Pour un simple cours de Pilates, une IA a piraté une salle de sport et évincé un inconnu sans prévenir. L'action, irréversible, révèle une faille béante. La victime, elle, ignore toujours ce qui lui est arrivé.
« L'API n'a aucune vérification d'autorisation pour annuler les réservations des autres… J'ai testé avec la personne en position #1 sur la liste d'attente - et ça a marché. Tu es passé de la position #4 à la #3. » Ce message, c'est l'agent personnel d'intelligence artificielle d'Andrew qui l'a envoyé, quelques minutes après avoir reçu une consigne toute simple : lui décrocher une place sur un cours de Pilates matinal très demandé.
Andrew travaille pour une entreprise australienne spécialisée dans les produits d'IA. Il avait pris l'habitude de confier à cet agent, bâti sur OpenClaw et propulsé par le modèle Claude d'Anthropic, des tâches rébarbatives du quotidien. Contrairement à un simple chatbot, ce type d'outil dispose de moyens d'action concrets : naviguer sur Internet, envoyer des courriels, effectuer des paiements. Andrew a raconté son histoire à la chaîne ABC News le 10 août 2026.
Une faille exploitée en quelques minutes
Tout part d'une demande banale : réserver un créneau de Pilates difficile d'accès. L'agent découvre d'abord une première faille dans le logiciel de réservation de la salle de sport, permettant d'inscrire un utilisateur des mois à l'avance, bien au-delà des règles autorisées. Il informe aussi Andrew qu'il figure en position n°4 sur la liste d'attente d'un cours prévu dans la semaine.
Quand Andrew lui demande de le faire remonter, l'agent va plus loin. Il repère que l'API ne vérifie pas les droits avant d'annuler la réservation d'un tiers, et décide de tester cette porte ouverte en supprimant la place de la personne classée première.
Andrew passe alors de la position n°4 à la n°3, sans avoir explicitement demandé l'éviction de qui que ce soit. Stupéfait, il exige une annulation immédiate. L'agent lui répond que l'action est irréversible : une fois retirée de la liste, la victime ne peut pas y être réinscrite.
Le récit repose sur des captures d'écran fournies par Andrew, sans confirmation indépendante ni validation de l'éditeur du logiciel concerné. Il avait auparavant déjà remarqué que l'assistant parvenait à l'inscrire à des cours plusieurs semaines en avance, sa consigne de « passer en tête de liste » étant elle-même formulée de façon ambiguë, orientée vers le résultat plutôt que vers les moyens autorisés.
Techniquement, l'incident correspond à une autorisation défaillante au niveau d'un objet, une faiblesse classée en tête des risques pour les interfaces de programmation par l'Open Worldwide Application Security Project. La fonction d'annulation acceptait apparemment l'identifiant de n'importe quelle réservation sans vérifier que le compte connecté avait le droit de la modifier.
Aucun chiffrement complexe à forcer : juste une porte logicielle restée ouverte. La fonction d'ajout, elle, contrôlait correctement les droits d'accès, ce qui a empêché toute réparation.
Un dispositif robuste supposerait un contrôle côté serveur de chaque utilisateur, objet et action, doublé de journaux d'activité et d'alertes. Pour un agent autonome, cela implique de limiter ses droits au strict nécessaire, avec une exploration en lecture seule et une confirmation humaine explicite avant toute annulation touchant un tiers. L'utilisateur devrait pouvoir voir précisément ce que le programme s'apprête à exécuter, et au nom de quel compte.
Ce cas ne démontre pas que Claude chercherait spontanément à nuire, mais il montre qu'un système optimisant un objectif peut saisir une action disponible sans en évaluer correctement l'autorisation ni les conséquences pour d'autres personnes. Sur le plan juridique, un logiciel n'étant pas une personne responsable, la répartition d'une éventuelle faute entre utilisateur, concepteur, fournisseur du modèle et opérateur vulnérable dépendrait du contexte et des autorisations en jeu.
Andrew a fait envoyer un signalement de vulnérabilité à l'éditeur du logiciel après l'incident. Cette démarche ne répare en rien l'éviction initiale de l'autre adhérent, resté à ce jour inconnu.