Dix bébés crocodiles du Nil nés en pleine nature à Pierrelatte, sans aucune intervention humaine. Une première en vingt ans qui interroge sur un signe troublant du changement climatique en France.
Samedi 22 août 2026, une soigneuse de la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte, dans la Drôme, a alerté ses collègues : plusieurs œufs venaient d'éclore et des bébés crocodiles se trouvaient dans l'enclos. L'équipe s'est précipitée sur place. Devant des visiteurs incrédules, une femelle sortait elle-même ses petits du nid, sans qu'aucun vétérinaire n'ait eu à intervenir. Dix bébés crocodiles du Nil venaient de naître dans des conditions naturelles à 100 %, une première pour l'établissement.
Une première en vingt ans
« On est tous allés voir, et une femelle était en train de sortir les bébés de son nid, devant le public : c'est la première fois en vingt ans que ça arrive », raconte Antoine Soler, responsable animalier du site, dans un entretien à Ici Auvergne-Rhône-Alpes.
Samuel Martin, gérant-vétérinaire du parc, confirme l'exceptionnalité du fait dans un entretien accordé à l'Agence France-Presse mercredi : « Pour la première fois, on a eu une incubation qui s'est passée à 100 % dans des conditions naturelles ». Il parle d'un déroulé naturel inédit.
Habituellement, la reproduction de cette espèce en France nécessite l'intervention du personnel. Un œuf de crocodile du Nil doit rester à une température constante, entre 28 °C et 32 °C, pendant trois mois pour se développer. Lors d'étés classiques, les nuits trop fraîches obligent les vétérinaires à récupérer les œufs pour les placer en incubateur artificiel.
En 2026, rien de tel n'a été nécessaire : le sable a conservé la chaleur du jour jusqu'au cœur de la nuit, permettant à l'espèce subtropicale de mener seule son incubation à terme.
Antoine Soler mesure l'ampleur du phénomène : « C'est presque inquiétant de se dire que des crocodiles sont nés dehors. Cela veut dire que pendant trois mois, sans aucun artifice de notre part, le sol est resté à une trentaine de degrés, même la nuit ».
Un marqueur du changement climatique
Pour Samuel Martin, cette éclosion spontanée est « un marqueur du changement climatique ». Les canicules à répétition qui ont touché la Drôme, comme une large partie de la France, durant l'été 2026 ont créé les conditions idéales pour une reproduction naturelle de cette espèce originaire de pays très chauds.
Antoine Soler relie lui aussi l'événement à la réalité du réchauffement : il explique que même si l'on sait que le réchauffement est réel, voir un crocodile du Nil naître ici, dehors, pose de nombreuses questions, notamment sur les espèces invasives et la survie des espèces locales.
Le gérant-vétérinaire évoque une autre conséquence possible de ces épisodes caniculaires, sans plus de précision : « il est possible que des espèces de milieux plus tempérés aient plus souffert » de ces conditions climatiques.
Les dix nouveau-nés se portent, selon la réserve, très bien. Ils font actuellement l'objet d'une surveillance active en nurserie, avant d'être officiellement présentés au public. La Ferme aux crocodiles, réserve tropicale installée à Pierrelatte, avait jusque-là dû compenser artificiellement le climat drômois pour faire naître les œufs de crocodiles du Nil.