le descend par rotation jusqu'au moment où le percuteur sera relaché. Ce mécanisme possède donc l'avantage de ne jamais ralentir la cadence de tir quelque soit la phase. Pendant que la Gatling charge, un projectile est tiré et un autre est éjecté et ainsi de suite. L'autre l'avantage de la Gatling est la multiplicité des canons qui limite l'échauffement. Un tube de Gatling ne tire en définitive qu'une fois sur six, il a donc le temps de se refroidir pendant qu'il continu sa course dans la rotation.
La première mitrailleuse tirait des cartouches en papier et était peu fiable. L'arrivée des cartouches métalliques en laiton rendra l'arme beaucoup plus efficace. Mais actionnée par un servant avec une manivelle, l'arme est toujours susceptible de s'enrayer car le rythme de rotation doit être régulié. L'arrivée des moteurs électriques, pneumatiques, hydrauliques va automatiser la phase de rotation et va rendre la Gatling beaucoup plus efficace. Mais grâce au dispositif d'emprunt des gaz, les mitrailleuses lourdes n'ont plus besoin de mécanisme parallèle  encombrant et nécessitant une source d'énergie extérieure. La Gatling, considérée comme une pièce d'artillerie, sort des champs de bataille et sera remplacée bien plus tard par la Maxim ou la M60 qui sont elles portatives.
Le mécanisme Gatling trouvera donc son utilisation moderne ailleurs.
 
L'utilisation militaire

La Gatling possède l'inconvénient de l'encombrement et de l'énergie mais il est un endroit où ce souci est fortement réduit. Il s'agit de l'avion. En effet, un avion produit déjà sa propre électricité et la carlingue d'un zinc est suffisamment vaste pour accueillir un canon Gatling. Les Gatling sont les mitrailleuses qui possèdent la plus grande cadence de tir, ce qui est indispensable dans le cadre d'un combat aérien au canon où les cibles sont extrêmement mobile, il faut  donc maximiser les cadences de tir pour toucher son adversaire.
Ainsi le Vulcan, en image au début de cet article équipe beaucoup d'avions de chasse comme le F-15, le F-18 ou même le F-22 dans une version allégée. C'est une Gatling assez compacte.
Mais quand les Américains voulurent un avion capable d'arrêter un char Soviétique en pleine Guerre Froide (toujours dans la crainte d'un conflit ouvert). Il développèrent un canon spécialement dédié, le GAU-8 Avenger. Et ils construisirent un avion dédié à cette arme, le A-10 Thunderbolt.
 
Le GAU-8 Avenger avec une coccinelle à coté pour donner une idée de la taille.
 
Ce canon à sept tubes pèse prêt de 2 tonnes chargé pour 6 mètres de long. Il atteint une cadence de 4200 tirs/minutes, cadence inutilisée car elle gaspillerai trop vite les munitions, qui sont un mélange d'obus perce-blindage et de munitions explosives-incendiaires. Aujourd'hui, le GAU-8 n'est plus produit. Pour neutraliser les chars, l'emploi quasi exclusif des missiles air-sol à guidage laser ou GPS permet des frappes discriminantes et non d'arroser une zone "à l'aveugle" qui augmente le risque de victimes civiles. En effet, le A-10 est responsable de beaucoup de morts américains pendant la première guerre du Golfe où cet avion fut utilisé en masse pour neutraliser les chars irakiens.
 
La Gatling semble donc vivre, comme canon d'avion, ses dernières heures. Mais des dispositifs semblables existent sur les navires où ils servent à la défense. En effet, le Phalanx CWIS est une Gatling couplé à un système radar chargé de détecter les missiles anti-navires en approche. Quand un tel missile arrive, le Phalanx se "cale" sur le missile et le plonge sous un feu nourri. Les obus explosifs se chargent de détruire le missile avant qu'il ne touche le navire. On considère qu'un Phalanx à un taux de réussite de 100% à 500 m.
On trouve enfin des Gatling sous la forme du Minigun (le GAU-2) qui tire des munitions classiques de 7.62 OTAN (qui sont les cartouches des fusils d'assaut moderne). Ces Minigun sont équipés sur les cotés des hélicoptères de combat. De taille réduite et monté sur un point d'ancrage, ils sont manipulables par un soldat.
 
