Sur une île déserte, des vaches abandonnées ont défié les lois de l'évolution pendant plus d'un siècle, on sait enfin ce qu'il s'est passé. Le secret de cette curieuse évolution a été percé.
Sur un bout de terre isolé, l’île Amsterdam, un troupeau de vaches abandonnées a défié les lois attendues de l’évolution et a surpris les scientifiques par sa résistance et ses caractéristiques génétiques particulières. Grâce aux méthodes modernes, l’histoire de ces bêtes, commencée en 1871, a pu être reconstituée dans le détail et révèle des éléments fascinants pour les généticiens et les gestionnaires d’écosystèmes.
Les débuts d’un troupeau de vaches pas comme les autres
Tout commence quand cinq vaches sont laissés sur l’île par un fermier réunionnais nommé Heurtin, donnant naissance à un troupeau sauvage sur cette île subantarctique. Amsterdam Island, qui fait partie des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), se trouve dans l'océan Indien méridional, à environ 4 441,79 km au sud‑est de Madagascar. L’endroit est aussi isolé qu’inhospitalier, avec des vents violents, des précipitations fréquentes et peu d’eau douce disponible.
Malgré ces conditions difficiles, les vaches se sont adaptés et se sont multipliés, atteignant environ 2 000 animaux en 1952. Une crise sanitaire dans les années 1980 a fait chuter leur nombre, puis il y a eu un fort rebond en 1988. Leur origine génétique particulière et leur isolement géographique ont servi de base à une étude génétique approfondie menée par Mathieu Gautier, généticien à INRAE, publiée dans la revue Molecular Biology and Evolution en mai 2026.

Ce que le séquençage a révélé
Des prélèvements ADN réalisés en 1992 et 2006 ont permis aux chercheurs de séquencer huit génomes et de génotyper dix autres animaux à partir de 18 échantillons ADN préservés. L’étude montre que le troupeau de vaches n’a pas subi un nanisme insulaire rapide, contrairement à ce que suggérait une étude de 2017 publiée dans Scientific Reports. Ces vaches étaient probablement déjà de petite taille à cause de leurs origines mixtes. Elles sont environ 75 % d'origine taurine européenne (proches des bovins Jersey) et 25 % d'origine zébu (liés aux bœufs de Madagascar et de Mayotte).
Malgré un goulot d’étranglement démographique initial très fort lié à l’abandon des cinq animaux fondateurs, le troupeau a conservé une diversité génétique correcte. Le taux de consanguinité individuel a été estimé à environ 30 %, mais les chercheurs n’ont pas trouvé d’accumulation notable de mutations délétères. Les auteurs attribuent cette robustesse à une expansion rapide de la population après la fondation.
Une île à protéger
L’île accueille une base scientifique, Martin‑de‑Viviès, établie en 1949, et fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2019. Elle illustre bien les défis auxquels font face les gestionnaires de réserves naturelles quand des espèces introduites menacent la faune et la flore locales. Entre 1987 et 1989, plus de 1 000 bovins ont été retirés de zones sensibles de l'île, et une clôture a été installée. L’abattage final des derniers animaux a eu lieu en 2010.