La pop-culture regorge de contes et d’œuvres féériques à la Disney qui nous font rêver à grands coups de « happy endings ». Et c’est peut-être l'un des plus grands freins au vrai bonheur selon ce grand spécialiste en psychologie positive.
« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Cette phrase, tout le monde la connait. Et ce pour la simple et bonne raison que dès l’enfance, nous avons tous été habitués à l’entendre à la fin de toutes les belles histoires à la Disney, qui proposent ce qu’on appelle communément un « happy end ». Car c’est peut-être, dans le fond, l’un des premiers enseignements qu’on nous inculque : le but dans la vie, c’est d’être heureux. Mais pour le docteur Tal Ben-Shahar, professeur à l’université d’Harvard, cet enseignement a probablement aussi des conséquences « toxiques ».
Disney, l’un des plus grands freins au bonheur des adultes ?
Et pour cause, si l’on en croit les études menées par ce dernier, qui a fait de la psychologie positive sa grande spécialité, le problème inhérent à une telle approche de la vie repose sur le fait que le bonheur est en réalité un concept voué à rester éphémère. Ainsi, quand les histoires de notre enfance à la Disney nous apprennent que le fait d’atteindre ses objectifs est supposé nous garantir le bonheur pour le reste de notre vie, elles nous préparent en réalité à une amère déception dès lors que l’on comprend que tout cela est en réalité impossible.
C’est d’ailleurs ce que Ben-Shahar appelle le phénomène de « l’erreur de l’arrivée » (ou « arrival fallacy » en anglais). Et pour comprendre comment il fonctionne, le processus est très simple. Posez-vous une simple question : avez-vous déjà rêvé d’une chose pendant des jours, des mois voire des années, puis fini par l’obtenir ? Si oui, alors vous vous souviendrez assurément du sentiment de bonheur intense qui s’en est suivi, et qui aura duré pendant un certain temps. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Ressentez-vous toujours le même bonheur ?
La réponse est non, évidemment. Car forcément, après le bonheur qui a accompagné le fait de pouvoir enfin obtenir l'objet de toutes vos convoitises, le cerveau s'est inexorablement habitué à cette nouvelle réalité, aujourd'hui presque devenue une banalité. Et c’est précisément sur ce point que Ben-Shahar souhaite faire réagir les gens. Pour être heureux, le bonheur ne doit plus être perçu comme une finalité, comme la conclusion d’un processus visant à obtenir quelque chose, mais plutôt comme le vecteur lui-même de ce processus.

« Ce n’est pas une fin en soi »
« La fausse croyance selon laquelle atteindre une certaine destination nous rendra heureux de façon permanente est l'un des plus grands obstacles au bien-être » déclare ainsi Ben-Shahar. « Le bonheur n'est pas une fin en soi, c'est une ressource que l'on cultive tout au long du chemin ». De fait, peut-être la clé du bonheur réside-t-elle finalement dans l’idée d’arrêter de bercer les futures générations à grands coups de Disney et autres belles histoires, pour à la place leur enseigner très vite la réalité des choses : le bonheur, c’est aussi une succession de hauts et de bas.
Source : Tal Ben-Shahar