Un sous-marin autonome a disparu au fond de l’Antarctique après une découverte qui pourrait bien changer notre vision de la planète et qui a secoué les scientifiques.
Il y a des histoires qui ressemblent à de la science-fiction et qui sont pourtant bien réelles. Celle de Ran en fait partie. Ce sous-marin autonome de six mètres, déployé par l'International Thwaites Glacier Collaboration, avait pour mission d'explorer un endroit que personne n'avait jamais vu : la base de la plateforme glaciaire de Dotson, en Antarctique, coincée entre le fond marin et des dizaines de mètres de glace. Un environnement sans communication directe ni GPS dans lequel Ran a plongé en janvier 2022 pendant près d'un mois, avant de subitement disparaître.
Des découvertes sur les dessous de l'Antarctique
Grâce à son sonar multibeam, il a cartographié 140 kilomètres carrés avec une précision inédite, et ce qu'il a remonté a visiblement fait beaucoup de remous au sein de la communauté scientifique. Sous la plateforme de Dotson, en Antarctique, ce ne sont pas des étendues lisses et uniformes qui l'attendaient, mais un paysage d'une complexité inattendue dont des terrasses superposées, des canaux creusés, des fractures ouvertes, et ces fameuses structures en forme de goutte d'eau (les teardrops) longues de 170 mètres au maximum, décalées de 85 degrés sous l'effet de la spirale d'Ekman. Des formes que les images satellite ne permettaient pas de soupçonner.
Les données récupérée révèlent surtout, et c'est là la grande découverte du sous-marin, que la fonte des glaces de l'Antarctique ne suit pas un schéma uniforme, contrairement à ce que supposaient les scientifiques. À l'est de la plateforme, où les courants sont lents, des remontées épisodiques d'eau plus chaude creusent des marches profondes en érodant lentement la base. À l'ouest, le courant, chargé d'eau salée réchauffée, lisse et ronge la glace en nappe. Deux dynamiques différentes, à quelques kilomètres d'intervalle, en outre.

Une disparition qui soulève beaucoup de questions
En d’autres termes, cela signifierait que quand une plateforme de l'Antarctique comme Dotson s'amincit, elle retient moins efficacement les glaciers situés en amont, qui glissent alors plus rapidement vers l'océan. D'après les chercheurs, la fonte sous Dotson aurait déjà contribué à une hausse du niveau des mers de 0,5 centimètre depuis 1979. En intégrant ces reliefs complexes dans les modèles, les prédictions sur l'évolution du niveau marin pourraient être significativement affinées et pas forcément pour le meilleur. Puis lors d'une ultime mission vers l'ouest, Ran n'est jamais réapparu.
Ni signal, ni débris, le sous-marin a disparu dans un silence aussi glacé que les eaux qu'il explorait. Panne technique, échouage, facteur biologique non identifié… L'équipe avance des hypothèses mais sans aucune certitude. La professeure Anna Wåhlin, qui dirigeait le projet depuis l'université de Göteborg, estime que la perte est douloureuse, mais les découvertes réalisées justifient de continuer. L’équipe espère pouvoir remplacer Ran et reprendre ses recherches dès que possible, afin de percer complètement les mystères se cachant sous l’Antarctique et ce qui a eu raison de ce sous-marin conçu pour y survivre.
Source : Science.