Le Taklamakan, plus grand désert de Chine, est aujourd’hui entouré d’une vaste ceinture végétale qui a permis aux scientifiques de faire une découverte extraordinaire.
Depuis de très nombreux siècles, la Chine est notamment connue pour son imposante et magnifique Grande Muraille, entrée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. Depuis le 28 novembre 2024, toutefois, elle est également connue pour ce que l’on appelle désormais la « Grande Muraille Verte ». Mais de quoi s’agit-il exactement ? D’un projet au long cours lancé en 1978, qui s’est soldé par la plantation d’une vaste ceinture végétale de 3 046 kilomètres autour du plus grand désert de Chine, le Taklamakan, aujourd’hui transformé… en puits de carbone.
La Grande Muraille Verte, ceinture végétale qui entoure le désert de Taklamakan
En effet, après des décennies d’efforts et de travail acharné de la part des scientifiques et des paysagistes, c’est dans la région de Xinjiang, au niveau de la bordure sud du désert de Taklamakan, que s’est achevée la plantation de cette Grande Muraille Verte. Mais ce qui pourrait alors apparaître comme une simple expérience climatique aux premiers abords s’avère en réalité bien plus profond que cela. Car le but de la Chine, avec cette dernière, est avant tout de ralentir le déplacement des dunes, de sorte à mieux les cantonner dans la partie nord du pays.
Ce faisant, les scientifiques espèrent ainsi au passage pouvoir protéger les territoires alentours de sa propagation, le désert de Taklamakan envahissant naturellement tous les terrains qui le bordent, des routes aux zones habitées, en passant par les exploitations agricoles. Bien sûr, parce que rien ne peut arrêter mère-nature, cela ne veut pas dire pour autant que l’achèvement de la Grande Muraille Verte va signer la fin de son déplacement. Néanmoins, en plus d’être désormais mieux encadré, celui-ci peut maintenant être stabilisé plus facilement.

Une étude au long cours menée par la Chine
L’achèvement de la plantation de cette ceinture végétale, toutefois, ne marque pas la fin de ce vaste projet. Au contraire. Pour la Chine, celui-ci représente d’ores et déjà plusieurs décennies de relevés de données et d’analyses, menés en parallèle de sa constitution. C’est d’ailleurs ce qui nous a permis d’en apprendre davantage sur le fonctionnement biologique du Taklamakan, qui s’active de façon saisonnière. Et plus précisément sur la période de la saison des pluies, aussi appelée « saison humide », située entre juillet et septembre.
Le plus intéressant pour les chercheurs, au-delà de la période à laquelle le désert est le plus susceptible de verdir, reste cependant la façon dont cela a permis à la Grande Muraille Verte de se transformer en puits de carbone au cours de cette saison. Car au cours de leurs études, ces derniers ont en effet pu constater une augmentation progressive de l’absorption nette de CO² atmosphérique au fil du temps. Et son impact a beau être limité, il reste néanmoins mesurable, ce qui témoigne de la façon dont les zones reboisées peuvent impacter le bilan carbone régional.
Une avancée majeure pour la science et le climat
Dans un article consacré à cette étude et publié par Live Science, Yuk L. Yung, co-auteur de celle-ci, a ainsi déclaré : « Nous avons découvert, pour la première fois, qu’une intervention humaine peut efficacement améliorer la séquestration du carbone, même dans les paysages arides les plus extrêmes, démontrant ainsi la possibilité de transformer un désert en puits de carbone et d’enrayer la désertification ». Bien sûr, ce dernier souligne que cette affirmation n’est toutefois valable que dans les zones où la Grande Muraille Verte est présente.
Néanmoins, cela contribue tout de même à faire du désert de Taklamakan « le premier modèle concluant démontrant la possibilité de transformer un désert en puits de carbone », ce qui est loin d’être une découverte anodine. Même si, comme le précisent d’ores et déjà certains climatologues, cela ne veut évidemment pas dire qu’il s’agit d’une solution miracle aux problèmes climatiques. « Nous ne résoudrons pas la crise climatique en nous contentant de planter des arbres dans les déserts », a notamment mis en garde King-Fai Li chez ScienceAlert.
Car malheureusement, cela ne résout pas tous les problèmes, à l’instar par exemple de la question de l’acheminement de l’eau. Car si le désert de Taklamakan n’est actif que trois mois par an avec la saison des pluies, cela signifie qu’il n’est pas autosuffisant le reste de l’année. Ce qui force la Chine à trouver des mesures pour assurer la survie de la Grande Muraille Verte, en recourant notamment au détournement des eaux de crue pour alimenter la ceinture végétale, et en restaurant les plantations abîmées lorsque cela est nécessaire.
Source : Live Science