Un étudiant achète des cassettes NASA pour 185 euros. Trente-deux ans plus tard, elles se révèlent être les seules images intactes du premier pas sur la Lune, vendues 1,6 million d'euros.
Trois bobines originales des bandes magnétiques du premier pas sur la Lune ont été adjugées 1,82 million de dollars, le 20 juillet 2019. La vente, organisée par la maison Sotheby's, portait sur les enregistrements d'origine de la mission Apollo 11.
Les enchères ont été disputées pendant près de cinq minutes entre trois acheteurs, bien au-delà de l'estimation initiale de Sotheby's. L'acheteur final est resté anonyme. Ce montant correspond à 8 000 fois la mise initiale déboursée en 1976 pour acquérir le lot d'origine, rapporte le magazine Science et Vie.
Un lot acheté 217,77 dollars en 1976
Tout commence en juin 1976. Gary George, étudiant en ingénierie qui venait de terminer un stage au centre spatial de Houston, se rend à une vente de surplus du gouvernement sur la base d'Ellington. Il y achète environ 1 150 bobines pour 217,77 dollars, soit près de 185 euros actuels.
Une seule bobine neuve coûtait alors 260 dollars, davantage que l'intégralité du lot. Ces rouleaux étaient destinés à servir de stock réutilisable aux télévisions locales, qui recyclaient le support magnétique pour réduire leurs coûts.
Le père de Gary George remarque trois boîtes étiquetées à la main, portant l'inscription « APOLLO 11 EVA, 20 juillet 1969 ». L'étudiant les range dans un carton et les oublie pendant trente-deux ans.
Des images plus nettes que toutes les archives connues
La NASA enregistrait alors le signal lunaire sur des bandes magnétiques de 5 centimètres de large. Après la mission, l'agence a réenregistré par-dessus ses propres archives, perdant ainsi ses originaux. Les bandes retrouvées montrent le premier pas sur la Lune tel que le voyait le centre de contrôle de Houston, et aucune copie de cette qualité n'a survécu ailleurs, pas même dans les archives de la NASA elle-même.
L'agence recherchait ces enregistrements depuis 2008, à l'approche des quarante ans de la mission. Elle a exploité 45 bobines à balayage lent reçues d'Australie, mais celles-ci avaient servi de support à de nouveaux enregistrements. À Houston, les copies de secours s'étaient dégradées faute de stockage correct. La NASA a abandonné ses recherches quelques mois plus tard, sans avoir retrouvé une seule bobine.
Le déblocage vient d'une rencontre fortuite. Un ingénieur vidéo de la NASA, croisé dans un club de ski au début de l'année 2008, prévient Gary George. Celui-ci recontacte son ancien employeur, mais les deux parties ne s'entendent ni sur le sort des bobines ni sur la façon de les lire.
C'est finalement David Crosthwait, archiviste vidéo à Burbank, qui possède encore des machines capables de lire ce format. Les trois bobines sont visionnées devant lui en octobre 2008.
Dormantes depuis 1969, elles se révèlent dans un état de conservation impeccable. L'image s'avère plus nette que toutes les copies connues de cette soirée historique. En décembre 2008, le studio numérise les trois bandes sur un disque dur d'un téraoctet, vendu avec les bobines lors des enchères de 2019.