La Gatling dans le jeu vidéo.
 
Plus que la Gatling, nous allons parler ici de toutes les mitrailleuses lourdes qui interviennent dans le jeu vidéo.
La mitrailleuse lourde respecte un cahier des charges spécifique. De façon invariable, elle possède une cadence de tir largement supérieures aux autres armes couplé à une puissance qui rend la rend vite létale. Mais cette puissance est soumise à la portée. En effet, la mitrailleuse lourde est contrebalancée par sa précision qui la rend impropre dans les combats à distance. La mitrailleuse lourde s'impose alors comme une arme de corps-à-corps face à de nombreux adversaires. Souvent cette arme ralenti le joueur car son poids est important. Cela permet surtout d'éviter d'en abuser.
il est curieux aussi de noter que la mitrailleuse lourde a évolué dans le jeu vidéo. Dans les Doom-like comme Doom (ah ah ah) ou Red Faction, la mitrailleuse lourde se situe entre le pistolet de base et le canon laser/plasma/rail gun de fin de jeu. C'est un étape sur le chemin de puissance du joueur. L'arme faible et lente du début est remplacée par sa version transcendée qui devient indispensable. Par la suite on abandonnera cette mitrailleuse pour une arme qui dépasse la réalité et rejoint une sorte de magie technologique.
Dans les FPS moderne, la mitrailleuse lourde tend à ne plus faire partie de cette progression. Désormais, elle reste fixe et émaille les niveaux où le joueur obtiendra en un point précis une puissance de feu plus grande. Le level-design se chargera d'encourager cette puissance en proposant des adversaires/chair à canon qui n'ont pas d'autres objectifs que de s'empaler sur le tir de la mitrailleuse montée sur affût. Dans la démarche réaliste du FPS moderne, le soldat (qui n'est plus un surhomme) n'embarque pas des dizaines d'armes. Echange automatique avec l'arme que l'on ramasse (Uncharted), classe qui empêche d'en prendre certaines (Battlefield), le jeu d'action moderne ne cautionne plus les Marines suréquipés.
En imposant la mitrailleuse à un point fixe, on scripte le jeu, et bien que le fun primaire soit au rendez-vous de telles phases, on voit désormais la comédie derrière. Et là où on disait que Doom était violent et bête, je me demande si le spectacle limite caricatural de cette chair à canon virtuelle n'est pas plus bête. Certes l'exercice est le même, on tue encore et encore. Mais les FPS nous donnent le sentiment de voir le marionnettiste derrière le jeu. En ne sachant plus trop si la marionnette est l'IA ou le joueur lui-même.  Le vice va plus loin avec les phases de rail shooting, où la mitrailleuse lourde est l'élément central que ce soit montée sur un blindé de Call of Duty ou de façon plus libre avec un Warthog ou un mecha de Killzone. Dans ces séquences, les munitions sont souvent illimités, l'arme est soumise alors à un échauffement pour empêcher un tir perpétuel.
 
La mitrailleuse lourde dans le jeu vidéo est un élément d'amusement assez primaire. Le joueur n'a pas à faire preuve de skill comme sur le rail gun ou le fusil de précision. Il peut tirer de façon hiératique, venir au contact de l'ennemi et triompher. C'est une arme pour le fun dont le but est de fragger en masse (comme dans Hot Shot 2). On note bien le glissement de cette arme, cette spécialisation toujours plus poussée dans le jeu vidéo qui veut respecter à tout prix un certain réalisme quitte à devenir dérangeant (voir à ce sujet l'article de Parodius  http://www.gameblog.fr/article-lecteur_1094_battlefield-3-reactions-d-un-ancien-militaire).  
La mitrailleuse lourde opère alors dans le jeu vidéo un glissement assez spécial. Elle passe d'objet caricatural et donc ludique à celui d'objet réel mis dans des conditions réalistes mais toujours attaché à l'objectif caricatural du jeu vidéo.
 
