105 milliards de dollars, 1,5 million de puces, 8 gigawatts d'ici 2032 : le futur plus grand centre de données du monde prend forme dans l'Ohio. Nvidia et OpenAI y voient déjà 600 milliards de revenus potentiels.
Nvidia s'apprête à investir jusqu'à 105 milliards de dollars dans OpenAI pour financer la construction d'un centre de données dans l'Ohio. Baptisé « PORTS-Pike », le site doit devenir le plus grand centre de données du monde, avec une capacité de calcul de 8 gigawatts d'ici 2032.
Le projet, situé dans le comté de Pike, doit abriter plus de 1,5 million de puces Nvidia, seul fournisseur retenu pour ce site. Les 800 premiers mégawatts doivent entrer en service en 2028, avant une montée en puissance progressive. La puissance électrique nécessaire, l'équivalent de ce qu'il faut pour alimenter 6 millions de foyers américains selon le New York Times, sera fournie en grande partie par une nouvelle centrale à gaz.
OpenAI loue le site pour vingt ans. La société qui le construit et en restera propriétaire, SB Energy, est une filiale du groupe japonais SoftBank fondée en 2019.
Jensen Huang, qui dirige Nvidia, a justifié cet engagement par la nécessité de garantir un accès de long terme à la puissance de calcul. Dans un communiqué transmis à CNBC, il a expliqué vouloir sécuriser une infrastructure de longue durée afin qu'OpenAI puisse déployer les usines d'IA les plus productives et qui peuvent être mises à niveau à plusieurs reprises à chaque nouvelle génération de modèles d'intelligence artificielle, tout en étant plus efficient.
Le patron d'OpenAI, Sam Altman, a de son côté évoqué « un site immense, avec suffisamment de puissance de calcul pour aider des millions de personnes à faire avec l'IA des choses que nous commençons tout juste à imaginer, de la découverte de nouveaux médicaments à la création d'entreprises ».
Une garantie qui ne couvre pas tout
L'accord, qualifié d'arrangement inédit par le New York Times, ne consiste pas en un chèque de 105 milliards de dollars versé directement à OpenAI. Nvidia apporte une garantie qui couvre une partie des loyers et des frais d'électricité, ainsi qu'un engagement à préserver une valeur minimale du site, pas le coût total du projet ni l'ensemble des obligations d'OpenAI.
Concrètement, OpenAI paiera le loyer. En cas de défaut, Nvidia comblera la différence entre la valeur minimale garantie et ce que le propriétaire pourrait récupérer en relouant ou en vendant le site. Jensen Huang l'a résumé d'une phrase, expliquant qu'OpenAI devra payer un loyer.
Le financement encore à définir
La structure financière du projet n'est pas arrêtée, selon des sources proches du dossier. Elle mêlera fonds propres et dette. Les fonds propres pourraient venir d'une introduction en bourse envisagée pour SB Energy et d'un investissement direct de SoftBank. Une fois ce montant fixé, le reste sera financé par la dette, probablement des prêts de financement de projet et, éventuellement, des obligations publiques.
Nvidia a par ailleurs annoncé lundi 17 août 2026 qu'elle investirait 1,5 milliard de dollars supplémentaires dans SB Energy, quelques mois après un premier apport d'un milliard de dollars d'OpenAI et de SoftBank destiné à développer l'infrastructure des centres de données.
35 000 emplois annoncés dans l'Ohio
OpenAI met en avant les retombées économiques du projet. La société annonce la création de 35 000 emplois dans la construction d'ici 2032, dont 2 500 postes pérennisés à long terme dans l'exploitation du site.
Selon Jensen Huang, la seule capacité initiale de 4,25 gigawatts du site pourrait rapporter 200 milliards de dollars de chiffre d'affaires à Nvidia. En intégrant l'extension prévue de 3,75 gigawatts, Nvidia pourrait générer 600 milliards de dollars de chiffre d'affaires grâce à OpenAI d'ici 2030, pour un total de 16 gigawatts de puissance de calcul vendue.
Pour alimenter l'ensemble, SoftBank et SB Energy prévoient de construire au moins 10 gigawatts de nouvelles capacités de production électrique, ainsi que 4,2 milliards de dollars d'infrastructures de réseau régional, en partenariat avec AEP Ohio.
Un montant d'abord revu à la baisse
Le chiffre de 105 milliards de dollars n'est pas celui envisagé au départ. Selon le Wall Street Journal, Nvidia avait d'abord discuté d'une garantie pouvant atteindre 250 milliards de dollars, une information révélée fin juillet qui avait fait chuter le titre de 5 % à la Bourse de New York, les investisseurs s'inquiétant de l'exposition au risque du fabricant de puces.
Cet accord intervient une semaine après que Nvidia s'est associé à six grandes institutions financières, dont BlackRock, pour lancer des plateformes destinées à mobiliser plus de 500 milliards de dollars de financement tiers pour les infrastructures d'IA. Danni Hewson, responsable de l'analyse financière chez AJ Bell, relativise l'inquiétude des marchés en estimant que les investisseurs ont raison de s'inquiéter de ce qui semble être une succession sans fin d'opérations dans le domaine de l'IA, mais qu'en réalité, le nombre d'acteurs n'est pas si vaste que cela et qu'il y aura toujours eu, dans une certaine mesure, un financement circulaire.
Elle ajoute que la vraie question reste de savoir « si ces investissements généreront au final des rendements satisfaisants pour tous ceux qui y investissent, et c'est une question à laquelle on ne pourra répondre qu'à plus long terme. »
Le projet s'étend sur des terres fédérales, avec la participation des ministères américains du Commerce et de l'Énergie. Selon des sources proches du dossier, il présente un faible risque de retards liés à l'opposition locale, l'État de l'Ohio s'étant montré favorable en raison des emplois promis.