40 milliards de dollars de dette pour des puces Nvidia : le pari fou de SpaceX inquiète déjà un expert, qui pointe une gouvernance « exceptionnellement faible ». Musk joue-t-il trop gros ?
SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk, est en train de lever 40 milliards de dollars de dette pour financer l'achat de puces Nvidia destinées à équiper ses centres de données. L'information a été révélée par le Financial Times le mardi 6 octobre 2026.
Le montage se décompose en deux volets : environ 10 milliards de dollars sous forme d'emprunts bancaires classiques, et 30 milliards de dollars levés directement sur les marchés obligataires. Le groupe d'investissement Apollo serait à la manœuvre, chargé de « placer le papier », autrement dit de vendre les obligations de SpaceX auprès des investisseurs. L'entreprise n'a pas confirmé cette information. L'opération, elle, est censée se conclure en 2027.
Ce n'est pas la première fois que Musk recourt massivement à la dette pour financer son entreprise spatiale. Juste après l'introduction en Bourse de SpaceX en juin 2026, une opération record de 86 milliards de dollars, il avait déjà levé environ 25 milliards de dollars.
Ces emprunts, d'une durée comprise entre cinq et trente ans, affichaient des taux allant de 5,35 % à 6,7 %, soit environ 1,4 point de plus que les taux sans risque des obligations d'État.
Colossus 2 doit doubler son parc de puces d'ici fin 2026
Fin septembre, Musk avait assuré que Colossus 2, le principal cluster de calcul de SpaceX, pourrait plus que doubler son nombre de puces Nvidia d'ici la fin de l'année 2026. À ce stade, l'installation hébergeait 110 000 puces GB200 et 440 000 puces GB300, toutes signées Nvidia. L'entreprise de Musk prévoit en effet d'utiliser exclusivement du matériel Nvidia pour ses centres de données.
Cette fuite en avant dans l'achat de processeurs se produit alors que les taux d'intérêt remontent nettement. Le taux des emprunts d'État américains à 10 ans se situe actuellement autour de 5,30 %, son plus haut niveau depuis 2002. Cette hausse n'empêche pas pour autant la course à l'intelligence artificielle de se poursuivre.
Cette dynamique d'emprunt contribue elle-même à faire grimper les taux d'emprunt des États. Le phénomène d'arbitrage entre dette publique et dette privée est renforcé par l'accumulation récente, par les fonds spéculatifs, de bons du Trésor américain à un niveau jamais atteint : 7 % du total en circulation fin 2025. Ces fonds sont susceptibles de réorienter leurs placements plus rapidement que les assureurs ou les fonds de pension, ce qui amplifie les mouvements de marché.
Interrogé par le Financial Times, James Dow, professeur à la London Business School, pointe la dépendance de SpaceX à son fondateur. Il observe qu'à l'heure actuelle, la valeur de l'entreprise dépend de Musk, mais qu'il sera très âgé dans trente ans, avant d'ajouter : « La gouvernance d'entreprise est exceptionnellement faible. »
Les géants technologiques, dont les flux de trésorerie ne suffisent plus à couvrir seuls les besoins en puces, serveurs et centres de données liés à l'intelligence artificielle, se tournent de plus en plus vers l'emprunt. Goldman Sachs anticipe une nouvelle accélération de ces emprunts sectoriels en 2027, jusqu'à 1 200 milliards de dollars.