Heureusement, la Gatling, avec ce design si reconnaissable et différent garde encore cette aura de puissance quasi magique et autorise encore les délires "artistiques". Cela commence tout d'abord avec Vulcan Raven de MGS 1, chaman indien qui se bat avec un canon Vulcan, chose qui est juste inconcevable. Là encore on note le rapport armement/magie que j'avais développé avec le Rail gun. Vulcan Raven le mystique aux corbeaux donne une aura surréaliste à cette arme d'une tonne qu'il porte sur lui.
Dans le même genre de délire, on note aussi le GAU-19 de Uncharted 2 que Drake porte sans soucis à travers les niveaux. Certes l'arme l'entrave, mais il faut noter que le GAU-19 équipe en réalité des hélicoptère de combat, pas des hommes à pieds.
Enfin pour être dans l'actu avec Deus Ex, Barrett le premier boss du jeu possède une augmentation qui est un Minigun installé dans son bras. Ce petit délire garde une sorte de réalisme car les augmentations peuvent justifier cette arme et sa taille réduite le rend presque crédible. Bref de la bonne science-fiction, celle qui oscille entre fantasme de l'auteur et futur possible.  
 
La Gatling est donc emblématique car nous avons tous connus ce moment grisant où notre puissance se retrouve décuplée que se soit en la possédant ou en triomphant d'elle. Ce sentiment de réussite est au coeur du jeu vidéo et de l'attrait qu'a le jeu vidéo. Et pour atteindre cette plénitude de la victoire, avoir une Gatling au bout du pad est le moyen le plus direct.
 
Cachez vous, j'arrive!
 
 
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Commentaires

Krystalwarrior
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Krystalwarrior
Comme beaucoup je découvre ton blog (en plus je me tape tout dans la même journée/soirée/nuit) et cette rubrique est toujours aussi bonne. En plus j'apprend plein de choses donc je me sens beaucoup moins con ! :)

Mais sinon j'aime pas la Gatling, c'est trop une arme de gros porc ! Enfin de toute façon, subtilité et jeux vidéo.. @[email protected]
Sharn
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Sharn
Excellent article en tout état de cause. J'aime beaucoup ta série d'article sur le sujet. ;)
Cancoillotte
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Cancoillotte
Assez sympa de parler des armes dans les jeux vidéo (moi aussi je découvre ce blog ^^). Effectivement, on retrouve la Gatling un peu partout!
Deux exemples non cités dans cet article: le Heavy de Team Fortress 2, c'est son arme principale, indispensable dans certaines situations où il faut faire de gros dégâts, ce que certains membres de l'équipe ne peuvent pas aussi bien faire;
et plus curieusement, je me souviens très bien de MediEvil 2 (sur PsOne) c'était en quelque sorte la meilleure arme à feu dont peut se servir Sir Daniel Fortesque. Hélas, il faut récupérer tout les calices, on ne peut s'en servir que vers la fin du jeu... a moins de tricher! Super efficace, cette arme: très puissant, ne rate jamais les cibles (de près ou de loin), elle rend obsolète toutes les autres armes à feu. Sauf lorsque vient le moment d'être à court de munitions...
Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
Merci!
donwar
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donwar
Excellent article, je découvre ton blog et je tombe sur ce billet assez original

Édito

L'actualité trépidante du jeu vidéo oblige à la plus grande prudence.
Le but de ce blog est donc de proposer à tous les joueurs en quête de la vérité des news de qualité, vérifiées et objectives.
Mais la rigueur de ces articles n'empêche pas néanmoins d'exposer des avis affutés et des critiques constructives qui ne manqueront pas d'élargir l'esprit des gameblogueurs ouverts aux thèses les plus audacieuses.

Si ce blog reste un oasis d'où jailli une source intarrissable de savoir, il n'en reste pas moins un havre accueillant où les sens seront nourris d'illustrations de qualité, bien que portés plutôt sur un look en particulier.

Quand l'actualité (toujours trépidante, rappelons-le) me laissera quelque latitude, je parlerai aussi d'animation et de sujets autrement plus graves comme... Euh... Le jeu vidéo, tiens. Ou les mechas.... (c'est important les mechas, vu les  films de merde qui sortent en ce moment...)

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