Enrico Tosti-Croce, ingénieur chilien de 77 ans, a restitué à la Grèce un fragment de marbre sculpté hérité de son père, après avoir entendu à la radio que le pays réclamait depuis longtemps la restitution des sculptures de l'Acropole détenues par le British Museum.

Quand il a entendu cette nouvelle, il s'est dit qu'il avait là un petit morceau du Parthénon, a-t-il raconté dans un entretien à The Art Newspaper (Graciela Ibáñez), ajoutant que c'était sa responsabilité de le rendre.

En janvier, il écrit à Theodosios Theos, chef adjoint de mission de l'ambassade de Grèce au Chili, pour lui signaler qu'il possède selon lui un fragment du Parthénon. Il envoie photos et détails. Fin mars, il apporte lui-même le morceau de marbre à l'ambassade, à Santiago. Des mois plus tard, Olympia Vikatou, directrice du Service archéologique grec, lui écrit pour le remercier et lui livrer les premières conclusions de son équipe.

Pendant des décennies, l'objet n'avait pourtant jamais quitté une étagère de salle à manger. Le père d'Enrico, Gaetano Tosti-Croce, ingénieur sous-marinier italien, l'avait ramassé près de la base du Parthénon en 1930, lors d'une visite d'Athènes avec la marine italienne.

Il considérait ce bout de pierre comme un simple ornement parmi d'autres, rapportait son fils dans un entretien à El País (Antonia Laborde). Après la guerre, la famille s'installe à Viña del Mar, au Chili, et le fragment traverse l'Atlantique avec elle.

À la mort de ses parents en 1994, Enrico en hérite et l'emporte chez lui, à Villarrica. Quand quelqu'un venait chez lui pour la première fois, il lui montrait cette pierre en disant que cela venait du Parthénon, a-t-il confié à The Art Newspaper, précisant que certains le croyaient, d'autres non.

Un temple plus ancien que le Parthénon

L'examen mené par les archéologues grecs a réservé une surprise. Il s'est avéré que le morceau ne venait pas du Parthénon, mais d'un temple encore plus ancien, a reconnu Tosti-Croce. Le fragment, qui pèse environ 1,2 kilogramme, porte le contour net d'une fleur de lotus.

Selon les conclusions transmises par Vikatou, ce motif correspond aux gouttières décoratives qui ornaient autrefois le toit de l'Hekatompedon, le premier temple monumental érigé sur l'Acropole, construit vers 570 avant notre ère, soit plus d'un siècle avant le Parthénon, bâti entre 447 et 438 avant notre ère.

Son système de drainage alternait palmettes ovales et fleurs de lotus. Le ministère grec de la Culture qualifie toutefois ce lien de probable, faute de rapport technique complet : l'attribution repose surtout sur des comparaisons stylistiques avec des éléments déjà connus de l'Hekatompedon.

Comment une pierre archaïque s'est-elle retrouvée près de la base du Parthénon, là où Gaetano l'a ramassée dans les années 1930, reste sans réponse.

Le fragment a été officiellement transféré à l'Éphorie des Antiquités de la Ville d'Athènes, pour une garde étatique permanente et une évaluation scientifique complémentaire. Ce geste ne règle en rien le contentieux qui oppose depuis les années 1980 la Grèce au British Museum au sujet des marbres du Parthénon, mais il vient enrichir la collection nationale liée à l'Acropole d'une pièce désormais documentée.

Theos, de l'ambassade grecque au Chili, y a vu un exemple d'honneur et de courage susceptible d'inspirer d'autres citoyens, au Chili comme à l'étranger.

De son côté, Tosti-Croce dit avoir ressenti une satisfaction particulière, difficile à décrire selon ses mots, ajoutant qu'il avait eu l'impression d'avoir fait quelque chose de bien.